CHAPITRE XVI
Que la confiance en Dieu est un moyen trhs-ejfficace pour obtenir des grâces de Dieu,
Saint Cyprien, expliquant ces paroles de Dieu aux enfans d'Israël : Tous les lieux oà vous mettrez le pied seront à vous (2) , dit que parlepied on doit entendre l'espérance, et que plus l'espérance ira loin, plus elle obtiendra de choses (3). Saint Bernard en dit autant (4) : Vous posséderez , dit-il , toutes les choses jusqu'auxquelles vous étendrez votre espérance : si vous avez beaucoup d'espérance et beaucoup de confiance en Dieu^
(1) Viri , quid haec facitis ? et nos mortales sumus , similes vobis homines. ^ct. 14. i4«
(2) Omnis locus quem calcaverit pes vester, vester erit. Veut. 11. 24.
(3) Pes vester utique,spes vestra est. Et quantumeumque illa processerit , obtinebit. Cypr. in eumd. loc.
(4) Et Bern. serm. i5. sup, Ps Qui habitat.
l6o PART. lit. TRAITÉ 1. CHAP. XVI.
il fera beaucoup pour vous: mai* m vous en avez peu, il fera peu. Nous avons plusieurs exemples de ceci dans l'Evangile. Ecoutez comment ce prince de la synagogue quiavoit perdu sa fille , parle a J. C. Seigneur, dit-il , jna fille vient de mourir ; mais venez, imposez les mains sur elle , et elle vivra (i). Il avoit sans doute quelque foi et quelque confiance , puisqu'il crojoit que Jésus-Christ pouvoit ressusciter sa fille; mais il n'en avoit guère , puisqu'il crojoit qu'il falloit que le Sauveur allât où elle étoit , et qu'il imposât les mains sur elle : aussi le Sauveur se conformant à la foi du père, va où étoit cette fille, et l'ayant trouvée morte, illa prendpar la main et la ressuscite. Cette femme de l'Evangile qui étoit malade d'un flux de sang, il y avoit déjà douze ans, et quiavoit dépensé inutilement tout son bien à se faire traiter par \es médecins , s'approcha du Fils de Dieu avec un peu plus de foi : Car elle disoit en elle-même: •pourvu seulement que je puisse toucher son habit y je serai guérie (2). Elle fend donc la presse, s'approche de lui , touche le bord de son habit , et la voilà guérie au même instant, Dieu agissant en elle conformément à l'étendue de sa confiance et de sa foi. Mais le Centurion en eut encore bien davantage : il vint trouver le Sauveur , pour le prier de vouloir guérir son serviteur qui étoit malade;
(1) Domine, filia mea modôdcfutîcta est : scd venijimpon* in a nu m tuam super eam , et viret. Mat th. 9, 8.
(2) Dicebatenira intra se : Si tetigero tantùrn vestimentam ejus , saiva ero. Ibid. 9. ai.
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mais il ne le prie pas pour cela, ni d'aller chez lui, ni de trouver bon que son serviteur puisse toucher ses habits : Seigneur, dit-il, je ne suis pas digne que vous entriez chez moi , mais dites seulement une parole , et mon serviteur sera guéri. Aussi mérita-t-il que le Sauveur admirât sa foi , en disant à ceux qui le suivaient : En vérité , je vous dis que je nai pas trouvé une si grande foi dans Israël ; et que, se tournant ensuite vers lui , il lui dit : Allez , et qu'il soit fait comme vous avez cru (i). Il eut une ferme confiance que Jésus- Christ n'avoit qu'à parler, pour guérir son serviteur ; et Jésus-Christ se conformant a sa foi, le guérit par sa seule parole. C'est que Dieu se plaît à en user envers nous } suivant la confiance que nous avons en lui. Que votre miséricorde > Seigneur , dit David , s'étende sur nous , suivant l'espérance que nous avons eue en vous (2). Telle que sera la profondeur du vase de la confiance , dit saint Cyprien , telle sera la quantité des eaux célestes que Dieu y versera.
Lorsque Jésus-Christ commanda à saint Pierre de venir àlui sur les flots, saintPierre y marcha comme il auroit fait sur la terre , tant qu'il n'eut point de frayeur ; mais dès
(0 Domine, non sum dignus, ut iûtres sub tectum meum; sed tam^m die verbo, et sanabitur puer meus. Audiens aatem Jésus , mirai»? o«t , et sequentibus se dixit : Amen dico vobis , non inveni tantam iidem in Israël. Et dixit Jesuscenturioni : Vade, et sicut credidisti, fiât tibi. Mallh. 8 8. 10. i3.
(2) Fiat misericordia tua, Domina, supnr noi, quemadmodùm speravimus in te, Ps. 2. 02 22.
qu'il commença à perdre la confiance, voyant un vent frais qui se levoit, il commença aussi à enfoncer. C'est pourquoi le Sauveur du monde le reprenant de sa crainte , lui dit : Homme de peu de foi, pourquoi avez-vous douté (i)? comme voulant lui donner à entendre, qu'il n'enfonçoit que parce qu'il avoit manqué de confiance. Aussi n'est-ce souvent que par un défaut de confiance qu'il nous semble que les flots des tentations vont nous engloutir , et que nous ne pourrons pas résister aux orages qui s'élèvent contre nous ; car si nous avions une ferme confiance en Dieu , il ne manqueroit pas de nous tirer de toute sorte de dangers , et de nous combler de grâces.
Les "Woabites et les Ammonites ayant joint leurs forces pour faire la guerre à Josaphat, roi de Juda , ce prince qui se voyoit trop foible pour leur résister , fut saisi de crainte; mais parce que dans cette extrémité lui et tout le peuple eurent recours à Dieu , Dieu leur fit dire par un prophète : Ne craignez rien > et n'ayez point de peur de cette multitude de gens qui sont assemblés contre vous ; car ce nestpas votre guerre > cest celle de Dieu. Ce ne sera point vous qui combattrez ; ayez seulement une ferme confiance en Dieu, et vous verrez le secours du Seigneur en votre fa* veur(2). En effet, ils éprouvèrent bientôt ce
(1) Mudica? fidei , qnarè dubitâsti? MaUk. i4- 3i. (a) Nolite timer© , ncquo paveatis banc multitudinem : non est enim vestra pugna , sed Dei. Non enim eriti» tos
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secours; car sans quJils se donnassent aucun mouvement , Dieu détruisit leurs ennemis , en permettant qu'ils tournassent leurs armes contre eux-mêmes , et qu'ils se tuassent les uns les autres. Or, considérons ici combien peu de chose Dieu demande de nous, pour nous secourir et pour nous donner la victoire contre nos ennemis. Il demande seulement que nous ayons confiance en lui; et même dans le psaume 90 , il ne rend point d'autre raison du secours qu'il promet aux affligés , que leur espérance en lui : Parce quil a espéré en moi, je le délivrerai, je le protégerai, parce quil a connu mon nom{i). 0 libéralité admirable de Dieu , s'écrie saint Bernard sur ces paroles , de ne jamais manquer d'assister ceux qui espèrent en lui (2) ! Nos pères,, dit le Prophète royal , ont espéré en vous : ils ont espéré en vous , Seigneur , et vous les avez délivrés } ils ont élevé leurs voix , et ils ont été sauvés ; ils ont espéré en vous, et ils nont point été confondus (3). Qui a jamais eu recours à Dieu, et a jamais mis toute sa confiance en lui , sans être exaucé , et sans être secouru \ Jetez les yeux sur toutes les nations de la terre , dit le Sage , et sachez que jamais
qui dimicabitis : sed tantummodô confîdenter state , et vide bitis auxilium Domini super vos. 2 Paralip. 20. i5. et 17.
(0 Quoniàm in me speravit, liberabo eum; protegam eum, quoi. la ra cognovit nomen meum. Ps. 90. i4«
(i) 0 dulcie9;ma liberalilas; in se sperantibus non deest.
Bern. serm. i5. in Ps. Qui babitat.
libe-
(3) In te sparaverunt patres nostri , speraverunt , et râsti eos ; ad te clamaverunt» et salvi facti sunt ; in te speraverunt , et non sunt confusi. Ps, «, 4. et 5.
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personne n'a espéré en Dieu, qui soif demeuré confus. Qui est celui qui l'a invoqué , et qui en a été abandonné (i) ?
Il y a encore une autre raison qui doit particulièrement nous engager à mettre toute notre confiance en Dieu ; mais comme nous en avons parlé ailleurs assez au long (2), nous nous contenterons d'en dire ici un mot en passant. C'est que quand, nous défiant denousmême, nous mettons toute notre confiance en Dieu seul , nous remettons alors tout sur lui, et nous le chargeons de tout; de sorte que cela l'engage à avoir soin de son intérêt et de sa gloire. La conversion des âmes est votre affaire, Seigneur, et non pas la nôtre; car qu'y pouvons nous de nous-mêmes , si vous ne touchez nos cœurs 1 travaillez-y donc , et mettez-y particulièrement la main. Ce sont des paroles très-propres pour ce sujet , que celles que Josué dit a Dieu pour détourner sa colère de dessus le peuple d'Israël quiavoit tourné le dos à ses ennemis : Que deviendra la gloire de votre nom (3)? Humiliez-nous , Seigneur, à la bonne heure, et livrez-nous a nos ennemis; nous l'avons bien mérité; niais que dira-t-on de votre nom 1 que diront les nations, lorsqu'elles verront la destruction et la captivité de votre peuple? elles diront
(1) Hespicite , filii , nationes hominum, et scitof0<ïuia quitus speravit iti Domino, eteonfusu* ©«* Quis invocavit eum et despexitillum tEceli. 2. 11. et 12.
li) Part. ?.. Traité 5. eh. 28. et Traité 4. c. l5. (5) Et quid faeies magni nonoini tuo ? Jomé. 7. 5.
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que vous n'avez pas pu le conduire dans la terre que vous lui aviez promise : Ne nous glorifiez point, Seigneur , mais glorifiez votre nom. Faites-vous justice à vous-même , Seigneur ; et pour nous , chargez-nous de confusion (i), comme il vous plaira. Enfin de quelque manière qu'on veuille le prendre , c'est toujours un très-bon moyen pour obtenir toutes sortes de grâces de Dieu , que d'avoir une grande confiance en lui. Carie Seigneur regarde avec plaisir ceux qui le craignent et ceux qui espèrent en sa miséricorde (2).
Les religieux sur-tout ont une raison particulière de se promettre toutes choses de l'assistance de Dieu dans leurs ministères; c'est qu'y étant engagés par l'obéissance, ils y sont engagés par l'ordre de Dieu qui ne manquera pas,par conséquent,de leur donner les forces et les secours nécessaires pour s'en acquitterdignement.LorsqueDieucommanda à Moïse de faire le tabernacle, l'arche d'alliance,et le propitiatoire qui devoit être placé sur l'autel , la table où dévoient être mis les pains de proposition, et enfin tous les vases qui dévoient servir au tabernacle , il ne se contenta pas de lui marquer les mesures et les proportions de chaque chose ; mais afin
(0 Non nobl3> Domine, non nobis , sed nomini tuo da gloriam. Ps. 11 3. 9. Domino Deo nostro justifia, nobis autem confusio faciei nostrse. Baruch. 2. 6.
(2) Beneplacitum est Domino super timentes eum , et in eis qui sperant super misericordià ejus. Fs. 146. il.
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que tout fût fidèlement exécuté , il choisit Beseléel et Ooiiab , à qui il donna toute Thabileté et toute l'intelligence nécessaires,pour savoir parfaitement bien travailler en or, en argent, en pierres précieuses , en bronze, en marbre et en toute sorte de bois (i). Que si Dieua yant choisi des ouvriers pour travailler à un tabernacle matériel , a eu soin de leur inspirer toutes les connoissances dont ils pouvoient avoir besoin , que ne fera-t-il point à. l'égard des ouvriers et des ministres de l'évangile , qu'il a choisis pour travailler au tabernacle spirituel des âmes , et au temple vivan tduSt. Esprit, et pourétendrelerojaume de Dieu dans les cœurs ? N'avons-nous pas sujet d'espérer, qu'à proportion que les choses spirituelles l'emportent sur les choses matérielles, à proportion aussi il nous donnera tout ce qui nous sera nécessaire pour nous acquitter dignement de nos ministères. Il nous a si bien assurés de son secours en ces sortes d'occasions, qu'il ne ^eut pas même que nous nous mettions alors en peine de ce que nous aurons à dire : Quand vous paroftrez-y dit-il , devant les gouverneurs des provinces, et devant les rois a cause de moi , ne songez point à ce que vous aurez à dire , ni comment il faudra le dire ; car Dieu vous
{i) Ecce yoeavi Beseléel , etimplevi eum sp^tu Dei , sapientià , et iotelligeDtiâ , et icientià iu omni opère ad excogitandum quidquid fabre fîeripotest, ex auro , et argento , et sere , et marmore , et gemmis , et diversitate lignorum : dedique ei socium Ooiiab. . . ut faciant cuncta quse praecepi tibi. Exod. 5i, i. a, et seq.
mettra alors les paroles dans la bouche. Ce ri est point <vous qui parlez , cest V esprit de votre père qui parle en vous (i).ll nous promet enfin une éloquence victorieuse à laquelle rien ne pourra résister. Je vous donnerai, dit-il, la force de la parole , et la sagesse à laquelle tous vos adversaires ne pourront ni résister, ni contredire (2). En effet, ne lisons-nous pas dans les Actes des Apôtres , que ceux qui disputoientcontre saintEtienne, ne pouvoient résister à sa sagesse j et à l'esprit qui parloit en lui (3).