CHAPITRE XVÏIÎ
Des exhortations spirituelles, et de ce au il faut faire pour en profiter.
Entre plusieurs moyens que la religion nous fournit , pour nous exciter a faire des progrès dans la vertu, un des principaux est celui des prédications et exhortations spiri* tuelles. C'est pourquoi je me propose ici de montrer comment on doit les entendre pour en faire son profit ; et ce que je dirai pour
(i) Tange montes, et fumigabunt Ps. i43. 5.
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nous en particulier , pourra servir d'une règle générale a tout le monde , pour profiter des sermons.
La première disposition nécessaire pour cet efîët, est de ne point aller à la prédication, par coutume, ou simplement pours'acquitter de son devoir ; mais avec un véritable désir d'en tirer du fruit pour son avancement. Considérons quel étoit l'empressement et quelle étoit l'ardeur des anciens Pères du désert , quand ils alloient a ces sortes de réfections spirituelles , et quelles provisions ils enremportoient ensuite dans leurs cellules ; c'est avec ce même esprit que nous devons aller aux exhortations qu'on nous fait; et alors elles ne manqueront pas de nous profiter , delà même sorte que les viandes profitent à celui qui se met à table avec appétit. Saint Clir ysostôme observe, que comme l'envie de manger est une marque de la bonne santé du corps ; de même le désir de se nourrir de la parole de Dieu, est une marque de l'heureuse disposition de Famé. Que si vous ne vous sentez aucune faim pour cette parole, si vous n'y prenez point de goût, c'est un mauvais signe ; vous êtes malade , et votre ame est en un dangereux état , puisque vous avez de la répugnance pour une nourriture qui lui est si propre. De plus, quand ce ne seroit que parce qu'on entend parler de Dieu dans ces exhortations , cela seul devroit suffire pour nous y faire aller avec joie, parce que naturellement
on est bien-aise d'entendre parler de ce qu'on aime ; ainsi vous serez bien-aise d'entendre parler de Dieu , si vous l'aimez : Car celui qui est de Dieu, dit J. C. , écoute la parole de Dieu; et ce qui fait que vous ne V écoutez pas , cest que vous nêtes pas de Dieu (i). En second lieu , pour profiter des prédications, il ne faut pas y apporter un esprit de curiosité, qui n'aille qu'à prendre garde au choix des paroles , à la grâce de la prononciation et de l'action , a la nouveauté des pensées, et à la manière dont on les tourne. C'est ce que nous reprenons avec raison dans les gens du monde, et ce qui fait qu'ils tirent ordinairement si peu de fruit des sermons ; mais, au lieu de s'appliquer à examinerles choses de cette sorte , il ne faut s'attacher simplement qu'a ce qui est la substance du discours. Que dirions-nous d'un malade que l'onseroit sur le point de saigner , et qui , au lieu de se laisser tirer du sang , s'amuseroit a regarder l'étui et la lancette du chirurgien , et a en admirer le travail 1 Laissez , lui diroiton , ces curiosités inutiles , il faut vous saigner , il n'est question maintenant que de cela, et tout le reste est hors de propos. Il en est de même de ceux qui, négligeant ce qu'il y a de plus essentiel dans un sermon , et dont ils auroientleplusbesoin, afin d'en tirer un bon suc pour leur nourriture spirituelle , ne s'ar-
(i) Qui exDeo est, verba Dei audit. Proptereà vos noo audistis , quia ex Deo non estis. Joan. 8 4/«
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rêtent qu'à l'écorce, k l'invention et k la division du discours, k la force et k la pureté des expressions, et enfin à tout ce qui n'est qu'un ornement inutile et un vain artifice de l'éloquence. Ces sortes de gens peuvent être encore très-justement comparés a un crible et k un sas, qui ne retiennent que la paille et le son, et laissent couler le grain et la farine. L'Ecriture-Sainte nous apprend (i) , que quand Esdras lut la loi de Dieu au peuple d'Israël , tout le peuple en fut tellement touché , et pleura si amèrement, venant mesurer ses actions et sa vie passée avec la règle qui luiétoitproposée, que les Lévites avoient une extrême peine a apaiser ses gémissemens. C'est de cette sorte qu'il faut ouïr la prédication , avec une sainte componction et une confusion salutaire de nos fautes; comparant notre vie avec ce que nous entendons prêcher, examinant la différence qu'il y a de ce que nous sommes a ce que nous devons être , et considérant enfin combien nous nous sommes éloignés de la perfection que l'on nous propose.
L d troisième point , qui confirme et qui fortifie davantage le précédent, lequel supposé, nous servira d'une grande précaution contre l'esprit de curiosité, et nous mettra bien plus en état de profiter de ce que nous entendrons , c'est que tout le monde doit se mettre dans l'esprit , que les exhortations
(1) lEsdr. c. S.
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ne sont point faites pour y dire des choses nouvelles et extraordinaires, mais seulement pour nous rafraîchir la mémoire de celles qui sont les pins ordinaires et les plus communes, et pour nous donner plus de chaleur à les pratiquer. En effet , c'est particulièrement dans cette vue, que saint Ignace a institué les exhortations parmi nous , puisque dans la troisième partie des constitutions, après avoir établi les règles qui sont rapportées dans le sommaire: Qu'il jait quelqu'un, dit-il (i), qui toutes les semaines, ou du moins tous les quinze jours renouvelle le souvenir de ces instructions ou de quelques autres semblables , de peur que la foiblesse de la nature ne fasse qu'on les oublie , et qu'ainsi on n'en abandonne la pratique. Le père Natal remarque ici en passant , dans les écrits qu'il a faits sur les constitutions, qu'encore que la constitution parle de huit ou quinze jours , toutefois la coutume qui s'observe généralement dans toute la Compagnie , est de faire ces exhortationsrégulièrement toutes les semaines ; et, sans doute , personne n'en pouvoit parler plus assurément que lui, puisqu'ayant visité presque toutes les maisons de la Compagnie, il en savoit parfaitement bien tous les usages. De manière donc que ces sortes d'exhortations se font pour nous y entretenir des choses mêmes que nous savons le plus, d'autant que la facilité que nous avons
(i) 3. p. Const. c 2. §. 3.
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à les oublier , fait qu'on ne sauroit jamais nous les remettre trop souvent devant les yeux.Mais,qnand nous nous en souviendrions le mieux du monde, c'est en vain que la mémoire est fidèle, si la volonté n'est fervente; et c'est pour l'échauffer et pour l'animer, qu'il faut nous répéter souvent les obligations que nous avons contractées , nous remontrer à toute heure a quoi notreprofession nous engage , et nous représenter quelle est la fin pour laquelle nous sommes entrés dans la religion. Cette sentence de saint Augustin est très-véritable:Quel'entendement est prompt, mais que le mouvement delà volonté est lent (i): c'est pourquoi il faut rebattre souvent les mêmes matières , ainsi que faisoit saint Paul , lorsqu'il écrivoit aux Philippiens : Au reste, mes frères 3 réjouissez-vous dans le Seigneur; il ne m est point pénible, mais il 'vous est d'une extrême nécessité que je vous écrive souvent les mêmes choses (2). L'Apôtre ne manquoit pas sans doute de matière , il avoit des choses assez nouvelles et assez relevées à dire , puisqu'il avoit été ravi au troisième ciel ; cependant il se croyoit obligé de leur répéter celles dont il les avoit déjà entretenus, parce qu'il savoit qu'elles leur étoient plus nécessaires que d'autres. C'est a quoi
(1) Praevolat intellectus , sequitur tardus , vel nullus affectus. Aug.
(2) De caetcro , fratres mei , gaudete in Domino : eadem Tûbis scribere niibi quidem non pigrum, vobis autem necessarium. Phit. 5. i.
doit particulièrement s'appliquer celui qui fait une exhortation ou un sermon ; il ne doit pas songer a ce qui pourra le faire paroître ou plus éloquent , ou plus profond , car il ne prêcberoit ainsi que pour lui-même; mais il doit considérer ce qui pourra faire plus de profit à ses auditeurs, qui ne doivent aussi avoir d'attention que pour cela seul. De cette sorte ils ne s'ennuieront point d'entendre des choses communes, et qu'ils savent de'jà, puisqu'ils verront, que soit qu'ils manquent à les faire , soit que du moins ils ne les pratiquent pas avec toutela perfection possible, il est toujours nécessaire qu'on les en fasse souvenir. En quatrième lieu, il sera d'une très-grande utilité , que tout ce qui se dit dans les exhortations soit reçu de chacun , comme s'il étoit dit particulièrement pour lui , et non pas comme sic' étoit une chose qui ne regardât que les autres. N'en usons pas en cela comme les gens du monde , lorsqu'ils assistent a un sermon.Un grand prédicateur leur adressant une fois la parole : Vous êtes semblables , leur disoit-il , à ceux qui ont soin de couper les viandes à la table des grands , et qui les distribuent à tout le monde, sans rien prendre jamais pour eux. Lorsque vous m'entendez , vous dites :Voilà quiseroit très-propre pour un tel ; ceci conviendroit bien à quelqu'un que je connois ; si une telle personne étoit ici, voilà justement son fait; et cependant vous ne gardez rien pour vous. Je veux qu'au
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banquet de la parole de Dieu , vous soyez tous du nombre des conviés , et non pas de ceux qui ne coupent que pour les autres. Tout ce quun homme prudent entendra dire de bon et de sage, il le louera , dit l'Ecclésiastique , et se rappliquera à lui-même ; mais un homme vicieux et vain ne l 'écoutera quavec chagrin , et le rejettera derrière lui (i). Soyons donc du nombre des sages ; que chacun prenne pour lui tout ce qui se dit , comme si on le disoit à lui seul , et qu'on ne parlât qu'à lui. Ce qui vous semble qui viendroit fort bien a un autre, vous viendroit peut-être encore mieux à vous, si vous saviez vous connoître , et si vous n'étiez comme ceux qui voient une paille dans les yeux de leur procbain , et qui ne s'aperçoivent pas de la poutre qui est dans les leurs. Que si effectivement il n'y a rien pour lors en vous qui ait rapport avec les cboses qu'on dira , ne laissez pas de vous les mettre dans l'esprit pour l'avenir, peut-être en aurez-vous bientôt besoin. Et de cette sorte vous ne sauriez jamais manquer , en les prenant comme si elles ne s'adressoient qu'a vous. En cinquième lieu, pour mieux éclaircir ce que nous venons dédire, il faut que chacun suppose que souvent dans les exhortations , on parle contre de certains dérègle-
(1) Verbum sapiens quodcumque audierit sciencr, laudabit, et ad te adjiciet: audivit luxuriosus, et displicebit illi, et proficiet illud post dorsum suum. Eccli, 21 18.
ESTIME DE LA PERFECTION. iS']
mens , non pas dans la pensée qu'ils se soient déjà effectivement introduits parmi ceux à qui Ton parle ; mais dans la vue d'empêcher qu'ils ne s'y introduisent jamais. Les médecines qu'on donne par précaution, et qui préviennent les maladies , sont encore plus salutaires que celles qui les guérissent ; et c'est a quoi nous avons égard dans nos exhortations, conformément à ce conseil du Sage : Avant que la maladie vienne , usez de remède (i). Nous appliquons le remède avant que le mai se forme : nous exhortons a la vertu et à la perfection , et nous blâmons le vice et le relâchement , afin que chacun étant ainsi averti du danger, se tienne davantage sur ses gardes, pour n'y pas tomber. Du reste, on ne prétend noter personne ; il y auroit de l'imprudence à le faire, et l'on recueilleroit moins de fruit , qu'on nesemeroit de scandale.C'est pourquoi ce seroit très-mal fait de penser , et encore plus mal fait de dire qu'une chose auroit été dite, ou pour celui-ci , ou pour celui-là ; et ce seroit faire un très-mauvais jugement de celui qui prêcheroit, que de s'imaginer qu'il eût eu une vue si déraisonnable. Mais , quoique du côté du prédicateur et du côté de l'auditeur , la circonspection doive être grande là-dessus , il est bon toutefois que chacun prenne pour lui tout ce qui se dit, comme si c'étoit pour lui seul , et à lui seul qu'on le dît. Je ne veux pas qu'il aille se figurer qu'on a eu
(1) Ante languorem adhibe medicinam. Eceti. 18.20.
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dessein de le remarquer ; car cette pensée ne doit jamais tomber dans l'esprit ; mais je veux que mettant la main sur sa conscience , il confronte ses actions et sa vie avec les choses dont on parle, et qu'il dise véritablement : C'est à moi qu'elles s'adressent ; j'avois besoin de cet avertissement ; c'est Dieu qui lui a mis cela dans la bouche pour mon bien ; et de cette façon on ne laissera rien échapper dont on ne tire un grand fruit pour sa réforme , ou pour sa grande perfection. L'Evangile nous marque qu'après le discours que Jésus-Christ fit à la Samaritaine, elle disoit à tout le monde : Venez voir un homme qui ma dit tout ce que j'ai jamais fait{i). Quand le prédicateur parle de telle sorte à ses auditeurs , qu'il leur dit ce qui se passe dans leur cœur , alors il fait effectivement un bon sermon , et sa prédication devient fructueuse.
Nous devons savoir, en dernier lieu, que la parole de Dieu est la nourriture et le soutien de l'ame , et qu'ainsi il faut toujours essayer de n'entendre aucune exhortation, dont nous ne remportions quelque chose qui se conserve dans notre cœur , et qui puisse nous donner des forces pour travailler. Le grain qui a été semé dans une bonne terre, dit le Sauveur, signifie ceux qui écoutent la parole de Dieu avec un cœur bien
(0 Venite, et videte hominem, qui dixit mihi omnia quaecumque feci. Joan. 4. 29.
BSTIME DE LA PERFECTION. 1 5o
disposé , la retiennent , et la font fructifier avec le temps (i). Saint Grégoire parlant sur ce passage , dit (2) que comme le corps est en très-mauvaise santé , lorsque l'estomac ne peut retenir aucune nourriture , et rejette tout ce qu'il prend ; aussi l'ame est en trèsmauvais état, quand le cœur ne retient pas la parole de Dieu. Le Prophète royal a bien connu cette vérité , quand il a dit : J'ai caché vos paroles dans le fond de mon cœur > afin que je ne pèche point contre vous (3). Et en effet , combien de fois arrive-t-il que l'on est tenté , que l'on est en danger de succomber , et que se ressouvenant alors de quelque passage de l'Ecriture , ou de quelque sainte maxime que l'on aura ouï prêcher, on reprend de nouvelles forces , et l'on en tire un puissant secours! Par trois passages de l'Ecriture , Jésus-Christ surmonta les tentations avec lesquelles le démon l'avoit attaqué (4). Par tout ce que nous venons de dire , il est aisé de comprendre combien ceux-là sont blâmables , et se font de tort à eux-mêmes , qui ne vont aux sermons , ou aux exhortations que par manière d'acquit , ou qui s* y laissent aller au sommeil ou à la distraction. Le diable vient , dit le Sauveur dans l'E-
(i) Quod autem in bonam terram , hi sont , qui in corde bono et optimo audientes verbum retinent , et fructum afférent in patientià. Luc. 8. i5.
(2) Greg. Hom. i5. su p. Evang.
(3) In corde meo abscondi eloquia tua, ut non peccem tibi. Psat. 118. 11.
(4) Maith. 4-
vangile , et il arrache la parole de Dieu de leur cœur , de peur qu'ils ne croient et ne soient sauvés (i) : et c'est ainsi que s'accomplit malheureusement en eux la parabole du grain qui fut mangé par les oiseaux , dès qu'il eut été semé. Peut-être qu'une parole que vous avez perdue , lorsque vous vous êtes endormi ou que vous avez été distrait , auroit contribué beaucoup à votre avancement spirituel; et c'est pour cela que le démon qui nourrit une envie mortelle contre vous, tâche par tous les moyens possibles d'empêcher que cette bonne semence ne prenne racine dans votre cœur. Saint Augustin dit que la parole de Dieu est semblable à l'hameçon , qui ne prend que quand il est pris (2). Comme le poisson demeure pris à l'hameçon , ainsi l'on demeure pris par la parole de Dieu , quand on la prend et qu'on la reçoit : c'est pourquoi le démon s'efforce d'empêcher que vous ne la receviez , de peur que votre cœur n'y demeure tellement engagé , que vous ne puissiez jamais vous en déprendre. Essayons donc d'aller aux exhortations et aux sermons , avec la disposition nécessaire , et d'entendre la parole de Dieu , de telle sorte qu'elle prenne racine dans notre cœur, et qu'elle y produise des fruits de justice. Pratiquez-la , dit saint Jacques , et
(i) Venit diabolus , et tollit verbum de corde eorum , ne credeotes salvi fiant. Luc. 8. 12.
(2) Quod tùnc capit , quandô capitur. Aug%
ESTIME DE LA PERFECTION. l6l
ne vous contentez pas de l'entendre ; vous vous tromperiez vous-même , car celui qui entend la parole de Dieu , et qui ne la suit pas, ressemble à un homme qui considère son visage dans un miroir : il se regarde , et s'en va : et bientôt il perd l'idée de tous les traits quil avoit remarqués (i). Ceux qui écoutent la loi , dit saint Paul 9 ne sont pas justes pour cela devant Dieu : mais ceux qui pratiquent la loi seront justifiés (2).
Dans le Pré spirituel (3) qui a été composé par Jean E virât, ou selon quelques-uns , par saint Sophrone , patriarche de Jérusalem, et qui est cité avec éloge dans le second Concile de Nicée, nous lisons qu'un saint homme, nommé Eusèbe, étant un jour assis dans la campagne avec un autre solitaire , appelé Amian , et celui-ci lisant un livre des Evangiles que l'autre lui expliquoit , il arriva qu'Eusèbe regarda des laboureurs qui culti» voient la terre près de là , et que dans le même temps que sa distraction î'empêchoit de faire attention a la lecture , Amian venant a rencontrer un passage difficile , lui en demanda l'explication. Eusèbe qui n'avoit pas été attentif, lui dit de le lire encore une fois :
(1) Estote factores verbi, et non auditores tantùm , fallentes vosmetipsos ; quia si quis auditor est verbi, et non factor, bic cooiparabitur viro consideranii vultum nativitatis suce in speculo : consideravit enim se , et abiit, et statim oblitus est qualis fuerit. Jac. i. 22.
(3) Non enim auditores legis jasti snnt apud Deum , sed factures legis jusiiGcaLuntur. Ad Rom. 2. i3.
(3) Prat. spir. Refcri. ctiàm Thcodoretus in Bis t. iïetig.
l62 PART. I. TRAITÉ I. CHÂP. XVIII.
de sorte qu'Annan connoissant par-lk qu'il avoit été distrait , l'en reprit , en lui disant qu'il n'étoit pas étonnant qu'il n'eût pas entendu les paroles de l'Evangile, puisqu'il s'étoit amusé k regarder des laboureurs. Eusèbe demeura si confus de cette réprimande , qu'il défendit à ses yeux de regarder jamais ni cette plaine , ni même les étoiles du ciel ; et se levant aussitôt , il prit un petit sentier , et se retira dans une méchante cabane voisine , dont il ne sortit jamais depuis. Il vécut plus de quarante ans en cette étroite prison , où il s'étoit lui-même condamné ; et voulant que la nécessité , aussi bien que sa propre résolution , l'obligeât a y demeurer , il se lia les reins avec une ceinture de fer , s'en mit une autre encore plus pesante au col , et les joignit toutes deux par une grosse chaîne qu'il attacha en terre , afin qu'il fût contraint de demeurer toujours courbé , et qu'il ne pût ni marcher librement, ni regarder cette campagne , ni lever même les jeux au ciel. Voilà de quelle manière ce saint homme se châtia lui-même d'une légère inadvertance , d'une simple dissipation d'esprit qu'il avoit eue pendant qu'on lisoit la parole de Dieu. N'estce pas de quoi nous donner une extrême confusion du peu d'état que nous faisons de toutes les distractions qui nous arrivent tous les jours en de semblables rencontres?