‹ Pratique de la perfection chrétienne (volume 4)Chapitre 50 sur 67 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

D'une autre sorte de disposition et de -préparation plus particulière , pour s'approcher de ce divin sacrement.

Les Saints et les maîtres delà vie spirituelle disent que pour jouir abondamment des fruits et des effets admirables de ce divin Sacrement , il faut encore essayer de s'y préparer d'une manière plus particulière , par une dévotion actuelle, c'est pourquoi il faut expliquer ici ce que c'est que cette dévotion,etde

(i) Cœsar. I. 2, Dial. c. 5.

3 10 PART. II. TRAITE Vlll. CHAP. V.

quelle sorte nous pouvons l'exciter en nous. Il faut , disent-ils , pour cet effet nous approcher de la communion ; premièrement , avec beaucoup d'humilité et de respect; secondement, avec beaucoup d'amour et de confiance; et en troisième lieu, avec beaucoup d'ardeur et d'envie de manger ce pain céleste. On peut réduire a ces trois choses toutes les espèces de mouvemens affectueux par le moyen desquels on peut exciter en soi la dévotion actuelle , soit avant la communion , soit dans le temps qu'on corn munie, soit après. Comme les livres sont remplis de plusieurs considérations très-saintes et très-étendues sur cette matière, je me contenterai d'en toucher ici quelques - unes des plus ordinaires, qui sont aussi très-souvent les plus utiles, afin que quand j'aurai montré la méthode, chacun puisse ensuite travailler de lui-même là-dessus ; ce qu'on tire de son propre fonds faisant toujours bien plus d'impression et de profit, suivant ce qui nous est marqué dans les exercices spirituels (i).

Premièrement , il faut nous approcher de ce Sacrement adorable, avec une extrême humilité et un extrême respect: et pour exciter ce sentiment en notre cœur, nous pouvons d'abord nous représenter la grandeur suprême et la majesté infinie de Dieu , qui est réellement dans l'Eucharistie ; considérer que c'est celui qui a créé le ciel et la terre

(i) Jgnat. lib. Exere. Spirit. in annot. in prineipio positis annot. 2.

DE LA COMM. ET DE LA MESSE. 3ll

parunseulactedesa volonté,qui les conserve par sa volonté seule , et qui peut les anéantir par sa volonté; et songer enfin que les anges tremblent de respect devant lui , et qu'au moindre signe qu'il fait, les colonnes du ciel s'ébranlent et tremblent de crainte (i). Après cela, il faut tourner les veux sur nous-mêmes, pour regarder notre misère et notre bassesse,, et tantôt nous entrerons dans les sentimensde ce publicain de l'Evangile, qui n'osoit s'approcher de l'autel, ni même lever les jeux au ciel : mais qui, se tenant dans un coin du temple, frappoit sa poitrine, en disant : Seigneur, ayez pitié de moi , qui suis un pécheur (2), Tantôt nous nous servirons des paroles deTpnfant prodigue : Seigneur, foi péché contre le ciel et contre vous , je ne mérite pas d'être appelé votre fils , recevez - moi seulement comme un des serviteurs de votre maison (3). Et tantôt nous répéterons plusieurs fois de cœur et de bouche , les paroles de sainte Elisabeth a la Vierge : Et d'oà peut me venir cette grâce (4) 1 H sera bon aussi de faire une grande réflexion sur celles dont l'Eglise se sert pour le temps de la communion , et qui sont tirées de l'Evangile : Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez

(1) Greg. lib. Moral. iy. c. 17. in illud: Columnae cœlicontremiscunt, et pavent ad nutum ejus. Job 26 11.

(a) Deug , propitius esto mihi peccatori. Luc. '8 i"*.

0) Pater, peccavi in cœluni et coràm te; jàm non sum dignus vocari filius tuus ; fac me sicut unum de mercenariis luis. Luc. i5. 18. et >o.

(4) Et undè hoc mihi ? Luc. x. 43«

chez moi , mais dites seulement un mot , et mon urne sera guérie ( i). Seigneur, je ne suis pas digne de vous recevoir; mais je m'approche de vous, afin que vous mJen rendiez digne. Seigneur, je suis foible et malade^, et je m'approche de vous , afin d'être guéri et fortifié par vous : car vous avez dit que ceux qui se portoient bien , n avaient pas besoin de médecin (2) ; qu'il n'y avoit que les malades qui en eussent besoin, et que c'étoit pour ceuxlà que vous étiez venu.

Eusèbe qui fut disciple de saint Jérôme, et qui se trouva à sa mort, rapporte que ce grand Saint étant sur le point de recevoir le saént Viatique , et d'un côté considérant la majesté et la bonté infinie de Dieu , et de l'autre jetant les jeux sur lui-même, disoit : Seigneur, pourquoi vous abaissez-vous maintenant jusqu'à venir trouver un publicain et jm pécheur , non-seulement jusqu'à manger avec lui , mais même jusqu'à vouloir qu'il TOtas mange? Il est rapporté dans le second livre des rois , que David ayant dit à Miphihos-eth , fils cle Jonathas : Vous mangerez toujours à ma table (3), Miphiboseth lui repondit : Qui suis-je , moi votre serviteur , pour que vous ayez jeté les yeux sur moi, qui

{1) Domine, non sum dignus, ut intre9 sub tectum tneum , sed tantùrn die verbo, et sanabitur anima mea. Mnlth. S. S.

(2) "Non est opus medico benè habentibus , sed malè. 3Tallh) ç) . 22.

(3) Tu comodes panent in. mensâ meàsemper. 2. Beg- 9 7-

DE LA COMM. ET DE LA MESSE. 3i3

ne suis que comme un chien mort (i) ? Que sj le fils de Jonathas faisoit cette réponse "a un roi qui l'appeloità sa table, que ne doit point dire un homme que Dieu même invite à la sienne ? Mais puisque nous ne saurions jamais nous en approcheravecla disposition que mérite ce sacré banquet , suppléons-y du moins par une profonde humilité , et disons avec le Prophète-roi: Qu'est-ce que l'homme, pour que vous vous souveniez de lui ? et qu est-ce que le fils de l'homme, pour que vous le visitiez (2) ? ou avec Job. Qu est-ce que V homme, pour que vous V éleviez a un si haut degré (3)? C'est avec raison que l'Eglise admirant la bonté de Dieu , s'écrie en cette rencontre : O merveille inconcevable , un vil esclave man^e son Seigneur (4)-

Il faut en second lieu nous approcher de ce sacrement , avec beaucoup dJamour et de confiance -, et pour rendre en nous ce sentiment plus vif et plus tendre, il faut considérer la miséricorde et la bonté infinie de Dieu, qui éclate plus ici qu'en aucune autre chose , comme nous l'avons dit au commencement (5). Car lorsque nous nous la remettons bien devant les yeux, comment n'aimerons-

(0 Quis sumego servustuus, qnoniàm respexisti super canem mortuum similem meî ? lbid. 8.

(2) Quid est homo quôd memor es ejus, aut filius hominis . qjoniàm visitas eum ? Ps. S. 5.

(3) Quid est homo, quoniàm magnificas eum? Job. 7. 17.

(4) O res mirabilis J manducat Dominum nauper , semis et humilia.

(5) Ci-dessus, c6. 1.

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