‹ Pratique de la perfection chrétienne (volume 4)Chapitre 49 sur 67 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Qu'il faut s'approcher de la sainte communion avec une grande pureté d'ame , non-seulement à regard des péchés mortels , mais aussi a l égard des moindres fautes vénielles.

Nous traiterons désormais principalement de trois choses. La première, de la disposition requise pour approcher dignement de la sainte Eucharistie. La seconde , de ce qu'il faut faire après l'avoir reçue, et des actions de grâces qu'il faut rendre. Et la troisième , du fruit qu'on doit en tirer. Premièrement, quant a ce qui regarde la disposition ou la préparation, je dis qu'il faut ici une bien plus

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grande préparation que dans tous les autres Sacremens; parce que plus les Sacremens sont excellens , plus aussi la disposition pour les recevoir doit être sainte et exacte. Car il y a desSacremensqu'onpeut recevoir dignement, sans qu'il soit nécessaire d'autre disposition, que d'un véritable repentir de ses péchés. Mais l'excellence et la dignité du Sacrement dont nous parlons est si grande, à cause que Dieu lui-même y est enfermé, qu'outre la disposition dont nous venons de parler, il demande encore celle de la confession, quand on a commis auparavant quelque péché mortel. De sorte qu'alors , pour s'en approcher dignement,, il ne suffit pas de la contrition, il faut de plus que la confession précède, comme l'a décidé le concile de Trente (i), fondé sur ces paroles de l'Apôtre: Que chacun s'éprouve soi-même > et qu ainsi il mange de ce pain, et boive de ce calice (2). Car le sens que le concile donne à ces paroles, est que cette épreuve doit se faire par le moyen de l'examen et du tribunal de la confession ; et ainsi la préparation de la confession , quand on a commis quelque péché mortel, est d'obligation pour tous les chrétiens, sous peine de péché mortel ; et elle suffit en même temps , pour recevoir en nous la grâce du Sacrement.

Mais quoiqu'il soit vrai que les péchés vé-

(1) Concll. trldenl. Sess. 16. c. 7.

(i) Probct autem seipsum homo , et sic de pane iilo edat, et de calice bibat. 1. Cor. 11. 28.

3o6 PART. II. TRAITÉ VI11. CHAP. IV.

niels et généralement tout ce qui n'est point péché mortel, ne nous la fassent point perdre, et que celui qui s'en approche en cet état ne laisse pas de recevoir une augmentation de grâces , comme disent les théologiens , il est constant cependant, qu'il perd cette abondance de grâces et de biens spirituels que reçoivent ceux qui s'en approchent avec plus de pureté et de dévotion. Car quoique les péchés véniels n'étouffent point en nous la charité, ils ralentissent la ferveur de la dévotion, qui est la disposition la plus propre pour recevoir dignement le corps de Jésus-Christ. De sorte que si nous voulons avoir part à cette abondance de grâces , dont jouissent tous ceux qui le reçoivent avec une extrême pureté , il faut aussi que non-seulement nous goyons nets de toutes les souillures du péché mortel , mais que nous soyons entièrement lavés de toutes les taches vénielles. Jésus- Christ nous a donné lui-même l'exemple de cette disposition , en lavant les pieds a ses apôtres avant que de les communier (i), pour nous montrer par-la , dit saint Bernard (2) , qu'en nousapprochantdece divin Sacrement, nous devons être lavés, non-seulement de toute sorte de péchés mortels, mais aussi des péchés véniels, qui sont signifiés par la poussière qui s'attache aux pieds,

Saint Denis va encore plus loin, et dit que

(1) Joan. i3. 5.

(a) Bern. Serm. de Cœnâ Dom.

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Jésus-Christ, par cet exemple , exige de nous que nous soyons lavés , non-seulement des péchés véniels, mais encore des moindres imperfections (i); et il rapporte à ce sujet la cérémonie que le prêtre observe à la messe, de se laver les mains avant que d'offrir le sacrifice redoutable. Car il est à remarquer, dit-il, qu'il ne se lave pas les mains entièrement; mais seulement le bout des doigts, pour nous apprendre qu'il faut nettoyer en nous, jusqu'aux moindres fautes et aux moindres imperfections pous nous approcher du Sacrement de l'autel. Si Nabuchodonosor voulut qu'on Lui choisît de jeunes enfans, qui naissent aucun défaut (2) , pour les nourrir des TÎandes que l'on servoit à table, combien estil plus juste que nous soyons sans défaut ! en nous approchant de cette table divine! Enfin, c'est le pain des anges que nous y mangeons ; et ainsi nous devons le manger avec une pureté angélique.

Pierre de Cluni rapporte (3) qu'un prêtre allemand qui a voit toujours mené une vie exemplaire, vint à tomber dans le péché d'impureté; et que s'en étant fait une malheureuse habitude , il ne laissa pas de continuer toujours pendant ce temps-lk à dire la messe, ajoutant ainsi crime sur crime, comme il arrive à quelques-uns , qui, après avoir long-

(1) Extremam exigit munditiem. D. Dion. c. 5. de CœU Hierar.etS. Tnom. 3 p q S3. art 5. ad. î.

(2) In quibus nulla esset macula. Dan. 1. \.

(3) Petr. Cluni. 1. de mirae. c 1.

3û8 PART. II. TRAITÉ VIII. CHAP. IY.

temps bien vécu , viennent à faire quelque chute honteuse, et qui n'osant par orgueil s'en confesser, continuent aussi par orgueil à communier à l'ordinaire , pour ne pas faire perdre la bonne opinion que l'on avoit d'eux. Dieu cependant eut pitié de ce misérable , et le châtia d'une manière qui lui fit ouvrir les yeux.Comme dans le temps delà communion, il tenoit le corps de Jésus-Christ entre ses mains , l'hostie disparut tout d'un coup : le sang disparut aussi de la même sorte du calice , quand il le porta a sa bouche , et ainsi il demeura ce jour-la sans communier, bien étonné de ce qui s'étoit passé. La même chose lui arriva encore deux autres fois qu'il voulut dire la messe, pour voir si Dieu lui donneroit les mêmes marques d'indignation que la première; et ayant connu par-là combien ses péchés étoient énormes , et combien l'ire de Dieu étoit allumée contre lui , il alla tout en larmes se jeter aux pieds de son évêque, lui raconta tout ce qui lui étoit arrivé , se confessa à lui avec de grandes marques de douleur^ et en ayant reçu une pénitence qui l'obligeoit à beaucoup de jeûnes , de disciplines et d'austérités, il l'accomplit fidèlement, et s'abstint cependant de célébrer, jusqu'à ce que lévêque jugeant qu'il avoit suffisamment satisfait à la justice divine pour ses péchés, lui en eût donné la permission. Il lui arriva au reste une chose miraculeuse la première fois qu'il recommença a dire la messe: c'est qu'après en avoir dit la plus grande partie ,

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avec beaucoup de gémisseraens et de larmes , et comme il étoit sur le point de communier, tout d'un coup les trois hosties qui étoient miraculeusement disparues , a cause de son indignité, revinrent sur la patène; et la même quantité de sang qui étoit disparue^ revint aussi dans le calice, Dieu voulant lui donner à connoître par un signe si miraculeux , que ses péchés étoient entièrement pardonnes. Il reçut cette marque de la miséricorde infinie de Dieu avec de grands sentimens de reconnoissance; et plein d'une sainte joie, il consuma toutes les hosties , et vécut toujours depuis dans une très- grande pureté de vie. Pierre de Cluni dit que l'évêque de Clermont lui raconta cette histoire en présence de plusieurs personnes : Césaire dans ses dialogues (i), en rapporte aussi une toute semblable.

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