PURETÉ D^NT. DANS LES ACTIONS
Lorsque vous voudrez prier , entrez dans votre cabinet , fermez la porte sur vous et priez votre Père en secret : lui qui pénètre dans tout ce quily a de plus secret , vous en donnera la récompense (i). Quand vous ferez V aumône , dit-il au même endroit , que votre main gauche ne sache pas ce que fait votre main droite (2) ; comme s'il vouloit dire : Vous-même vous devriez l'ignorer , s'il étoit possible. Et lorsque vous jeûnerez , parfumez-vous la tête , et lavez-vous le visage , de peur que les hommes ne s'aperçoivent de votre jeûne (3). La vaine gloire est un ennemi subtil et adroit, qui en veut à nos bonnes œuvres ; et c'est pour cette raison que le Sauveur du monde nous recommande d'apporter une extrême précaution à les cacber , de peur qu'elle ne nous en dérobe le mérite. C'est de cette sorte, dit saint Grégoire(4), que les voyageurs cacbent soigneusement leur argent , de crainte d'être volés ; et il rapporte ensuite l'exemple du roi Ezécbias qui , pour avoir montréses trésors aux ambassadeurs deBabyione (5) , fut cause que les Assyriens vinrent quelque temps après assiéger Jérusalem , et
(1) Tuautem, cùm oraveris , inlra ia cubiculum tuum, et clauso ostio, ora Patrem tuum in abscondito, et Pater tuus qui videt in abscondito , reddet tibi. Muttli. 6. 6.
(i) Te autem faciente eleemo^ynam , nesciat sinistra tua quid faciat dextera tua. MaUli. 6. 5.
(3) Tu autem, cùm jejunas , unge caput tuum , et faciero tuam lava, ne videaris ab hominibus jejunans. Matlli. 6. 17»
(4) Greg. I. S Mor. c. 00.
(5) h. Reg. 20. 17.
les enlever. Voila l'image de ce qui arrive à ceux qui font leurs bonnes œuvres avec un esprit d'ostentation; la montre qu'ils en font, leur en fait perdre le mérite. Quelques-uns les comparent aux poules qui font tant de bruit dès qu'elles ont fait leurs œufs,, que parlà on découvre où ils sont, et qu'on les prend. C'est ainsi, disent-ils , qu'on perd le fruit de ses bonnes actions , quand on en parle soi-même, ou qu'on cherche à les faire connoître aux hommes.
Le véritable serviteur de Dieu est si éloigné , dit saint Grégoire, d'en user de cette sorte , que comptant presque pour rien le bien qu'il fait , et qu'il ne peut cacher aux yeux des hommes , il croit en avoir reçu une espèce de rétribution, s'il n'y ajoute d'autres bonnes œuvres , qui ne puissent pas venir a leur connoissance (i). Saint Jérôme rapporte de saint Hilarion , que voyant l'affluence du monde qui le suivoit , et la réputation que lui attiroient ses miracles , il s'affligeoit, et plenroit amèrement tous les jours : et ses disciples lui demandant la cause de sa tristesse et de ses larmes : Il me semble, répondit-il, en voyant l'estime que les hommes font de moi , que Dieu me paie en cette vie des services que j'essaie de lui rendre. C'est la une considération très-salutaire , et dont
(iï Greg. llb. 11. Mor. c. 9. Jàm enim de bonis suis quasi retributionem sibi factam aestimat , nisi eis , et alia quœ ab hominibus nesciuntur, adjungat.