‹ Pratique de la perfection chrétienne (volume 3)Chapitre 9 sur 68 · TRAITÉ I. PART. I. CHAP. V · texte numérisé non relu

TRAITÉ I. PART. I. CHAP. V

tré la véritable veine de cette mine précieuse, puisque vous la suivez toujours si Lien. Comme un chien de chasse ne fait que Battre lâchement et incertainement la campagne , tant qu'il ne rencontre rien , et que dès qu'il a eu le vent de quelque bête , il en suit les voies avec ardeur , et ne s'arrête point qu'il ne l'ait atteinte, ainsi quiconque a véritablement senti la douceur de l'odeur divine , court après sans se donner de relâche , et dit avec l'Epouse dans les Cantiques : Attirez-moi après vous, nous courons sur vos traces à l'odeur de vos divins par- Jiuns (i). Dieu, qui est au-dedans de vous, vous emporte donc de cette sorte avec lui ; mais si vous ne sentez en vous-même cette faim et cette soif, craignez a\ec raison, que -ce ne soit peut-être parce qu'il ne réside pas dans votre cœur : car les choses spirituelles, comme nous avons déjà dit après saint Grégoire (2 ) , ont cela de propre , que lorsque nous ne les possédons pas , nous ne les aimons point , et nous ne nous en mettons nullement en peine.

Saint Bernard (3) dit qu'il trembloit , et que les cheveux lui dressoient à la tête toutes les fois qu'il faisoit réflexion sur ces paroles que le Saint-Esprit a proférées par la bouche du Sage : L'homme ne sait pas s'il est digne

(1) Trahc me post te, curremus in odorem unguentorum îuorum. Cant. î . S.

(2) Greg. Hom. sup Evang.

(3) Bern scrm. 23 sup Cant.

d'amour ou de haine (i). Ce passage est terrible , dit ce grand Saint (2) ; il ne laisse auancun repos à l'esprit ; et j'ai frémi d'horreur toutes les fois que j 'y ai pensé, ne répétant en moi-même, qu'en tremblant, cette sentence : Qui sait s'il est digne d'amour ou de haine ? Si donc cette considération de ne savoir pas si nous sommes en grâce ou non , a fait trembler un grand Saint , qui étoit comme une colonne vivante de l'Eglise : quel effet ne doit-elle point faire en nous , à qui nos péchés donnent tant de sujets de craindre ; en nous, qui avons eu en nous-mêmes V arrêt de notre mort (5)] Je sais assurément que j'ai offensé Dieu, et je ne sais pas s'il m'a pardonné! Qui ne trembleroit, en faisant cette réflexion? Mais aussi , si nous pouvions savoir que nos péchés nous ont été remis ; si nous pouvions connoître que nous sommes en grâce, et en avoir quelque gage et quelque assurance ; quelle estime ne devrions - nous point en faire ? Car , quoique sans une révélation particulière de Dieu , on ne puisse pas , en cette vie , avoir une certitude infaillible d'être en grâce, il y a toutefois quelques conjectures qui en peuvent donner une probabilité

(1) Nescit homo utrùm amore an odio dignus ait. Eccl. 9. r.

(2 ) Terribilis est locus iste, et totius expers quietis; totus inhorrui , si quandô in illum raptus sum , illam apud me replicans cum tremoresententiam : Quis scit si sit digous amore an odio? Bern. loco. sup. citât.

(3) In nobismetipsià responsum mortishabuimus. 1. ad Cor. 1.9.

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morale ; et la plus grande que l'on puisse avoir , est de se sentir dans le cœur un désir fervent de se perfectionner toujours de plus en plus dans la vertu. Il n'est donc pas besoin d'un autre motif que celui-ci , pour nous obliger a nous entretenir toujours dans ce désir, puisque ce nous est comme un gage , et une caution de la grâce de Dieu ; et que rien ne nous doit être d'une si grande consolation dans cette vie , que d'avoir une pareille assurance.

C'est ce qui peut se confirmer aisément par ces paroles du Saint-Esprit dans les Proverbes : Le chemin des justes est comme le soleil qui se lève > et qui croît toujours en chaleur et en lumière , jusqu'à ce qu il arrive au point de sa plus haute élévation (i). Plus ils vont en avant , et plus ils augmentent en vertu : et , pour me servir des termes de saint Bernard (2) , le juste ne croit jamais avoir pleinement satisfait a son devoir ; il ne dit jamais : c'est assez; il a toujours faim et soif de la justice : en sorte que s'il vivoit toujours , il s'efforceroit , aussi toujours, de se rendre plus juste et plus parfait, et d'aller toujours de bien en mieux. Aussi est-ce des justes qu'il est écrit : Ils iront de vertu en

(1 ) Juslornm semita quasi lux splendens proccdit,et crescit usque ad perfectara diem. Prov. 4- iS.

(i) Nunquàm justus arbitratur se comprehendisse : nunquàm dicit : Satis est scd semper esurit , sititque justitiam : ità ut si semper viveret, semper , quantum in se est, justior esse contenderet , semper de bono in melius profieere , tolis yiribus conaretur, fiern. ep. 253, ad. Ab, Garin.

vertu (i) ; c'est-à-dire , ils augmenteront continuellement en ferveur, et s'avanceront sans relâche dans le chemin de la vertu , jusqu'à ce qu'ils parviennent au comme de la perfection. Mais la voie des tièdes , des imparfaits et des médians ressemble à la lumière du soir , qui baisse à tous momens , et qui se perd enfin tout-à-fait , et nous laisse dans l'épaisseur des ténèbres , et dans l'obscurité d'une nuit profonde. La voie des impies, dit le Sage , est remplie de ténèbres; ils ne voient pas les précipices où ils tombent (2). Ils marchent dans une si grande obscurité, qu'ils bronchent à chaque pas ; et leur confusion est si grande , et leur aveuglement si déplorable , qu'ils ne s'aperçoivent pas même des fautes qu'ils commettent et n'en ont aucun remords. Au contraire, jugeant des péchés a leur mode , quelquefois ils ne croient pas péché ce qui l'est en effet ; et souvent ce qui est peut-être un péché mortel , ne leur paroît qu'une faute vénielle , ou ne passe même chez eux que pour une imperfection légère.

(1) lbunt de virtute in virtutem . Psal. 83. S.

(2) Via impiorura tcnebrosa : nescîunt ubi corruant. Prov. 4 19-

^\x\^^\^x^^^x^XA^x\x\^^x\^:^x\xvv^^ CHAPITRE VI.

Que de ne point avancer dans la vertu j c'est reculer.

C'est une maxime générale de tous les Saints (i), que c'est reculer dans la voie de Dieu , que de n'y point avancer ; et c'est ce que nous prétendons montrer ici , afin que cela nous serve d'un moyen efficace pour nous encourager à faire tous les jours de nouveaux progrès dans la perfection. Car quel est celui qui voudroit retourner en arrière , après avoir long-temps cheminé , sachant principalement qu'il auroit contre lui cette sentence du Sauveur du monde , dans l'Evangile : Quiconque met la main à la charrue , et regarde derrière soi , nest pas propre au royaume de Dieu (2). Voilà des paroles qui devroient nous faire trembler, et le grand saint Augustin dit là -dessus (3) : Nous ne pouvons nous empêcher de descendre qu'en nous efforçant toujours de monter; car dès que nous commençons à nous arrêter , nous descendons , et c'est recu-

(1) In via Dei non progredi , regredi est.

(2) Nemo mittens manum suam ad aratrum , et respiciens retrô , aptus est regno Dei. Luc. 9. 62,

(3) Tamdiù non relabimur , quandiù ad priora contendimus At ubi cœpimus stare , descendimus : nostrumque non progredi, jàm reverti est. Si volumus non redire, currcndum est. Aug, in ep . 1 3 1 . ad Demetr. Firg,

1er que de ne pas avancer : de sorte que si nous ne voulons retourner en arrière, il faut que nous courions toujours sans nous reposer.

Saint Grégoire , saint Chrysostôme, saint Léon pape, et plusieurs autres Saints disent souvent la même chose et presque dans les mêmes termes. Mais saint Bernard l' étend bien plus amplement en deux de ses Epîtres (i) , où s'adressant au religieux lâche et tiède, qui se contente de mener une vie ordinaire , sans songera son avancement , il l'interroge de cette sorte , et fait le dialogue suivant. Hé quoi , ne voulez-vous point profiter? Non. Vous voulez donc retourner en arrière] Encore moins. Que voulez-vous donc ? Je veux demeurer comme je suis , et ne pas devenir ni meilleur, ni pire. Vous voulez donc l'impossible , puisque dans le monde il n'y a aucun état de consistance? C'est un avantage qui n'appartient qu'à Dieu seul, dans lequel il ny a point de changement , ni même la moindre ombre de vicissitude (2). Je suis le Seigneur, dit-il, et je ne change point (3), Mais toutes les choses du monde sont sujettes a un changement perpétuel. Ils s'useront comme un vêtement , dit le Psalmiste , parlant des cieux , et vous les changerez aussi aisément quon change d'habit ;

(1) Bern. ep. a55et 34i. ,. .

(a) Apud quem non est transmutatio nec vicissitudmis

obumbratio. Jac. 1. 17.

(3) Ego Dominus , et non mutor. Malach. 3. 6.

mais pour vous , Seigneur , vous êtes toujours le même , et vos années seront éternelles (i). L'homme sur-tout, selon le témoignage de Job, n'est jamais dans une même situation. Il fuit comme V ombre et ne demeure jamais dans le même état (2). Et Jésus- Christ même, ajoute saint Bernard, tant qu'il a été sur la terre , et qu'il a conversé avec les hommes , s'est-il arrêté (3) ? // croissoit en sagesse , en âge et en grâce , devant Dieu, et devant les hommes (4) : c'est-à-dire , qu'à mesure qu'il augmentoit en âge , il donnoit aussi des marques plus éclatantes de sagesse et de sainteté^ et se préparoità courir comme un athlète dans la carrière des peines et des souffrances (5). Saint Jean dit aussi que celui qui veut demeurer avec Jésus- Christ ^ doit marcher dans le même chemin , et au, même pas que lui {6). Mais si, lorsqu'il court, vous vous arrêtez , n'est-il pas constant que vous vous éloignez de lui , au lieu de vous en approcher? L'Ecriture sainte (7) nousap-

(1) Omnes sicut vestimentum veterasccnt , et sicut opertorium mutabis cos et raut:thuntur Tu autem idem ipse es, et anni tui non deGeient. Psal. 101. 27 et 2S.

(2 Fugit velut ambra , et nunquàni in eodem statu permanet . Job. 1 4- s .

(5, Quandiù in terris visus est , etcum hominibus conrersatus est, numquid stetitfS. Bern.Ep. ib\.

4 Et Jésus pmGciebat sapientià et aetate etgratiàapud Deuru etbomines. Luc. 2 52.

(5) Exultant ut gigas ad currendam riam. Psal. 18.6.

(6) Qui dicit se in ipso raanere , débet , sicut ipte ambulavit , etipse arnbulare. t* Joan, a 6.

(7) Gen. 28. 18.

prend que Jacob vit une échelle qui tenoit depuis la terre jusqu'au ciel, au haut delàquelle Dieu étoit appuyé , et qui étoit pleine d'anges qui montoient et qui descendoient incessamment , sans qu'aucun d'eux s'arrêtât, pour nous donner a entendre , dit saint Bernard , que dans le chemin de la vertu il n'y a point de milieu entre monter et descendre, entre avancer et reculer. Mais comme lorsqu'on travaille au tour , la roue retourne sur elle , sitôt qu'on veut l'arrêter ; de même aussi, dès qu'on cesse d'avancer dans la vertu, on recule nécessairement en arrière. L'abbé Théodore nous explique les mêmes sentimens en ces termes , rapportés par Cassien. Nous devons, dit-il (i), nous appliquer sans relâche a l'étude de la vertu , et en pratiquer sérieusement les exercices, de peur que cessant d'y profiter , nous ne commencions aussitôt à y devenir moins parfaits ; car l'esprit, comme nous l'avons dit, ne peut demeurer dans une même assiette , en sorte qu'il n'augmente , ni ne diminue en vertu ; mais c'est perdre que de ne pas acquérir; et l'on est en danger de déchoir bientôt , dès qu'on ne se sent plus d'envie de faire des progrès»

(i) Debemus, inquit , ad virtutum studia nosmetipsos semper extendere , ipsisque nos jugiter exercitiis occupare , ne cessante profectu, confestim diminutio subsequatur.Ut enim diximus, in uno menseodemque statu manere non praevalet : id est, ut nec augmentum virtutum capiat , nec detrimentum sustineat : non acquisisse enim , minuisse est , quia desinens proficiendi appetitus non aberit à periculo recidendi. Cass, Collât. 6. Ab* Th. e. 14.

Le même Cassien (i) nous explique ceci par une comparaison très-juste , qui est aussi de saint Grégoire (2). Ceux qui marchent, dit-il, clans la vie spirituelle , ressemblent à un homme qui seroit au milieu d'un fleuve rapide : s'il vouloit s'arrêter le moins du monde, et qu'il ne s'efforçât pas toujours d'aller contre le fd de l'eau , il courroit risque d'en être emporté. Le chemin que nous avons a tenir est si directement contraire au penchant de notre nature corrompue par le péché , que si l'on ne travaille, et si l'on ne s'efforce d'aller toujours en avant, on sera sans doute entraîné par le cours impétueux de ses passions. Le royaume du ciel souffre violence; il ny a que les violens qui remportent (3). De même que quand on va contre la marée , on doit toujours ramer sans relâche , et qu'on ne peut cesser un moment, qu'on ne se trouve fort éloigné du lieu où. l'on étoit ; de même ici il faut toujours ramer , il faut toujours voguer , et faire force contre le courant de nos passions déréglées, si nous ne voulons nous voir bientôt extrêmement reculés du degré de perfection où nous étions auparavant arrivés.

Saint Jérôme et saint Chrysostôme éclaircissent encore cette A'érité par une doctrine reçue de tous les théologiens et rapportée

(i) Cass. ubi suprà.

(*] Grec. 5. p. l'ast. adm. 53.

(3) Regnnm cnelorum vim patitur , et violenti rapiuntillud.

ESTIME DE LA PERFECTION. Sï

en ces termes , par saint Thomas (i). La vie religieuse , dit-il , est un état de perfection ; non pas que, dès l'heure qu'on est religieux , on soit parfait ; mais parce que les religieux ont une obligation plus étroite d'aspirer a la perfection; et que celui qui ne s'efforce pas de se rendre parfait , et qui ne s'y applique pas tout de bon , n'est pas un véritable religieux , puisqu'il ne fait point la seule chose pour laquelle il doit en avoir embrassé la profession. Je n'entreprends point maintenant de discuter si un religieux pécheroit mortellement en disant : Je me contente d'être fidèle aux commandemens de Dieu , et à mes vœux essentiels ; mais pour les autres règles qui n'obligent point , sous peine de péché, je ne les veux point observer. Moji intention , dis-je , n'est point de décider cette matière , parce que là-dessus les opinions des docteurs sont partagées : les uns tiennent qu'il pécheroit mortellement ; et les autres , qu'à moins qu'il ne se mêlât a cela quelque espèce de mépris , il n'yauroit point de péché mortel. Mais ce qui est certain, et de quoi ils sont tous d'accord , c'est que le religieux" qui auroit ces sentimens , et qui feroit cette résolution , seroit un religieux de mauvais exemple , et que , moralement parlant , il seroit en danger de tomber en péché mortel , parce que celuiqui méprise les petites choses,

i)S. Tlu 9. a. q. S^.art. 5 ad 2.

viendra peu à peu à manquer pareillement dans les grandes (i).

Pour mieux faire comprendre ceci , saint Chr ysostônie rapporte quelques exemples familiers, et dit [2 ) : Si un domestique n'étoit ni larron , ni joueur , ni ivrogne , mais qu'il fût fidèle , sobre , et sans aucun vice , et que cependant il demeurât assis toutlelong du jour dans la maison , sans faire ce qui seroit de sa charge, il n'y a point de doute qu'il mériteroit d'être sévèrement châtié , parce qu'encore qu'il ne fit pas positivement de mal , [c'en est toujours assez un grand , que de ne pas faire ce qu'on doit. De plus , si un laboureur étoit homme de bien en tout le reste, et que néanmoins il se tînt les bras croisés , et ne voulût ni labourer ni semer, il est constant qu'encore quïl ne fit aucun mal d'ailleurs , il seroit digne toutefois de répréhension , par la seule raison que c'en est un assez considérable, que de manquer aux choses de son devoir. Et enfin , si nous avions une main qui ne nous fit véritablement souffrir aucune douleur, mais qui fût paralytique, et dont nous ne pussions absolument nous aider , ne croirions-nous pas que cela seul seroit un assez grand mal ? Il en est de même dans les choses spirituelles. Si un religieux demeure oisif, qu'il néglige son avancement , et qu'il ne songe point à profiter dans la vertu, il est digne de

Ji) Qui spernît roodica , paulatim decidet. Eecl. 19* 1.

{2) Chrysosl. scr. de virt.ii vit»

blâme . parce qu'il manque aux obligations de sa profession , et que pour lui , c'est faire le mal , que de ne pas faire le bien ; et c'est reculer , que de ne pas avancer continuellement. Quel pins grand défaut peut-on s'imaginer en une terre que d'être stérile , et de ne rapporter aucun fruit, principalement si elle est bien façonnée et bien cultivée ? De même si une terre comme la vôtre , cultivée par tant d'enseignemens, arrosée par la pluie de tant de grâces célestes , et échauffée par tant de rayons du soleil de justice , ne rapporte cependant aucun fruit , mais demeure sèche et stérile , cette sécheresse et cette stérilité ne sont-elles pas un mal assez grand et assez fâcheux ? C'est de quoi se plaint le Psalmiste, quand il dit : Ils me rendoient le mal pour le bien , et ils navoient que stérilité et que sécheresse pour moi (i ).

On fait encore ordinairement une autre comparaison , qui vient fort bien à ce sujet» et qui confirme extrêmement ce que nous venons de dire. Comme en pleine mer il n'y a rien de plus à craindre pour les vaisseaux qu'un calme profond et une longue bonace", parce qu'alors ils consument toutes leurs provisions , et se trouvent ensuite dépourvus des choses les plus nécessaires ; ainsi pour ceux qui naviguent sur la mer orageuse du monde , afin d'arriver au ciel , il

(1) Retribuebant mihi mala pro bonis, sterilitatem animse mex. Psal. 34. 12,

n'y a rien de plus a appréhender qu'un malheureux calme , qui les retienne au milieu de leur course, et qui les empêche d'avancer. Ce qu'ils avoient fait de provisions pour leur voyage , se dissipe bientôt ; le peu de vertu qu'ils avoient , leur manque ; et ensuite , au milieu des vagues qui se lèvent , au milieu des bourrasques et des tempêtes qui s'excitent , et au milieu des vents , des tentations qui soufflent continuellement de tous côtés , ils se trouvent destitués de tout secours, lorsqu'ils en aur oient le plus besoin , et courent risque de faire naufrage. Malheur à ceux qui se trouvent surpris d'un calme si dangereux ! Vous couriez bien , dit l'Apôtre , qui vous a empêché d'obéir à la vérité (i)? Vous voguiez bien dans le commencement , vous alliez a pleines voiles ; quel calme ou quel banc de sable vous a arrêtés? Sans doute, vous êtes déjà assez rassasiés 9 et vous croyez être devenus assez riches (2). Vous vous figurez en avoir assez fait ; vous vous sentez las , vous pensez être en droit de vous reposer , et enfin il vous semble que ce que vous avez acquis vous doit suffire. Songez cependant qu'il y a encore bien loin k aller , car il vous reste leaucoup de chemin à faire (3) ; songez qu'il se présentera plusieurs occasions , dans lesquelles vous aurez besoin d'une humilité

(i' Currebatis benè : quis vos impedivit veritati non obédire ? Gai 5. 7.

(2) Jàm saturati estis, jàm divites factiestis. 1. adCor.^.S {$) Grandis enim tibi restât via. 3. Reg. 19. 7.

plus parfaite , d'une patience plus courageuse, d'un détachement plus absolu et dune mortification plus grande , et que peut-être vous serez surpris au dépourvu , dans le temps de la plus grande nécessité.

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