‹ Pratique de la perfection chrétienne (volume 3)Chapitre 62 sur 68 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

De trois sortes d'unions et cTamitiés condamnables.

Nous avons traité des unions et des amitiés que la charité forme , nous traiterons maintenant de celles qui sont contraires au véritable esprit de la charité et de la religion. Saint Basile , dans ses constitutions monastiques (a), dit qu'il doit y avoir une extrême union entre les religieux; mais qu'il en faut retrancher toutes les liaisons particulières que deux ou trois personnes font ensemble ,

(1) Nolite judicare , et non judicabimini : nolitc condem» tiare , et non condemnabimini. Lite. 6. 07. (a) Batll. in Cvnst. Mcnast. c ôo.

parce que quelques saintes que ces liaisons paraissent, cette union si étroite avec les uns, est une séparation formelle d'avec les autres. Il marque ceci encore plus précisément dans le premier sermon de l'institution des moines , où descendant dans un plus grand détail : S'il se trouve quelqu'un, dit-il, qui pour quelque cause que ce soit , ou de parenté , ou autre , semble avoir plus d'affection et d'attache pour un religieux que pour les autres , il faudra le châtier , comme un homme qui fait, injure a la charité commune (i). 11 en ajoute la raison au même endroit et plus expressément encore dans le sermon suivant , où expliquant de quelle manière on fait en cela injure a toute une communauté religieuse : Celui, dit-il, qui aime plus un de ses frères que tous les autres , marque clairement par cela seul, qu'il n'aime pas les autres parfaitement , et par conséquent il offense les autres et fait injure à toute la communauté (2). Que si Dieu est sensible a une offense qu'on fait a un particulier, qu'il dit que c'est le toucher lui-même à la prunelle de l'œil (3) , que sera-ce , si onof-

(1) Quôd si quis inventus fucrit, qui majori quâdam animr propcnsione, monachum fratrem , vel propinquum , vel alium quemvis , quâris de causa vidcatur diligere, hune castigare oportebit, ut injuriam public* caritati. Serm. i. de Inst. Monach.

(») Qui enim urr.im aliquem magis quàio caeteros diligit , Î3 quôd non perfectè caeteros diligat, de seipso indicio est. Id. serm. 5.

(5) Zachar. 2. 8.

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fense toute une communauté? C'est pourquoi ce même Saint défend expressément à tous les religieux d'avoir aucune attacLe et aucune familiarité plus étroite avec les uns qu'avec les autres , de peur de donner a qui que ce soit aucune occasion de s'offenser ( i) : et il veut qu'imitant la bonté de Dieu, qui fait lever le soleil sur les bons et sur les médians, et qui fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes (2) , ils aient tous une charité égale pour tous leurs frères. Il ajoute (3), que les amitiés particulières sont dans la religion une perpétuelle semence d'envie, de soupçons, de défiance et d'inimitiés, et qu'elles donnent lieu à des divisions, à des cabales et à des assemblées secrètes, qui sont la perte et la ruine delà religion. Car l'un y découvre les desseins qu'il a , l'autre y parle des jugemens qu'il aura faits , l'autre y dit ses sujets de plainte, et l'autre y révèle des clioses qui doivent se taire. On y murmure, on y médit des uns et des autres, on en étale les défauts , on n'y épargne pas même son supérieur, et par une malheureuse contagion, on se communique bientôt les uns aux autres tout ce qu'on a de mauvais. Enfin, ces sortes d'amitiés sont cause que l'on viole beaucoup de règles, et que souvent , pour suivre les mouvemens

(1) Xemini dantes ullam offensionem. 2. Cor. 6. 5.

(2) Qui solem suum oriri facit super bonos et malos,pluit super justos et injustos. Mailh. 5 45.

(3) Basil, serm. 1. de Institut. Mon.

de son ami, on fait plusieurs choses contre son devoir.

Saint Ephrem , parlant sur ce sujet , dit crue ces sortes d'amitiés et de liaisons apportent un grand préjudice à l'ame (i) : c'est pourquoi il faut les éviter avec soin , et agir sur ce principe, que dans la religion il ne faut avoir aucun ami particulier,, avec qui on entretienne des familiarités qui puissent blesser la communauté. Notre amitié doit être toute spirituelle : elle ne doit point être fondée sur la chair et sur le sang , ou sur quelque autre fondement humain que ce

Êuisse être , mais elle doit être fondée en neu seul; et comme nous sommes tous en~ fans de Dieu et frères de Jésus-Christ , il faut aussi que nous nous aimions tons également les uns les autres , sans souffrir que notre cœur , qui ne doit avoir d'attachement que pour Dieu , en ait pour aucune créature en particulier. Nous lisons dans les chroniques de Tordre de saint François (2) , qu'un saint religieux nommé frère Jean de Luques évitoit avec un grand soin toutes sortes de conversations et de liaisons particulières ; et qu'un autre religieux, qui avoit beaucoup d'estime et d'amitié pour lui , et qui eût bien voulu profiter de son entretien , se plaignant un jour a lui de son procédé , et lui deman-

(1) Famîliarilates ac colloquia ejusmodi haud Pïiguum detrimentum pariunt aoimae. S. Eph.iotn. i.p. 5i.

(2) 3. p. I. 5. c. 4 g. hist. Ord. Min.

dant pourquoi il en usoit d'une manière si sèche avec ses amis : C'est pour votre bien que je le fais , lui répondit le serviteur de Dieu ; car pîus je serai uni a Dieu, plus je serai utile a ceux qui me veulent du bien , et toutes les amitiés particulières sont des amusemens , qui ne servi roient qu'à me détourner de Dieu , et par conséquent a nous faire tort a vous et à moi.

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