‹ Pratique de la perfection chrétienne (volume 3)Chapitre 2 sur 68 · SI · texte numérisé non relu

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de temps , il l'etnployoit à l'oraison et à la lecture spirituelle , ajoutant à cela de fréquentes austérités, qu'il continua jusque dans les derniers temps de sa vie : et comme on lui représeotoit une fois qu'il ne pourroit pas y résister , il répondit qu'un religieux qui ne se mortifioit pas , étoit déjà mort. Voilà quel étoit cet excellent maîlre de la vie spirituelle ; mais la lecture de ses ouvrages le fera encore mieux connoître; car il n'y a rien proposé à suivre , dont il n'ait donné lui même l'exemple ; et sa vie n'a été autre chose qu'une pratique continuelle de ce qu'il a enseigné dans ses écrits.

ALPHONSE RODRIGUEZ Aux Religieux de la Compagnie de Jésus.

&aint Grégoire ayant été prié d'écrire des avis spirituels pour la conduite de quelques maisons religieuses , s'en excuse en ces termes dans la 27.mcÉpître du 6.mc livre du Registre : « L'exer- ■ cice de la mortification et de la prière faisant ique les religieux ont au -dedans d'eux-mêmes la t source de la sagesse, ils n'ont pas besoin d'être

• arrosés par dehors de quelques gouttes que notre » sécheresse pourroit répandre sur eux. De même xque la fontaine qui étoit au milieu du Paradis

• terrestre, et qui l'arrosoit de toutes parts , en

• entretenoit assez la fraîcheur et la verdure , sans

• que le secours de la pluie fût nécessaire : de

• même ceux qui sont dans le paradis de la reli-

• gion n'ont que faire d'être arrosés d'ailleurs,

• parce que l'oraison et la mortification produi- » sent en eux une source de grâce , qui suffit pour

• y maintenir toujours les vertus dans leur éclat

• et dans leur beauté. »

Jepourrois sur ce fondement, mes RR. PP. et avec beaucoup plus de sujet que saint Grégoire^ m'excuser de la même sorte envers lésâmes fidèles que le Seigneur a plantées dans le jardin de la Compagnie de Jésus , et qu'il y cultive et y arrose par le moyen de l'oraison mentale que l'on y fai$. tous les jours. Mais ce qui m'empêche de rae servir de cette excuse , qui seroit sans doute

très juste , si je m'imaginois que vous attendissiez Je moi des choses nouvelles et dont vous n'eussiez ni connoissance ni pratique, c'est que je ne me suis proposé dans cet ouvrage, que de vous rafraîchir la mémoire de celles que vous savez de\k et que vous pratiquez tous les jours. Je ne ferai même en cela qu'obéir h l'intention de notre saint fondateur, qui ordonne dans une de ses Constitutions, que toutes les semaines, ou du moins tous les quinze jours , il y ait quelqu'un qui nous remette devant les yeux les obligations de la vie spirituelle , de peur que la fragilité humaine , qui nous porte toujours à nous relâcher de nos devoirs, ne nous en fasse perdre le souvenir et discontinuer la pratique. Celte constitution s'observe, grâces à Dieu , avec beaucoup d'exactitude dans toute la Compagnie et y produit de grands fruits. Et d'autant que j'ai été employé plus de quarante ans à faire cette fonction, soit auprès des novices , soit auprès des autres religieux , et que j'ai recueilli beaucoup de choses sur ce sujet , mes supérieurs et plusieurs autres personnes , à qui je dois déférer beaucoup , ont estimé que je reûdrois un service à Dieu et à la religion , et que l'avantage qu'on retireront de mon travail seroit plus grand et plus durable, si je prenois soin de retoucher et de mettre en ordre tout ce que j'ai composé la-d'?ssus.

J'ai remarqué pareillement que dans la constitution dont je viens de parler , saint Ignace met une alternative : i Qu'il y ait quelqu'un, dit-il,

«qui donne de ces sortes d'avertisseniens spirituels aux religieux, ou que du moins les reli- »gieux soient obligés de les lire : • et cela m'a d'autant plus encouragé dans mou travail , que c'est un usage établi dans la Compagnie et recommandé par les Suints, de faire tous les jours quelque lecture qui puisse servir à notre avancement spirituel. Gomme c'est la principale vue que j'ai eue dans cet ouvrage, j'y ai mis pour cet effet devant les yeux, le plus clairement et !e plus succinctement que j'ai pu, les choses les plus e* sentielles et les plus communes de notre profession, afin qu'elles nous servent comme d'un miroir , par le conseil duquel nous puissions , e»i nous y regardant tous les jours , corriger no* défauts et nos imperfections, et orner nos âmes de la parure qui leur convient le plus , et qui peut les rendre plus agréables aux yeux de la majesté divine.

Quoique la principale intention que j'ai eue en cela ait été de satisfaire à l'obligation particulière que j'ai de servir ceux que la religion a rendus, mes pères et mes frères en Jésus-Christ : toutefois , parce qu'il faut étendre , autant que Ton peut , les effets de la charité , et que nous y sommes particulièrementobligés parnotre institution* j'ai essayé de disposer cet ouvrage , de manière qu'il fût utile, non-seulement à toute notre Compagnie en particulier , et à tous les religieux en commun; mais aussi à tous ceux en générai qui aspirent à la perfection du christianisme. C'est

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pourquoi, afin que le titre répondît à l'ouvrage, et marquât que c'étoit un livre à l'usage de tout le monde , je l'ai iutitulé : Pratique de la Perfection chrétienne; et je l'ai appelé Pratique, parce qu'en effet les choses y sont traitées d'une manière qui en peut rendre la pratique très aisée.

J'espère de la miséricorde du Seigneur , que mon travail ne sera pas inutile , et que ce grain de semence de la parole de Dieu , étant semé en une si bonne terre que celle des âmes qui aspirent à la perfection , rendra non-seulement trente et soixante pour un , mais rapportera même au centuple.

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