PURETÉ DJINT. DANS LES ACTIONS
cevroitles louanges des hommes que comme des railleries et des injures.
Concluons , par cet exemple , et que la connoissance de soi-même, qui est le remède le plus propre contre la vaine gloire , soit aussi le dernier moyen que nous proposions pour nous en garantir. Si nous creusions un peu au-dedans de nous, et que nous voulussions approfondir ce que nous sommes, nous verrions bien qu'il n'y a pas de quoi nous enorgueillir , mais plutôt de quoi nous humilier et nous confondre. Car nous sommes pleins de défauts, et non-seulement eu ^égard à nos péchés, mais encore eu égard aux actions qui nous paroissent les meilleures et les plus justes : nous trouverons , si •nous les examinons bien , assez d'occasions et assez de matière de confusion et d'abaissement. C'est pourquoi saint Grégoire répète souvent cette sentence : Toute la justice humaine est convaincue d'injustice , si on en juge à la rigueur : car s'il faut que la miséricorde n'ait point de part à la discussion de nos actions, celles dont nous attendons le plus de récompense ne méritent que le châtiment (i). Aussi Job disoit-il quà craignoit toutes ses actions (2) ; c'est-à-dire , qu'il et oit toujours dans une extrême défiance de lur-
(1) Omnis humana justitia injustitia esse conviocitur , si tHstrictè judicetur : si enim remotà pietate discutimur , opus dostrum peeuâ dignum est, quud remunerari prœmiis praestoiamur. Greg. lib. 9. Mor. c. 11 et 1S et lib. 17. c. 10.
(a) Yerebar omnia opéra mea. Job. 9. 28.
même, a cause de beaucoup d'imperfections et de défectuosités qui se mêlent aisément dans tout ce que l'on fait ; lorsque l'on n'est pas sur ses gardes , et que l'on ne veille pas sur soi. Cela étant , sur quoi se fonde notre orgueil , et d'où procède la vaine gloire qui nous enfle l'esprit ; puisque , si nous venons à nous examiner avec attention, et que le soir nous exigions de nous-mêmes un compte exact de ce que nous avons fait tout le long du jour, nous rencontrerons en nous un abîme de misères , mille imperfections et mille fautes que nous avons commises en nos pensées , en nos paroles et en nos actions , mille omissions dont nous sommes coupables ! Que s'il nous est arrivé de faire quelque cbose de bien , nous trouverons souvent que nous avons corrompu le mérite , soit par notre vanité , soit par notre négligence , soit enfin par mille autres fautes que nous connoissons , ou même par une infinité d'autres que nous ne connoissons pas, et que nous devons cependant toujours supposer. Rentrons donc en nous-mêmes; avons recours à la connoissance de notre néant , et regardons nos pieds comme le paon ; c'està-dire , envisageons ce que nos actions ont de défectueux, et aussitôt nous verrons s'abaisser tous ces sentimens d'orgueil et de vanité , que la complaisance de nous-mêmes avoit élevés dans notre cœur.
PURETÉ D'iNT. DANS LES ACTIONS. sSo.j
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CHAPÏTRE VII.
De Ici fin que nous devons nous proposer dam nos actions.
Nous avons déjà fait voir que nos actions doivent être entièrement dégagées de toute sorte de vanité et de respect humain, et par4à nous avons enseigné à fuir le mal. Maintenant nous parlerons de la fin et de l'intention que nous devons avoir dans tout ce que nous faisons , et nous montrerons que la plus grande gloire de Dieu est l'unique but que nous devons nous proposer. Saint Ambroise allègue à ce propos (i) ce que disent les naturalistes, que lorsquel'aigle veut connoître sises aiglons sont légitimes ou non , il les prend dans ses serres , et les tenant suspendus en l'air, les expose aux plus ardens rayons du soleil. S'ils le regardent fixement , il les estime dignes de lui , les reporte dans leur aire , et les élève comme ses petits ; mais s'ils viennent àsiller les yeux, il croit qu'ils ne sont pas légitimes ^ elles laisse tomber de haut en bas. On con~ noîtra de même que nous sommes véritablement enfans de Dieu , si nous arrêtons fixement notre vue sur le véritable soleil dejustice , qui est Dieu ; lui rapportant tellement toutes nos actions,qu'ellesn'aientpoini
(1) Ambros. tib, 5, examen, c. 7.
260 PART. I. TRAITÉ III. CHAP. Vil.
d'autre but que de lui plaire et d'accomplir sa volonté. Les paroles du Sauveur dans l'Evangile , s'accordent très-bien avec ce que nous disons : Quiconque fait la volonté de mon Père , qui est dans les deux > est won frère 3 ma sœur et ma mère (1).
On lit d'un ancien Père du désert, qu'a chaque chose qu'il vouloit commencer , il s'arrêtoit un instant; et un jour quelqu'un lui ayant demandé ce qu'il faisoit : Songez , répondit-il , que toutes les actions n'ont aucun mérite d'elles-mêmes , si elles ne se font avec une bonne fin. Cest pourquoi , de même que celui qui tire au blanc est quelque temps auparavant à prendre sa visée, età bien ajuster son coup : de même moi, avant que je fasse ce que je me propose , je dirige mon intention a Dieu, qui doit être l'unique but de toutes nos œuvres, et ce n'est que pour cela que je m'arrête toujours un moment au commencement de chaque action. Nous devons en faire autant; et comme, pour mieux donner clans le blanc, on ferme l'œil gauche, et l'on ouvre seulement le droit, afin que la vue soit plus ramassée , et se dissipe à moins de choses ; de même , nous devons fermer l'oeil gauche , c'est-à-dire , n'envisager que Dieu seul ; et de cette sorte, nous ne manquerons pas de frapper au but, et de toucher infailliblement le cœur de Dieu : Fous arep
(•) Quicumquc enim fecerit voluntatem Pntu's mei qui io cœlis est, ipse meus frater., et soi or , et raater est. Afatlh, 12 5o.
PURETÉ d'iNT. DANS LES ACTIONS. 26 1
blessé mon cœur , ma sœur , mon épouse : 'vous avez blessé mon cœur avec un de vos yeux (1).
Pour parler plus clairement , et pour descendre dans un plus grand détail , je dis que nous devons essayer de rapporter et de diriger actuellement toutes nos actions a Dieu; et en cela il y a du plus ou du moins. Car , premièrement, nous devons le matin, lorsque nous nous levons, offrir à Dieu toutes nos pensées, nos paroles et nos actions de ce jour-là, et lui demander que le tout soit pour son honneur et pour sa gloire ; afin que , lorsque la vaine gloire se présentera pour y participer, nous puissions lui répondre avec vérité :Vous venez trop tard, tout est donné. Mais il ne 4aut pas encore se contenter de cela ; il faut s'accoutumer , le plus qu'on peut, à ne commencer aucune action , que premièrement •nous ne la rapportions actuellement a la plus grande gloire de Dieu : et de même que dans les bâtimens on ne pose aucune pierre, qu'on n'y applique le plomb et la règle ; de même h chaque action que nous faisons , nous devons appliquer la règle de la volonté et de la plus grande gloire de Dieu. De plus , comme un habile ouvrier ne se contente pas de se servir une fois de la règle et de Téquerre, mais qu'il s'en sert plusieurs fois, et jusqu'à ce que la pierre soit tout-a-fait bien assise ; de même
(1) Vulncrasti cor meum , sorcr mea , sponsa , vulcerâsti cor meum in uno oculorum luornai. Cant. 4« 9*
jce n'estpas assezque nous ayons offert une fois nos actions à Dieu , au commencement de chacune ; mais dans le temps même que nous les faisons , il faut les faire de manière que nous les offrions continuellement à Dieu, en lui disant : Seigneur, c'est pour vous que je fais ceci ; c'est parce que vous me le commandez , c'est parce que vous le désirez de la sorte.
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