‹ Pratique de la perfection chrétienne (volume 4)Chapitre 32 sur 67 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Que les fautes légères dans lesquelles on tombe ne doivent pas faire perdre la joie de l 'esprit.

Les Saints regardent cette joie comme un si grand bien, qu'ils disent que, même dans les chutes spirituelles, il ne faut point se décourager, ni s'attrister; car, quoique le péché, comme nous le dirons bientôt, soit une des choses qui peuvent justement nous donner de la tristesse , cette tristesse doit être pourtant modérée par l'espérance du pardon , et par la confiance en la miséricorde de Dieu : De peur , dit l'Apôtre , que celui qui est en cet état , ne soit accablé par l'excès de la tristesse (i). C'est pourquoi saint François , qui n'en pouvoit souffrir l'apparence sur le visage de ses religieux, dit un jour à un de ses compagnons qui paroissoit triste: Un vrai serviteur de Dieu ne doit jamais être triste que pour avoirfaitquelque péché; si vous en avez commis quelqu'un, repentez-vous-en ; confessez-vous ; implorez la miséricorde de Dieu , et dites-lui , avec le

<i) Ne forte abundantiori trwtitià absorbeatur, qui ejasmodi est. 2. Cor. 2. 7.

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Prophète : Rendez-moi , Seigneur , la joie de votre assistance salutaire , et fortifiez-moi de V esprit tout-puissant de votre grâce (i). Saint Jérôme, expliquant ce passage , dit que ces paroles : Rendez-moi la joie de votre assistance salutaire } veulent dire : Rendez-moi, Seigneur, la joie que j'avois en Jésus-Christ avant que de pécher (2); et cela nous marque encore , avec quel soin les vrais serviteurs de Dieu doivent entretenir cettesainte joie dans leur cœur , puisque c'est le partage de ceux qui sont dans sa grâce.

Le père Avila (3) reprend sévèrement ceux qui marchent dans la voie de Dieu , se plongent mal à propos dans la tristesse , et se remplissent tellement le cœur d'amertume, que les choses de Dieu n'ont plus de douceur pour eux. On les voit , dit-il , languissans, ahattus , fâcheux a eux-mêmes et à tout le monde, et souvent ce n'est pas qu'ils aient commis aucun péché mortel : c'est, disent-ils, la douleur de leurs péchés véniels , et le regret de ne pas servir Dieu comme ils doivent et comme ils voudroient , qui les met en cet état. Or, il y a en cela de l'illusion et de Terreur; car cette tristesse excessive danslaqueîîe ils se plongent, peut faire une plus grande plaie a leur ame , que les fautes même dont

(1) Redde mihi lœtiriam salataris tui , et spiritu principal! confirma me. Ps. 5o- i4-

(2) Idest, redde mihi illam exultationem, quam in Chn&la babui priusquàm peccarem. Hieron. in eumd. !oc, (5) M. Avila. c. 23. sup. Audi , filia , etc.

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ils s'affligent. Elle fait qu'ils laissent augmenter un mal auquel ils auroient pu remédier avec un peu de prudence et de courage , et qu'ainsi ils tombent d'un inconvénient dans un autre ; et c'est là justement ce que le démon cherche , de leur ôter la force d'agir , et d'empêcher qu'ils ne puissent faire autre choseque s'affliger. Ce que lavuede nos fautes et de notre foiblesse doit produire en nous , c'est de nous rendre plus humbles; c'est de nous exciter a demander une plus grande grâce à Dieu, puisque nous en avons besoin, c'est enfin de nous faire tenir davantage sur nos gardes , en prenant leçon du passé pour l'avenir , et en prévoyant les occasions pour les éviter; et nous avancerons beaucoup plus de cette sorte, qu'en nous laissant abattre inutilement par la tristesse. S'il falloit s'y abandonner pour les fautes dans lesquelles on tombe tous les jours , qui est celui, dit le père Avila (i), qui pourroit jamais avoir de la joi^ et du repos ? Car si vous faites 3 Seigneur > une recherche exacte des péchés, qui pcirra la soutenir (2)! Appliquez- vous à servir Dieu , et à faire votre devoir ; et s'il vous arrive de manquer en quelque chose , ne vous troublez pas , et ne perdez pas courage pour cela : tout le monde manque. Vous êtes un homme foible, et non pas un ange ni un saint , et Dieu, qui connoît bien notre foi-

(1) Avila , ubi sup.

(2) Siiniquitates observaveris, Domine ; Domine, qnis sustinebit ? Ps. 129, 3.

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blesse et notre misère, ne veut pas que nous nous de'couragions lorsque nous sommes tombes. Il veut seulement que nous ayons recours à lui, pour lui demander de nouvelles forces, et qu'à l'exemple des enfans,qui ne sont pas plutôt tombés , qu'aussitôt ils se relèvent et se remettent à courir , nous nous relevions promptement, et recommencions à courir tout de nouveau dans la voie de ses commandemens.

Les Pères, dit saint Àmbroise(i) , voient la chute de leurs enfans avec plus de compassion que de colère. Il en est de même de Dieu envers nous; il nous aime comme ses enfans , il connoit notre fragilité; ainsi nos chutes et nos foiblesses excitent plutôt sa tendresse que son indignation. De même quu?i père a pitié de ses enfans : de même le Seigneur a pitié de ceux qui le craignent : car il sait de quoi nous sommes formés , et il na pas oublié que nous ne sommes que poussière (2). Une des plus grandes consolations qu'aient ceux qui ne servent pas Dieu avec toute l'ardeur qu'il faudroit, c'est de savoir que quoique nous ne répondions pas à ses bontés comme nous devons ,ilne laisse pas pourtant de nous aimer et de nous souffrir : Car il est riche en miséricorde (3) : et nos péchés disparoissent

(1) Amb. I. 2. de réparât, gentium. c. 3. et ult.

(2) Quomodô miseretur pater filiorum , misertusest Dominus timentibus se. Quoniàm ipse cognovit figmentum nostram , et recordatus est quoniàm pulvis sura. Ps. 102. i3. et 14.

(3J Qui dires est in mbericordiâ. Ephes, 2. 4«

l84 PART. If. TRAITÉ VI. CIIAP. IV.

devant sa miséricorde infinie comme de la cire qui fond au feu. Quels sentimens de zèle , de reconnoissanceet de joie ne doit point exciter en nous la pensée , que tant de fautes dans lesquelles nous tombons tous les jours par foiblesse, n'empêchent pas qu'il ne nous aime toujours de la même sorte, et ne diminuent rien en nous de sa grâce.

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