CHAPITRE PREMIER
Des hiens et des trésors infinis que nous possédons en Jésus- Christ,
Quand la plénitude des temps fut venue , Dieu envoya son fils, né d'une femme , et né sous la loi , afin quil rachetât ceux qui étoient sous la loi , et que nous reçussions V adoption des enfans (i). Tous les temps gui ont précédé la naissance de Jésus-Christ ont été comme vides de grâce; mais le temps qui l'a suivie en a été comblé ; et c'est à bon droit qu'il est appelé la loi de grâce , puisque c'est dans ce temps-là que nous a étédonnée la source inépuisable de toutes les grâces. Lorsque Dieu nous envoya son fils unique, ce fut afin qu'il nous délivrât de la
(1) At ubi veait plenitudo temporis , misit Deus filiuar suum , factura ex muliere , factura sub lege , ut eos , qui sub> lege erant , redimeret , ut adoptionem fîliorum reciperemus» G«l. 4- 4. 5.
servitude du péché , et de la tyrannie du démon, suivant ces paroles. Maintenant le prince du monde va être chassé (i); ce fut afin qu'il nous réconciliât à son père , et que nous devinssions des enfans d'adoption; enfin, ce fut afin qu'il nous ouvrît la porte du ciel, qui nous étoit fermée depuis la malheureuse trangression , par laquelle nos premiers pères perdirent , pour eux et pour nous , l'état de la justice originelle dans lequel ils avoient été créés. Après cette perte , qui les rendit sujets a une infinité de misères ^ eux et tous leurs descendans.il leur resta une consolation, qui fut qu'aussitôt qu'Adam eut pe'ché , Dieu maudit le serpent, qui étoit la première cause du mal, et promit dès-lors d'envoyer son Fils unique , dans un certain temps , pour nous délivrer de tous les maux auxquels nous étions assujettis par le péché. Je mettrai, dit le Seigneur, une haine irréconciliable entre toi et la femme , entre ta semence et la sienne , et elle- t'écrasera la tête (2). Cette promesse les ayant extrêmement consolés, ils firent pénitence, et ils apprirent ensuite à leurs enfans l'état bienheureux dont ils avoient joui quelque temps , comment ils en étoient déchus par leur propre faute,etqu'il viendroit un rédempteur qui les sauveroit par sa puissance. Mais ce ne fut pas seulement à eux que cette promesse fut faite : Dieu la confirma
(1) Nùnc princeps hujus mundi ejicietur îotks.Joan. i*.3r.
(2) Inimicitias ponam inter te et mulierem, etsemen tuum et semen illius : ipsa conteret caput tuum. Genesg. 3. i5,
encore plusieurs fois aux saints patriarches , et particulièrement à Abraham , à Jacob et k David , a qui il promit que le Messie naîtroit de leur race. Cette créance étoit universelle dans toute la religion judaïque ; et les prophètes qui prédisoient des merveilles de sa venue, ne cessoient de la demander à Dieu avec larmes et avec gémissemens. Envoyez > disoit Isaïe, V agneau dominateur de la terre» Que ne percez-vous les deux , et que ne descende z-vousl deux, versez la roséed'en haut. Que les nues pleuvent le juste ; que la terre s'ouvre, et quelle produise le Sauveur
(l).L épouse, dane 1g Cantique desGantiqiieS,
témoigne la même impatience : Quand vous aurai- je pour frère? dit-elle? Quand sucerezcous les mamelles de ma mère \ Quand vous trouverai-je dehors } afin que je vous baise , et que je ne sois plus méprisée (2)] Enfin , c étoit toute V attente des nations (3) qui soupiroient après lui, comme des captifs après leur libérateur; c'étoit en vertu delà rédemptionqu'il devoit opérer,que les péchés étoient pardonnes; et comme nous croyons fermement qu'il est venu, de même les Juifs croyoient infailliblement qu'il devoit venir : ils l'appeloient même celui qui doit venir; et c'est pour cela qu'ils dirent à saint Jean :
(i) Rorate, coeli, desuper, et nubes pluant justum : aperiatur terra, et germinet Salvatorem haï 45. 8-
(2) Quis mihi det te fratrem raeum sugentem ubera matris me» , ut iaveniam te foris, et deoseuler te , et jàm nemo despiciat? Cant. 8. 1 .
(3) Et ipse erit expectatio gentium. Gen. 49. 10.
2L2 PART. II. TRAITÉ Vil. CHAP. I.
Etes-vous celui qui doit venir \,ou en devonsnous attendre un autre (i) ?
Or, quand le temps fut accompli, dans lequel Dieu avoit résolu, de toute éternité, de faire une si grande grâce aux hommes, il envoya son Fils unique; et il différa jusqu'alors , afin que les hommes ayant eu plus de temps pour connoître leur misère, souhaitassent avec plus d'ardeur d'en être tirés , et fissent plus de cas de leur libérateur , quand il lui plairoit de l'envoyer. Car il arrive souvent que Dieu, pour nous imprimer de plus grands sentimens de notre foiblesse et du besoin que nous avons de son secours , et pour empêcher aussi que nous ne puissions rien nous attribuer à nous-mêmes, suspend les consolations et les remèdes qu'il a résolu de nous donner. Quand donc ce temps bienheureux fut venu , comme il n'y avoit que Dieu seul qui pût relever l'homme de sa chute ; qu'il falloit satisfaire à l'offense que l'homme avoit commise , que cette satisfaction devoit être accompagnée de peines, et que Dieu , de sa nature, est impassible , la sagesse infinie trouva le moyen de concilier toutes ces choses^ par l'incarnation du Fils de Dieu, qui se faisant homme , et réunissant ainsi en une même personne la nature divine et la nature humaine , opéra le salut des hommes. Ce fut là, sans doute, un ouvrage admirable de la
(i) Tu es qui Tenturus es, an alium expcctamus? Matth. u. 5.
sagesse et de la bonté de Dieu, et rien ne montre davantage sa grandeur et sa puissance; c'est pourquoi le prophète , parlant a Dieu de l'accomplissement de cet ouvrage: RéveilleZj dit-il , votre puissance , et venez pour nous sauver (i). Il sollicite Dieu de venir opérer notre rédemption; et pour cet effet, il lui demande qu'il déploie sa puissance, comme s'agissant du plus grand ouvrage qu'il pût jamais faire dans le temps. La création du monde est un grand ouvrage, dit St. Augustin, et marque bien la toute-puissance de Dieu; mais la rédemption du genre humain est encore tonte autre chose, et montre bien davantage la grandeur de son pouvoir. Aussi , quand l'Ecriture parle de la création, elle l'appelle l'ouvrage des doigts de Dieu : Je verrai vos deux > dit David , l'ouvrage de vos doigts ; la lune et les étoiles que vous avez fondées (2). Mais quand elle parle de la rédemption , elle l'appelle l'effet du bras de Dieu; elle dit , que le bras de Dieu a donné des marques desa puissance (3); et par-là elle fait voir qu'il n'y a pas moins de différence de l'un à l'autre, qu'il y en a d'un doigt à tout le bras. Mais la rédemption n'est pas seulement une plus grande marque du pouvoir et de la grandeur de Dieu , que la création ; elle est
(1) Excita potentiam tuatn , et veni, ut salvos facias dos. Ps. 79. 3.
(2) Quoniàm videbo cœlos tuos , opéra digitorum tuorum , bnam et stellas qux tu fuodàsti. Ps. 8. \.
(3) Fecit potentiam in brachio suo. Lue. i. 5i,
2l4 PART. II. TRAITÉ Vil. CHAP. I.
aussi une marque particulière de la grandeur de l'homme, et de l'estime que Dieu en fait; c'est pourquoi l'Eglise lui adresse ces paroles : Seigneur, qui avezformè, d'une manière admirable, V excellence de la nature humaine , et qui V avez réparée d'une manière encore plus admirable (i). Dieu a sans doute beaucoup fait pour l'homme en le créant ; mais il a encore fait plus en le rachetant : c'est ce qui fait dire à saint Léon (2), que Dieu a extrêmement élevé l'homme, en le créant à son image; mais qu'il l'a élevé encore bien davantage, en «'abaissant lui-même jusqu'à prendre,non la figure et l'apparence d'unhomme, mais la nature même de l'homme.
Enfin les avantages que nous retirons de l'incarnation du Fils de Dieu , sont si grands , qu'à ce prix nous devons estimer heureuse la faute d'Adam. Heureuse faute! s'écrie l'Eglise par un excès de zèle, et par un vif sentiment des grâces qu'elle reçoit de son époux : Heureuse faute, qui a mérité d'avoir un si grand rédempteur ! Heureux et néces* saire le péché d Adam , qui a été effacé par la mort de Jésus-Christ (3) ! En effet, Jésus- Christ nous a plus donné , qu'Adam ne nous avoit ôté. Nous avons plus gagné par la ré-
(1) Deus qui humanae substantiae dignitatem mirabiliter condidiiti , et mirabiliùs reformâsti. In offert. Missœ.
(2) S. Léo papa ex Aug. serm. 4- de temp.
(5) O felix culpa, quae talem meruit hahere redemptorem! O certè necesssarium Adae peccatum, quod Christi morte deletum est .' In Offic. Missœ Sabb. S.
DES BIENS QUE NOUS POSSEDONS EN J. C. 2l5
demption, que nous n'avons perdu par le péché ; et la grâce na pas été mesurée au crime (i). Saint Bernard,, rapportant ces paroles , où l'Apôtre marque que Jésus-Christ a fait plus de bien aux hommes , qu'Adam ne leur avoit fait de mal : Il est vrai , mes frères , dit-il , qu'un homme et une femme nous ont fait grand tort; mais grâces à Dieu, toutes choses ont été réparées par un homme et par une femme, et réparées avec usure : caria grâce n'a pas été mesurée au crime , mais la grandeur du bienfait surpasse de beaucoup celle de la perte (2).
On ne sauroit jamais exprimer les biens et les trésors que nous possédons en Jésus- Christ ; il faudroit pour cela avoir reçu , comme saint Paul , la grâce d'annoncer aux nations les richesses inestimables de Jésus- Christ (3), Le Sauveur lui-même ne nous marque-t-il pas combien il est difficile de les concevoir? Si vous saviez, dit-il à la Samaritaine, quel est le don de Dieu, et qui est celui qui vous dit : Donnez-moi à boire (4) ? Si
(i) Non sîcut delictiim , ita et donum. Rom. 5. i5.
(2) Vehemenîer quidem nobis , dilectissimi , vir unus et mulier ima nocuere ; sed gratias Deo , per unum nihilominùs virum et mulierem unam omnia restaurantur, necsinemagno foenoregratiarum : neque enim sicùt delictum ,ità et donum ; sed excedit damni aestimationem benefîcii magnitudo. Bern. Hrm. 7. de beat â Vir g.
(3) Mihi omnium sanctorum minimô data est gratia baec in gentibus evangelizare investigabiles divitias Gbri=ti. Ephes. o. 8.
(4) Si scires donum Dei, et quis est qui dicit tibi : Da mibi bibere. Joan, 4. 10.
2ï6 PART. II. TRAITÉ Vil. CHAP. I.
nous savions le don que Dieu nous a fait , en nous donnant son Fils unique; si nous connoissions ce don qui renferme tous les autres dons , et dans lequel il nous a donné toutes choses; si nous en pouvions comprendre l'excellence; s'il plaisoit àDieu de nous découvrir un si précieux trésor, que nous serions riches, et que nous serions heureux ! Saint Augustin, à qui il avoitfait cette faveur, disoit (i) dans letransportdeson zèle etde sa reconnoissance: Seigneur, celui qui est ingrat au bienfait de la création mérite l'enfer; mais il faudroit un nouvel enfer pour celui qui est ingrat au bienfait de la rédemption. On rapporte du père
Avila , qu'il a voit toujours cette grâce si présente à l'esprit, que quand ceux qui avoient reçu quelque grâce particulière de Dieu , lui en parloient, en admirant la bonté divine : Ce n'est pas en cela, disoit-il , qu'il faut l'admirer , c'est de ce que Dieu a aimé le monde, jusqu'à donner son Fils unique (2) : Ce sont les paroles dont saint Jean se sert pour nous exprimer la grandeur de l'amour de Dieu pour les hommes , par la grandeur du don qu'il leur a fait; et certes , le prix infini de l'un marque bien l'excès infini de l'autre ; car quelles bornes y a-t-il à l'amour de Dieu , puisqu'il donne son Fils unique , pour nous
(0 Aug* In. Marx, c- i5.
(2) Sic Deus dilexit muadum, ut Filium suuni unigenitum daret. Joan. 3. 16.
racheter par sa mort ? O merveilleux excès de bonté! dit l'Eglise au Père éternel : 6 ines* timable mouvement de charité , que vous ayez livré votre Fils pour racheter un esclave (i) ! Qui pourroit jamais rien se figurer de semblable? qui est l'homme qui étant esclave, oseroit jamais proposer à son prince de donner son fils unique pour le racheter ] Cependant, ce que vousn'auriez jamais osé demander, ce que vous n'auriez jamais pu croire, ce qui ne vous seroit pas même tombé dans l'esprit , c'est ce que Dieu fait pour vous.
Mais il ne se contente pas de nous tirer par ce moyen de l'esclavage où nous étions : il fait encore plus ; il nous élève a la dignité d'enfans de Dieu ; il prend notre nature pour nous faire participans de la sienne; il se fait homme, pour faire les hommes enfans de Dieu. Voyez , dit saint Jean , quel excès de bonté le Père a eu de vouloir qu'on nous appelle enfans de Bien, et que nous le soyons en effet U). En effet , nous le sommes ; et ce n'est point vainement que nous appelonsDieu notre père, et Jésus-Christ notre frère. Jésus- Christ lui-même ne tient point à honte , dit saint Paul, de nous appeler sesfr ères, lorsqu'il dit : 3' annoncerai votre nom à mes frères (3).
(i) O mira circà nos tuae pietatis dignatio ! O inestimabilis dilectiocaritatis ! Ut servum redimeres , Filium tradidisti. In Offic. Missœ Sabb. S.
(a) Videte qualem caritatem dédit nobis Pater, ut filii Dei nominemur , et simus. Gai. 4. 5. et 1. Joan. 3. r.
(3) Propter quam causam non confunditur fratres eos T. 1T. 19
ïl semble, au contraire, qu'il s'en fasseun sujet de gloire, tant il nous appelle souvent de cette sorte. Or, à celui qui a Dieu pour père, et qui a pour frère Jésus-Christ , à qui toute-puissance a été donnée dans le ciel et sur la terre ( i) t que lui reste-t-il à souhaiter? Quelle joie ne durent point avoir les eufans de Jacob, lorsque Joseph les eut rassurés de la crainte qu'ils avoient de son ressentiment ; et lorsqu'ils virent que leur frère commandent à toute L'Egypte, que rien ne s'y faisoit que par lui,etquePharaon lui renvoyoit toutes choses. Allez à Joseph (2)? Il voulut qu'ils vinssent tous demeurer avec lui , et il leur fournit de quoi transporter tout ce qu'ils avoient. Venez à moi , leur dit-il , et je vous donnerai tous les biens de l'Egypte (3).Or, Jésus-Christ qui est notre frère et qui nous aime encore plus que Joseph n'aimoit ses frères, nous traite de la même sorte; il nous veut tout avec lui. Mon père, dit-il , ceux que vous m avez donnes , je veux que là ou je suis , ils y soient aussi avec moi (4)- H nous donne tous les secours et toutes les assistances dont nous avons besoin , pour demeurer toujours avec lui , et ne nous en séparer jamais.
vocare , dicens : Annuntiabo nomen tuum fratribus nieis. Ilebr. 2.H.12.
(1) Data est raihi cmnis potestas in crelo et in terra. Maith.
(2) Ite ad Joseph. Gen Ai. 55
(3) Venite ad me , et ego dabo vobis omnia bona ^gypti. Gen. 4 5. 18. , , L. ....
(4) Pater, quos dedisti mihi, volo ut ubi sum ego, et HU âintmecum. Joan. 17. 24.
Que si les offenses que vous avez commises contre lui vous font appréhender sa vengeance , rassurez-vous , la pénitence que vous en avez faite] les lui a déjà fait oublier, et non-seulement il les a oubliées, mais il se rend même votre intercesseur et votre médiateur auprès de son Père pour vous en obtenir le pardon. C'est l'assurance que nous donne saint Jean par ces paroles : Mes petits en/ans^ je vous écris ces choses > afin que vous ne péchiez pas ; mais si quelqu'un pèche 3 nous avons un avocat auprès du Père 3 qui est Jésus-Christ le juste (i). Saint Paul nous apprend quil est monté au ciel pour paroùre devantlafacede Dieu pour nous (2). Et saint Bernard dit qu'il y montre a son Père les plaies qu'il a reçues pour nous par son ordre, et qu'il le conjure par le mérite de ces plaies, de ne pas souffrir que l'homme périsse après lui avoir coûté si cher. De même que quand la sainte Vierge intercède pour nous auprès de son Fils , elle lui montre les mamelles qui l'ont allaité; ainsi le Fils montre au Père les plaies qu'il a reçues pour l'amour de nous; et c'est pour cela , disent les Saints, qu'il a voulu que son sacré Corps en conservât encore les marques après sa Résurrection glorieuse.
(1) Filioli , hacc scribo vobis, ut non peccetis ; sed et si quis peccaverit , advocatum habemus apud Patrem Jesum Christum justum. 1. Joan. 1.2.
(2) Jésus introLFitin cœlum , ut appareat nùnc vuttui Dei pro nobis. Hebr. 9. 24.
220 PART. II. TRAITÉ Vil. CHAP. I.
L'Ecriture-sainte nous rapporteque, dès que Jacob fut mort, ses enfans craignant que Joseph n'étant plus retenu par le respect de son père, ne voulut alors se venger des injures qu'ils lui avoient faites autrefois , lui envoyèrent dire que le plus grand bien que leur père avoit souhaité à ses enfans a l'heure de sa mort, étoit que leur frère leur pardonnât , et oubliât les offenses passées ; et nous vous prions aussi, ajoutèrent-ils, de les pardonner au serviteur de Dieu votre, père (i). Or, il est à remarquer que ce n'étoit pas le père qui les avoit commises : mais quoi, l'amour paternel engage un père a faire sa propre faute de celle de ses enfans: et c'est ainsi que Jésus-Christ, par un excès d'amour pour nous , a fait ses propres péchés des nôtres , et a pris toutes nos fautes sur lui. Le Seigneur a mis sur lui les iniquités de nous tous (2), dit le Prophète; et il portera leurs iniquités (3). Puisque cela est, adressons-nous de la même sorte au Père éternel, et disons-lui : 0 Père de toute miséricorde , pardonnez mes péchés à votre Fils Jésus-Christ , qui ne vous a rien tant recommandé a l'heure de la mort,et qui vous en a prié alors, en vous disant : Mon père ,p ordonnez-leur , car ils ne savent ce quilsfont{^).
(1) ÎS'os quoque oramus , ut servo Dei , patri tuo, dimittas iniquitatem banc. Gènes. 5o. 17. Vulgaia corr. tegit : servi Del patris tui.
(a) Posuit Dominas in eo iniquitatem omnium nostrûm. 2». 53. 6.
(3) Et iniquitatfs eorum ipse portabit. lbid. il.
(4) Pater , dimitte illis, quia nesciunt quid faciunt. Lue.
Qui n'aurasujet d'espérer son pardon par Tintercession de Jésus-Christ, le médiateur de la nouvelle alliance ., et par V effusion de son sang y qui parle bien mieux que celui dCAbel ( i ) ? Celui d' Abel demandoit vengeance , mais celui de Jésus-Christ demande miséricorde pour ceux pour qui il a été répandu, et pour ceux même qui l'ont répandu. Quand donc le démon vous représentera la multitude de vos péchés, pour vous étonner par cette vue et vous faire perdre courage,] etez alors i es jeux sur Jésus-Christ; imaginez -vous qu'il vous prend par la main et qu'il vous mène a son Père , qu'il parle, et qu'il répond pour vous comme votre intercesseur, et qu'il couvre la honte de vos péchés et de vos infidélités, par la grandeur de ses mérites et par les services qu'il a rendus à son Père. De cette sorte , vous reprendrez bientôt courage ; votre découragement se changera en confiance, et votre tristesse en joie, par le moyen de celui qui nous a été donné de Dieu , pour être notre sagesse, notre justice , notre sanctification et notre rédemption (2).
Nous avons toutes choses en Jésus-Christ , dit saint Ambroise , et Jésus-Christ nous est toutes choses. Si vous voulez guérir vos blessures, il est le médecin ; si l'ardeur de la fièvre vous brûle, il est la fontaine d'eau
(1) Testament! novi mediatorcm Jesum , et saoguinia aspersionem meliùs loquentem quàm Abel. Hebr. 12. a4-
(2) Qui factus est nobis sapientia à Deo , et justifia » «tsanctifîcatio, et redemptio. 1. Cor. 1. 5.
vive *, si le poids de vos iniquités vous accable , il est la justice ; si vous avez besoin de secours , il est la force et la puissance ; si vous appréhendez la mort, il est la vie; si vous voulez aller au ciel, il en est le chemin; si vous fuyez les ténèbres, il est la lumière ; et si vous cherchez a manger , il est la nourriture céleste (i); enfin tout ce qui vous manquera , et tout ce que vous pourrez désirer, vous le trouverez en lui. Si le loup infernal , dit-il ailleurs , vient a vous , prenez une pierre, il s'enfuira ; et cette pierre c'est Jésus-Christ ; si vous avez recours à Jésus-Christ, le loup s'enfuira , et ne pourra plus vous faire peur. Saint Pierre cherchoit cette pierre , lorsqu'il enfonçoit dans les flots ; et il trouva ce qu'il cherchoit , puisqu'il embrassa la main de Jésus-Christ qui le délivra (2).
Saint Jérôme (3) expliquant ces paroles de l'Apôtre : Au reste , mes frères , prenez courage dans le Seigneur et dans la puissance
(1) Omnia igitur habemus in Christo 3 et omnia Christus est in nobis. Si vnlnus curare décideras, medicus est. Si febribns aestuas , fons est. Si gravaris iniquitate , justitiaest. Si auxilio eges, fortitudo et potentia est. Si morteui horres, vita est Si cœlum desideras, via est. Si tenebras fugis , lux est. Si cibum quaeris, alirnentum est. .Imbr. I. 5. de Virg.
(2 / Si in te insurrexit lupus , petram cape, et fugit; petra autem tua Cbristus est : si ad Cbristum confugias , i'ugiet lupus , nec terrere te poterit. Hanc petram quaesivit Petrus cùm titubaret in fluctibus, etinvenit quod quaesivit, quoniàm dexteram ainpiexus est Christi. Ambros. t. 6. Examer. c. 4»
(3) Hieron in illud : De caetero , fratres , confortamini in Domino et in potentia virtutis ejus ; induite vos armaturam Dei, ut possitis stare adversùs insidias diaboli. Ephes. 6. 10.
de sa vertu , et revêtez - vous de l'armure de Dieu 3 afin que vous puissiez résister aux embûches du diable, dit que parla suite de ce passage , et par tout ce que l'Ecriture-sainte dit de Jésus-Christ, on voit clairement que l'armure dont l'Apôtre nous recommande de nous revêtir, est Jésus-Christ lui-même : de sorte que quand il dit : Revêtez- vous de l'armure de Dieu,c'estcommes'ildisoit : revêtezvous de Jésus-Christ. Le même Saint prouve ensuite que Jésus-Christ est notre cuirasse, notre casque , notre bouclier, notre glaive à deux tranchans (i), et ainsi du reste. En sorte que les armes dont nous devons nous armer , pour triompher de toutes les tentations et de toutes les attaques du démon , c'est la vertu de Jésus-Christ, lequel nous est toutes choses, et dans lequel nous possédons toutes choses. Aussi l'Ecriture-sainte lui donne-t-elle une infinité de noms et de titres ; celui de roi , de maître, de pasteur, de prêtre , de médecin , d'ami, de père, de frère, de pain, de lumière, de fontaine, et mille autres ; et comme tous les trésors de la sagesse et de la science du Père sont renfermés en lui (2) , de même tous nos trésors et toutes nos richesses se trouvent en lui, puisque notre bonheur se fonde sur lui, et que nos bonnes actions n'ont de mérite que celui que leur donne son sang pré- Ci) Gladius utrâque parte acutus. Apoc. i. 16. (2) In quo surit omnes thesaari sapieMiœ et scientiae absconditi. Coloss. a. 3.
2 24 PART. II. TRAITÉ Vil. CHAP. I.
cieux. C'est ce que signifient les paroles qui furent dites à saint Jean, lorsque voyant cette multitude infinie qui étoit devant le trône de Dieu , vêtue de robes blanches , et tenant des palmes à la main , on lui dit : Voici ceux qui ont lavé et blanchi leurs robes dans le sang de l'Agneau (i). Car tout ce qu'il y a de bien en nous , n'est en effet qu'un e'coulement des richesses de Jésus-Christ., et nous ne l'avons que par son moyen et par ses mérites. C'est par lui que nous sommes délivrés des tentations les plus dangereuses ; c'est par lui que nous acquérons la vertu ; c'est en lui que nous possédons toutes choses ; c'est de lui seul que nous pouvons tout obtenir , et c'est à lui seul que nous devons rapporter la gloire de tout. C'est pourquoi toutes les prières que l'Eglise fait à Dieu , elle les termine toujours par ces paroles : Par Notre^Seigneur Jésus- Christ (2); a l'imitation de cette prière du Psalmiste : O Dieu qui êtes notre protecteur , regardez et tournez les yeux sur la face de votre Christ (3) ! C'est comme si elle disoit : Seigneur , accordez-nous nos demandes, pour l'amour de Jésus-Christ votre Fils , pardonnez-nous nos péchés, pour l'amour de lui, puisque c'est pour nos péchés qu'il est mort en croix. Jetez les yeux sur les plaies
(1) Hi sunt qui laverunt stolas suas, et dealbaverunt eas in sanguine Agni. Apoc. 7 . i4 •
(2J Per Dominum nostrum Jesum Christum , etc.
(5) Protector noster aspice, Deus, et respice in facîem Christi tui. Ps. 83. q.
qu'il a voulu recevoir pour nous, et que cette vue nous attire votre miséricorde. Que si la considération des services d'Abraham , de Jacob et de David a eu tant de fois le pouvoir, non-seulement de retenir la colère de Dieu, qui étoit prête d'éclater, mais aussi de le porter à combler son peuple de grâces et de bienfaits , comme il le marque lui-même par ces paroles : A cause de mon serviteur Jacob et d'Israël mon élu > et à cause de David mon serviteur (i) ; que ne devonsnous point croire qu'il doive faire pour l'amour de son Fils , dans lequel il a mis toute sa complaisance (2) ] Aussi l'Apôtre nous enseigne que Dieu nous a glorifiés dans son Fils bien-aimè (3) , et Jésus-Christ lui-même ne nous dit-il pas : Tout ce que vous demande* rez au Père > en mon nom > il le fera , afin que le Père soit glorifié dans le Fils (4).
Lorsque l'ange dit aux pasteurs , et à tout le monde en leur personne : Voilà que je vous annonce une grande joie , qui sera dans tout le peuple ; car il vous est né ait' jourd'hui un Sauveur qui est le Christ y le Seigneur^)) : Cette joie qu'il leur annonçoit
(1) Propter servum meum Jacob, et Israël eleclurn meum. ïs. 43. 4* Et propter David servum meum. 4- ^o- x9« ^4» (2 In quo mihi benè complaeui. Matth. 17. 5.
(3) Gratificavit nos in delecto fîlio suo. Ephes. 1. 6.
(4) Quodcumque petieritis palrem in nomine meo, fîet vobis , ut glorificetur Pater in Filio. Joan. i4- »3.
(5) Ecce enim evangelizo vobis gaudium magnum , quod erit omni populo , quia natus est vobis hodiè salvator qui est Cbristus Dominus. Luc. 2. 10. 11.
226 PART. II. TRAITÉ Vil. CHAP. 1.
n'étoit pas une joie toute seule ; c'étoit toute sorte de joies et de biens tout à la fois. Origène demande pourquoi Isaïe ayant dit , en terme singulier , qui annonce le bien ; St. Paul rapportant le même passage , dit en terme pluriel, qui annonce les biens (i) , et il répond que c'est parce que Jésus-Christ n'est pas un seui bien , mais tous les biens ensemble. 11 est en même temps notre salut , notre vie , notre résurrection , la lumière du monde^, la vérité, le chemin et la porte du ciel, la sagesse, la puissance, la source et le trésor de tous les biens. Il est né , et il est mort, afin que nous yivions ; il est ressussité, afin que nous ressuscitions ; il est monté au ciel , pour nous y aller préparer la place } comme il dit luimême ; et il étoit expédient pour nous quil y allât (2), puisque c'est de là qu'il nous a envoyé le Saint-Esprit , et que de la droite de son Père où il est assis , il verse continuellement ses grâces sur nous. Saint Cyprien dit qu'une des raisons pour lesquelles les marques de ses plaies sont demeurées ouvertes , c'est pour nous montrer que ce sont autant de canaux et autant de sources inépuisables, d'où les trésors de sa libéralité et de sa miséricorde doivent découler incessamment sur les hommes. Ses mains sont faites au tour : elles sont d'or ; elles sont pleines de pierres
(1) Quàni pulchri surit pedes annuotiantis bonum. /s« 5a. 7. Pedes evangelizantium bona. Rom. 10. l5.
(2) Vado parare vobis locum. Et expedit vobis,utegO tadam. Joan. i\, 2, et 16. 7.
[précieuses (i); et comme elles sont percées , [ les richesses dont elles sont pleines, tombent [ continuellement par les trous de ses sacrées ! plaies. Concluons ce discours parles paroles I de l'Apôtre, et disons : Puisque nous avons I donc pour grand-prêtre Jésus , fils de Dieu, [ qui a pénétré dans les deux y allons avec i confiance au trône de sa grâce, afin que nous | obtenions miséricorde , et que nous trouvions |! grâce dans notre besoin (2).
Onrapporte desaintBernard(3),que dans I une grande maladie qu'il eut , il fut comme | ravi en esprit ; qu'il lui sembla qu'on le me- 1 noit devant le tribunal de Dieu , et que la le I démon l'accusoit , et soutenoit qu'il ne mérij| toit pas de posséder la gloire éternelle. J'avoue, \ répondit le saint, que j'en suis indigne, et que je n'y ai nul droit de moi-même ; mais Jésus- Christ mon Sauveur y a droit pour deux raisons; la première , parce qu'il est le Fils unii que du Père éternel, et héritier du royaume céleste ; et la seconde , parce qu'il l'a acheté par son sang , en obéissant a son Père jusqu'à la mort. Le premier de ces deux titres lui suffit ; de l'autre, ilm'en a fait transport, et c'est en vertu de la cession qu'il m'en a faite , que je prétends part au ciel, et que j'espère de l'avoir. L'accusateur infernal demeura confus
(1) Manus ejus tornatiles aurese,plense hyacinthis.Can*.5. i4-
(2) Habentes ergô pontificem magnum , qui penetravit cœlos , Jesum filium Dei:adeamus cum fiduciâ ad thronum gratis ejus , ut misericordiam consequamur, et gratiam înveniamus in auxilio opportune Hebr.î. i4- I^«
(3) In vitâ S. Bern.
de cette réponse ; et aussitôt cet appareil de jugement et de tribunal disparut , et le saint revint à lui. Or , c'est là en quoi nous devons établir aussi notre confiance; et c'est sur le droit que Jésus-Christ nous a acquis par sa înort , que nous devons fonder notre prétention et notre espérance. Jacob obtint la béné- «KctioD de son père sous les habits de son frère aîné. Revétons-nous de même de Jésus-Christ notre frère aîné; couvrons-nous delà peau de cet agneau sans tache; prévalons-nous de ses mentes et de sa passion, et de cette sorte nous obtiendrons la bénédiction du Père éternel.