CHAPITRE VIII
De quelques autres remèdes contre les tentations d'impureté.
Saint Grégoire dit (i), que quelquefois les tentalious d'impureté et les mauvaises pensées dont on est tourmenté, sont des restes de la mauvaise vie passée , et une punition des habitudes vicieuses dans lesquelles on s'est autrefois entretenu; et qu'alors il faut essayer d'éteindre ce feu par ses larmes, en pleurant amèrement le passé. Saint Bonaventure dit (2) que c'est un bon remède contre les tentations, de les recevoir commeun châtiment qu'on a mérité par le désordre de sa vie passée, et de s'y soumettre avec un esprit de patience et d'humilité, en disant aveclesfrères de Joseph : Nous méritons de souffrir toutes ces choses, parce que nous avons péché contre notre frère (3). Les entrailles de la miséricorde de Dieu sont émues, dit ce père, quand on se reconnoît digne du châtiment qu'il envoie. Et l'Ecriture-sainte nous apprend (4) que le peuple d'Israël se servoit souvent de ce moyen, pour obtenir le pardon de Dieu. Un autre moyen admirable pour attirer les
(1) Greg. l.g.Mor. c. 3oef3r.
(2) Bonav. prog. 4« retig. c. i5.
(3) Meritô haec patimur , quia peccavimus in fratrem nostrum. Gènes. l\%. 21.
(4) Dan. 3. 28 et 9. 5.
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secours de Dieu sur nous dans toutes sortes de tentations, et particulièrement dans celles de l'impureté, et pour faire que nous sortions toujours victorieux du combat, c'est de nous défier de nous-mêmes, et de mettre toute notre confiance en Dieu. Nous avons de'jà parlé ailleurs (i) de cette pratique , et nous en parlerons ensuite, en traitant delà crainte de Dieu : ainsi maintenant il suffit de dire , que généralement parlant , l'humilité ^est un grand remède contre toutes les tentations. C'est une histoire très-connue que celle de la révélation qu'eut une fois saint Antoine(2).Il vit un jour en esprit toute la terre pleine de pièges qui étoient tendus ; et à cette vue s'étant écrier Hélas, Seigneur, qui pourra échapper de tant de pièges ? il entendit une voix qui lui répondit : ce sera l'humble de cœur. Soyons donc humbles de cœur, et Dieu nous délivrera des pièges des tentations. Le Seigneur est la garde des petits , dit le Prophète;/e me suis humilié, et il ma délivré (3). Les montagnes les plus élevées sont celles qui sont les plus battues de l'orage : la tempête arrache et déracine les plus grands arbres ; mais les roseaux, les arbrisseaux et les rosiers qui cèdent et qui plient au vent , reviennent dans leur premier état lorsqu'il est passé.
CO 2 P Tr. ï.c.oSctTr.ï.c. i5.
(2) B uflin . i. 5. V
(3) Custodiens pa ravit me. Ps. ,4. e.
(g Ruffin. L-o.Fit.SS.PP.'n.zç).
v?t r™Sn / JlarvuIos Dominas , humiliatus siim, et libe-
Sur ce principe, un des fruits que nous pouvons tirerde ces sortes detentations,estde nous humilier devant Dieu , dans la connoissance de notre misère et de notre faiblesse ; en lui disant : Vous voyez , Seigneur , ce que je suis ; que peut-on attendre d'un amas de boue et d'ordure , que des exhalaisons infectes? Que peut-on attendre d'une terre que vous avez maudite , que des ronces et des épines"! voilà tout le fruit qu'elle peut produire, si vous ne la cultivez par votre grâce. Nous avons de ce côté-là une ample matière de nous humilier : car si un habillement vil et grossier, qui est une chose purement étrangère à notre personne, sert, comme disent les Saints, à humilier celui qui les porte, combien une infinité de pensées honteuses , qui nous passent à toute heure par l'esprit , et qui se forment au-dedans de nous, nous fournirontelles de sujets pour nous humilier? Le saint frère Gilles clisoit (i) que notre chair étoit comme un pourceau qui prend plaisir a se vautrer continuellement dans la boue , ou comme un escarbot qui ne vit que dans l'ordure. Cette considérationpeulêtre très-bonne, pour nous empêcher d'avoir trop d'attention aux pensées d'impureté; et généralement il est très-à-propos de ne point s'arrêter à combattre les objets que la tentation présente , mais d'en détourner aussitôt ses yeux, pour
(r) Dans l'Hittoire de l'Ordre de S. François, t. p. /. -j.
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les jeter sur soi-même, et pour s'humilier, en disant: Il faut que je sois bien méchant , puisqu'il me passe des choses si étranges par l'esprit -, carde cette sorte on élude le coup que le démon veut porter , et il demeure confus. Il est encore d'une très-grande utilité , dans les pensées et dans les mouvemens d'impureté dont on est surpris, d'en concevoir autant de confusion, que si on en étoit coupable, quoique cependant on se sente très-éloigné d'y consentir. Le démon qui est le père de l'orgueil ne peut voir cette humilité, qu'avec des transports de rage : vous ne sauriez rien faire qui lui donne plus de dépit, et qui l'oblige plutôt à vous laisser en paix , que de tourner ainsi a votre avantage les tentations dont il se sert pour vous perdre; et de plus, cette sainte confusion est une marque d'une volonté bien éloignée de consentir au péché, et par conséquent un grand sujet de satisfaction et de confiance.
Il peut être encore quelquefois utile d'outrager le démon de paroles : par exemple , de lui dire : Arrière de moi , esprit immonde ; malheureux que tu es , n'as-tu point de honte ? il faut que tu sois bien sale, puisque tu me présentes de si sales imaginations à l'esprit. Car , comme le démon est rempli d'orgueil, il aime mieux quitter la place, que de souffrir qu'on le méprise, et qu'on le traite comme il mérite. Saint Grégoire rapporte (i)
1) Lib, 3, Dlal, c, 4.
DE LA CHASTETE. /{il
qu'an saint évêque de Milan, nommé Dace , passant a Gorinthe pour aller a Constantinople, et netrouvantpoint d'autre lieu pourse loger, qu'une maison quiétoit abandonnée depuis long-temps, à cause des esprits, il alla s'y retirer avec sa suite. Vers le milieu de la nuit, comme il reposoit , les démons , sous diverses formes de bêtes , commencèrent à faire un bruit horrible, les uns imitant le rugissementdes lions, et les autres contrefaisant le sifflement des serpens , ou le mugissement des taureaux.Lesaintévêque, quis'étoitéveillé aubruit, les regardant avecindignationetavec mépris: Que vous avez bien réussi, leur ditil, vous vouliez êtresemblables aDieu, et vous vous êtes transformés en bêtes; vous représentez parfaitement bien ce que vous êtes. Cette raillerie, dit saint Grégoire , les rendit si confus, que disparoissant aussitôt, ils abandonnèrent entièrement cette maison , sans jamais y retourner, de sorte qu'elle redevint habitée comme ellel'avoit été autrefois. Saint Àthanase rapporte (i) que saint Antoine étoit continuellement tourmenté par des tentations d'impureté , et qu'un jour un petit nègre, sale, vilain, et qui faisoitmalau cœur, vint se jeter àsespieds, enluidisant: J'aivaincu une infinité de gens, et vous êtes le seul que je ne puis vaincre! Le Saint lui demanda alors qui il étoit ; et le démon lui ayant répondu qu'il étoit l'esprit de fornication : Hé
fi) Dans ta vie de S. Antoine, c. 3.
bien , répliqua le serviteur de Dieu, dorénavant je te mépriserai encore davantage, puisque tu es si méprisable, et aussitôt la vision disparut. Jésus-Christ lui-même appelle dans l'Evangile l'esprit de fornication , l'esprit immonde : Lorsque l'esprit immonde sera sorti de V homme (0; et c'est en le traitant de la même sorte , et en le méprisant comme il mérite de l'être, que nous pourrons le chasser. Il n'est pas même nécessaire pour cela de lui adresser la parole et d'entrer en discours avec lui ; il suffit quelquefois de lui faire voir par quelque signe extérieur , le mépris qu'on a pour lui.