‹ Pratique de la perfection chrétienne (volume 4)Chapitre 14 sur 67 · T. IT · texte numérisé non relu

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pour le faire gouverneur de toute l'Egypte; de même , s'il vous laisse long-temps dans les tentations et dans les souffrances , c'est pour vous en tirer d'une manière plus avantageuse pour sa gloire et pour votre salut. Saint Chrjsostôme (i) remarque la même chose sur ces paroles du Psalmiste : Vous qui mélevez des portes de la mort. Prenez garde , dit-il , que le Prophète ne dit pas : Vous qui me délivre s;mais vous qui tn élevez des portes de la mort, parce qu'en effet Dieu ne se contente pas de délivrer ses serviteurs des tentations , mais il fait servir les tentations à leur élévation età leur gloire. Desorte que quoique vous vous sentiez accablé, et que vous vous imaginiez d'être déjà dans les portes de la mort,, il ne faut pas laisser d'avoir une ferme confiance qu'il vous tirera de là. Car le Seigneur donne la mort et rend la vie; il conduit jusqu'aux portes de V enfer et en retire (2). Et quand même il me tueroit , dit Job ,, f espèrerai toujours en lui. (3).

Saint Jérôme (4) faisant réflexion sur l'aventure de Jonas : Remarquez , dit-il, que Jonas rencontre son salut , où sa perte paroissoit plus assurée. On le jette à la mer,

(i) Chrys. in iltud. Qui exaltas ine de portis mortis. Ps. 9. i5.

(a) Quia Dominus mortificat et vivificat, deducit ad infe« rosetreducit. 1. Reg. 2.6.

(3) Etiamsi occideritme, in ipso sperabo. Job. i3. i5.

(4) Hieron. in iilud : Praeparavit Domiout piscem grandem 9 ut deglutiret Jonam. Jon. 2. 1. Animadvertendum est quôd ubi putabatur interitùs , ibi custodia sit.

et aussitôt il est englouti par une baleine que Dieu avoit fait tenir prête , non pour le dévorer, mais pour le recevoir dans ses entrailles , comme dans un vaisseau, et pour le porter à bord. C'est ainsi , continue-t-il, qu'il arrive souvent que ce que nous estimons devoir être notre perte , est notre salut; et que nous rencontrons la vie où nous avons cru devoir trouver la mort. Aussi les serviteurs de Dieu qui savent, parleur propre expérience, quelle est sa conduite sur les hommes, et qu'il humilie pour élever , qu'il blesse pour guérir, et qu'il tue pour rendre la vie, ne perdent point courage dans les périls et dans les adversités , par la connoissance de leur foiblesse; mais ils remettent entièrement leur sort entre ses mains; et il leur suffit de savoir qu'ils sont en de si bonnes mains , pour ne rien appréhender de leur propre fragilité.

Il est rapporté dans l'Histoire ecclésiastique , que l'abbé Isidore disoit : Il y a quarante ans que je suis combattu d'une violente tentation , et je n'y ai jamais succombé. On y voit encore quantité d'exemples de plusieurs Pères du désert, qui toute leur vie ont eu de violentes tentations à combattre , et qui en ont soutenu les attaques avec une fermeté et une confiance toujours égales. C était là , selon l'expression du Prophète , des géans qui entendoient la guerre (i); et c'est en quoi nous devons nous efforcer de

(1) Ibi fuerunt gigantes scientes bellum, Baxuch. 3. a6.

y6 PART. II. TRAITÉ IV. CHAP. XIV.

les imiter. Saint Cyprien(i) voulant nous inspirer cette même confiance et cette même fermeté , se sert de ces paroles du Seigneur dans Isaïe : Ne craignez point , car je vous ai racheté , et je vous ai appelé par votre nom : vous êtes à moi. Quand vous passerez au milieu des eaux , je serai avec vous , et vous ne serez point submergé ; quand vous marcherez à travers le feu } vous ne brûlerez point } et la flamme ne pourra vous nuire; car je suis le Seigneur votre Dieu, le Saint d'Israël et votre Sauveur (2). Ces autres paroles du même prophète sont encore très-propres pour nous fortifier dans une sainte espérance : Vous serez comme des en fans que Von porte à la mamelle, et que Von caresse en les tenant sur les genoux. Je vous consolerai comme une mèrequi flatte so?i enfant (3). Imaginez-vous avec quelles marques d'amour une mère reçoit son enfant, lorsqu'à jant peur de quelque chose , il se rejette entre ses bras ; comme elle l'embrasse , et comme elle le presse contre son sein ; comme elle le baise , comme elle le flatte et le caresse tendrement. Or, la tendresse de

\\) Cypr. Ëxh. Mart.

(a) Noli timere , quia redemi te , et vocavi te nomin« tuo : meus es tu. Cùm transieris per aquas , tecum ero , et flumina non operient te : cùm ambulaveris in igné , non combureris, et flamma non ardebit in te, quia ego Dominus Deus tuus> ganctus Israël, Salvator tuus. Jsai. '\b. I. a. 3.

(3) Ad ubera portabimini, et super genua blaudientur vobis : quomodô si cui nuler blandiatur , ità ego consolabor TO0. hait 66. 13, i3.

DES TENTATIONS. nn

Dieu pour ceux qui ont recours a lui dans les tentations et dans les périls , est sans comparaison plus grande; et c'est ce qui faisoit la consolation du Psalmiste , lorsqu'il s'écrioit à Dieu : Souvenez- vous de ce quevous avez dit à votre serviteur > et de ce que vous lui avez fait espérer. C'est là ce qui me console dans rabaissement où je suis ; et c'est votre parole qui me redonne la vie (i). Animons-nous de la même espérance dans les tentations , et faisons-en le sujet de notre consolation , puisque , comme dit l'Apôtre , // est impossible que Dieu manque à sa parole (2).

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