‹ Pratique de la perfection chrétienne (volume 4)Chapitre 18 sur 67 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

De deux autres remèdes importans , qui sont cTetouffer les tentations dans leur naissance , et d'éviter ï oisiveté.

Un autre remède que les Saints nous proposent encore, et qui est un remède trèsgénéral et très-salutaire , est de résister fortement aux tentations dans leur commencement. Pendant que votre ennemi , dit saint Jérôme , est encore petit et foible , tuez-le > étouffez-le dans sa naissance (2); si vous le

(1) o. P. Constit. e. 1. §. ii. et régula. i4« Summ*

(2) Dùni parvus est hostis , interfice : neqaitia elidatar in semine, H'teron, epittol. ad Eustoch.

laissez croître et se fortifier , peut-être n'en pourrez-vous plus venir à bout. La tentation est commeune étincelle def eu, qui peut causer un grand embrasement (i), si on ne l'éteint d'abord. Résistez au mal dès le commencement, disoit un ancien poète (2): lorsqu'on l'a laissé invétérer, les remèdes viennent trop tard. C'est dans ce sens que saint Jérôme (3) interprète ces paroles du cent trente-sixième Psaume : Heureux celui qui prendra tes enfans , et les écrasera contre la pierre ; et ces autres du Cantique des Cantiques : Prenez-nous ces petits renards , qui perdent les vignes (4). Lorsque les pensées de médisance , d'orgueil , de trop d'attachement aux autres ou à vous-même, commencent à se découvrir en vous , et qu'elles sont encore tendres et foibles , écrasez-les contre la pierre angulaire, qui est Jésus - Christ ; donnez la chasse de bonne heure a tout ce qui peut ruiner en vous la vigne du Seigneur. Nous ne pouvons empêcher qu'il ne nous vienne des tentations et de mauvaises pensées ; mais heureux celui qui sait s'en délivrer dès le commencement. Il est d'une grande importance de résister d'abordquand l'ennemi est encore foible; car alors il est

(1) A scintilla unâ augelur ignis. Eccl. 11. 34.

(2) Principii-i obsta : serô medicina paratur , cùm maia perlongas invaluêre rooras. Ovid.

(3J Hier, ubl suprà. Beatus qui tenebit et allidet parvulos tuos ad petram. Ps. i56. 9.

(4) Gapite nobis vulpes parvulas, quae demoliuntur vineas. Cant. 2. i5.

DES TENTATIONS. OyI

aisé de le vaincre; mais si on lui laisse prendre des forces, la résistance et la victoire deviennent très-difficiles.

Saint Chrysostôme explique cette pensée par une comparaison. Quand il prend , dit-il, envie à un malade de manger de quelque chose qui lui est contraire , et qu'il s'en empêche, il s'épargne le mal que cela lui auroit fait , et il avance sa guérison ; mais s'il n'a pas la force de s'en abstenir, son mal pourra empirer de telle sorte qu'il deviendra très - difficile à guérir , peut-être même mortel ; ce qui ne seroit pas arrivé, s'il avoit voulu se commander. Il en est de même , continue ce Père , dans les tentations. Par exemple, si dès qu'il vient en pensée de regarder un objet dont la vue peut être dangereuse a l'ame , on se faisoit un peu de violence, en rejetant cette mauvaise pensée , et en commandant à ses yeux, on s'épargneroit tout ce que cette vaine curiosité peut causer de peines, et on éviteroit le danger ou l'on peut tomber en y consentant. Mais si, au contraire, on ne fait d'abord nul effort sur soi , ce plaisir d'un moment, que l'on aura eu , en se laissant aller à la curiosité, est capable ensuite de perdre Famé, ou de l'engager du moins dans un long et difficile combat; de sorte quece qui n'auroit presque rien coûté dans le commencement , deviendra très-difficile dans la suite ; et par-là on voit de quelle importance il est de s'opposer de bonne heure aux tentations.

Il est rapporte dans la Vie des Pères , que le démon apparut un jour a saint Pâcôme (i) sous la forme d'une très -belle femme; et que le Saint lui ayant dit que tous ses efforts étoient inutiles contre les serviteurs de Dieu : Ils ne sont pas inutiles, répondit-il , pourvu que les premières mauvaises pensées dont nous les tentons, fassent impression dans leur cœur : car alors il nous est aisé d'attiser le feu , et de les porter au péché; mais s'ils résistent d'abord, et s'ils ferment la porte aux images dangereuses que nous leur présentons à l'esprit, nous sommes contraints de fuir, et nous nous dissipons devant eux , comme la fumée se dissipe en l'air.

C'est encore un très-bon remède contre les tentations , de s'occuper toujours à quelque chose. Et Cassien remarque que les solitaires de son temps enseignoient continuellement h leurs disciples, et pratiquoient eux-mêmes soigneusement cette maxime qu'ils tenoient de leurs anciens : Que le démon vous trouve toujours occupé (2). C'est un moyen que Dieu même enseigna à saint Antoine, pour persévérer dans la vie solitaire, et se défendre des diverses tentations auxquelles elle est sujette. Car un jour que se plaignant des tentations qu'il avoit dans

(1) In vilis Palrum. 1 P.pag. 910. cl in vil. S. Pacom. à quod. Auih. Grœca script, et Latine versa ab Dio Abb, Rom. J.43.

(a) Semper te diabolus occupatum invçniat. Cass. I. inst . so e. i\. de Abb. Panlo.

la prière , il disoit à Dieu : Seigneur , que ferai-je? Je voudrais être meilleur que je ne suis, et ne penser jamais qu'à vous : mais une infinité d'autres pensées me troublent , et entraînent mon imagination après elles ; il entendit une voix qui lui dit : Antoine, si vous voulez plaire a Dieu, priez; et lorsque vous ne pourrez plus vaquer à la prière , travaillez de vos mains , et occupez-vous toujours à quelque chose : faites de votre côté ce que vous pourrez , et le secours d'en-haut ne vous manquera pas (i). D'autres disent que cet avis lui fut donné par un ange, qui lui apparut sous la forme d'un jeune homme , ne faisant autre chose que travailler et prier, etpassant successivement du travailàlaprière, et de la prière au travail. Quoiqu'il en soit , il est constant que l'oisiveté est la source de plusieurs tentations et de plusieurs maux , et qu'ainsi il est d'une grande importance que le démon ne nous trouve jamais oisifs.

(i) Antoni, si cupis Deo placere , ora ; et dùm orare non potcris labora ; et semper aliquid facito : fac quod in te est , et non tibi deficiet auxiljum de sancto. Aug, scrm. 171. «<* fratres in eretno.

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