CHAPITRE VIII
De ce qu'il faut faire pour agir toujours avec une grande pureté d'intention.
Lorsque les maîtres de la vie spirituelle veulent expliquer de quelle manière on peut faire ses actions avec une extrême perfection, ils oDtcoutume dese servird'une comparaison très-juste. Comme les mathématiciens, disentils, ne considèrent dans les corps que les dimensions et les figures , et font toujours abstraction de la matière , parce qu'elle ne fait rien à leur sujet : de même le véritable serviteur de Dieu ne doit songer dans toutes ses actions «qu'à faire la volonté de Dieu .et nour cet effet, i/lautqu liiasse une entière ansirac-* tion de la matière , c'est-à-dire , qu'il ne regarde point , ni dans quelle charge ou l'emploie , ni quelle chose on lui commande ; parce que ce n'est pas en cela que consiste
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notre perfection , mais seulement à faire la volonté de Dieu, et à chercher sa gloire dans tout ce que nous faisons. C'est ce que nous enseigne le grand saint Basile après l'Apôtre. Toute la conduite d'un chrétien , dit-il , ne se propose qu'un but , qui est la gloire de Dieu; c'est pourquoi, soit que vous mangiez, soit que vous buviez > et quelque chose enfin que vous fassiez, faites tout clans la vue de la gloire de Dieu{i).
Le Sauveur du monde se trouvant fatigué du chemin , ses disciples qui étoient allés acheter a manger pendant qu'il se reposoit sur le puits de Jacob , et qu'il s'entretenoit avec la Samaritaine , le pressèrent, à leur retour, de prendre quelque chose pour réparer ses forces. Mais il leur répondit : J'ai wie viande à manger que vous ne connaissez pas. Et là-dessus , comme ils se deniandoient entr'eux : Quelqu'un lui a-t-il apporté à manger? Ma nourriture , leur ajoutat-il, est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé (2). Voilà quelle doit être notre nourriture dans tout ce que nous faisons. Lorsque vous étudiez en votre particulier, que vous enseignez en public , ou que vous
(1) Victus ac ratio vivendi hominis christiani unum scopum habet ; nempè gloriam Dei ; sive enim cibum capescitis, sive Mbitis , sive aliud quid facitis, omnia in gloriam Dei facite, inquit in Domino verba faciens Apostolus. Basil, de ingl. et ebr. or. i6.
(2) Ego cibum habeo manducare, qucm vos nescitis. JN'ùmquid aliquis attulit ei manducare ? Meus cibus est uf faciam voluntatem ejus qui misit me. Joan. 4. 32, et seq.
prêchez la parole de Dieu, ne vous nourrissez pas du plaisir de savoir et de prêcher ; mais nourrissez-vous du plaisir qu'il yak faire la volonté de Dieu , qui veut que ce soit a ces choses-là que vous soyez alors occupé. Que si vous êtes employé dans les fonctions qui regardent le service temporel de vos frères , u5ez-en encore de même : la nourriture du portier et de l'infirmier n'est point différente en cela de celle du prédicateur et du régent; et vous devez être aussi content dans votre emploi , que chacun d'eux l'est dans le sien. Car, l'accomplissement de la volonté de Dieu étant le sujet de la satisfaction qu'ils doivent avoir , vous pouvez en avoir autant qu'eux, pourvu que, comme un bon mathématicien spirituel , vous ne vous arrêtiez pas à la matière de l'action que vous faites, mais que Tous considériez seulement que vous faites ce que Dieu désire de vous. C'est pourquoi nous devons essayer d'avoir toujours dans la Louche et dans le cœur ces paroles : C'est pour vous, Seigneur , que je fais ceci, c'est pour votre gloire , c'est parce que vous le voulez ; et continuer sans cesse cet exercice, jusqu'à ce que nous parvenions à faire les choses, comme des gens qui servent DieUj et non pas les hommes (1). C'est-à-dire , jusqu'à ce que nous nous sentions actuellement échauffés del'amour de Dieu, en ce que nous
(1) Servientes sicut Domino, et non hominibus. Ad Ephts* 6. 7.
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faisons , que nous ayons de la joie d'accomplir en cela sa volonté'; et qu'enfin toutes nos actions ne soient proprement que l'effet de l'amour divin qui nous anime.
Le père Avila rapporte à ce sujet une comparaison familière , et dit que nous devons nous comporter dans toutes nos actions comme unefemme qui, aimant extrêmement son mari, et le vo vaut revenir de la campagne couvert de poussière et fort fatigué, lui lave elle-même les pieds. Elle se fait une joie si sensible du service qu'elle lui rend , qu'on voit bien que c'est l'amour qui l'anime en tout ce qu'elle fait. Si nous pouvions faire les choses de cette manière, si nous pouvions rencontrer ce trésor caché dans le champ (i), ce trésor exposé et si caché tout ensemble , que nous serions riches ! que nous deviendrions parfaits ! C'est là la véritable pierre philosophale , qui change le fer et le cuivre en or; puisque , quelque basse qu'une action soit d'elle-même, elle la rend d'un très-grand prix. Tâchons donc dorénavant de convertir ainsi toutes choses en un or très-pur , puisqu'il nous est si aisé de le faire ; et comme dans le temple de Salomon , il n'y avoit rien qui ne fût d'or, ou revêtu d'or (2), qu'il n'y ait rien non plus en vous qui ne soit ou un acte , ou un effet de l'amour de Dieu.
(1. Matth. 3. 44.
(2) 3. Rcg. 6. 22