CHAPITRE II
Comlien il est utile de méditer sur la Passion de &otre-Seigneur , et combien cette méditation est agréable à Dieu.
Rien ne nous est si salutaire , dit saint Augustin (i), que dépenser tous les jours combien de choses Dieu a souffertes pour nous. Et saint Bernard dit (2) que rien n'est si propre pour guérir les blessures delà conscience, et pour purifier l'esprit, que la méditation continuelle des souffrances de Jésus-Christ. C'est aussi un grand secours contre toutes
(1) Nihil tàm salutiferum nobis est, quàm quctidiè co»itare quanta pro nobis pertulit Deus homo. August. serm. oî. ad [rat. in eremo.
(2) Quidenim tàin efficax ad curanda conscieotiae valnera , nec non ad purgandam mentis aciem , quàm Cbristi vulnewm sedula meditatio ? Dern. serm. 62. sup. Cant.
sortes de tentations, disent les Saints , et particulièrement contre les tentations d'impureté, d'avoir recours à la méditation delà passion de .T. C. , et de nous cacher dans ses plaies. Enfin c'est un remède universel contre toute sorte de maux , de penser à Jésus crucifié; et St. Augustin nous assure qu'en toute sorte de rencontres , il n'en a jamais trouvé de si efficaces que les plaies de l'homme Dieu (i). Celui, dit saint Bonaventure, qui s'attache a méditer dévotement sur la vie et sur la mort de J. C. , y rencontre abondamment toutes les choses dont il a besoin , et il n'a que faire de rien chercher hors de J* G. , (2). Ainsi nous voyons que cette pratique a été fort familière aux Saints , et que par ce moyen ils sont parvenus à un haut degré de sainteté et de perfection.
Quand cet exercice ne produiroit autre chose , que de nous faire souvenir de Dieu et de rappeler dans notre esprit les bienfaits que nous en avons reçus , il seroit toujours d'un grand mérite devant lui. C'est le propre de l'amour, défaire qu'on soit ravi d'être dans le souvenir de la personne qu'on aime « et quand on sait que cette personne pensesouventaux services qu'onluiarendus,et qu'elle
(1) In omnibus non inreni tàm efficax remedfum, qnim vulnera Christi. Aug. in manual c 22.
(s) Qui se intenté et devotè in sanctissimâ vitâ et passïone Domini exercet, et omnia utilia et necessaria sibi abundaater ibi invenit , nec opus est ut extra Jesum aliquid «juaiat. Bonav. coll. 7.
se plaît a s'en entretenir , ces marques de sa tendresse donnent plus de joie que les présens du monde les plus magnifiques. C'est ainsi qu'une femme de qualité , dont le fils est en voyage dans les pays étrangers , et qui entend dire qu'il ne fait que parler des bienfaits qu'il a reçus d'elle, et des obligations quJil lui a , est plus touchée de cela mille fois, que s'il lui envoyoit toutes les raretés du pays où il est. Or , il en est de même de Dieu : car en ceci comme en toute autre chose , il garde les lois de l'amour, et demeure dans les termes de ceux qui aiment véritablement. C'est pourquoi il est bien-aise que nous nous souvenions de lui , et que nous pensions aux grâ- * ces qu'il nous a faites et aux merveilles qu'il a opérées pour nous, et nous devons nous entretenir d'autant plus dans cet exercice, que nous ne saurions le pratiquer long-temps, sans que la considération de tant de bienfaits nous excite à le servir de toutes nos forces.
Blosius rapporte (i), que Dieu révéla un jour a Ste. Gertrude , qu'autant de fois qu'on regardoit avec dévotion l'image de Jésus crucifié , autant de fois on attiroit sur soi les regards delà miséricorde divine. Profitons de cet avertissement; et puisqu'il n'a pas dédaigné de souffrir pour nous, ne dédaignons pas du moins de penser à ce qu'il a souffert. On raconte de St. François (2) , qu'un jour qu'il
(1) Bios. t. 2. monit. spirit.
(2) Chron. S. Franc, p. 6. /. i, e. 86.
passoit auprès de Notre-Dame de la Portioncule , pleurant et gémissant, il fut rencontré par un serviteur de Dieu qui le connoissoit , et qui lui voyant de si grandes marques d'affliction , et croyant qu'il lui étoit arrivé quelque chose de fâcheux , lui demanda ce qu'il avoit. Je pleure et je gémis, répondit le Saint, de ce que mon Sauveur J.-C. a tant souffert sans le mériter, et de ce que les hommes qui en sont cause , songent si peu à la grandeur de l'obligation qu'ils lui ont.