CHAPITRE IIÏ
Oii ton commence a parler de la préparation qu'on doit apporter pour s'approcher de ce divin sacrement.
L'avantage que le sacrement de l'autel a sur tous les autres, c'est que Jésus-Christ y est réellement et véritablement vrai Dieu et vrai homme ; c'est là ce qui fait qu'il est le plus excellent de tous les sacremens^ et celui qui opère de plus grands effets de grâces dans nos âmes. Car dans les autres sacremens nous sommes participais a la grâce qui s'y communique ; mais ici, nous participons à la çource même de la grâce : dans les autres , nous ne bu vons que les eaux qui s'écoulent de la source; mais ici, nous buvons a la source même, puisque nous y recevons J. C. luimême, vrai Dieu et vrai homme. Aussi ce sacrement est appelé le sacrementde l'Eucharistie, c'est-à-dire, le sacrement de grâce ; parce que le principe de toutes les grâces y est contenu , et que nous y recevons le Fils de Dieu, qui est la grâce souveraine, et qui,, par son incarnation et par sa mort, a remis les hommes en grâce avec son Père. Il est encore appelé le sacrementde communion , conformément a ces paroles de S. Luc , dans les Actes des Apôtres : Ils persévéroient dans la communion de la fraction du pain ( i) , parce qu'en
(i) Erant persévérantes in communicatione fractionis pa« nis. yict. a. 4a.
le recevant , nous devenons participans du souverain bien , qui est Dieu , et de tous les biens et de tous les dons spirituels ; et que 3. C. , lorsqu'il nous donne sa chair et son sang, nous communique en même temps tous les trésors de grâce qu'il nous a acquis par son incarnation et par sa mort. Ce terme de communion lui convient aussi d'ailleurs très-proprement , parce qu'il unit ensemble les fidèles, qui participant d'une même table et d'un même pain , deviennent par-là une même chose , suivant ces paroles de l'Apôtre : Nous ne sommes qu un même pain, et qu un même corps, tous tant que nous sommes qui participons d'un même pain (i). Aussi une des raisons pour lesquelles J. C. a institué ce sacrement sous les espèces du pain et du vin , c'est , dit saint Augustin , pour nous marquer que comme le pain se fait de plusieurs grains de froment , et le vin de plusieurs grains de raisin; ainsi de plusieurs fidèles qui participent a ce sacrement, il ne se fait qu'un corps mystique (2). S. Jean Damascène le compare au charbon dont un séraphin purifia les lèvres d'Isaïe; et il dit que la divinité étant un feu consumant , suivant ces paroles de l'Ecriture : Notre Dieu est un feu
(i) Unus panis, unura corpus, multi sumus, omises qui de -lin-Q pane paiticipamus. 1. Cor. 10. 17.
(2) Proptereà Dominus noster Jesus-Christus corpus et saagRÎnem suum in iis rébus commendavit , quce ad unum aiiquid rediguntur ex multis. INamque aliud in unum ex multis granis conûcitur, aliud in unum ex multis acinis coafiujt. -iug. Tract. 26. in Joan.
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consumant (i) : cette viande céleste qui lui est unie, consume aussi toutes nos imperfections, nous purifie de tout ce que nous avions d'immonde, et nous comble de biens spirituels (s). Enfin , c'est ce banquet de l'Evangile , dans lequel Dieu commande de dire de sa part aux conviés: Voilà que j'ai préparé mon banquet: mes bœufs et les bêtes que j ^ avais fait engraisser sont tués ^ et toutes choses sont prêtes 0\ En disant que tout est préparé, que tout est prêt, il nous donne assez à entendre que nous y trouverons tout ce que nous pouvons souhaiter. C'est pourquoi le prophète-roi parlant à Dieu de cette manne céleste : Vo-us: avez y dit-il, Seigneur , préparé au pauvre dans V excès de votre bonté (4). Il ne dit pas ce que Dieu a préparé; car c'est un bien ineffable, un bien au-dessus de toutes les paroles et de toutes les expressions. O sacré banquet^ s'écrie l'Eglise , oit Jésus - Christ devient notre nourriture , où la mémoire de sa passion se renouvelle , oit lJ esprit se remplit de grâce , et oit nous recevons un gage de la gloire future (5) ! O sacré banquet \ ce
(i) Dcus noster ignis consumens est. Deut. \. 24. et Heôn 12. 29.
(2 Crucifixi corpus suscipiamus : divinicarbonis participes efficiamur , ut ignis desiderii in nobis insiti assumptà eâ cinse ex carbone oritur , inflammatione , peccata nostra exurat, acr pectora nostra eollustret. Joan. Damasc. de fide OrtkodL.U^ c. «4- de sanci.et immac. Chrysl. Myst.
(3") Ecce prandium menm paravi :tauri meiet altifia occîsa. sunt , et omnia parafa Mallh. 22. 4-
(4) Parâbli in dulcedine tuâ pauperi , Deus. Ps. 67. 1 1.
[5) O sacrum conyivium , in quo Christus sumi(urv seco-
nom-là seul de banquet est un nom de joie et d'abondance. 0 sacré banquet, où l'homme se nourrit de son Dieu ! Sacré banquet, qui nous rafraîchit la mémoire de la passion du Sauveur et de cet amour effectif qui Ta obligé de se livrer pour nous à la mort et à la mort de la croix! Sacré banquet,où notre ameserassasie pleinement de Dieu même , et se remplit de grâces. Sacré banquet, où l'on nous donne un gage de la gloire à venir ,,etun gage si précieux, qui ne diffère en rien delà récompense qui doit nous être donnée un jour dans le ciel. Toute la différence qu'il y a, c'est qu'on nous le donne ici sous le voile des espèces sacramentelles , et que clans le ciel nous le vervous face à face tel quil est ( i).
Or, l'excellence d'un si auguste sacrement et la souveraine majesté de celui que l'on y reçoit, demandent qu'on apporte de grandes préparations pour le recevoir. Le prophèteroi parlant du temple qu'il vouloit bâtir au Seigneur : C'est un grand ouvrage , disoitil , car il ne s'agit pas de préparer une de" meure à un homme , mais à Dieu même (3). Et après avoir assemblé une grande quantité d'or, d'argent , de vases et de pierreries, tout cela lui paroissoit encore peu de chose pour la construction du temple où devoit
litur memoria passionis ej'us, mens impletur gratiâ, et futorae gloriae nobis pignus datur. In Offîc. S. Sacram, antiph. ad Magn.
(1) Facie ad faciem sicuti est.
(a) Opus namque grande est : neque enim homini prasparatur habitatio , sed Deo. i. Paralip. 29. 1.
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être placée l'arche d'alliance , dans laquelle on gardoit la manne, qui n'étoit que l'ombre et la figure de ce divin Sacrement. Que ne devons nous point faire pour préparer le temple où nous voulons recevoir Dieu même en personne ? Notre soin et notre précaution en cela ne devroient-ils pas surpasser le soin et la précaution de David, autant que la réalité et le corps sont au-dessus de la figure et de l'ombre 1 1l n'y a rien , sans doute , que nous ne devions à la majesté infinie de celui que Ton reçoit dans cet auguste Sacrement; mais outre cela , il faut encore songer qu'il nous est d'une extrême importance d'être bien préparés à le recevoir. Car telle que sera la disposition et la préparation que nous y apporterons, telle sera aussi la grâce qui nous y sera donnée; de même que tel est le vase que l'on porte à l'eau , telle est la quantité qu'on en puise. Pour mieux comprendre ceci, il faut savoir que les théologiens remarquent que celui qui s'approche de ce Sacrement , avec plus de bonnes œuvres et de saintes dispositions, non-seulement reçoit plus de grâces en vertu des bonnes œuvres et des saintes dispositions avec lesquelles il s'en approche, ce qu'ils appellent avec le concile de Trente, ex opère operantis ; mais que la grâcesacramentaleque le Sacrementdonne outre cela de lui-même, ex opère operatoj comme ils disent , et qui y est attachée par l'institution divine,devientplusgrandeet plus
3o4 PART. II. TRAITÉ V1I1. CHAP. IV.
abondante , a proportion que la disposition qu'on apporte desoncôtéestaussiplusgrande et plus sainte. Car Dieu opère dans l'ordre de la grâce,, de la même sorte que dans l'ordre delà nature , où nous voyons que les choses agissent sur les sujets , suivant la disposition qu'elles y trouvent. Le feu, par exemple, prend en un moment au bois sec ; mais il ne s'attache que lentement à celui qui ne l'est pas ; et il agit différemment sur l'un et sur l'autre, suivant les différens degrés de sécheresse qu'il y rencontre. Il en est de même du Sacrement de l'autel; et par conséquent il importe extrêmement, par toutes sortes de raisons, d'être bien préparé pour s'en approcher.