CHAPITRE VI
De quelques autres considérations pieuses , dont on peut se servir pour se préparer a la sainte communion.
Entre plusieurs considérations dont on peut se servir utilement pour se préparera -recevoir le corps du Fils de Dieu, une des plus propres est de rappeler sa passion dans notre mémoire , et de considérer avec quel -excès d'amour il s'est livré pour nous au supplice de la croix. Car une des raisons principales pour lesquelles il a institué le sacrement de son corps et de son sang , a été afin .que sa passion nous fût toujours présente à l'esprit , et c'est pourquoi il nous a ordonné lui-même , que toutes les fois que nous participerions a ce sacrement, ce fût en mémoire de lui (l). L'Apôtre nous marque la même chose. Toutes les fois , dit-il, que vous mangerez ce pain et que vous boirez ce calice , vous annoncerez la mort du Seigneur (2). Saint Bonaventure conseille (3) de s'arrêter sur un des mystères de la passion toutes les fois que l'on va communier -, et il dit qu'il en usoit de la sorte , et que son ame fondoit de tendresse. S. Chrysostôme dit (4),
.{1) Hoc facile in meam commemorationem. Lue. as. ig. (a) Quotiocumque manducabitis panem hune , et calicein bibetis, mortem Doraini anountiabilis. 2. Cor. 11. 26.
(o)S. Bonav. de prœparat. ad Miss. c. 6. et in fascicul. c.S. (4 ChrysosL Homil. S5 in Mall!i.
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que toutes les fois que l'on communie , il faut se figurer que l'on met la bouche dans la précieuse plaie du côté de Jésus-Christ, que Ton en suce le sang, et que Ton participe à tout ce qu'il a acquis aux hommes par les mérites de ce sang. Sainte Catherine de Sienne, toutes les fois qu'elle alloit communier, se regardoit comme lorsqu'elle étoit encore enfant , et qu'elle alloit prendre la mamelle de sa mère. Quelques-uns dans ce temps-là se représentant Jésus-Christ crucifié, plantent sa croix dans leur cœur comme sur la montagne du Calvaire , et se jettent au pied de cette croix, l'embrassent , et recueillent avec les lèvres toutes les gouttes de sang qui en tombent. D'autres s'imaginent qu'ils assistent à la cène que Jésus-Christ fit avec ses apôtres la veille de sa passion ; qu'ils y sont parmi eux, et qu'ils y reçoivent de sa main son corps et son sang. En effet , ce qui se passe alors n'est pas seulement une représentation de cette cène , mais c'est effectivement le même banquet ; et le même Dieu qui donna alors son corps et son sang à ses apôtres , nous le donne aussi à nous, dans le sacrement de l'autel , avec la même bonté et le même amour.
C'est encore une sainte manière de se préparer, que de s'appliquer à la considérationdes points suivans. Premièrement, qui est celui qui se donne? le Créateur de toutes choses, le Maître du ciel et de la terre , la majesté infinie de Dieu même. Secondement, à qui se
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donne-t-il? a moi , qui ne suis que cendre et que poussière, et qui l'ai offensé mille fois. En troisième lieu, pourquoi se donne-t-il? pour me faire participer aux mérites de sa passion et aux trésors de sa grâce. Enfin, par quel motif se donne-t il? ce n'est pas pour son intérêt, puisqu'il est maître de tout , et qu'il n'a besoin de rien, ce n'est que par pure bonté pour moi , et par l'envie qu'il a que mon ame soit sauvée et qu'elle demeure toujours unie a lui parla grâce. Après qu'on se sera exercé sur ces quatre points, il faudra en dernier lieu s'exercer a former des actes de foi , d'espérance et de charité; et voilà le moyen de se préparer comme il faut.
Mais parce que nous ne saurions jamais nous préparer dignement pour le recevoir , si lui-même ne nous en fait la grâce, nous devons le prier de mettre lui-même dans notre ame toute l'humilité ,, tout le respect, tout l'amour et toute la puretéqu'il demande; et pour cet effet , on pourra s^adresser à lui , et se servir de cet exemple familier : Seigneur , si un grand roi devoit aller loger chez une pauvre veuve, il n'attendroit pas qu'elle lui préparât son logement; mais il enverroit ses meubles et ses officiers pour le faire accommoder ; faites-en de même à l'égard de mon ame, puisque vous y venez loger; envoyez vos anges devant vous , pour y préparer votre logis , pour la nettoyer de toutes les ordures dont elle est pleine , et pour la rendre une demeure digne de vous. Après cela
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nous pourrons nous adresser à la sainte Vierge et aux autres Saints à qui nous avons le plus de dévotion, et nous les prierons humblement de nous obtenir l'accomplissement de notre demande.
A toutes ces préparations nous en ajouterons encore une très-aisée , très-utile et d'une très-grande consolation pour tout le monde. Quand vous ne sentirez pas en vous cette dévotion fervente et ces désirs ardens ,que vous voudriez avoir, et qu'ilseroit raisonnable que vous eussiez, pour recevoir un si grand maître, exercez-vous à souhaiter cette dévotion et ces désirs; et par-là vous suppléerez à ce qui vous manque. Car Dieu qui regarde le cœur , recevra votre bonne volonté , suivant ces paroles du prophète : Le Seigneur a exaucé les désirs des pauvres; votre oreille Seigneur, a entendu la préparation de leur cœur (Dé Blosius dit (2) que Notre-Seigneur apprit lui-même cette sorte de dévotion et de préparation à sainte Mecthilde, et qu'il lui dit une fois : Lorsque vous devrez recevoir mon
i corps et mon sang, désirez pour la gloire
j de mon nom , d'avoir toute la ferveur et tout le zèle que le cœur le plus enflammé a jamais
i eus pour moi ; et vous pourrez alors vous approcher de moi en confiance, avec cette préparation , car j'envisagerai la ferveur que vous
|. souhaiteriez d'avoir, et je vous en tiendrai
(1) Desiderium pauperumexaudivit Dominns ; prseparatio* | nem cordis eorum exaudivit auri3 tua. l>$. 9. 17.
(2) Bios. c. 6. mon. spirit.
l'aviez.
compte , comme si effectivement vousl'aviez. Il rapporte une chose semblable de sainte Gertrude. Un jour qu'elle alloit recevoir le saint sacrement, et qu'elle étoit extrêmement affligée de n'y être pas préparée, elle pria la sainte Vierge et tous les saints, d'offrir pour elle a Dieu tout ce qu'ils avoient jamais fait de pins méritoire pour se préparer à le recevoir ; alors le Seigneur lui étant apparu , lui dit : c'est maintenant que vous paroissez aux veux des citoyens du ciel véritablement parée, comm e vous avez souhaité (i). De sorte que c'est une très-bonne manière de se préparer à la sainte communion , de désirer de s'en approcher avec toute la ferveur que les plus grands saints ont eus en s'en approchant, et de demander à Dieu qu'il fasse suppléer les mérites de son Fils aux dispositions qui nous manquent pour cet effet. Nous pouvons aussi, comme nous le dirons en son lieu (2) , nous servir de la même méthode pour l'action de grâces.
C'est avec ces sortes de considérations et de réflexions, que nous devons tâcher d'exciter en nous la dévotion actuelle avec laquelle nous devons nous approcher de la sainte table ; et pour cela il faudra prendre tantôt les unes , et tantôt les autres , selon que l'on s'en trouvera mieux. Mais comme on ne peut se préparer de cette sorte, et y
(1) Jam veré omnibus coeli civibus appares in eo ornatu, quem tibi petisti. Bios, ubisup,
(2) Dans le ehapitre suivant.
bien faire son devoir , sans y employer du temps , il faut y en donner raisonnablement. Saint François de Borgia, dans le traité qu'il a fait de la préparation a la communion, met trois jours pour s'y préparer , et trois autres jours pour faire l'action de grâces , et marque plusieurs saintes considérations et plusieurs saints exercices , auxquels on peut s'occuper pendant ce temps-là. Et, sans doute, ce seroit là un moyen très-propre pour s'entretenir toute la semaine dans la dévotion et dans la ferveur ; les premiers jours dans l'espérance de recevoir son créateur, et les autres dans la joie et dans la reconnoissance d'un si grand bienfait. Car même la seule pensée que Ton doit communier le lendemain , ou que l'on a communié le jour d'auparavant, devroit suffire pour nous faire demeurer dans un grand recueillement intérieur. Que si cependant nous ne pouvons pas employer tout ce temps à nous préparer , il est juste du moins que le jour que nous devons communier, une partie de l'oraison du matin soit employée à méditer sur quelqu'une des réflexions que nous avons marquées. Il sera bon aussi de nous endormir la veille, dans la pensée que nous devons communier le lendemain. Que si nous venons à nous réveiller la nuit, il faut songer aussitôt à la même chose ; et le matin , à peine devons-nous avoir les yeux ouverts, qu'il faut que nous ayons l'esprit rempli de la même idée. Car si notre saint instituteur veut que
tous les matins, au moment de notre réveil, nous songions aussitôt au sujet de l'oraison du jour (i) , à combien plus forte raison fautil que le jour que nous devons recevoir le Saint-Sacrement, nous pensions uniquement à cela en nous réveillant.