‹ Pratique de la perfection chrétienne (volume 2)Chapitre 19 sur 58 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Combien le défaut de confiance est désagréable à Dieu.

Comme rien n'est plus agréable à Dieu , et n'est plus propre à attirer ses grâces sur nous, que la confiance que nous»avons en lui, aussi rien ne lui déplaît davantage, et n'est plus capable d'exciter son indignation contre nous,quele défaut de confiance.il le regarde comme une offense que l'on fait à son hon-

(1) Ad prsesides et ad reges ducemini propter me. .. Cùm autem tradent vos , nolite cogitare quomodô , aut quid loquamini; dabitur enim vobis in illà horâ , quid loquaminj. Non enim vos estis qui loquimini, sed spiritus Patris vestri , qui loquitui in vobis. Matih. 10. 18. 19 et 30.

(2) Ego enim dabo robis os, et sapientiam , qui non poterunt resistere et contradicere adversarii vestri. Luc. 21. i5.

(3) Et non poterant resistere sapientiœ , et spiritui qui loque bat ur, Act. 6. 10.

l68 PART. III. TRAITÉ I. CHAP, XVII.

neur; et nous voyons en effet que c'est un des sujets qui l'ont le plus irrité contre les enfans d'Israël, et pour lesquels il les a plus sévèrement châtiés. Lorsque Moïse envoya à la découverte de la terre de promission, la plupart de ceux qu'il y avoit envoyés rapportèrent qu'il avoient vu des villes très-fortes , et des géansencomparaisondesquelsilsn'étoientque des fourmis ; et ce rapport jeta une si grande consternationparmilepeuple,que désespérant de pouvoir se rendre maître delà terre qui lui avoit étépromise^il parloitdéjàd'élire un chef pour retourner en Egypte. Ils allèrent même jusqu'à vouloir lapider Caleb et Josué, qui tâchoient de les détourner de ce dessein;et alors la gloire de Dieu apparoissant sur le tabernacle : Jusqu'à quand, dit le Seigneur a Moïse, ce peuple-ci blasphémer a-t-il contre moi? jusquà quandrefusera-t-il de me croire }après tant de prodiges que j 'ai faits en sa présence? Je le frapperai donc de la peste, et je le détruirai^). Cependant Moïse ayant intercédé auprès de Dieu pour le peuple , Dieu lui pardonna pour lors à la vérité: Mais, ajoutat-il, tous ceux qui ont vu ma gloire , et les prodiges que fai faits en Egypte et dans le désert , qui se sont soulevés jusqu à dix fois contre moi, et qui n ont point obéi à ma voix , ne verront point la terre que favois

(i) Usquequô detrahet nnhi populos iste ? Quousque non credent niibi , in omnibus signis quae feci coràm eis ? Feriam igitur eos pcstilentiâ, atque consumam. Num. 14. 11. et 12.

juré à leurs pères de leur donner , ni aucun de ceux qui ont blasphémé contre moi ne la verra (i). En eiïel , de plus de six cent mille hommes qui étoient sortis d'Egypte, iin'y en eut aucun qui vit la terre promise ; excepté Caleb et Josué, quiavoient voulu encourager le peuple. Tout le reste mourut dans le désert, en punition de leur peu de confiance; et quant à leurs enfans qu'ils a voient dit qu'ils seroient la proie des ennemis , ce furent eux que Dieu choisit pour les mettre en possession de cette terre. Moïse même et Àaron , pour montrer combien le défaut de confiance est désag; éable à Dieu, furent aussi châtiés de la même sorte, parce que quand ils frappèrent la pierre, comme Dieu le leur avoit commandé, ce fut avec quelque sorte de doute qu'il pût en sortir def 'eau. P \irce que vous ne ni 'avez pas cru Jeur dit le Seigneur, ££ que vous ne ni! avez pas glorifié devant les enfans d } Israël , vous n introduirez point ces peuples dans la terre que je leur donnerai (o). Il la fit voir ensuite à Moïse du haut d'une montagne, et lui dit: Vous Vavez vue de vos yeux , mais vous n'y passerez pas (3) y comme voulant dire : Voilà

(1) Àt+amen omnes homines qui viderunt majestatem meam , et signa quae feci in iEgypto et in soiitudine , et tentaverunt me, jàm per decem vices, nec obedierunt voci meae, non videbunt terrain pro quà juravi patribus eorum , nec quisquam ex iilis qui detraxit mibi , inluebilur eam. ATwm. 14. 22. 23.

(2I Quia non credidistis midi, ut sanctificaretis me coràm filiis Israël, non iutroducetis hos populos in terrain , quarn dabo eis. Num. 20. 12.

(5) Vidisti eam oculis tuis , et non transibis ad illam , Deul. 34. 4.

la terre dont je vous avois promis de vous mettre en possession ; mais pour vous punir de votre peu de confiance , vous n'en jouirez pas. Le défaut de confiance est une offense que Ton fait à Dieu en son honneur, comme nous Ta vons déjà dit ; et voilà pourquoi il le punit si sévèrement.

Nous pouvons tirer de ceci deux instructions. La première , que ledécouragement auquel quelques-uns se laissent aller , soit dans lestentations , soit dans ce qui regarde leur propre avancement dans la vertu , soit enfin dans les ministères que l'obéissance leur a confiés , est une chose très-mauvaise d'ellemême et très-désagréable a Dieu. On diroit, à ne regarder que l'apparence ^, que c'est un sentiment qui ne part que d'humilité ; cependant il ne vient que de ce qu'on s'envisage soimême , comme si c'étoit de ses propres forces qu'on dût tirer le secours dont on a besoin; ce qui est une source d'orgueil très-condamnable. La seconde instruction que nous pouvons tirer de ceci, c'est que dans tous nos besoins et dans toutes nos afflictions, la première chose (jue nous devons faire , est de recourir a Dieu. 11 ne faut pas commencer par mettre en usage tout ce qui dépend de nous, et avoir ensuite recours a Dieu; car c'est là un des grands abus des gens du siècl e, qui d'abord mettent toutes choses en pratique, et remuent toutes sortes de ressorts sans songer à Dieu , et qui n'ont recours à lui , que quand ils ont

inutilement tenté toute autre voie , et que leurs affaires sont comme désespérées. Aussi Dieu permet-il souvent que tous les moyens humains auxquels ils avoient le plus de confiance deviennent inutiles , et tournent même à leur propre confusion. Parce que vous avez eu confiance au roi de Syrie , dit-il a Asa par la bouche de son prophète , et non au Seigneur votre Dieu , V armée du roi de Syrie est échappée de vos mains (i). Dieu s'offense que nous recherchions un autre appui que le sien : c'est pourquoi c'est a lui qu'il faut avoir d'abord recours ; et pour cet effet, une des principales choses que nous devons faire dans l'oraison, c'est d'y bien établir dans notre cœur une entière confiance en Dieu. Car puisque l'établissement des vertus dans notre ame est ce que nous devons nous proposer principalement dans l'oraison , il est raisonnable de nous y occuper à acquérir une vertu qui nous est si importante et si nécessaire. Mais il faut, au reste, pour bien faire, y tra* vaillersans relâche , jusqu'à ce que nous en sentions l'habitude bien formée dans notre cœur , et que nous soyons parvenus à ne recourir qu'à Dieu en toutes choses, et a Démettre toute notre confiance qu'en lui. Il faut que nous ayons continuellement dans la bouche ces paroles de Josaphat, roi de Juàa-.Seigneur, dans l'ignorance oit nous sommes de ce que

(i) Quia habuisti fiduciam in rege Syriae, et non i a Domino Deo tuo, idcircô evasit Syriae régis exercitns de manu tuâ. 2» Paralip. 16. 7.

nous devons faire , tout ce qui nous reste , cest d'élever nos yeux à vous (i) ; et alors , non-seulement nous pourrons toutes choses ^avec Dieu , niais nous commencerons aussi à être heureux avec lui , puisque le Prophète royal nous apprend, que celui-là est heureux , qui met toute son espérance dans le ■Seigneur (2).

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