‹ Pratique de la perfection chrétienne (volume 2)Chapitre 4 sur 58 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Que cette entreprise regarde toute la Compagnie en général: et que ceux qui ne sont pas prêtres ne laissent pas d'y avoir part.

Comme ceux qui ne sont engagés dans la Compagnie qu'en qualité de simples frères , pourroient peut-être penser que la fin dont nous avons parlé ne regarde que ceux qui sont dans le sacerdoce et dans le ministère de la direction des âmes, et que cette pensée pourroit les décourager, nous ferons voir ici pour leur consolation, qu'ils ont aussi leur part a une si sainte entreprise ; et quand ils connoîtront bien que leurs fonctions, quelles qu'elles soient, s' y rapportent toutes, cette considération pourra les exciter as'appliquer à leur devoir avec une nouvelle ferveur. Nous ne faisons tous ensemble qu'un même corps ; et la fin de tout ce corps est celle dont nous avons parlé, c'est-à-dire , non-seulement de travailler à notre propre salut et a notre propre perfection ; mais de travailler aussi au salut et a la perfection des autres. Or, pour parvenir a cette fin, il est nécessaire que

les divers membres de ce corps aient divers emplois : il faut qu'il y ait des religieux qui prêchent, et il faut qu'il y en ait qui confessent ; il faut qu'il y en ait qui instruisent les autres, et il faut qu'il y en ait qui servent les autres dans leurs besoins temporels. C'est ainsi que, dans une armée bien disciplinée, il faut qu'il y ait des troupes qui combattent, et qu'il y en ait qui demeurent au bagage. Les unes cependant n'ont pas moins de part à la .victoire que les autres, et ne doivent pas non plus en avoir moins aux dépouilles et à la récompense. Mais la part de celui oui va au combat et de celui qui demeure au bagage , doit être égale, et ils doivent partager également (1). C'est ce que dit David au retour de son expédition contre les Amalécites; l'Ecriture remarque que cette conduite fut toujours depuis observée par le peuple d'Israël, comme une loi inviolable. Et ce fut sans doute avec justice : car toutes les troupes d'une armée ne composant qu'un même corps , celles qui demeurent au bagage ne contribuent pas moins à la victoire que celles qui combattent, puisque les unes ne pourroient pas combattre,, si les autres ne demeuroient pas au bagage. Il en est de même parmi nous; tous tant que nous sommes de religieux , nous ne formons qu'un corps de soldats chrétiens qui se proposent la conquête des âmes.

(î)iEqua enim pars erit descendentis ad praelium, et re»anentis ad sarcinas , et similiter divident, 1. Reg. 00, 24.

Il n'y en auroit aucun qui pût ou prêcher , ou confesser, ou enseigner , ou étudier, s'il n'y en avoit quelques-uns qui eussent soin du temporel : de sorte que celui qui en prend soin , aide a prêcher, à confesser et à gagner des âmes à Dieu, et a sa part à la victoire et au mérite. Saint Augustin dit que saint Paul , en regardant les habits de ceux qui lapidoient saint Etienne, faisoit pis qu'eux : car c'étoit, dit-il , pour le lapider par les mains de tous , qu'il gardoit les habits de tous; et il faisoit plus de mal par ce service qu'il leur rendoit à tous, que s'il l'eût lapidé de ses propres mains (j ). Que si cela peut se dire des mauvaises actions , on peut encore , à plus forte raison , le dire des bonnes ; Dieu étant beaucoup plus porté à récompenser qu'à punir. Le père Avila, écrivant à deux prêtres, près d'entrer dans la Compagnie, les avertit (2), que quoique par leur caractère ils soient déjà ouvriers de la vigne du Seigneur et que la Compagnie 011 ils ont dessein d'entrer, fasse une profession particulière de travailler au salut des âmes , il ne faut cependant, ni que ce soit ce qu'ils se proposent en y entrant, ni qu'ils s'inquiètent quand on ne les emploiera point dans ce ministère. La raison qu'il en donne , est celle que nous venons de dire, que tout ce qui se fait dans la

(0 t't cnim esset in omnium lapidanliura manibus , ipso omnium vestimenta scrvabat , magis saeviens omnes adjuvando quàm suis manibus lapidando. Aug. serm. i\ de sanctis.

i (2) Tom 5. Bpist.

Compagnie , jnsques aux fonctions les plus basses et les plus viles, c'est comme si on étoit employé a gagner des âmes à Dieu: parce que l'institution de la Compagnie regardant entièrement le salut des âmes , et le progrès qu'on peut y faire dépendant extrêmement de la conservation et de l'augmentation de la Compagnie, tout ce qui vient a y contribuer en quelque façon que ce soit, contribue en même temps à la conversion des âmes, et doit être embrassé par conséquent avec joie. De sorte donc que , comme nous sommes tous membres d'une même Compagnie, nous contribuons tous aussi, chacun dans sa fonction , au fruit qui se fait par le moyen de toute la Compagnie , et nous participons au mérite de toutes les conversions et de toutes les bonnes oeuvres qu'elle fait. C'est ce que noire saint fondateur nous marque expressément dansses constitutions' i),en parlant de ceux qui servent aux besoins corporels de la Compagnie; et ainsi chacun a sujet d'avoir beaucoup de satisfaction et de consolation dans son emploi , et doit regarder comme une grande grâce de Dieu , d'être membre d'un corps qui travaille si utilement à la gloire de Dieu,, au salut du prochain , et à la conversion des âmes. Enfin, comme nous l'avons déjà dit, les fonctions même les plus basses et les plus viles de la Compagnie , contribuent toutes à la conversion des âmes ; parce que cette conversion étant la fin que la

(i) Cap, 6. Exam. %. 3.

Compagnie se propose , c'est contribuer a la même fin avec elle, que de la servir en quoi que ce soit.

Pour montrer encore plus clairement cette vérité, si parmi nous, ceux qui prêchent , qui confessent et qui se mêlent le plus de la conduite des âmes, avoient seuls tout le mérite et toute la gloire du fruit que la Compagnie fait dans les âmes, les supérieurs seroient ceux qui auroient le plus sujet de se plaindre de leurs emplois, parce que ce sont eux effectivement qui peuvent le moins vaquer à ces sortes de ministères; les fonctions qui sont inséparablement attachées aux charges de général, de provincial et aux autres de cette nature,occupant tellement tout leur temps, qu'il ne leur en reste point qu'ils puissent employer au service et au salut du prochain. Cependant , il est vrai de dire que le supérieur qui s'acquitte bien de son devoir, et qui prendgarde que les ouvriers qui sont sous sa charge fassent exactement le leur, rend en cela même plus de service au prochain que s'il étoit continuellement occupé a prêcher , ou à confesser : de même qu'un architecte qui conduit un bâtiment , rend plus de service que tous ceux qui y travaillent , et de même qu'un général d'armée fait beaucoup plus par les bons ordres qu'il donne , que s'il alloit a la charge comme un simple soldat. Il fait même plus que tous,, par le soin qu'il a d'ordoimerdetout/etc'estpourquoic'estalui

quel'on attribueordinairementtoutrhonneur de la victoire. Or, comme par la raison que nous avons dite , les supérieurs ont part au fruit que les prédicateurs et les confesseurs font dans les âmes , aussi tous ceuxqui servent la Compagnie en quelque fonction que ce soit, y ont part encore , parce qu'en soulageant les prédicateurs et les confesseurs des choses qui les détourneroient nécessairement de leurs ministères, ils leur donnent lieu de s'y appliquer entièrement ; ce que sans cela ils ne pourroient jamais faire.

C'est là proprement ne faire tous qu'un corps, et être membres d'un même corps. Or, de même que tous les membres du corps ont desfonctions et des propriétésdjfférentes l'une del'autre, etquecequecbaquemembrefait,il le fait, non pas pour lui seul , mais pour tout le corps , que les piecls , par exemple , ne marchent pas seulement pour eux; que les mains ne travaillent pas pour elles seules -, que la bouche ne mange pas seulement pour elle, et ainsi du reste : de même tous les membres du corps mystique d'un ordre doivent conspirer unanimement au bien général de l'ordre, dans les différentes fonctions qui le regardent. Cette métaphore est prise de l'Apôtre , qui s'en sert pour montrer que tous les fidèles ne font qu'un même corps en J. C. , et que chacun d'eux doit se contenter du rang où il a plu à Dieu de le placer. Le corps , dit-il , est un, et a plusieurs membres, et cependant

tous ces membres ?ie sont quun corps. Que si le pied dit quil n est pas du corps .parce qui! il n est pas la main , laisse-t-il pour cela d'être du corps ? et si V oreille dit quelle nest pas du corps . parce quelle nest pas l'œil, laisse* t-elle pour cela d'être du corps ? Si tout le corps étoit œil , où seroit le sens de Vouïe ? et s'il étoit toute oreille , ou seroit le sens de Vodorât? Comme Dieu donc a placé chaque membre dans le corps . selon quil lui a plu , et que l'ail ne peut pas dire à la main : Je n'ai que faire de votre secours ; et que la tête pareillementnepeut pas dire aux pieds : Vousne in êtes pas nécessaires : aussi Dieu a placé dans son église , en premier lieu , les apôtres ^ en second lieu > les prophètes, en troisième lieu les docteurs; et aux uns il a donné la puissance et la ojertu du commandement , aux autres la grâce de ta guéri son ,, et aux autres V intelligence des langues (i). Il

(1) Corpus unum est, et mcmbra habet multa : ornnia autem membra corpori*, cùm sint multa, unum tamen corpus sunt. Si dixerit pes : Quoniàm non sum marins, non sum de corpore : nùm ideô non est de corporc ? Et si dixerit auris: Quoniàm non sum oculas , non sum de corpore : nùm ideô non est de corpore? Si totum corpus oculus., ubi auditus ? Si totum audituî , ubi oderatus? ÎNùnc autem posnit Deus mcmbra , unumquodque eornm in corpore sicut voluit. ÏS'cn potest autem ccuîus dicere manui: Opéra loâ non'indigeo ; aut itcrùm caput pedibus : Non estis mibi necessarii. Et quosdam quidem posuit Deus in Ecclesià piimùm apostolos , secundo propbetas, tertio doctcresr deindè virtutes , exindè gratias curationum.... gênera linguarum , interpretationes sermonum, etc. Iîa?c autem omnia operatur unus atque idem spiritus , dividens singulis prout vult i Cor. 12» Î2. 13. i5. 16. 17. 18. ai. 28. (t 11,

faut nécessairement qu'il y ait diverses fonctions et divers degrés dans l'Eglise de Dieu : Mais c est toujours un seul et même esprit qui opère toutes ces choses > faisant les partages comme il veut. Il en est de même du corps de la religion. Il ne peut pas être tout oeil, ni toute langue, ni toute oreille : tous ne peuvent pas être supérieurs , prédicateurs et confesseurs. Il faut qu'il y ait des pieds et des mains ; il faut qu'il y ait des religieux qui servent les autres dans les fonctions temporelles , et l'œil ne peut pas dire à la main : Je nai que faire de votre secours ; et la tête ne peut pas dire aux pieds : Fous ne m'êtes pas nécessaires , parce que tout le corps de la compagnie a besoin des différentes fonctions de ses membres, pour parvenir à la fin qu'il se propose ; et ainsi le fruit que toutela Compagnie fait dans les âmes , est l'ouvrage de tous les particuliers ensemble.

Mais ce n'est pas seulement de cette sorte, que tous les religieuxde la Compagnie peuvent contribuer au salut des âmes : car sans parler de l'exemple d'une sainte vie, qui est une des choses qui y peuvent le plus servir, comme nous le dirons ensuite, ils peuvent encore y aider par la sainteté de leurs entretiens avec le prochain, qui est un des moyens par lesquels on fait le plus de fruit dans les âmes. Aussi, entre tous ceux de cette nature, dont saint Ignace parle dans la septième partie de ses constitutions, il marque celui-ci

comme un des plus propres ( i); et comme un moyen général dont tous les religieux, même les simples frères , doivent essayer de se servir dans les occasions. Il désigne même expressément ceux-ci ; et pour nous faire mieux comprendre l'importance de ce moyen , et nous exciter encore davantage a le pratiquer, il en fait une règle particulière. Que tous les religieux, dit-il,, chacun selon son état, s'appliquent dans toutes les occasions, a se rendre utiles au prochain par des entretiens de piété, en exhortant les gens du monde a faire de bonnes œuvres , et sur tout à se confesser. De sorte que ce ne sont pas seulement les prédicateurs et les confesseurs qui doivent essayer de contribuer au salut du prochain par leurs entretiens, en proposant à l'un une sorte de dévotion, et a l'autre une autre; en avertissant celui-ci de ne plus jurer ; celui-là de faire une bonne confession , cet autre qui est déjà plus avancé, de faire l'examen tous les soirs, et ainsi du reste ; mais cette obligation regarde tous les religieux en général , et les simples frères comme les autres. En effet, il y en a eu plusieurs parmi nous, qui ont fait de grands progrès dans les âmes , et qui en ont peut-être gagné davantage à Dieu, que beaucoup de prédicateurs et de confesseurs. On peut encore servir à la conversion des âmes par la prière, qui est un des moyens les plus capables d'y contribuer, comme nous le

(0 i. P. Conslit. c, 4. §. 8. et e. S.exam, §. 4. tt ngul.fa. Ccmrn*

dirons ensuite; et ce moyen est pareillement entre les mains de tout le monde. Souventun prédicateur, ou un confesseur, ou celui qui assiste un malade h la mort, s'imaginera que le fruit qu'il fait dans les âmes , est son ouvrage ; et c'est peut-être celui du frère qui l'accompagne, qui se sera mis en prières pour ce sujet, ou de quelque autre frère qui aura maltraité sa chair a cette intention, et qui aura gémi devant Dieu. Combien les prédicateurs et les confesseurs s'imaginent-ils avoir engendré d'enfans spirituels , qui se trouveront n'êtrepoint à eux au jour du jugement?Ils en sont maintenant les pères putatifs: Oncroit que cet enfant est le fils de Joseph (i). On croit que c'est ce prédicateur ou ce confesseur qui l'a engendré en Jésus-Christ ; et on verra alors que c'est l'enfant des larmes et des prières d'un religieux simple et ignorant. Celle qui étoit stérile a eu plusieurs enfans > et celle qui en avoit plusieurs en a été privée (2). Ce directeur qui sembloit en avoir un si grand nombre , se trouvera peut-être n'en avoir aucun. Réjouissez-vous donc , stérile qui n engendrez point ; éclatez de joie vous qui n enfantez point; car celle qui étoit délaissée aura plus d'enfans , que celle qui a un mari (3). Ré jouissez- vous , mes frères ,

(1) Ut putabatur filius Joseph. Lue 5. 23.

(a) Donec sterilis peperit pîurimos ; et quae multos habebat filios, iofirmata est. 1. Reg. 2. 5.

» »3) Laetare , sterilis, quae non paris: erumpe, et clama qo« non patturis, quia multi filii desertae, magis quàm ejus qu« habet virum. Is. 54. 1. Gai, 4. 27.

vous que l'ignorance et la simplicitésemblent rendre incapables d'avoir des enfans spirituels ; vous en aurez peut-être davantage que les prédicateurs et les confesseurs les plus estimés : et alors , surpris d'étonnement de vous voir tant d'enfans, vous direz en vousmêmes : Oui in adonné ces enfans, à moi qui suis stérile et délaissée, et qui les a élevés (i)? Je ne suis, direz-vous, ni prédicateur, ni confesseur ; je n'ai aucune science, ni aucun talent 5 d'où me viennent donc ces enfans ? Voulez-vous savoir d'où ils vous viennent? Ils vous viennent de vos prières , de vos soupirs , de vos larmes et de vos gémissemens. Car Dieu exauce le désir des pauvres. Le Seigneur fait la volonté de ceux qui le craignent, et il exauce leurs prières. (2) ; et voila ce qui donne tant d'enfans à ceux qui sembloient n'en devoir jamais avoir. Saint François-Xavier disoit (3) que les prédicateurs et les confesseurs dévoient se servir de ce secours pour deux raisons : l'une , afin que le travail étant partagé entr'eux et leurs frères, ils s'ôtassent l'occasion de s'estimer plus qu'eux; l'autre afin d'entretenir toujours de plus en plus l'esprit d'union et de charité. Un avantage qu'ont les frères en contri-

(1) Et dices in corde tuo : Quis gcnuit mihi istos ? ego ste« rilis , et non parens : et illos quis enutrivit ? 1s. 49« 21.

2 Desideriura pauperum exaudivit Dominus. Voluntatem timentium se faciet, et deprecationem eorum exaudiet. Ps. 9. 4i. Ps. i44- 19.

4, (3) Ejus vliœ , /. 6. e. 16.

buant de cette sorte au salut des âmes , c'est qu'ilssont plus ensûreté que les prédicateurs, que les confesseurs et les théologiens. Car les prédicateurs et les théologiens sont continuellement exposés aux attaques de la vanité et de l'orgueil ; et quant aux confesseurs, la direction des âmes est une chose si délicate et si difficile, qu'ils doivent toujours craindre de se tromper dans la conduite qu'ils y tiennent. De plus , ces sortes de ministères et d'emplois sont accompagnés de tant de soins et de tant d'embarras , que souvent pour satisfaire à ce que l'on doit de ce côlé-là , on oublie ce que l'on doit à soi-même et à son avancement spirituel. Mais pour les simples frères, comme leur état les met à couvert de la vaine gloire, et les délivre de ces soins et de ces craintes, le mérite de ce qu'ils font pour la conversion des âmes leur revient tout entier, sans être corrompu par rien : de sorte que sans avoir aucune part avec nous au péril , ils ont seulement part au profit et au mérite, et souvent même la meilleure part. Dieu veuille qu'il n'arrive pas quelquefois que la vaine gloire soit toute la part du prédicateur, et que tout le mérite du fruit qu'il aura opéré soit pour le frère qui l'accompagne ; car ce seroit là un mauvais partage : qu'il fasse par sa miséricorde que nous jouissions tous du fruit de notre travail, en faisant toujours toutes cboses dans la vue de sa plus grande gloire.

30 PART. Iir. TRAITÉ I. CHAP. IV.

\svsv\ Wiv\ w vxtvwsv vvvvasvvsvvvvx vwwwswwwwv VX\N CHAPITRE IV.

Que pour travailler utilement au salut des âmes , il est nécessaire et être premièrement bien établi dans la vertu.

Ces deux choses dont nous venons de parler, travailler à son salut, et travailler au salut de son prochain , sont également la fin de la Compagnie; et elles sont tellement liées ensemble par notre institution, que chacune des deux sert à l'autre , et qu'elles se prêtent réciproquement la main. Aussi les moyens dont la Compagnie se sert pour l'avancement spirituel de ses enfans , sont diflférens de ceux dont se servent les autres ordres, qui ne sont point engagés par leur établissement au service du prochain. Saint Ignace disoit (i), que s'il n'eût envisagé que le bien particulier de la Compagnie , il eût fait plusieurs règlemens qu'il ne faisoit point, pour la laisser plus en état de s'appliquer au service du prochain; et que s'il n'eût considéré que lui-même , il eût couru les rues tout nu comme un fou , pour marquer davantage le mépris qu'il faisoit du monde, et pour donner aussi au monde plus de sujet de le mépriser. Mais le zèle qu'il avoit pour le prochain réprimoit en lui ces mouvemens, et faisoit que de peur de le scandaliser et de le blesser en blessant la gravité et la bienséance, ils'abste-

(1) Lib. 5. ejusvit. capitib. 5. 5. 10.

INSTITUTION DE LA COMP. DE JÉSUS. 3l

noit de toutes les humiliations qui pouvoient y être contraires. 11 dit encore que , s'il eût suivi son inclination , et qu'il eût regardé l'utilité qu'il tiroit du chant de l'église , il en eût établi l'usage dans la Compagnie ; mais qu'il ne l'avoit pas fait, parce que Dieu lui avoit fait connoître qu'il vouloit qu'elle le servît en d'autres exercices de piété. Comme donc la Compagnie ne se propose pas seulement son propre avancement spirituel, mais qu'elle se propose aussi celui du prochain, elle a eu en vue que les moyens qu'elle nous a donnés pour notre avancement pussent nous rendre plus propres a travailler à celui du prochain; et elle a aussi prélendu en même temps que les ministères de charité où nousserions employés pour le prochain, servissent à notre avancement particulier. C'est pourquoi nous devons être persuadés que notre progrès dans la vertu et dans la perfection consiste à nous bien acquitter de ces ministères ; et nous devons d'un côté envisager le service du prochain, comme un moyen propre pour notre avancement particulier, et de l'autre regarderies grâces et les secours que Dieu nous accorde pour notre avancement , comme un moyen d'être plus utiles au prochain.Si nous ne les appliquions pas a cet usage, nous mériterions que Dieu en arrêtât le cours , puisque c'est dans cette Vue qu'il les répand si abondamment sur nous, et que c'est à quoi la grâce de notre

vocation est attachée. De même que ce ne fut point pour l'avantage particulier de Joseph, que Dieu l'éleva à un si haut degré de gloire et de puissance en Egypte , mais que ce fut pour l'avantage de tous ses frères, et pour les sauver delà famine eux et toute leur famille, comme il le reconnut lui-même lorsqu'il leur dit : C'est pour votre salut que Dieu m a envoyé ici devant vous (i); de même ce n'est point pour notre utilité particulière queDieu nous a appelés à laCompagnie et qu'il yrépand ses grâces sur nous avec tant d'abondance; c'est pour l'utilité de notre prochain ; c'est afin que notre lumière luise aux hommes , et non pas afin que nous la cachions sous le boisseau. Mais parlons de chacune de ces deux choses séparément , quoique toujours par rapport à l'autre.

Quant à la première qui regarde l'avancement particulier de chacun de nous, il est certain que pour être en état de travailler utilement à celui du prochain , il faut avoir travaillé premièrement au sien propre ; et c'est ce que l'Apôtre nous recommande en premier lieu , comme le fondement de tout le reste, quand il dit : Veillez sur vous (2). Il faut premièrement que chacun veille sur soi, et s'applique tout de bon a son avancement particulier ; car Dieu , qui est l'auteur de la

(i Pro salute enim vestrâ misit me Deus ante vos. Genesr. 45. 5v

O) Attende tibi. 2. Tim. 4. 16.

grâceaussibien que delà nature, quiembrasse tout fortement d'une extrémité à Vautre, et qui dispose toutes choses avec douceur (i) , garde dans les ouvrages de la grâce le même ordre que dans ceux de la nature, où tout semblable (2), pour parler dans les termes de la philosophie, produit son semblable. Comme donc dans les choses naturelles nous voyons qu'outre les causes générales de leur production , il faut encore une cause prochaine et immédiate de la même espèce, pour donner à chaque être la forme particulière qu'il doit avoir; qu'il faut du feu , par exemple, pour produire un autre feu , et de la lumière pour

Î)roduire une autre lumière : de même dans es choses Spirituelles , Dieu vent que pour produire la patience, la charité et l'humilité dans un cœur, le prédicateur ou le confesseur, qui est la causeimmédiate dont il se sert, soit humble,'patient et charitableJDe plus, comme dans les choses de la nature nous voyons qu'une plante, par exemple , ne produit point de graine pour la multiplication de son espèce, qu'elle ne soit déjà fort grande ; de même , dans les choses de la grâce , Dieu veut qu'on soit grand en vertu et en spiritualité , pour produire des enfans spirituels, et poui pouvoir dire avec l'Apôtre : Je vous ai engendré en Jésus Christ par l Evangile (3).

<0 Attingit à fine usque ad finem fortiter, et disponit omnia suaviter. Sap. 8. i.

(2) Omne simile générât sibi simile.

(3j In Christo Jesu per Evangelium ego vo3 gcnui. 1 . Cor. 4»1 i5.

C'est par cette raison que la première chose à laquelle la Compagnie occupe ceux qu'elle reçoit, c'est a travailler à leur propreavancement , afin qu'ils commencent par faire un fondement solide ; et de là vient aussi qu'elle aetabli divers temps de probation. Premièrement , elle leurfait faire deux années de noviciat avant les études; ensuite, quand toutes leurs e'tudes sont achevées , elle les remet de nouveau au feu , pour leur donner une nouvelle trempe, et elle leur fait faire une autre année deprobation; afin que si parhasard l'attachement à l'étude les a portés à se relâcher le moins du monde du côté de la piété, ils puissent reprendre de nouvelles forces avant que de rommenccr h pratiquer avec le prochain, et qu'ils ne traitent pas les choses spirituelles, sans être bien fondés auparavant dans la spiritualité. Encore même après tout cela , il semble que nous ne cessions presque jamais d'être novices ; la profession se différant si iong-temps,quepresquetoutelaviesepasseen noviciat et en probation, avant quela Compagnienous admette etnous reconnoissepourde véritables ouvriers de la vigne du Seigneur, C'est qu'il est question de nous confier la chose du mondela plus importante,et qu'ainsi il est nécessaire de nous éprouver auparavant, et de voir ce que nous sommes, et de quoi nous sommes capables. Il est question de nous charger non-seulement de lacon version, mais aussi de la perfection de notre prochain;

ainsi il est nécessaire que nous ayons bien travaillé premièrement à la nôtre. On peut voir par-là combien se trompent ceux à qui le temps de ces sortes de probations semble trop long, ou même inutile, et qui, dès le premier rayon de lumière qu'ils reçoivent dans l'oraison , dès la moindre étincelle de piété qu'ils ressentent dans leur cœur, voudroient se jeter tout d'un coup dans la prédication et dansla conduite du pi ocbain.Saint Ephrem déplore cet abus , et dit que c'est un sentiment qui ne part pas de l'Esprit de Dieu, mais d'un esprit de présomption et d'orgueil. On veut, dit-il, enseigner, avant que de rien savoir i on s'ingère de donner des lois et des règles , avant que d'avoir appris ni les règles ni les lois ; on se mêle de raisonner sur tout, avant que de savoir assembler ses lettres ; et avant que d'être capable de recevoir la correction,onentreprenddelafaireauxautres(i).

Saint Grégoire parlant de ceux qui en usent de la sorte , traite parfaitement bien ce sujet ; et afin de rendre les cboses plus sensibles, il se sert de quelques comparaisons familières. Il faut, dit-il, avertir ces gens-là déconsidérer quelespetits oiseauxqui veulent voler avant que d'avoir des ailes, tombent à terre, au lieu de s'élever en l'air; que quand la maçonnerie est toute nouvelle , et qu'on la

(1) Antequàm doceatur , docere appétit ; priùsquàm discat > jura legesque ferre ambit ; aotequàm gyllabas jungere noveril, philoeophatur. Priùsquàm corripi sustineat, corri» pit. Serm, de vitâ et Exerc. Mon.

charge de charpente, on détruit plutôt qu'on ne bâtit , et que les femmes qui accouchent avantterme, remplissentplutôt les tombeaux, qu'elles n'augmentent les familles (i). Les emplois qui regardent la conduite du prochain demandent un grand fonds de vertu et de mortification ; sans cela il y a plus à craindre qu'à espérer pour celui quis' yengage, et vousprendrez plutôtl'esprit etles sentimens du monde, que le monde ne prendra les vôtres. C'est pourquoile mêmesaint Grégoire remarque, que quoique Jésus-Christ, lasagesse éternelle du Père, fût souverainement sage dès le premier instant de sa conception, il ne commença toutefois qu'à trente ans à enseigner les hommes , et après s'y être préparé par sa retraite dans le désert, par un jeûne de quarante jours, et par plusieurs autres austérités. Ce n'est pas qu'il eût besoin d'aucune préparation , dit ce grand saint ; mais c'est quil vouloit nous apprendre par son exemple, quelle est la préparation et la perfection que demande un ministère si élevé. Aussi, lorsqu'à l'âge de douze ans il resta dans Jérusalem, et que ses parens l'y allèrent chercher, ils le trouvèrent dans le temple assis au

(1) Admonendi sunt istî , ut considèrent quôd pulli avium , si ante pennarum perfectionem volare appetant , indè ire in alta cupiunt, indè in ima merguntur. Quôd structure recentibus, necdùm solidatis , si lignorem pondus superponitur non habitaculum , sed ruina fabricatur. Quôd conceptas sobolesfeminoe , si priusquàm plenè formentur , proférant , nequaquàm donios sedtumulos replent.

milieu des docteurs, les écoutant et les fnterrogeant.JLt par-là, continue ce Père, ceux qui sont encore foibles et enfans dans la vertu , doivent apprendre a ne pas se mêler d'enseigner les autres , et à ne pas s'ingérer avant le temps dans un ministère si sublime , puisque Jésus-Christ , a l'âge de douze ans , veut être lui-même instruit par ceux dont il est le maître , et qu'A se contente de les écouter et de les interroger; quoique ce fût lui qui leur inspirât tout ce qu'ils avoient de science et de lumière. C'est encore , dit le même Saint , par cette raison que Jésus-Christ, ayant commandé à ses apôtres d'aller prêcher l'Evangile par tout le monde , et pouvant leur donner dès-lors toutes les grâces qui leur étoient nécessaires pour cet effet , ne voulut pourtant pas le faire , ni leur permettre qu'étant encore foibles et imparfaits, ils allassent annoncer sa parole. Demeurez dans la ville, leur dit-il, jusqu'à ce que vous soyez revêtus de la vertu d'en haut (i). Et

(1) Hinc est quôd idem redemptor noster , cùm in cœlîs sit conditor, et doctor angelorum , ante tricennaie tempos in terra magister noluit fieri hominum , ut videlicet praecipitibus vim saluberrimi timoris infunderet : cùm ipse etiàm qui labi non posset , perfectae vitae gratiam non nisi perfcctà aetate prsedicaret. Quôd cùm Jésus annorum duodecirn dicitur in medio doctorum sedens, non docens , sed interrogans invenitur, quo exemple» scilicet ostenditur, ne infirmus docere quis audeat , si ille puer doceri interrogando voluit, qui per divinitatis potentiam verbum scieatiae ipsis suis doctoribus ministravit, Hinc est quôd ipsa veritas , quai repente quos velle roborare potu-sset, ut exemplum *e<iuentibus daret, ne imperfecti prsedicare présumèrent >

cela , pour nous montrer qu'il faut être bien fondé en humilité , en mortification et en toutes sortes de vertus, pour faire que les emplois qui nous engagent dans le commerce du prochain , puissent être utiles à son salut sans être préjudiciables au nôtre.

Saint Bernard rapporte a ce sujet ces paroles des Cantiques : Notre sœur est petite , et n a point encore de mamelles (i) : et les appliquant a l'état où étoit l'Eglise avant la descente du Saint-Esprit , il dit que l'Eglise étoit alors petite, et qu'elle n'avoit point encore de mamelles ni de lait pour nourrir des enfans spirituels ; mais que quand le Saint- Esprit descendit sur les apôtres, il les remplit du lait de ses dons et de ses grâces. Ils furent tous remplis du Saint-Esprit^ dit l'Ecriture; et ils commencèrent à annoncer en diverses langues les merveilles de Dieu (2), et a opérer des conversions sans nombre. Si vous voulez donc faire du fruit dans les âmes , et élever des enfans spirituels à Dieu, il faut que vous ayez les mamelles pleines d'un bon lait; il faut que l'une soit remplie du lait de toutes sortes de vertus, et l'autre du lait d'une doctrine saine et pure.

Saint Jérôme expliquant ces paroles \Lors-

postquàm plenè discipulos de prsedicatione virtutia instruxit, illico adjunxit : Vos autem , sedete in civitate , quoad usque induamini virtute ex alto. Greg. 5. p. Pastor. adrn* 26» (i) Soror nostra parva , etubera non habet. Cant. 8. S, (aj Repleti sunt omnes Spiritu sancto, et cœperunt loqni variis linguis , magnalia Dei. ^ct. 2. 4. e< il.

INSTITUTION DE LA COMP. DE JÉSUS. 3g

que les nues seront bien remplies ', elles répondront la pluie sur la terre en abondance (i ), dit que les prédicateurs de la parole de Dieu sont les nues; et que comme les nues arrosent la terre quand elles sont pleines d'eau, de même , lorsque les prédicateurs sont pleins des eaux salutaires delà doctrine évangélique, ils en arrosent le cœur des hommes. C est pourquoi lorsque Dieu menaçant sa vigne dans Isaïe, dit qu'*7 commandera aux nues de ne plus pleuvoir sur elle (2 ,. 11 marque par-là, dit ce Père, un des plus grands châtimens dont il a accoutumé de punir les péchés des hommes , qui est d'empêcher que la pluie de sa parole ne tombe sur eux , et de ne point leur envoyer deprédicateurs,ou de permettre qu'ils ne fassent point de fruit. Lors donc que ces nues seront pleines de la pluie céleste de la grâce, elles pourront alors, dit ce Saint, répandre leurs eaux sur la terre, et on pourra leur appliquer ces paroles de Moïse ; Que la terre écoute les paroles de ma bouche; que ma doctrine se répande comme la pluie ; que mon discours tombe comme la rosée ; au il soit comme la pluie sur l'herbe , et comme des gouttes de pluie sur les prés (3).

(i)Hier. in illud : Si repletae fuerint nubes , imbrem saper terram effuodent. Eccl. u.5.

fa) Et nubibus mandabo ne pluant super eara imbrem. h. 5.6. Greg. Moral. L 37. c i4«

(3) Aodiat terra verba oris mei. Goocrescat ut pluvia doc« trina mea ; fluat ut ros eloquium meum , quasi imber super herbam, et quasi stillse super gramina. Deut. 3a. \,et 2k

C'est alors qu'elles pourront rendre la terre fertile, qu'ellespourront détremper et amollir la sécheresse du cœur des hommes, et les rendre capables de produire des fruits de justice et de salut. Mais si ces nues n'ont point d'eau, qu'en arrivera-t-il ? Voulez-vous le savoir? voyez ce qu'en dit saint Jude dans sonépître canonique : Ce sont des nues sans eau , que le vent emporte de tous côtés (i). De même que si les nues ne sont pleines d'eau , elles sont facilement emportées par le vent de côté et d'autre, à cause de leur légèreté ; de même si un prédicateur n'est plein de l'espritd'humilitéet de mortification ,s'iln'est bien rempli de toutesorte de vertu, Usera infailliblement emporté de côté et d'autre par le vent de la vaine gloire et de l'amour-propre ; et cette qualité de prédicateur de l'évangile , cette qualité de nue , qui l'aura élevé au-dessus de la terre, ne lui servira de rien , qu'aie faire plus facilement tourner à toutesorte de vent. Saint Augustin parlant des richesses , dit qu'il est difficile d'être riche sans être orgueilleux, parce que rien n'est plus ordinaire aux richesses, que d'engendrer l'orgueil (2). Chaque chose, dit ce Père , a un ver particulier qui la ronge : toute sorte de fruit, toute sorte de grain , toute sorte de bois a son ver

(1) Hi sunt nubes sine aquâ , quae à ventis circumfcruntur. Jad. seu Tad. ep. unicâ , v. 12.

(2) Difficile est ut non sit superbos qui dires. Nihil est enim quod sic génèrent diviti» , quomodû superbiam. ''"g* l' 5o. hom, i3.

propre 5 et le ver d'une pomme, celui d'une poire , celui d'une fève , celui d'un grain de blé sont tous differens les uns des autres : le ver des richesses, c'est l'orgueil (i). Que si les riches sont si exposés a l'orgueil , à cause que leurs richesses leur attirent l'estime des hommes , combien davantage y sont exposés ceux qui sont élevés comme des nues audessus de la terre ^ pour l'arroser et pour la rendre fertile par la pluie de la parole , qui sont regardés comme des Saints du Seigneur, et que leurs fonctions et leurs ministères rendent vénérables à tout le monde ? Nous devons plus de respect aux prêtres et aux pères spirituels, qu'aux rois et aux princes, dit saint Chrysostôme(2);nous leur en devons plus et nous leur avons plus d'obligation qu'à nos propres pères : car ceux-ci nous engendrent pour le monde et pour vivre avec le monde, mais ceux-là nous engendrent pour le ciel et pour vivre éternellement avec Dieu. Il n'y a rien de si grand parmi les hommes , ni qui attire tant leur respect,, que d'être en réputation de sainteté : tous les honneurs qu'ils rendent par d'autres motifs , ne sont d'ordinaire qu'extérieurs, et sont souvent accompagnés de mépris pour celui à qui on les rend; mais les honneurs qu'on fait à un homme ,

tl) Orane pomum , orane granum, omne frumentum , omne lignum habet vermem suum, et alius est venais mali , alius pyri, alius fabae, alius tritici : vermis divitiarum est superbia. ■<tug. de verb. Dom. sup. Malth. tout. 5.

(a) Chrys. /. 3. de Sacerd.

parce qu'on l'estime saint , sont toujours remplis d'unevénération profondeet sincère. Or , comme la vaine gloire est le ver qui s'attache ordinairement aux bonnes actions, et que plus elles sont grandes et saintes , plus il est a craindre qu'elle ne les corrompe, il faut sans doute un grand fonds d'humilité, pour soutenir le poids delà réputation et des honneurs qu'elles attirent. C'est pourquoi saint Chrysostôme, parlant de la dignité dusacerdoce, et des périls qui l'environnent, met la vaine gloire pour le premier , et dit que c'est un écueil mille fois plus dangereux que tous ceux dont les anciens poètes ont jamais parlé.

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