CHAPITRE VIII
Des moyens de faire du fruit dans les âmes 3 et premièrement de la sainteté de la vie } gui est le premier moyen»
Nous parlerons maintenant de quelques moyens généraux, qui peuvent aider à faire du fruit dans les âmes , et qui nous sont marqués dans la septième partie de nos constitutions ; et nous laisserons à part les autres moyens particuliers dont il est parlé dans la quatrième partie, et qui ne regardent proprement que 1( s religieux qui sont déjà prêtres. Mais quoique ce que nous nous proposons de dire ici semble se rapporter principalement au salut et à l'avancement spirituel du prochain , il ne laissera pas cependant de se rapporter aussi à notre propre avancement et à notre propre salut. Car ces deux choses, comme nous l'avons déjà dit au commencement de ce traité, sont tellement liées ensemble , que ce qui sert à l'avancement spirituel du prochain, sert aussi à notre propre avancement ; et que ce qui sert au nôtre, sert pareillement à celui de notre prochain : de sorte que tout ce que nous dirons sur ce sujet, pourra être d'une égale utilité pour tout le monde. Le premier moyen dont saint Ignace nous recommande
de nous servir pour l'avancement des âmes, est celui du bon exemple et de la sainteté de la vie. En premier lieu , dit-il , le bon exemple qu'on donne en menant une vie sainte et chrétienne, est d'un grand pouvoir sur les esprits ; c'est pourquoi il faut avoir soin d'édifier notre prochain autant ou plus par nos actions que par dos paroles (i). En effet , le moyen le plus efficace et le plus propre pour faire beaucoup de fruit dans les âmes , c'est de mener une vie sainte et irréprochable , et d'être soi-même tel qu'on veut que les autres soient. Comme plus un arbre devient grand , plus il rapporte de fruit et d'utilité à son maître; de mêmeplus un prédicateur ou un confesseur fait de progrès clans la vertu , plus il se rend utile à ceux dont Dieu lui a confié la conduite.
L'importance, au reste, et la nécessité de ce moyen se font voir, premièrement en ce qu'il est certain que l'exemple a plus de force sur les hommes que toutes les paroles du monde; et c'est pour cela que le Sauveur des âmes nous a enseigné le chemin du ciel par ses actions , avant que de nous l'enseigner par ses paroles. Jésus-Christ , dit saint Luc., commença à faire et à enseigner (2) ; il voulut pratiquer trente ans durant s ce qu'il ne devoit enseigner que trois ans. Et saint Jean-
(1) Et primo quidem confert bonum exemplum totius ho~ nestatis ac virtutis Christian» , ut non minus bonis operibus, imô magis quàm verbis aedificationi esse quibuscum agitur» curent. 4. p. Const. e. 8.
(s) Coepit Jésus facere et doccre. Act. 1, 1.
Baptiste, dit saint Jérôme (i), choisit aussi la retraite du désert , pour annoncer le royaume de Dieu , et il s'appelle lui-même la voix de celui qui crie dans le désert (2). Mais pourquoi, dit ce père , le prédicateur et le précurseur de Jésus-Christ choisit-il le désert pour y prêcher ? Car le désert semble plus propre pour n'y être ni vu, ni entendu de personne , que pour y instruire les autres. C'est, répondit-il, qu'ilsavoit bien quel'exemple touche plus que les paroles , et qu'ainsi il vouloit par l'exemple de l'austérité de sa vie, porter les hommes a faire des fruits dignes de pénitence, et à imiter ce qu'il pratiquoit. C'étoit, comme dit l'Evangile, unflambeau qui brûloit et qui éclairoit (3) 1 il brûloit en lui-même de l'amour de Dieu , et il éclairoit les autres par l'exemple de sa vie sainte et pénitente.
C'est un mot de Sénèque qui est dans la bouche de tout le monde , que pour aller à la vertu, le chemin des préceptes est long, mais que celui de l'exemple est court ; parce que les hommes ajoutent plus de foi à ce qu'ils voient faire , qu'à ce qu'ils entendent dire (4). Saint Bernard en rend une autre raison. L'exemple , dit-il , est une leçon trèsefficace et très-propre à persuader; car il montre que tout ce qu'on nousenseigne est faisable,
(1) Hier. Epist. de verâ cîrcnmsis.
(2) Ego vox claniantis in deserto. Joan. i. »3.
(3) Erat lucerna ardens et lucens. Joan. 5.55.
(4) Longum iter est per prsecepta : brève et efficax per exèmpla. Quia hommes awpliùs oculis quàia auribus creductt. Sen. Ep t. i. c. 16.
et c'est là ce qui nous touche le plus (i).Lafoiblesse de l'homme est si grande , dit saint Augustin (2), que difficilement seporte-t-iià faire le bien , s'il ne le voit pratiquer aux autres : aussi il importe extrêmement que les prédicateurs de l'Evangile soient gens de bien , afin que leurs auditeurs aient en eux un modèle à imiter. L'Apôtre connoissoit bien cette vérité, et le pouvoir de l'exemple, quand ildisoit aux Corinthiens : Soyez mes imitateurs, comme je suis imitateur de Jésus- Christ (3). Ajoutez à cela que quand la vie d'un prédicateur est conforme à sa doctrine , il persuade bien mieux ce qu'il dit , parce qu'on voit quJil est persuadé le premier ; au lieu que lorsque ses actions ne répondent pas a ses paroles, il ne sauroit faire grancleimpression. Saint Basile et saint Chrysostôme , parlant de ceux qui ne prêchent que par leurs discours, disent (4) que ce ne sont pas de véritables prédicateurs , mais seulement des comédiens , qui représentent un personnage sur le théâtre, et qui ne sont rien moins que ce qu'ils représentent. Vous représentez bien le caractère de l'humilité; vous représentez bien la vanité des choses du monde, et îe mépris que l'on doit en faire ; mais si vous n'êtes
(i) Sermo vîvus et efficax exemplum operis est , plurimùm faciens suadibile , quod monstratur factibile. Dern. scrm. de S. Ben.
(*) 4ug. I. 1 . contra Cres. gram- e. 6.
(3) Imitatores meiestotc, sicut et ego Christi. r. Cor. 4. 16.
(i) Basil. Hom. n4« ^hrys. hom. 2, in Acia. -^post, circâ illud : Cœpit Je* us facere et docere.
effectivement humble , si vous ne méprisez véritablement tout ce qui peut vous éloigner de Dieu , vous n'êtes point un prédicateur de l'Evangile, vous n'êtes quJuu comédien qui jouezunrôle. Saint Basile compare (i) encore ces sortes de prédicateurs à des peintres qui, étant fort laids, ne laissent pas de faire de très-beaux portraits. Ils peignent , dit-il , l'humilité avec tous les traitset toutesles couleurs qui lui conviennent le plus, mais ils sont remplis de vanité et d'orgueil ; ils font de belles peintures de la patience, mais l'impatience et la colère les emportent à tout moment; ils font enfin de beaux tableaux de la modestie, durecueillementetdusilence;mais ils sont continuellement dissipés par mille choses frivoles. Saint Augustin les compare à des termes qu'on met dans les carrefours des grands chemins , pour montrer le chemin aux passans , et qui demeurent toujours en une place: c'est, dit-il, ce que firent les scribes et les pharisiens , qui enseignèrent aux mages le chemin deBethléhem, mais qui n'y allèrent pas avec eux. Saint Jérôme écrivant sur ces paroles des proverbes : Le paresseux cache sa main sous son aisselle , et cest une peine pour lui que de la porter à sa bouche (2) , dit que ce paresseux dont parle le Sage, est la figure d'un prédicateur qui ne pratique pas ce qu'il dit, et dont les actions ne sont pas d'ac-
(1) Basil, Hom. o4- Serm. 54. de Temp. (s) Abscondit piger manum «ub ascellâ suâ , et laborat si ad os suum eam converterit. Prov. 26. i5.
cord avec les paroles. Saint Grégoire de Nazianze dit que ceux qui ne prêchent pas par leurs actions aussi bien que par leurs pa rôles appellent les âmes d'une main et les chassent de l'autre; ils bâtissent d'une main et détruisent de l'autre : semblables auxscribes et aux pharisiens que le Fils de Dieu reprend si sévèrement dans l'Evangile. Malheur a ceux auine pratiquent pas ce qu'ils disent; ils ne touchent point les cœurs, etnefont aucun fruit par leurs discours : Mais celai qui fera et qui enseignera, celui-là, dit leSauveur du monde, sera appelé grand dans le royaume du ciel (i). Il n'appartient qu'à ces prédicateurs apostoliques , qui font tout ce qu'ils enseignent , de toucher véritablement les cœurs , et de faire beaucoup de fruit dans les âmes. C'est que la sainteté de leur vie attirant sur eux la vénération de tout le monde , fait qu'on les considère plutôt comme des anges , que comme des hommes , et qu'ainsi tout ce qu'ils disent est reçu comme venant du Ciel , et fait par conséquent une impression bien plus vive dans le cœur. Aussi l'Apôtre veut-il (2) que les ouvriers du Seigneur mènent une vie irréprochable , qu'il soient irrépréhensibles dans leurs actions et dans leurs paroles , et qu'ils soient a tout le monde un exemple de toute sorte de vertus ; afin que par ce moyen leur doctrine pénètre mieux dans le cœur
(1) Qui autem fecerit etdocuerit, hic raagous vocabitur in regno coelorum. Matth. 5. 19.
(a) 2. Tim. 2. i5. et Tit. s. 7.
des hommes , et y détruise tout ce qu'y sJj trouve de contraire a Jésus-Christ.
La sainteté de la vie est donc le premier moyen par oii il faut commencer à se rendre utile au service des âmes ; premièrement , parce que le bon exemple est d'un grand pouvoir ; et en second lieu , parce que si nous voulons être des instrumens propres a faire beaucoup de fruit dans le prochain^ il faut auparavant avoir fait beaucoup de fruit en nousmêmes et beaucoup de progrès dans la vertu. Saint Ignace dans la dixième partiede ses constitutions (i) , parlant des moyens d'arriver à la fin pour laquelle notre Compagnie a été instituée, qui est le service des âmes , dit que les moyens qui nous disposent pour ceteffet à l'égard de Dieu, et par lesquels nous nous mettons entre ses mains , afin qu'il fasse de nous tout ce qu'il lui plaît, tels que sont la piété et toutes les autres vertus chrétiennes, sont des moyens bien plus propres que ceux qui nous disposent a l'égard du monde, tels que sont les sciences et les autres moyens naturels ; et qu'ainsi c'est sur les premiers que nous devons principalement insister. Que tons , dit-il (2) , s'adonnent aux choses spirituelles et aux vertus solides , et que l'on se fonde principalement là-dessus , parce que ce sont les dons intérieurs de la grâce qui donnent la force et l'efficace aux sciences et aux
(1) 10. p. const. %. s8.
(2) Begul. 16. summ.
lalens naturels , et qui les rendent utiles pour la fin que nous nous sommes proposée. lia raison en est claire : c'est que véritablement si nous n'avions que des vues humaines , la prudence humaine et les autres moyens humains pourroient suffire pour y réussir ; mais la conversion et la sanctification des âmes qui est la fin que nous nous proposons , étant une fin divine et surnaturelle , qui n'a nulle proportion et nul rapport avec les moyens humains dont nous pourrions nous servir, et qui ne peut être l'ouvrage que de Dieu , il est constant que nous ne pouvons parvenir à cette fin que par des moyens divins et surnaturels. Celui qui a dit dès le commencement du monde : Que la lumière soit faite , et la lumière fut faite (1): dont les paroles sont comme le feu (2) , et qui a les paroles de la vie éternelle (3), celui-là seul peut donner de l'efficace a nos paroles et à nos discours,pourfairenaître une nouvelle vie dans les âmes : ainsi plus nous serons unis à lui , plus nous deviendrons des instrumens propres a les convertir et a les sanctifier ; parce qu'alors nous serons plus en état d'attirer ses grâces sur nous, et par conséquent de les communiquer aux autres.
Saint Denis parlant delà sainteté et de la perfection que doivent avoir les prêtres et les
(0 Fia» lux, et facla est lux. Ccn. 1. 5.
(z) Verbameasunt quasi ignis. Jcrcm. 23. 29.
(5) Verba vitxacternae habes. Jean. 6. 6g.
gO PART. III. TRAITÉ I. CHAP. VIII.
ministres de l'Evangile que Dieu a choisis pour être les dispensateurs de son sanget de sa parole, dit qu'ils doivent être saints afinde sanctifier les autres , parfaits afin de rendre les autres parfaits > et éclairés afin d'éclairer tous les fidèles par leur lumière (i). Il faut qu'ils soient enflammés de l'amour de Dieu, afin d'en pouvoir enflammer les autres; parce que , comme dit St. Grégoire, celui qui n'est point embrasé, n'embrase point (2) : ce qui est conforme à ces paroles que saint Thomas de Villeneuve avoit coutume de répéter si souvent (3) : Comment d'un cœur glacé peutil sortir des paroles enflammées! Voulez-vous que vos paroles enflamment votre prochain] faites qu'elles partent d'un cœur embrasé de l'amour divin ; ce sera alors que vous communiquerez a tout le monde ce feu aue 1*» Fils de Dieu est venu apporter sur la t Je suis venu mettre le feu sur la terre ; et qu est-ce que je veux sinon quelle brûl ce sera alors qu'un mot que vous direz . ^ plus d'effet ; que tout ce que vous auriez pu dire dans un autre temps.
Platon, parlant des vertus del'aiman, fait une comparaison dans laquelle il a passé les bornes de sa connoissance : il dit que, comme le fer touché de l'aiman attire le fer, de même
(1) Sacri et sacrantes ; perfecti et perficientes; illuminât» et illuminantes
(2) Quinon ardetj non incendit.
(0) Ch. 8. de sa vie.
(4) Ignem veni mittere in terrain ; et quid volo > niai vit ardeat? hue. 12. 49.
un homme touché de Dieu attire les autres hommes. Que si vos paroles ne sont pas d'un homme touché de Dieu, comment pourrontelles attirer les autres a Dieu ? et comment pourrez-vous enflammer les autres de l'amour de Dieu, si vous n'en êtes enflammé le premier? La rhétorique mêmen'enseigne-t-elle pas, qu'il n'y a point de meilleur moyen pour exciter les passions dans le cœur des autres ,
?ue de les exciter premièrement dans le sien? !ar comment un orateur fera-t-il pleurer ceux qui l' écoutent , s'il ne verse pas une larme? comment leur inspirera-t-il de la douleur , s'ils ne s'aperçoivent point qu'il soit affligé ? et comment les portera-t-ilà avoir de l'indignation , s'ils voient qu'il n'en a point? Il en est ici de même : comment inspirerezvous le mépris du monde à vos auditeurs, si vous ne méprisez pas véritablementlemonde? comment les porterez vous à la mortification et a la pénitence , si vous n'y êtes nullement porté? et comment les rendrez-vous humbles, si vous ne l'êtes pas vous-même? On ne peut pas communiquer aux autres ce que l'on n'a pas en soi-même ; on ne donne point ce que l'on n'a pas;lessentimens que vous n'avez pas en vous-même, comment voulez-vous les inspirer aux autres? Les prédicateurs qui n'ont rien que des paroles , sont comme des pièces d'artillerie que l'on tire sans boulet, et dont tout l'effet se termine à faire beaucoup de bruit : ils font beaucoup de bruit par leurs
g2 PART. III. TRAITÉ 1. CHAP. VIII.
paroles , mais c'est comme s'ils frappoient l'air ( i); car du reste, ils ne louchent le cœur de personne , parce qu'ils n'ont point au-dedans d'eux-mêmes ce qui doit toucher., et qu'ils n'ont point l'esprit de Dieu, qui est ce qui donne le poids et la force à tout ce qu'on dit.
Le talent delà prédication ne consiste pas à savoir mettre en usage tous les artifices de l'éloquence, et a dire des choses très-spirituelles et très-relevées ; car ce n'est point de cette sorte que prêchoitle vase d'élection que Dieu avoit choisi pour opérer la conversion des Gentils. Pour moi, mes frères, dit-il, parlant aux Corinthiens , lorsque je suis venu parmi vous , pour vous annoncer le témoignage de Jésus-Christ , je iiy suis point -venu avec des discours relevés et pleins d'une profonde science ; car je n ai point cru que je susse quelque chose parmi vous, si ce n est Jésus-Christ, et Jésus- Christ crucifié. Jenai point fondé mes paroles et ma prédication ^ ajoute-t il ensuite, sur des termes propres à persuader suivant les règles de la sagesse humaine, mais sur t l'esprit et sur la puissance de Dieuqui éclatoient en moi', afin que votre foi ne soit pas aussi fondée sur la sagesse des hommes , mais sur la puissance de Dieu. Jésus-Christ , dit-il ailleurs , ne ma pas en* yoyé pour prêcher l'Evangile avec des discours étudiés , de peur de rendre par-là la
(i) Quasi aërem vciberans. ï. Cor. 9. 29.
croix de J. C. inutile (i). L'histoire ecclésiastique loue les anciens Pères , de ce que méprisant les vains ornemens de l'éloquence , ils se contentoient de donner de saintes instructions aux peuples, et d'appliquer aux maladies spirituelles de leurs auditeurs, les remèdes qui pouvoient y être les plus propres. C'est aiusi que nous devons en user dans nos prédications. Car nous ne nous prêchons pas nous-mêmes , dit l'Apôtre , mais nous prêchons J. C. Notre*Seigneur (2). Et sans doute les prédicateurs quis'attachent à faire paroître leur érudition et leur éloquence , feront toujours peu de fruit par deux raisons. Premièrement , par la raison que nous avons déjà dite , qui est que pour peu que les auditeurs aient de sens , ils connoissent bien que celui qui prêche de la sorte , s'admire lui-même dans tout ce qu'il dit, et songe bien plus à me paroîlre son éloquence et à attirer leur approbation, qu'à les instruire et à procurer leur salut. En second lieu, parce que l'éloquence même et l'arrangement des paroles empêchent que ce qu'on dit ne fasse du I fruit ; et qu'ainsi plus il paroîtra qu'on aura
(1) Ego cùm venissem ad vos , fratres , veni non in subli-
i mitate sermonis, autsapientiae, annuntians vobis testimonium
Christi. Non enim judicavi me scire aliquid inter vos, nisi
; Jesum Christum, et hune crncifixum. Sermo meus et praedi-
ji catio mea non in persuasibilibus homanae sapientiae verbis ,
sed in ostensione spiritûs et virtutis , ut fides vestra non sitin
sapientiâ hominum, sed in virtute Dei : non in sapientiâ verbi,
ut non evacuetur crus Christi. 1. Cor. 2, 1. 34. 5. et 1. 17.
(2J Non enim nosmetipsos praedicamus, sed Jesum Christum Dominum nostrum.2. G>r. 4. 5.
q4 PART. III. TRAITÉ I. CHAP. YIII.
apporté de soin à ce qui regarde les paroles , moins elles toucheront. Ceux qui ont donne des préceptes de rhétorique ne disent-ils pas eux-mêmes , que le sens languit dans un discours où l'on s'attache trop aux paroles (i) < Us veulent dire par-là que la trop grande application au choix des paroles refroidit 1 imagination , et la rend moins vive pour la production des choses; et ils veulent dire encore que l'affectation dans les paroles distrait les auditeurs del'attention qu'ils devroientavoir pour les choses, et fait qu'au lieu de songer £ ce qu'on leur dit , ils ne songent qu'à la manière dont on le dit. Que si les maîtres de la rhétorique regardent cette affectation comme un grand vice dans un orateur, à combien plus forte raison doit-on la blâmer dans m prédicateur de l'Evangile, qui ne doit songer qu'au profit spirituel de ses auditeurs; car c est pour Vutilité , dit l'Apôtre , que la *** festation de V esprit de Dieu a été donneex chacun (2) : ainsi un prédicateur ne doit limais envisager autre chose que 1 utilité de; âmes. Prêchez de sorte, dit saint Jérôme, que l'Eglise retentisse des gémissemens de vos auditeurs, et non pas de leurs acclamations , et que leurs larmes soient vos louanges (3). La
(3) Jacet sensus in oratione , ubi verba laudantur. QuinU
' (à) TJnicaique aatem datur manifestatio spiritûs ad utili-
tatem.i. Cor. 12.7. . ,. , É^«i
(3) Docente te in ecclesiâ , non clamor popuh , sed gémi
tussuscitctur. Lacrymœ auditorum landes tu» sint. £/>»'•