‹ Pratique de la perfection chrétienne (volume 2)Chapitre 47 sur 58 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Que sur-tout , dans la confession , il faut compter pour beaucoup les moindres choses oui sont contraires à la chasteté.

Saint Rnnavpntnre (i)parlant delà confession, donne une instruction très-importante, et qui regarde tout le monde en général. Il dit que quelque légères que soient certaines choses qui arrivent contre la chasteté. Il faut bien se garder de les taire en confession , sous prétexte ou que ce ne sont pas des péchés , ou que ce ne sont que des péchés véniels , et que Ton n'est obligé de s'accuser que des mortels , car cela a été cause d'une infinité de désordres. La perte de plusieurs âmes n'a commencé que par-là; et Dieu vous garde de donner cette entrée au démon , et de lui ouvrir cette porte, il ne lui en faudroit pas davantage pour vous perdre. Bientôt la honte se joignant dans votre esprit au peu de cas que vous faites de ces choses , vous fera croire que même celles qui sont péché, ou du moins dont on peut douter si elles le sont ou non , ne le sont pas en effet; ainsi vous vous dispenserez encore d'en rien dire dans votre confession. Les personnes qui sont naturellement portées à la vertu, et qui n'ont pas ordinairement la conscience chargée de péchés mortels, sont sujettes à cette mauvaise

(i) In specul. discipl.

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honte, dès qu'il leur est arrivé quelque chose de cette nature. CaiTorgueiletle désir d'être estimé, qui est si naturel a l'homme et si enraciné en lui, venant à se réveiller, fait qu'on craint de décheoir dans l'esprit de son confesseur , et qu'on cherche ensuite des raisons pour se persuader que la chose qu'on a honte de dire , n'est point effectivement un péché mortel , et que par conséquent on n'est point obligé de le dire. Que si cependant on s'en accuse, c'est quelquefois avec des termes et des adoucissemens qui la diminuent et qui l'affaiblissent de telle sorte , que ce n'est presque

plus rien, et que le oonfoceour a peinp h nr\m.

prendre ce qu'on lui dit : ce qui est comme si on ne se confessoit point. Car les choses dont on s'accuse en confession doivent être dites d'une manière si claire , que le confesseur connoisse aussitôt la grièveté du pèche; et lorsqu'en se confessant de quelque faute r on la tourne de telle sorte qu'elle ne paroît point péché , ou que du moins la grièveté et les circonstances nécessaires du péché viennent à n'être pas connues , c'est comme si on ne s'en confessoit nullement. Ce qui empêche un pénitent de s'expliquer aussi clairement qu'il le devroit, c'est que la honte, ou plutôt l'orgueil l'aveugle et le trompe ; c'est qu'il n'a pas une véritable douleur de ses fautes, puisqu'il n'a pas la force de les avouer nettement à son confesseur : car s'il en avoit un véritable regret , il offriroit cette

honte a Dieu en satisfaction de sespéchés. Je dis plus, je dis que la seule re'pugnance qu'on sent à s'accuser d'une chose, doit suffire pour rendre suspectes les raisons qu'on croit avoir de ne pas la dire, quand ce ne seroit que pour vaincre cette répugnance et pour se mortifier , et pour empêcher que la chair et le démon ne l'emportent sur l'esprit.

Mais ce qui rend cela encore plus nécessaire , c'est qu'en matière de chasteté , il y a plusieurs choses que les ignorans ne croient pas péché mortel , et qui le sont effectivement. Il y en a encore d'autres, qui sont si douteuses, qu'il n'est pas aisé de déterminer positivement si elles sont péché mortel ou non; et de celles -la on est ohligé , sous peine de péché mortel, de s'en confesser aussi hien que de celles qui le sont. De sorte que le simple doute qu'on a , si ce qu'on a fait est péché mortel ou non , suffit pour qu'on soit ohligé de s'en accuser, sous peine de péché mortel, et pour que ne s'en accusant pas , la confession et la communion qu'on fera ensuite soient sacrilèges. Il arrive souvent que même le confesseur, quelque habile qu'il soit, ne peut pas décider si ce qu'on lui dit est péché mortel ou non : comment donc le pénitent ose-t-il se constituter juge en sa propre cause , et décider qu'il n'y a point de péché mortel en ce qu'il a fait , et là-dessus prendre le parti de ne pas s'en confesser 1 C'est se hasarder beaucoup , principalement quand on sent

qu'on a de l'inclination à n'en rien dire , et qu'on voudroit pouvoir diminuer sa faute, et la faire paroître moindre , pour diminuer en même temps sa honte. Je ne voudrois pas répondre du pe'nitent qui seroit dans cette disposition ; mais en cela il ne faut point de meilleur juge que la propre conscience de chacun; car celui qui dans sa confession s'accusede plusieurs choses de peu d'importance, ne peut pas ne point avoir de remords, lorsqu'il évite d'en déclarer d'autres qu'il sait être d'une conséquence bien plus grande. Oseriez-vous bien les taire à l'heure de la mort?Noi!,saiiS doute. Gardez- vous doncbien de les taire maintenant, puisque nous devons toujours faire toutes nos confessions et toutes nos œuvres comme si nous devions aller mourir. SaintGrégoire dit que c'est la marque d'une bonne arae , de se faire quelquefois un péché d'une chose qui ne l'est pas (1); mais c'est aussi la marque d'une ame mal disposée, de ne pas craindre le péché où il y a lieu de le craindre.

J'en use ainsi , disent quelques-uns , pour éviter d'être trop scrupuleux ; et c'est la une autre ruse , dont le démon se sert pour les tromper. Car ce n'est pas être scrupuleux que de s^accuser de ces sortes de choses ; puisque ceux qui font profession de piété, s'accusent ordinairement de plusieurs fautes qui sont beaucoup plus légères ; et cela non par né-

(1) Bonarum mentiuni est, ibi etiàm aliquo modo cnlpam agnoscere, ubi culpa non est. Greg. cpist, ad Aug.Respons* 10,

DE LA CHASTETÉ. 3 7g

cessité, ni par scrupule, mais par respect pour l'auguste sacrement qu'ils doivent recevoir ensuite. Il faut une si grande pureté pour s'en approcher, que quelques maîtres de la vie spirituelle conseillent , qu'en ce qui regarde cette matière } on s'accuse même des choses qui ne sont pas péché. Je m'accuse, mon père, devez- vous dire , d'avoir eu des tentations contre la pureté ; et si vous croyez qu'il y ait eu un peu de votre négligence, ou à leur donner entrée, ou à ne les pas chasser assez tôt , ( comme d'ordinaire il arrive qu'il y en ait , a cause de la corruption de notre chair ) vous devez encore le dire, quelque légère et quelque peu criminelle que cette négligence uisse avoir été. Que si vous jugez qu'il ny ait point eu de votre faute, vous pouvez toujours vous accuser d'avoir eu de mauvaises pensées , et a jouter ensuite : Mais par la miséricorde de Dieu , il me semble qu'il n'y a point eu de ma faute, et que j'ai fait tout ce qui dépendoit de moi ; et c'est ainsi qu'il faut encore en user à l'égard des pensées contre la foi. Ils veulent même qu'en matière de chasteté on s'accuse de quelque chose de moindre que tout ce que nous venons de dire, par exemple,, de ce qui arrive en songe, en quoi n'y ayant aucune liberté de volonté , il n'y a par conséquent aucun péché. Cen'est pas qu'il soit nécessaire de s'accuser de ces sortes d'illusions , quand on n'y a point donné occasion , et qu'on sait qu'on n'y a ni contribué , ni consenti ; mais

c'est toujours bien fait de s'en confesser , pour s'humilier davantage; et les personnes de piété , quand il leur est arrivé quelque chose de cette nature, ont coutume, par respect pour le saint Sacrement, de se réconcilier avant que de communier. Les théologiens même demandent s'il ne faut point s'abstenir pour cela de la communion ; et ils disent qu'il seroit plus respectueux de la différer à un autre jour , à moins qu'il n'y eût quelque raison qui en empêchât, telle que seroit celle du scandale que donneroit un religieux, qui s'abstiendroit decommunierlejourmêmeoii toute la communauté communieroit. Mais lorsqu'en cette occasion on se sert de la permission qu'on a de communier , il est bon du moins de suivre le conseil que nous venons de donner.

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