CHAPITRE IX
De la créante de Dieu , et que c'est un souverain remède cojitre les tentations d'impureté.
Travaillez à votre salut avec crainte et tremblement (2) , dit l'Apôtre. Une chose qui peut beaucoup contribuer a nous conserver dans l'esprit de pureté , et généralement à nous maintenir dans la grâce , est de marcher toujours dans la crainte, nous défiant de nous-mêmes , et mettant toute notre confiance en Dieu seul. J'ai appris par expérience, dit saint Bernard, que rien n'est pins propre a attirer la grâce de Dieu, ou à la
«(1) Cùm immundus spiritus exiorit de homine. Lue. 11.
(2) Cum metu et tremore vestram saluten: operamini,
Phitipp. 2. 12.
conserver quand on Ta acquise , ou a la recouvrer quand on l'a perdue , que de ne jamais présumer de soi , mais de marcher toujours devant Dieu en esprit de crainte (i) , suivant ces paroles de l'Ecriture : Heureux V homme qui est toujours clans la crainte (2)/ Au contraire, plusieurs grands Saints ne sont tombés que pour s'être trop confiés en euxmêmes , et n'avoir pas eu assez de crainte ; c'est pourquoi le Saint-Esprit nous avertit que le Sage craint et évite le péril (3). Celui qui aura à porter une liqueur précieuse clans une fiole de verre , ne prendra guère de précautions pour la porter sûrement, s'il ne connoît la fragilité du verre; ainsi il arrivera qu'à la première occasion , le verre se cassera , et la liqueur sera perdue ; mais celui qui saura combien le verre est aisé à se casser , ne manquera pas de prendre toutes les précaution possibles , et par conséquent cette liqueur sera bien plus en sûreté entre ses mains qu'entre celles de l'autre. La même chose arrive à tous les hommes à l'égard de la grâce. Nous portons les trésors de la grâce dans des vases de terre(/\), qui peuvent aisément se briser 5 et déplus , la foule et les
(1) In veritale didici , nihil sequè efficax esse , ad gratiam promerendam , retinendam , recuperandam , quàm si omnï tempore coràm Deo inveniaris non altum sapere, sed timere. Bern. in Cant. serm. 54-
(2) Beatus homo , qui semper est pavidus. Prov. aS. i4»
(3) Snpiens timet , et déclinât à malo. Prov. i4- «6.
{4) Habemus autem thesaurum istuin in vasis fîctilibus* 2. Cor. 4. t.
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bourrasques du monde nous heurtent et nous agitent à tout moment. Ceux qui ne connoissent point assez la fragilité et la foiblesse de la nature , ne prennent point garde à eux , et se perdent par leur négligence et par la sécurité que leur ignorance leur donne; mais ceux qui se connoissent bien eux-mêmes , et qui marchent avec crainte , se tiennent sur leurs gardes, et sont par conséquent plus en sûreté: de sorte que s'il y en a quelqu'une en cette vie , elle est infailliblement pour eux.
Pourquoi , à votre avis , dit saint Bernard (i), quelques chrétiens, après avoir vécu dans une très-grande chasteté pendant leur jeunesse, malgré les violentes tentations dont ils étoient combattus , sont-ils tombés ensuite dans de si grands désordres d'impureté , qu'ils s'étonnoient d'eux-mêmes ? Cela vient de ce qu'en leur jeunesse ils vivoient dans l'humilité et dans la crainte; et que se voyant à toute heure sur le point de tomber, ils avoient continuellement recours à Dieu , qui ne manquoit jamais de les secourir. Mais une longue persévérance dans la chasteté les ayant enfin rendus orgueilleux , et les ayant trop fait présumer d'eux-mêmes, Dieu au même instant a retiré la main qui les soutenoit; de sorte qu'étant abandonnés à leur foiblesse , ils n'ont pu s'empêcher de suivre le mouvement de leur foiblesse ,, qui est de tomber. Saint Ambroise attribue aussi
(i) Bern, de Ord. VU. et Mor. inst.
DE LA CHASTETÉ. ^l5
à la même cause la chute de plusieurs grands personnages , qui , après avoir long-temps servi Dieu, méditant sa loi jour et nuit , crucifiant leur chair , réprimant en eux les ardeurs de la concupiscence , et souffrant les afflictions et les outrages avec une patience généreuse , sont ensuite tombés du faîte d'une vie si parfaite , et si élevée , dans un abîme de désordres et de misères. Ils ont commencé , dit-il , a se confier en la sainteté de leurs bonnes œuvres, et à trop présumer de leurs forces : ainsi le démon , qui n'avoit pu les séduire par les attraits de la sensualité, ni les vaincre par l'effort des persécutions, a trouvéle secret de les faire tomber insensiblement parle moyen de la présomption et de l'orgueil.
L'Ecriture-sainte et les livres des Pères nous fournissent une infinité d'exemples de cette nature. Je ne me souviens qu'en tremblant, dit saint Augustin , de plusieurs grands hommes que nous avons vus , ou dont nous avons entendu parler , qui après s'être élevés par leur vertu jusqu'au ciel , et après y avoir établi en quelque sorte leur demeure, sont tombés ensuite jusque dans le fond des abîmes , et se sont endurcis dans le péché.Nous avons vu , Seigneur , des étoiles et des lumières de votre église tomber du ciel par l'effort du dragon infernal; et nous en avons vu d'autres qui sembloient ensevelis dans la poussière , s'élever miraculeusement tout d'un coup parle
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secours de votre main toute-puissante (i). Combien avons-nous vu de gens qui , après avoir long-temps mangé le pain des Anges à votre table , sont venus à se remplir de la nourriture des pourceaux! Combienèn avonsnous vu qui, après avoir long-temps vécu dans une cbasteté pure et sans tache , se sont ensuite plongés dans toute sorte de saletés et d'ordures.
Qui ne seroit saisi d'étonnement, en lisant ce queLipoman rapporte (2) delà chute malheureuse d'un saint solitaire nommé Jacques? Il étoit âgé de soixante ans , et il y en avoit quarante qu'il vivoit dans la pratique continuelle de toutes sortes d'austérités : il s'étoit même rendu célèbre par plusieurs miracles , et il avoit reçu de Dieu le don de chasser les démons. Un jour ayant délivré une fille qui étoit possédée , et voyant que ceux qui la lui avoieut amenée, craignoient que, s'ils la ramenoient avec eux , le démon ne s'en emparât de nouveau, il consentit qu'elle demeurât quelque temps avec lui, et parce qu'il s'éloit trop confiéen lui-même, et qu'il avoit trop présumé de ses forces, Dieu permit qu'il tombât malheureusement en faute avec elle. Comme
(1) Vidimus multos et audivimus à patribus nostris , ( quod sine magno tremore non recolo ) ascendisse primitùs usque ad cœlos , et inter sidéra nidum suum collocâsse , postmodùm autem recidisse usque ad abyssos , et animas corum in malis obslupuisse. Vidimus stellas de cœlo cecidisse ab impetu ferientis caudce draconis; et eos qui jacebant in pulvere terra?, à facie sublevantis manûs tuae, Domine, œirabiliter ascendisse. Aug. Solit. C. 2(J.
W (a; Lipoman. tom. i.
un péché en attire d'ordinaire un autre , la crainte d'être quelque jour découvert , fit qu'il la tua , et qu'il en jeta ensuite le corps dans la rivière; et pour conclusion, désespérant de la miséricorde de Dieu , il quitta la vie solitaire, et retourna dans le siècle , où il s'abandonna quelque temps a toute sorte de vices, jusqu'à ce qu'enfin rentrant en luimême , il mérita par une rigoureuse pénitence de dix ans , d'être rétabli dans le premier état de perfection duquel il étoit déchu, et d'être mis après sa mort au nombre des Saints.
Quipourroit encore n'être pas épouvanté de ce qui arriva à cet autre solitaire, duquel le grand saint Antoine parle en ces termes? Aujourd'hui , mes frères , il est tombé une des plus fermes colonnes de la vie religieuse ï qui est-ce qui ne doit pas trembler? qui peut se confier sur la sainteté de sa vie et de sa profession? Considérez, dit saint Jérôme, qu'on a vu tomber des personnes d'une vertu bien plus éminente que vous , et qui avoient reçu de bien plus grands dons de Dieu. Vous n'avez ni plus de sainteté que David , ni plus de sagesse que Salomon , ni plus de force que Samson (i) ; cependant ils sont tombés. Un des douze que Jésus-Christ avoit appelés à l'apostolat est tombé aussi, quoiqu'il fût fortifié tous les jours par
(1) Nec tu sanctior David, nec sapienlior Salomone , nec Samsonc fortior, Jlieron. in reg. Morx.c. de catt'tt.
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l'exemple , par les instructions et par les miracles de son divin maître. Nicolas , qui avoit été choisi par les apôtres pour être un des sept diacres , et sur qui le Saint-Esprit étoit descendu , aussi bien que'sur eux , est devenu non-seulement hérétique , mais le chef et le père des hérétiques. Qui ne devra craindre la malice de l'ancien serpent ? continue ce Père : souvenez-vous que par le moyen de l'orgueil il a chassé du paradis terrestre celui que Dieu y avoit mis pour en avoir soin (i) , et qu'il avoit enrichi des dons delà justice originelle. Aussi ne faut-il pas croire , dit saint Augustin (2) , que l'homme eût jamais été trompé par le serpent,, si auparavant il ne se fût séparé de Dieu par l'orgueil : car c'est une vérité que le Saint-Esprit nous enseigne, et dont, par conséquent, il n'est pas permis de douter : Que V orgueil précède V abaissement ; que Y esprit s'élève avant la chute (3) , et que le cœur de V homme vient à s'élever avant que d'être abaissé (4).
Si les exemples des hommes ne vous suffisent pas,, remontez jusqu'au ciel, et vous verrez que c'est par la présomption et par l'orgueil , qu'une infinité d'anges sont tombés de cette élévation glorieuse où Dieu les avoit créés. Voilà même que ceux qui le servent
(1) Mémento quôd paradisi colonum dejecit de paradiso. Idem. ibid.
(2) Aug. I. i. contr. advers. leg. et proph. c. i5. (5) Contritionem prsecedit superbia , et ante ruinani exal-
tatur spiritus. Prov. 16. 18.
(4) Antequam cooteratur, exaitatur cor hominis. Prov, 18. 12.
ne sont pas fermes , et qu'il a trouvé ses anges coupables : à combien plus forte raison ceux qui habitent des maisons qui ne sont que de boue , et qui iiont d' autre fondement que la terre , seront-ils rongés comme des vêtemens par les vers? Du matin au soir ils seront coupés comme Vherbe que Von fauche ( i ). Saint Grégoire (2) écrivant sur ces paroles de Job , les applique parfaitement bien à notre sujet. S'il y a eu, dit-il, si peu de stabilité et de fermeté dans la nature angélique : s'il s'est trouvé tant de mélange d'impureté dans un or si fin , que sera-ce de nous qui n'habitons que des maisons de terre , qui peuvent être détruites en un moment , et qui dépérissent si facilement d'elles-mêmes ? Comment se pourra-t-il faire qu'une ame enfermée dans un corps qui engendre des vers ,: puisse ne pas craindre ? Comment pourront présumer d'eux-mêmes ceux qui ont euxmêmes la source de leur perdition 1 Job, continue ce Père, dit quils seront rongés comme par les vers; et c'est à bon droit qu'il se sert de cette comparaison : car de même que les vers s'engendrent des habits , et qu'ils perdent les habits mêmes dont ils s'engendrent â de même notre chair, qui est comme l'habit de notre ame , engendre une sorte de vers ,
(1) Ecce qui serviunt ei non sunt stabiles, et in angelis suis reperit p«avitatem. Quantô magis hi qui habitant domos luteas, qui terrenum habcnt fundamentum , consumentur velut à tineâ ? de manè usque ad vesperana succidentur. Job. 4. 18. 19. et 26.
(2) Greg. t, Mor, 5, c. 28. et Ub, 11. tf. 25.
qui est la concupiscence charnelle dont nous sommes continuellement combattus ; et quand nous nous laissons vaincre par cette concupiscence, alors nous sommes comme ronges par les vers qui naissent de notre propre chair. Outre cela , comme les vers gâtent les habits , et les rongent sans faire aucun bruit , aussi les vers de notre inclination corrompue, et de ce foyer du péché (i) que nous portons en nous, nous perdent si sourdement et si insensiblement que souvent le mal est déjà fait , que nous ne nous en apercevons pas. Que si de purs esprits , qui n^étoient point revêtus comme nous d'une chair où les vers s'engendrent pour la ronger et pour la coi rompre , n'ont pas persévéré dans le bien, qui de nous sera assez hardi pour se confier a Des propres forces , sachant qu'il porte en lui-même la cause de sa perdition.
Apprenons de tout ceci à marcher toujours dans la retenue et dans la crainte; et malheur à celui qui n'y marchera pas toujours ! on peut bien pleurer sa perte dès a présent ; car il ne manquera pas de tomber. Ce n'est pas moi qui le dis, c'est le Saint-Esprit lui-même : Si vous fie demeurez , dit-il , fermement dans la crainte du Seigneur , votre maison sera bientôt renversée (2) ; c'est-à-dire , si vous ne marchez toujours avec beaucoup de circonspection et de crainte, ayant soin de
(1) Fomes peccati.
(2) Si non in timoré Domini tenueris te instanter , citô eubvertetur domus tua. Eccli. 27. 4»
vous tenir éloigné du péril , d'éviter les occasions , de chasser de bonne heure les mauvaises pensées, et de vous préparer pour le temps de la tentation, vous tomberez infailliblement bientôt. N'allez pas au reste vous abuser vous-même sur ce que peut être vous n'êtes pas maintenant sujet à ces sortes de tentations, et que vous n'êtes attaqué d'aucun mouvement d'impureté , et sur ce qu'il vous semble que la vue et la fréquentation des gens du monde n'ont rien de dangereux pour vous, et ne font aucune mauvaise impression sur votre esprit. Ne vous fiez pas à cela : c'est une adresse du démon , qui tâche de vous rassurer de cette sorte pour vous surprendre au bout de quelque temps , lorsque vous y penserez le moins , et pour vous précipiter dans l'abîme. Il faut, au contraire, et c'est le sentiment des saints, il faut se tenir d'autant plus sur ses gardes, que l'on a plus reçu de grâces et de bénédictions de Dieu, parce que c'est alors que le démon est plus envenimé contre nous^ et plus ardent à notre perte» // aime à se nourrir des viandes choisies (i) , dit le Prophète ; il aime mieux , comme nous le montrerons hientôt par des exemples, procurer la chute d'unserviteur de Dieu, et d'un religieux qui aspire à la perfection , que celle de plusieurs milliers de personnes qui vivent dans les désordres du siècle. C'est par cette raison que saint Jérôme écrivant à la sainte
(0 Gibus ejujj electus. Habac* c. i. 16.
vierge Eustochium, l'avertit de ne pas se négliger par une trop grande confiance sur la sainteté de son état. Il ne faut pas, dit-il, que la sainteté de votre résolution vous donne de l'orgueil, mais de la crainte : vous êtes chargée dJor , donnez- vous de garde des voleurs : cette vie est une carrière pour tous les hommes -, nous courons ici pour être couronnés ailleurs, comment pouvez-vous espérer du repos dans une terre qui n'engendre que des ronces et des épines (i)? Il ne faut s'assurer de rien dans cette vie : c'est une guerre continuelle; il faut s' y tenir incessamment sur ces gardes. Nous voguons sur une mer orageuse , et dans une méchante nacelle qui fait eau de toutes parts ; nous sommes environnés d'écueils ; et les démons qui ne songent qu'à nous perdre, ne cesssent d'exciter contre nous des tempêtes pour nous submerger. C'est pourquoi , veillez , justes 3 dit l'Apôtre , et gardez-vous bien dépêcher (2); et que celui qui croit être debout prenne garde de tomber (3). Certainement s'il y a quelque chose qui puisse nous en empêcher et nous mettre en état desûreté,c'estde marcher toujours ainsi dans la défiance et dans la crainte.
J'ai entendu raconter (4) à ce sujet une
(1) Nolo tibi venire superbiam de proposito , sed timorem ; onusta incedis auro , latro tibi vitandus est. Stadium est haec vitamortalibus : bic contendimus, ut alibi coronemur* Pacem arbitraris in terra quae tribulos générât , et spinas. H'icron. ep. ad Eust. c. n .
(a) Evigilate , justi , et nolite peccare. 1. Cor. i5.34.
(3) Qui se existimat stare , videat ne cadat. I. Cor. 10. 12/
(4) Lib* 5. du vit, S, I§nat% e. i3.
DE LA CHASTETÉ. /\lZ
chose qui arriva au commencement de L'institution de notre Compagnie, et je la rapporterai comme elle m'a été racontée. Lorsque la princesse Marie de Portugal passa en Castille pour épouser le prince d'Espagne, qui fut depuis le roi Philippe II , le père Le Fèyre et le père Araoz passèrent avec elle à la cour d'Espagne par ordre du roi de Portugal , et dès-lors les pères de notre Compagnie commencèrent a être en grande réputation en cette cour. Quelque jeunes qu'ils fussent, car alors il n'y avoitpoint de vieillards parmi nous, ils confessoient presque toutes les femmes de qualité ; et comme ils menoient une vie angélique , on ne cessoit de s'étonner comment il pouvoit se faire que dans une si grande jeunesse , et parmi des occasions si dangereuses, ils conservassent une si grande sagesse et une si grande retenue. Le prince même en étoit rempli d'étonnement et d'admiration, comme le reste de la cour; de sorte que, parlant un jour au père Araoz : On m'a dit , mon père , lui dit-il , que ceux de votre Compagnie ont une herbe qui a la vertu de conserver la chasteté , est-il vrai ? Il est vrai , sans doute, répondit le père qui étoit homme d'esprit.Mais quellesorte d'herbe est-cedonc? reprit le prince. Je vous le dirai, Seigneur, répliqua le père. L'herbe dont notre Compagnie se sert pour conserver la chasteté, est la crainte de Dieu : c'est de la que procède le miracle qu'il a plu à Dieu d'opérer en nous ;
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car la crainte de Dieu a la vertu de chasser les démons , de même que l'avoit le cœur du poisson que Tobie prit en voyageant avec l'ange Raphaël.
Ceci peut encore se confirmer par ces paroles de l'Ecriture. // n'arrivera rien de fâcheux à celui qui craint le Seigneur ; mais Dieu le conservera dans le temps de la tentatiun, et le délivrera de toute sorte de maux (i).La crainte de Dieu chasse le péché (2), et c* est par la crainte du Seigneur que Pan évite le mal (3).Voilà l'herbe que nous devons toujours porter sur nous, pour nous préserver contre les tentations de l'impureté : à moins que nous n'avons toujours cette crainte salutaire devant les jeux, il n'ya point de sainteté qui soit en assurance ; il n'y a point de sainteté dont on puisse répondre. Aussi le Saint- Esprit voulant nous faire connoître que cette crainte ne doit jamais nous abandonner, nous avertit de demeurer dans cette crainte^ et d'y vieillir (4). Car elle ne convient pas seulement à ceux qui commencent a servir Dieu, elle convient aussi à ceux qui sont déjà les plus avancés dans son service ; et les justes mêmes doivent craindre aussi bien que les coupables. Que ceux-ci craignent, parce qu'ils sont tom-
(1) Timenti Domiuum non occurrent mala , sed in tentatione Deusillum conservabit, et liberabit à malis. Eccll.oo. i.
(2) Timor Domini expellit peccatam. Eeel'u 1. 27.
(5) Et per timorem Domini déclinât omnis à malo. Prov, ]5. 26.
(4) Serva timorem illius (Dei), et in illo veterasce. Eccli* a. 9.
bés : que ceux-là craignent de même afin qu'ils ne tombent pas. Les chutes passées doivent faire trembler les uns , l'incertitude de l'avenir doit faire trembler les autres. Heureux V homme qui est toujours dans la crainte (i)?