CHAPITRE VI
De quelques remèdes contre les tentations de t impureté.
Dans le quatrième Traité de la seconde partie de cet ouvrage, nous avons parlé en passant de quelques remèdes contre les tentations d'impureté, et nous avons remis a en parler ici plus au long. Le premier qui seprésente est celui de l'oraison, qui nous est donné par les saints, comme un des plus souverains remèdes contre toute sorte de tentations, et qui nous a été enseigné par le Fils de Dieu lui-même, lorsqu'il dit a ses apôtres: Veillez et priez , de peur que vous n entriez en tentation (i). Le vénérable Bède dit (2), que de même que le bruit et les cris font fuir les voleurs , et accourir les voisins au secours , de même la voix de la prière chasse les démons , et fait venir les anges et les saints au secours de celui qui prie. Nous lisons aussi de saint Bernard (3) , qu'une femme impudique l'ayant surpris seul, et s'efforçant de le faire tomber dans l'impureté, il ne trouva point de remèdeplus présent pour se délivrer d'un si grand péril que de crier au voleur. Que si la voix d'un homme effrayé a tant
(1) Vigilate et orate, ut non intretis in tentationem» Maith. 26. 4r.
(2) Beda, in eum. bc, Matth.
(3) Jn vit. S. Bcrn.
de force contre les voleurs, quel pouvoir ne devons-nous point croire qu'auront les cris de l'oraison contre nos ennemis invisibles , qui veulent dépouiller notre ame des tre'sors de la grâce? ne devons-nous pas espérer qu'il prendront la fuite dès que nous appellerons Dieu a notre secours ?
C'est surtout un remède admirable contre les tentations d'impureté , de s'appliquer a méditer sur la passion du Fils de Dieu, et de se cacher dans ses plaies. Il n'y a point, dit St. Augustin, de remède plus puissant contre les ardeurs delà concupiscence, que le souvenir de la mort du Sauveur ( i) ; et je n'en ai trouvé de plus efficace en toutes choses que les plaies de Jésus-Christ ; c'est là que je dors en sûreté, d'un sommeil tranquille, et que je reprends une nouvelle vie (2). Un grave docteur remarque à ce sujet, que l'Ecriture, parlant de la plaie du côté de Jésus-Christ , ne dit pas que Jésus-Christ fut blessé au côté; mais qu lui des soldats lui ouvrit le coté avec une lance (3): afin de nous donner à entendre, ajoute-t-il, que le chemin pour aller au cœur île Jésus-Christ est ouvert, et qu'il faut que nous nous retirions dans les trous de cette
(1) Nullum tara potens est et làm efficax medicamentum contra ardorem libidinis, slcut mors Redemptoris mei. Aug, in Manich. c. 23.
(2) In omnibus rébus non inveni tàm efficax remedium , quàm ruinera Cbrisîi. In illis dormio securus , et revivisco intrepidus. Ibld.
(3) Unus militum lanceâ latus ejus aperuit, Joan, 19. 34.
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pierre dans l 'ouverture de cette muraille (i). Saint Bernard nous propose aussi le même remède : Lorsque vous serez, dit-il , attaqué par quelque tentation d'impureté, appliquezvous a songer a la passion du Sauveur du monde , et dites en vous-même : Mon Dieu est attaché h la croix, et. je me laisserai aller a des plaisirs criminels (2) ? C'est ainsi que le fidèle Urie étant venu de l'armée rendre compte a David de l'état du siège de Rabba, refusa d'aller se reposer chez lui,, quelque fatigué qu'il fût , et répondit à David , qui lui demandoit pourquoi iln'yalloit pas. L'arche de Dieu et le peuple tf Israël et de Judo sont obliges de camper, et Joab, mon seigneur, et les autres serviteurs du roi /non seigneur, couchent sur la terre; et moiyirois dans ma maison boire, manger et dormir avec ma femme? je jure par votre vie et par la mienne que je n enfer ai rien (3). Imitons son zèle, et disons, à son exemple : Seigneur, vous êtes attaché à une croix, oîi vous expiez par vos souffrances tous les plaisirs criminels des hommes; je n'ai garde dem'abandonner à des plaisirs qui vous coûtent si cher.
Quelques-uns dans ces sortes de tentations
(1) In foraminibus petrse , in caverne maceriae. Cant. 2. 14.
(2) Dcus meus pendet in patibulo, et ego voluptati operam dabo ? Bern. m serm. honesiœ vilœ.
(5) Arca Dei , et Israël , et Juda habitat in papilionibus, et dominus meus Joab , et servi domini mei super faciem teri» mancnt : et ego ingrediar domum mcam , ut comedam et bibam , et dormiarn cura uxore meâ ? per salutem tuam , et per salutem anima? me* non l'aciam îemhanc. v.Reg. 11. 11.
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se servent en général du souvenir des dernières fins de l'homme , suivant ces paroles du Sage: En toutes vos actions, songez à votre dernière fin , et vous ne pécherez jamais (i). Quelques autres se servent de la considération particulière de l'enfer, pesant extrêmement cette réflexion de saint Grégoire (2) : le plaisir passera en un moment , mais les peines seront éternelles. Et en effet , descendre tout vivant dans V enfer (3) , et considérer bien ce que c'est que des touraiens qui n'auront jamais de fin, qui dureront tant que Dieu sera Dieu; c'est sans doute un moyen très-propre pour ne pas tomber dans le péché. D'autres trouvent un grand secours dans la pensée de la gloire éternelle , considérant quelle folie et quelle fureur c'est de la perdre , et de perdre Dieu à jamais pour un plaisir d'un moment , et de manquer à faire les choses auxquelles Dieu nous invite , et auxquelles il a attaché des récompenses si glorieuses , pour faire celles auxquelles le démon nous sollicite, et qui doivent être suivies d'une éternité de supplices. Les autres enfin tirent une grande utilité du souvenirde la mort et de l'image du jugement dernier; et comme toutes ces considérations sont trèsbonnes , chacun peut s'attacher à celle qui fera plusd'impressionsurlui.Il arrivera même
m (1) la omnibus operibus tuismemorare novissima tua , et m aeternuna non peccabis . Eccli 7. i0.
(2) Greg. I. 9. Mor. c. 36.
(0) Descenduntin infernum viventes. Ps, 54. 16.
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que l'on sera touché plus vivement, tantôt de l'une et tantôt de l'autre, et ainsi il sera très-àpropos de les mettre toutes en usage.
Il sera encore d'une très-grande utilité et d'un très-grand secours contre ces tentations , de faire le signe de la croix sur son front et sur son cœur, et d'invoquer avec ferveur le saint nom de Jésus. On a vu des effets merveilleux, et les histoires sont pleines des miracles que Dieu a opérés par ce moyen. La dévotion à la sainte Vierge est aussi d'un grand avantage en toutes sortes de rencontres ;et ainsi il n'y a personne qui ne doive en avoir , et qui ne doive dans tous ses besoins recourir a elle avec confiance, étant impossible que celle qui a porté neuf mois en ses entrailles la miséricorde éternelle, ne soit
Ï>as elle-même très-miséricordieuse. Elle est a mère de miséricorde, elle est l'avocate des pécheurs ; et elle les aime, parce qu'elle sait combien son Fils les a aimés, et combien ils lui ont coûté. Elle sait aussi que ce sont eux qui ont été l'occasion pour laquelle le Verbe a pris chair dans ses entrailles , et qu'elle est devenue mère de Dieu; et par cette raison elle les regarde avec plus de tendresse, et se porte plus volontiers a intercéder pour eux auprès de son Fils, duquel elle obtient tout ce qu'elle veut. Car qu'est-ce qu'un fils peutrefuser à sa mère, et principalement untel fils à une telle mère? C'est pourquoiS.Bernard s'écrie avec raison: S'ilya quelqu'unaumonde ,
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Vierge bienheureuse,, qui puisse dire que vous ayez manqué à le secourir, lorsqu'il vous a invoquée dans ses besoins, que celui-là ne parle pas de votre miséricorde (i). Or, si généralement en toutes choses et en toute sorte detenlations, il est utile d'avoir recours a la sainte -Vierge , il l'est encore particulièrement dans les tentations qui regardent la pureté, parce que la sainte Vierge étant très-pure, trèsimmaculée et Vierge par excellence, elle aime à prendre un soin particulier des âmes qui l'invoquent pour se conserver pures. Quelques docteurs parlent de l'extrême pureté de saint Jean-Baptiste, qui fut telle, que même , disent-ils , elle ne fut jamais blessée en lui par le moindre péché véniel^ l'attribue à la visite que la Vierge rendit à sainte Elisabeth, et au séjour de trois mois qu'elle fit auprès d'elle. Cet te visite, dit saint Amhroise,, neregardoit pas moins l'esprit que le corps ; car la familiarité qui et oit entre la Vierge et sainte Elisabeth ne fut pas la seule cause d'un si long séjour ; l'avantage qu'en devoit tirer un si grand prophète y eut part aussi (2). Que si dès qu'elle arriva il en tressaillit de joie dans le sein de sa mère, et fut sanctifié, et si sainte
(1) Sileat misericordiam tnam, Virgo beata , si quis est qui invocans te in necessitatibus suis , sibi memineiit def'uisse. Bern. serm. 4- dcÀssumpt.
0) Non enim sola familiaritatis est causa , quôd diù reroansit , sed etiam sancti vatis proiectus. Ambr. L 2. sup. Luc. c. 9.
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Elisabeth,, lorsque la Vierge la salua la première fois , fut remplie du Saint - Esprit , quel fruit croyez-vous , continue ce Père , que le fils et la mère aient tiré trois mois durant de sa présence? le père Avila dit (i) avoir vu des effets merveilleux de la dévotion à la Vierge , en plusieurs personnes , qui s'étant accoutumées à dire tous les jours quelques prières en mémoire de la pureté avec laquelle elle fut conçue, et en mémoire de la pureté avec laquelle elle conçut et enfanta le Sauveur du monde, se trouvèrent par-là, bientôt délivrées des tentations impures qui les tourmentoient. Ce sont des prières trèspropres pour cet effet que les versets que l'Eglise chante en son honneur.
O Vierge en tout temps vierge , en tout temps secourable , Auprès de votre Fils soyez-nous favorable : Donnez-nous, Vierge pure el pleine de douceur, La douceur de l'esprit , la pureté de cœur (a).
Car en célébrant sa virginité et sa pureté sans tache , nous lui demandons en même temps qu'elle nous obtienne la pureté , afin que nous puissions plaire davantage et à elle et à son sacré Fils.
La dévotion aux Saints et a leurs reliques est encore un très-bon remède contre les tentations. Césaire rapporte(3) a ce sujet une
(0 M. Avila. ci. sup. Audi , fiîia , etc.
(2) Post partum Virgo inviolata permansisti, Dei genitrix , intercède pro nobis. Virgo singularis, inter omnes mitis, nos culpis solutos , mites fac et castos.
(3) Lib. 18. Diat. c. G8.
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histoire qu'il dit tenir de la personne même à qui la chose arriva , qui étoit un religieux de l'ordre de Cîteaux , nommé Bernard. Cet homme qui étoit encore dans le siècle, allant un jour par le pays , fut attaqué de quelques pensées d'impureté ; et comme alors il n'y prenoit pas garde de si près , il ne se mit pas trop en devoir de les chasser , et de résister à la tentation.il arriva cependant qu'un reliquaire qu'il avoit coutume de porter toujours à son cou , et où il y avoit des reliques de saint Jean et de saint Paul , commença à lui donner des coups sur la poitrine ; mais ne compt enantpasce que ce pouvoit être , ou n'y faisant pas autrement réflexion, il continua à s'entretenir encore dans les mêmes pensées , jusqu'à ce que quelqu'autre objet les ayant fait cesser, les coups que le reliquaire lui donnoit cessèrent aussi. Peu de temps après , la tentation ayant recommencé à 1 attaquer,^ les saintes reliques recommencèrent aussi à lui donner des coups comme pour l'avertir d'éloigner de lui ces pensées d impureté: et alors il comprit ce que voulaient dire les coups si fréquens qu'elles lui donnoient ; et avec la grâce de Dieu , il surmonta courageusement la tentation.
C'est encore une dévotion très-louable et d'un grand secours contre les tentations d impureté, de se prosterner souvent devant le saint Sacrement, pour demander à Dieu la grâce de les vaincre; surtout rien ne
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peut contribuer davantage à nous la faire obtenir , que de nous approcher souvent de la sainte communion , puisque le Seigneur lui-même a préparé cette table contre tous ceux qui nous persécutent (i). Les Saints disent que cette table céleste est un grand remède contre toutes sortes de tentations ; mais que particulièrement c'est un remède souverain contre celles de l'impureté ; car ce sacrement adorable amortit le fojer du péché (2) , apaise les émotions de la concupiscence , et éteint l'ardeur de la sensualité , de même que l'eau éteint le feu. C'est ainsi qu'en parle saint Cyrille ; et c'est de ce saint et auguste sacrement , comme nous l'avons déjà dit ailleurs, que lui et plusieurs autres Saints entendent ce passage de Zacharie: Ce qu'il a de bon , et ce quil a de beau , n estce pas cïêtre le froment des élus , et le vin qui fait les vierges (3)?
d) Parâsti in conspectu meo niensam adversùs eosqui tabulant tne. Ps. 22. 5.
(2) Fomes peccati.
(3) Quid enim boDum ejus est, et quid pulchrum ejus , nisi frumentum electorum , et vinum germinans virgines, Zach. 9. 17.
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