‹ Pratique de la perfection chrétienne (volume 2)Chapitre 17 sur 58 · CHAPITRE X V · texte numérisé non relu

CHAPITRE X V

D'un autre moyen défaire du fruit dans les âmes* qui est de ne point se confier en soi-même 3 et de mettre toute sa coi fiance en Dieu,

Mettez votre confiance en Dieu d& tout votre cœur , et ne vous appuyez point sur votre prudence (i). Un autre mojen qui peut nous aider encore extrêmement à parvenir a notre but , est celui qui nous esl proposé ici par le Sage , et que notre saint fondateur et la Bulle de notre institution nous proposent pareillement dans ces paroles courtes et énergiques : Se défiant de ses forces , et s' appuyant sur celles de Dieu (2). Voulezvous savoir comment vous pourrez faire beaucoup de fruit clans les âmes 1 en vous défiant

(1) Habe fiduciam in Domino ex toto corde tuo, et ne innitaris prndentiae tuac. Prov. 3. 5.

(2) Diffidens suis vjribus, et divinis fretus. In Bttlti Judi /;/.

de vous-même, de vos propres forces , de vos propres lumières , de votre propre habileté , enfin de toutes sortes de moyens humains, et en mettant toute votre confiance en Dieu. Connoître que de soi-même on n'est propre à rien, et mettre toute sa confiance en Dieu seul., c'est le meilleur moyen que nous ayons pour avancer l'œuvre de Dieu dans les âmes, et la meilleure disposition dans laquelle les ouvriers du Seigneur puissent être pour exécuter de grandes choses. Car c'est ordinairement ceux qui sont dans ces sentimens qu'il choisit pour être les instrumens des merveilles qu'il a dessein d'opérer, et c'est ce que l'Apôtre nous marque quand il dit : Nous avons au reste cette confiance en Dieu par le moyen de Jésus-Christ , non pas que nous puissions de nous-mêmes penser quelç ue chose comme de nous ; mais tout ce que nous poii" V07is vient de Dieu y qui nous a rendus capables d'être les ministres de la nouvelle alliance (i).

Saint Augustin, sur ces paroles du Sauveur du monde en faveur de Nathanaèl : Voilà un ■vrai Israélite dans lequel il ny a point de déguisement (2) , dit qu'il semble qu'un homme de qui le Fils de Dieu avoit renduun témoignage si avantageux, devoitêtre appelé

(1) Fiduciam autem talem habeinus per Christum ad Deum : non quôd suffirientes simus cogitare aliquid à nobis, quasi ex nobis : sed sufficientia nostra ex Deo est , qui et idoneos nos fecit ministros novi testamenti. 2. Cor. 3. 4 et seq.

(1) Tract 7. sup. Joan. in illud : Ecce verè Israeiita, in quo dolus non est. Joan. 1. 47*

le premier à l'apostolat; cependant il n'y fut appelé en aucune sorte. Voulez-vous savoir pourquoi? dit ce Père; c'est que Nathanaël étoit un homme savant et très-habile dans la loi, et que Jésus-Christ n'a pas voulu choisir des gens savans et habiles , pour la prédication de l'Evangile et pour la conversion du monde, mais seulement de pauvres pécheurs, et des gens simples et grossiers, qui n'eussent aucune science.

Saint Grégoire(i) applique à notresujet ce que l'Ecriture-sainte rapporte de David (2) lorsqu'il défit les Amalécites , qui après avoir brûlé Siceleg, en emmenoient tous les habitans en captivité. Un des Amalécites , qui se retiroit avec les autres, avoit laissé en chemin un valet égyptien , qui n'avoit pas pu les suivre, parce qu'il étoit malade. David le rencontre déjà à demi mort, parce qu'il y avoit trois jours et trois nuits qu'il n'avoit ni bu ni mangé : il lui fait prendre quelque nourriture , le fait revenir de sa faiblesse ; et le prenant ensuite pour guide, il court après les Amalécites, les surprend lorsque ne croyant pas qu'on les poursuivît , ils ne songeoient plus qu'à faire grande chère et à se réjouir , les taille en pièces , et recouvre tous les prisonniers et tout le butin qu'ils avoient fait. Voilà , dit saint Grégoire , ce que fait le Fils de Dieu , le véritable David : il choisit ceux

(1) Lib. 5. Mors c. 29.

(a) 1. Rcgé 11. et scq.

i/fS PART. III. TRAITÉ I. CHAP. XV.

que le monde avoit abandonnés, et les fortifiant de la nourriture de sa parole, il en fait ensuite ses guides contre les Amaléci tes; c'està-dire , il en fait les prédicateurs de son Evangile, contre les gens du monde qui s'abandonnent a la joie et aux plaisirs.

Mais pourquoi Dieu en use-t-il de la sorte , et choisit-il des instrumens si foibles pour un ministère si élevé? Voulez-vous savoir pourquoi? c'est pour ôter à l'homme tout sujet de mettre sa confiance en lui-même, et toute occasion de s'attribuer quoi que ce soit, et pour lui apprendre à mettre toute sa confiance en Dieu, età n'attribuer qu'à Dieu seul la gloire de tout. Ce sentiment, au reste, est si agréable à Dieu , que pour le mieux imprimer dans nos cœurs, il a voulu faire voir, par une infinité d'exemples , qu'il se plaît à choisir des instrumens foibles pour exécuter les pins grandes choses. C'est ainsi qu'on connoit bien mieux que c'estDieu seul qui agit et non pas les hommes ; c'est ainsi qu1 il fait éclater les richesses de sa gloire (i), €t que sa grandeur et sa toute-puissance paroissent bien davantage. Lorsque Dieu tira son peuple d'Egypte , il opéra plusieurs merveilles par le moyen de Moïse; mais il n'y en eut aucune qui fit tant d'impression sur les Egyptiens, que quand Moïse remuant la poussière avec sa baguette, convertit la poussière en moucherons , dont il remplit tout

(i) Ut ostenderetdivitiasgloriae suae. Rom. g. a5.

INSTITUTION un L.A CoMP. DE J^SUS. lAq

leur pays en un instant. Car alors les magiciens de Pharaon ayant inutilement employé toute sorte de charmes et d'enchantemens pour en faire autant, furent contraints de reconnoître le pouvoir de Dieu, qui agissoil en Moïse, et de dire : Le doigt de Dieu est ici{\ ). Nous lisons dans l'Histoire ecclésiastique (2), que Sapor, roi de Perse , ayant déclaré la guerre aux Romains , et assiégé iNisibe , ville de Mésopotamie, avec une puissante armée, les habitans qui n'avoient d'espérance que dans le secours de Dieu , prièrent leur évéque de maudire l'armée ennemie, et pour cet effet le firent monter au haut d'une tour , d'où il pouvoit la découvrir entièrement.Mais toute la malédiction que ce saint homme donna anx infidèles, et toute la prière qu'il fit 8 Dieu contre eux, fut de lui demander qu'il lui plût de leur envoyer un si grand nombre de puces et de moucherons , qu'ils fussent contraints de lever le siège, et de reconnoître que cette plaie leur venoit cle Dieu. Sa prière étoit à peine achevée , qu'il tomba sur l'armée des Perses une nuée de puces et de moucherons, qui remplirent de telle sorte les trompes des éléphans, et les oreilles et les narines des chevaux et des autres bêtes du camp , que ces animaux n'en pouvant souffrir la piqûre, couroient partoutcommedes furieux, jetoient par terre ceux qui les montoient , fouloient aux

(1) Digitus Deihic est. Exod. 8. 19.

(a) Theod. in hist. Eccl. p. a. /. 3. et 6.

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pieds ceux qui vouloient les arrêter, et rom« poient les rangs et les files de toutes les troupes. Enfin, le désordre qu'ils causèrent fut si grand, que Sapor connoissant quec'étoit un effet de la puissance de Dieu, et du soin qu'il prend des siens , fut contraint de lever le siège et de s'en retourner honteusement en son pays. Dieu peut faire la guerre à tous les princes du monde avec des puces et des moucherons , et il se plaît à se servir ainsi de moyens foibles dans l'exécution des plus grandes choses , pour mieux faire connoître que c'est lui seul qui agit, et pour en tirer plus de gloire. Or , c'est par cette même raison que le plus souvent aussi il ne choisit que des instrumens foibles , pour opérer les plus grandes conversions ; et c'est de quoi l'Histoire ecclésiastique (i) nous fournit d'illustres preuves dans un nombre infini de pécheurs célèbres , d'hérétiques et d'infidèles , qui ont été convertis et convaincus par des personnes simples est grossières , après avoir résisté long-temps à l'éloquence et à la doctrine de plusieurs savans personnages , et à l'autorité même des conciles géaéraux, où les plus grands hommes de toute l'Eglise étoient assemblés.

Nous devons , au reste , tirer de ceci trois instructions : la première est de ne point nous décourager parla vue de notre foiblesse et du peu de talent que nous avons pour

(1) Hist. Eccles.ct tripart. p. i. /. 10, e. 2. et p. s. c. 3.

INSTITUTION tic TA r.OMP. DE JESUS. l5ï

une fin si élevée , et pour des ministères si sublimes que ceux auxquels notre institution nous appelle ; mais de prendre de là occasion de nous encourager, au contraire , davantage , et d'avoir plus de confiance en Dieu , qui se plaît ordinairement a se servir d'instrumens foibles, pour l'exécution des plus grandes choses. C'est ce que répondit S. François (i) à frère Macé , son compagnon ordinaire , qui sachant combien le saint se plaisoit a être humilié, et voulant éprouver lui-même son humilité, l'alla trouver un jour , et lui dit: D'où vient que tout le monde court après vous, que tout le monde veut vous voir, veut vous entendre, veut vous suivre ] Vous n'avez cependant ni naissance , ni bonne mine, ni érudition, ni éloquence.D'où peut donc venir que vous êtes recherché partout? Voulez-vous savoir, mon frère, d'où cela vient 1 répondit le saint avec son humilité ordinaire; cela vient de labontéinfinie de Dieu, qui a daigné jeter les jeux sur moi, quoique je sois le plus grand pécheur et la plus misérable créature qu'il y ait au monde. Car Dieu choisit ce quily a de plus faible et de plus simple dans le monde , pour confondre ce quil y a de plus grand et de plus fort 9 afin qu aucune créature n ait sujet de se glorifier devant lui ; mais que celui qui veut se glorifier , se glorifie dans le Seigneur , à qui seul appartient la gloire dans tous les siè~

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cfes(i). Voilà une réponse très-sainte , et qui doit nous donner bien de la consolation et de la confiance.

La seconde instruction que nous devons tirer de ceci, c'est que quelque fruit que Dieu opère dans les âmes par notre moyen , quelques grandes conversions qu'il fasse par nous, et quand même il se serviroit de nous pour faire des miracles , il ne faut pas nous en faire un sujet d'orgueil; mais il faut; aucontraiie, nous renfermer toujours dans la connoissance de notre bassesse et de notre néant, comme si nous n'avions rien fait; puisqu'en effet nous ne faisons rien de nous-mêmes , et que nous ne sommes que les inst rumens dont il plaît a Dieu de se servir. 0 que le Prophète royal avoit une parfaite connoissance de cette vérité, et que ses sentimens et ses paroles étoient bien conformes àlaconnoissance qu'il enavoit! Seigneur , dit-il , ?ious avons entendu de nos propres oreilles, et nos pères 71011s ont raconté l'es merveilles que vous avez opérées de leur temps , et dans les temps les plus reculés. Vous avez dispersé les îiations devant eux , et vous les avez établis en leur place : vous avez affligé les peuples , dont vous vouliez leur donner la terre , et vous les en avez chassés. Car ce n est point par leurs armes

\\) Infirma mundi elegit Deus , ut confundat fortia ; et ea qtise non sunt , ut ea quae sunt destrueret, ut non glorietnr omnis caro iu conspectu ejus... ut quemadmodùni scriptum est : Qui gloriatur, in Domino glorietur. I. Cor. 1.27.28.29. tl 3i. Cuihonor et gloria in ssecula saeculoruin. Rem. 16. 27.

INSTITT™0^ vE L'^ C0MP« DE JÉSUS. l53

quels Vont conquise , et ce ri est point leur bras qui tes ci sauvés; mais cest votre main , Seigneur, et votre bras 9 et ï éclat de votre visage qui les a sauvés, parce que vous aviez mis votre complaisance en eux, (ï). Les mérites n' y ont eu aucune part ; c'a été un pur effet de votre bonté et de votre miséricorde. Ainsi quand Dieu opère de grandes choses par notre moyen, nous n'avons aucun sujet d'en concevoir de l'orgueil : au contraire, plus les choses qu'il lui plaît d'opérer par nous sont grandes, plus nous devons nous humilier et nous abaisser, voyant qu'il choisit desinstrumenssifoiblesetsi misérables pour l'exécution de ses merveilles. Il faut en user alors comme fit saint Pierre , lorsque Jésus-Christ lui fit faire cette pêche si abondante qui est rapportée dans l'Evangile. Le Fils de Dieu lui ayant ordonné de jeter les filets pour pêcher, saint Pierre lui avoit répondu : Maître, nous avons travaillé toute la nuit, et nous n avons rien pris; cependant sur votre parole je jetterai encore les filets : et il avoit pris ensuite unesi grande quantité de poissons, que le filet se rompoit, et qu'il fallut que ses compagnons qui étoient dans une autre nacelle,vinssent lui aider à le tirer. Ils emplirent enfin les deux

(1) Deus, auribus nostris audivimus : patres nostri annuntiaverunt nobis opus, quod operatus es in diebuseorum, et in diebus antiquis. Manus tua gentes disperdidit, et plantâsti eos; afllixisti populos , et expulisti eos. Nec euim in gladio suo possederunt terrain , et brachium eorum non salravit eos. Sed dextera tua , et brachium tuum , et illuruinatio vultùs tui, quoniàm complacuisti in eis. Ps. 43. 1. et seq.

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nacelles de ce seul coup de filet; et alors saint Pierre les voyant si chargées, qu'ils'en falloit peu qu'elles n'allassent à fond, se jeta aux genoux de Jésus , en lui disant : retirez-vous de moi, Seigneur, parce que je suis un homme pécheur. Car Vétonnement lavoit saisi, lui et tous ceux qui ètoient avec lui , de voir la quantité de poissons qu'ils avoient pris (i). SaintPierre demeure surpris de voir qu'après avoir travaillé en vain toute la nuit, il fait une pêche si heureuse dès qu'il jette le filet au nom de Jésus-Christ, et il prend de là occasion de s'humilieret de s'ahaisser.Entrons comme lui dans ces sentimens d'étonnement et d'humilité, et dans la connoissance de notre bassesse , lorsqu'il plaira à Dieu d'exécuter quelque chose de grand par notre moyen. Voyez combien S. Pierre est éloigné de s'applaudir d'avoir fait un si beau coup de filet; gardezvous de même de vous laisser aller à la vanité, quand Dieu se sera servi de vous pour l'exécution de quelque chose : connoissez que c'est un ouvrage qui est purement de lui , et qui est entièrement au-dessus de vos forces; et de cette sorte, vous parviendrez a n'at-

(1) Prseceptor , per totam noctem laborantes , nihil cepimus , in verbo autem tuo laxabo rete. Et cùm hoc fecissent, concluserunt piscium multitudioem copiosam : rumpebatur autem rete eorum. Et innuerunt sociis , qui erant in aliâ navi, ut adjuvarent ; et venerunt , et impleverunt ambas naviculas, ità ut penè mergerentur. Quôd cùm videret Simon Petrus , procidit ad genua Jesu , dicens : Exi à me , quia homo peccator sum , Domine. Stupor enim circumdederateum ,et omnes qui cum eo erant, in captura piscium, quam ceperant. Lue. 5.5. et scq.

rasTpw***" DE LA COMp. i>E jksus. i55 tendre rien de vous-même, et a attendre tout de Dieu, a vous attribuer à vous-même la foiblesse et la misère qui vous appartiennent, et à attribuer à Dieu la louange et la gloire qui lui est due. Considérez ce que fit S. Pierre , lorsqu'il jeta les filets en son nom , et vous verrez en cela ce que vous pouvez de vousmême, et de quoi vos soins, votre habileté et votre travail peuvent vous servir; et considérez ensuite ce qu'il fit lorsqu'il jeta le filet au nom de Jésus-Christ , et vous connoîtrez par-là ce que vous pouvez avec le grâce et le secours de Dieu. La vue de l'un vous apprendrait n'avoir aucuneconfiance en vous-même: la vuede l'autre vous donnera de la confiance en Dieu, en vous faisant tout attendre de lui; et de cette sorte, la considération des grandes choses qu'il plaira à Dieu d'exécuter par notre moyen, ne nous inspirera point de vanité , et la considération de notre propre foiblesse ne nous abattra point le courage.

Saint Jérôme propose a ce sujet une question, et dit: Voyons qui fait le mieux des deux, ou deMoïsequi s'excuse sur son incapacité( i ), lorsque Dieu veut l'envoyer pour tirer son peuple d'Egypte , et qui demande que Dieu en envoie un autre qui puisse mieux s'en acquitter que lui ; ou d'Isaïe, qui sans avoir été appelé, s'offre de lui-même à aller annoncer la parole de Dieu , et qui dit : Me voilà , en* voyez-moi (2) A cela , répond ce saint doc-

1) Exod. 3.

2) Ecce ego, mitte me. Isaï, 6. 8.

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leur , ce qu'il y a à dire, c'est que c'est une très-bonne chose que l'humilité et la connoissance qu'on a que de soi-même on n'est propre h rien ; et que c'est aussi une très* bonne chose qu'une prompte disposition d'esprit à servir le prochain. Mais si nous voulons , ajoutet-il, nous attacher à ce qu'il y a de mieux, il faut prendre de Moïse l'humilité, en considérant notre foiblesse , et prendre d'Isaïe le zèle et la ferveur, en nous confiant en Dieu, qui pour le récompenser de sa bonne volonté, purifia seslèvres, et le rendit capable du ministère auquel il s'ofïroit de lui-même, L'humili té n'estpoint ennemiedela confiance, et ne lui fait aucun obstacle ; au contraire , elle aide à la fortifier, parce qu'elle nous fait mettre toute notre confiance en Dieu , dans lequel nous sommes assurés que nous pouvons toutes choses.

La troisième leçon que nous devons tirer de ceci , c'est que quoiqu'il soit vrai qu'il ne faut point se confier en soi-même, ni s'ap« pu ver sur ses propres forces , il faut cependant faire toujours tout ce que Ton peut pour le salut du prochain : car de prétendre que Dieu fasse tout sans qu'on se mêle de rien , c'est demander des miracles, et tenter Dieu. Il veut nous aider à la conversion des âmes, et c'est par cette raison que saint Paul nous appelle les aides et les minisires de Dïeu(i), et que le Sauveur du monde commanda à

(i) Dei enim sumus adjntores. 1. Cer. 3i. g.

saint Pierre de jeter les filets, ne voulant pas qu'il fit une pêche si -abondante, sans v avoir rien contribué, et voulant nous apprendre par-là qu'il ne faut pas que nous demeurions les bras croisés, afin cependant que d'un autre côté nous n'allions pas attribuer les heureux succès delà conversion des âmes a nos propres soins et à notre propre industrie , il permet que saint Pierre ait travaillé tout la nuit , et qu'il ait jeté inutilement les filets, sans pouvoir rien prendre. Desorte qu'il faut d'un côté employer tous nos soins , toutes nos lumières et tout ce qui peut dépendre de nous, comme si cela seul sumsoit pour faire réussir les affaires que nous avons entre les mains : et d'un autre côté, il faut n'y avoir non plus de confiance, que si nous n'avions rien fait , et n'attendre rien quede Dieu seul. C'est ce que Jésus-Christ lui-même nous a enseigné dans ces paroles : Lorsque vous aurez fait tout ce qui vous a été commandé , dites : Nous sommes des serviteurs inutiles, nous n avons fait que ce que nous devions faire (i) Et remarquez qu'il ne ditpas : Quand vous aurez fait quelque chose de ce qui vous a été commandé ; mais : Quand vous aurez fait tout ce qui vous a été commandé : pour nous apprendre que , quelque chose que nous puissions faire , il ne faut jamais nous confier sur ce que nous faisons; mais qu'il faut mettre toute notre con-

(i) Cùm feceritis omnîa qu« prœcepta sunt vobis, dicite: Servi inutilessumus;quod debuimus facere, fecitnus.£u<r. 17. 10.

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fiance en Dieu , et attribuer Klui seul la gloire de tout ce qui est, selon les saints , le dernier et le suprême degré de l'humilité.

Lorsque S. Pierre et saint Jean guérirent le boiteux qui demandoit l'aumône à la porte du temple, S. Pierre, voyant que tout le monde , étonné de ce miracle, les regardoit avec admiration, dit au peuple: 0 Israélites, pourquoi vous étonne z-vous de ceci , ou pourquoi nous regardez-vous , comme si cètoit par notre propre vertu et par notre propre puissance que nous eussions fait marcher cet homme ? Le Dieu d1 Abraham 9 d'Isaac et de Jacob , le Dieu de nos pères a glorifié son fils Jésus que vous avez livré , et que vous avez ensuite rejeté en présence de Pilate , qui jugeoit quilfalloïtle renvoyer. G est le nom de Jésus qui l'a fortifié; c est la foi qu il a eue qui l'a entièrement guéri à la vue de tout le monde ( ï ). S. Paul et S. Barnabe , voyant que les peuples de Tlstrie vouloient les adorer pour un semblable miracle , et préparoient déjà des victimes et des couronnes , pour leur sacrifier comme a des dieux , déchirèrent leurs habits en leur criant : Hommes , que jaites-vous ] nous sommes mortels comme

(ï) Viri Israelitae , qui miramini io hoc, aut nos quid intuemini quasi nostià virtute, aut potestate fecerimus hune ambulare ? Deus Abraham . et Deus Isaac, et Deus Jacob , Deus patrum nostrorura glorificavit fîlium suum Jesum , quem vos quidem tradidistis,et negâstis antefaciem Pilati, judicante illo dimitli. Huuc quem vos vidiatis et nostis , confirmavit nomen ejus : et fides, quse per eum est, dédit ei integram sanitatem istam in conspectu omnium vestrûm . Jet. 3. 12. i3.«< 16*.

INSTITUTION DE LA COMP. DE JESUS. l5o

vous , sectes hommes semblables à vous (i). Ce n'est pas nous qui agissons en ceci ; c'est Dieu qui agit par nous , et c'est à lui seul qu'il faut donner la gloire de tout. Ces glands saints , après avoir fait des miracles , derueuroient dans une humilité aussi profonde, que s'ilsi n'avoient rien fait ; et c'est ainsi qu'après avoir fait tout notre possible pour le service des âmes , nous devons nous entretenir toujours dans l'humilité et dans la connoissance de notre foiblesse.

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