CHAPITRE î î
Pourqiioi on s'oblige par vœu a ces trois choses.
Mais , dira-t-on , pourquoi s'obliger par vœu à garder la pauvreté, la chasteté et l'obéissance , puisqu'on pourroit le faire sans s'y engager de cette sorte? Tous les théologiens répondent à cela avec saint Thomas(2), que les vœux sont nécessaires , parce que la vie religieuse consiste essentiellement dans les vœux, et que sans les vœux, elle ne
(1) Veque enîm reprehendit me cor meum in omni vitâ meâ. Job. 27. 6.
(2) S. Thom.i. quœst . 1S4. art. 5, et quœst. u66.art.6.
pourroit pas être un état de perfeclion.La raison en est , que l'état de perfection suppose nécessairement une obligation perpétuelle a la perfection : car qui dit état , dit une chose stable et permanente; de sorte que la religion ne pouvant êtreun état deperfeclion, sans une obligation perpétuelle à la perfection, elle ne peut subsister par conséquent sans les vœux par lesque's elle co;itraclecetîe obligation. Ce qui fait que les pvêqiies,dtt saint Thomas(i), sont dans l'étal de perSection^et que les curés n'y sont pas, c'est que les curés ne sont pas obligés pour toujours au FO;n des aines, mais qu'ils peuvent s'en déehai-géc quand ils veulent, et que la sollicitude pastorale est dans les évêques une obligation perpétuelle, dont il n'y a que l'autorité du pape qui puisse les dispenser. Cette même différence se trouve encore entre la perfection d'un séculier et celle d'un religieux,, car quoiqu'il puisse arriver qu'un séculier soit plus parfait qu'un religieux, il est pourtant vrai que le séculier n'est pas dans un état de perfection , et que le religieux y est ; parce que la perfection du séculier n'étant pas confirmée par des vœux comme celle du religieux , elle n'a pas par conséquent la même fermeté et la même stabilité dans le bien que celle du religieux, quant à ce qui regarde l'état de l'un et de l'autre. Un séculier mène aujourd'hui une vie trèspure et très-sainte , et demain il se relâche ;
(0 idem. 2. 2. q. 184. art. 6.
T. V. tn
igi PART. III. TRAITÉ II. CHAP. II.
mais un religieux est toujours dans un état de perfection, quoiqu'une soit pas parfait, parce qu'il est obligé à la perfection par des vœux qui l'engagent pour toujours , et dont il n'est pas en sa liberté de se dégager. Aussi un saint homme (i) étant interrogé si onpouyoit acquérir la perfection chrétienne dans le monde, répondit, que sans doute on le pouvoit , mais qu'il aimeroit mieux un degré de grâce dans la religion, que dix dans le monde ; parce que dans la religion, où l'on est séparé du monde, l'ennemi capital de la grâce, où l'on est continuellement excité à la vertu par de bons exemples , la grâce se conserve et s'augmente facilement ; au lieu que dans le monde il est aisé de la perdre , et difficile de la conserver. C'est pourquoi il concluoit que dans la religion une moindre grâce avec des gardes si sures pour la conserver , et avec tant de moyens de l'augmenter , étoit a préférer k une grâce beaucoup plus grande , avec tous les périls dont on est environné dans le monde. On peut connoître par-là quelle est l'erreur de quelques novices , qui croient que s'ils étoient dans le monde , ils y vivroient dans une si grande piété et dans un si grand recueillement , qu'ils édifieraient le prochain par leur exemple. C'est une illusion du démon, qui ne cherche qu'à les priver, sous ce prétexte , du bien inestimable qu'ils pos-
(\) Le B. H. frère Gilles. Voyez Chist. de fordre de S. François , i. p. I. 6. ch. 10.
AVANTAGES DE !A VIE RELIGIEUSE. Ig5
sèdent et à les tirer delà religion. Car dans
lemonde ils aurontpeut-êtred'abordla même ferveur;ilsseconfesseronttoutesles semaines-
dsferontora.sonets'éloignerontdesoccasions du pèche ; mais comme ils ne sont plus sous la conduite de personne, qu'ils nesont liés à rien par une obligation perpétuelle , et qu'ils rencontrent à tout moment de nouveaux obstacles ils quittent un jour l'oraison, le lendemain ils se dispensent d'aller à confesse.le jour
suivant ils se répandent et se dissipent dans les compagnies , et ils viennent enfin malheureusement à se perdre. Il n'en est pas de même dans la religion ; car il n'est pas en la liberté dunrehg,eux de se dispenser des exercices spirituels, et dese dégager de l'obligation qu'il a contractée par les vœux qui sont ce lien triple , que le Sage dit qu'il est si difficile de rompre (i). M
Nous voyons donc que ce sont les vœux, qui font proprement que le genre de vie auquel Us obligent , est une religion et un état ie perfection ; aussi plusieurs saints (2) tiennent-ils queles apôtres en sont les auteurs , et que Jorsqu ils quittèrent toutes choses pour suivreJesus-Christ.ils jetèrent en eux-mêmes les tondemens de cet état, en confirmant par Vf*D^ ^ k» faisoient; et que est de là qu'est venu dans l'Eglise catho-
&! ^,"iCU/1US ;riP'« difficile rumpîtur. Eccl. 4. i2. *•"•»•« WaUent latte* Dion, de Eccl. Hierar.c.6.
lique , l'usage de se consacrer a Dieu clans la religio i par le moyen des vœux.
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