‹ Pratique de la perfection chrétienne (volume 5)Chapitre 15 sur 49 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Que l'obéissance n'empêche pas qu'on ne puisse représenter les choses au supérieur 3 et comment il faut s'y prendre.

Non-seulement il n'y a point de mal de représenter au supérieur les choses qui nous regardent ; au contraire , il est du devoir de le faire , et ce seroit mal fait d'y manquer , puisque nous avons une règle qui nous le commande expressément. Comme il n'est pas bien , dit la règle (i) , d'avoir trop d'inquiétude pour les choses qui regardent le corps ; aussi est-il juste d'avoir un soin raisonnable de la conservation de sa santé et de ses forces , dans la vue du service de Dieu ; et c'est à quoi tous les religieux sont obligés. Ainsi , lorsque dans ce qui regarde le vivre et l'habillement , le logement , les occupations , les emplois , et ainsi du reste, ils reconnoîtront qu'une chose est préjudiciable a leur santé , ou qu'une autre y est nécessaire , ils doivent en donner avis au supérieur ou à celui qui aura ordre de lui. C'est avec beaucoup de sagesse que saint Ignace a établi cette règle : car quoiqu'il soit vrai que le principal soin, et en quelque sorte tout le soin de ce qui est nécessaire à la vie et a la santé appartienne aux supérieurs ; cependant, comme ce ne sont pas des anges ,

(\) 3. p. Consl. c s. §. i. ctrcg. 46. summ.

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et qu'ils ne peuvent pas savoir si vous n'avez point besoin en votre particulier de quelque chose de plus que le reste de la communauté , ni avoir toujours tous vos besoins présens à l'esprit , il est bon que vous les aidiez en cela, en leur représentant les choses , afin qu'ils puissent y mettre ordre. L'importance est de les représenter comme il faut, parce qu'il est à craindre qu'il ne s'y môle de l'amour-propre, et qu'on ne s'en rapporte trop à son propre jugement. C'est pourquoi saint Ignace veut que pour se précautionner là-dessus contre soi-même , on observe deux choses , dont la première est qu'on se mette en prières avant que de faire aucune proposition , et qu'ensuite si on trouve qu'il soit h propos d'en faire quelqu'une , on s'adresse a celui qui a charge d'y pourvoir. Il ne veut pas dire , au reste, que vous vous mettiez un moment en prières , et qu'aussitôt vous alliez proposer tout ce qui vous viendra dans l'esprit; mais l'oraison qu'il veut que vous fassiez , c'est que vous vous recueilliez devant Dieu , pour examiner en sa présence s'il est de sa plus grande gloire que vous proposiez ce que vous avez alors en pensée , ou si en cela vous ne vous cherchez point peut-être vous-même.

Car si vous sentez que ce soit quelque motif d'amour-propre qui vous fasse agir , il faut bien vous garder de rien proposer ; mais si vous jugez que vous n'en ayez point d'autre que celui de la plus grande gloire de Dieu,

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vous pouvez alors proposer en sûreté ce que vous croyez qui peut le plus y contribuer.

La seconde chose que notre saint instituteur veut qu'on observe, c'est qu'après qu'on aura représenté au supérieur ce qu'on aura voulu , ou de bouche , ou par écrit , afin qu'il s'en souvienne mieux , on s'en repose ensuite entièrement sur lui; et que soit qu'il accorde ce qu'on lui demande , soit qu'il le refuse, ou s'en tienne a ce qu'il aura ordonné, sans rien répliquer et sans faire aucune nouvelle instance , ni par soi, ni par autrui, tout le monde devant être persuadé que tout ce que le supérieur ordonnera étant informé, sera toujours ce qui conviendra davantage au service de Dieu et à l'avancement spirituel d'un chacun. Il faut donc être dans une telle disposition d'esprit , soit avant que de proposer , soit après avoir proposé , que l'on soit toujours également prêt , non-seulement à obéir a tout ce que le supérieur voudra ordonner , mais aussi a s'en faire un sujet de joie , et a le recevoir comme ce qu'il pourroit y avoir de mieux. Voilà ce qu'il y a de principal en cette matière , d'avoir toujours une égale indifférence d'esprit pour ce que vous représentez au supérieur , que soit qu'il vous accorde votre demande , soit qu'il vous refuse , vous en soyez toujours également satisfait; et il est aisé de connoître à cela si on cherche véritablement la gloire de Dieu , ou

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si on se cherche soi-même. Car si vous ne cherchez que l'accomplissement de la volonté de Dieu et sa plus grande gloire , quelque chose que le supérieur puisse ordonner , vous en aurez toujours une joie égale , puisque vous ne pourrez pas clouter que ce qu'il ordonne ne soit l'explication delà volonté de Dieu. Mais si vous êtes fâché lorsqu'on vous refuse ce que vous avez demandé ; si vous en avez du dépit, et que vous en murmuriez en vous-même , c'est une marque que vous ne le demandiez pas avec indifférence, et que vous ne cherchiez pas Dieu avec pureté , mais que c'étoit vous-même et vos propres intérêts que vous cherchiez , puisque vous avez du chagrin de n'avoir pas obtenu ce que vous souhaitiez. Ainsi le fruit qu'il faut essayer de tirer de l'oraisor iii'on doit faire avant que de rien proposer , ^ est de se mettre dans une entière indifférence pour tout ce qu'il plaira au supérienr de répondre; et c'estlhsansdoute la meilleure disposition où l'on puisse être quand on a quelque chose à proposer, parce que de cette sorte onaura autant de joie d'être refusé , que de ne l'être pas. Il seroit même bon,quelorsque le supérieur accorde ce qu'on lui demande , on vînt à faire réflexion si on auroit été aussi aise d'être refusé ; car si on trouve qu'on en auroit été aussi charmé , ce sera une bonne marque , et on pourra alors s'assurer qu'en faisant ce qu'on a demandé à faire , ce n'est point sa propre volonté , mais celle de Dieu que l'on fait.

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Cela supposé, je dis maintenant, que nonseulement il n'y a rien de contraire à la perfection de l'obéissance, de représenter les choses de cette sorte, puisqu'on demeure toujours dans l'indifférence et dans la résignation; mais que même c'est agir d'une manière plus parfaite et plus mortifiée. Et pour ce qui est de ne rien représenter, quand il y en a quelquesujet, outre que c'est une désobéissance expresse contre la règle que nous avons rapportée, c'est encore une immortification d'esprit manifeste. On sait, par exemple, que telle ou telle chose fait mal , ou qu'on a besoin de telle ou telle autre chose : là-dessus on demeure muet , songeant seulement : si le supérieur y pourvoit de lui-même, a la bonne heure, et à la bonne heure aussi s'il n'y pourvoit pas; eton ira s'imaginer que c'est alors l'esprit de mortification i le désir de souffrir pour Dieu qui fait agir. Ce n'est nullement l'esprit de mortification et le désir des souffrances ; c'est plutôt l'esprit d'immortification , et la crainte de souffrir; c'est que l'état où l'on est, fait encore moins de peine qu'on en auroit a aller représenter ses besoins au supérieur; enfin c'est qu'on craint de passer dans son esprit pour un homme qui a trop de soin de lui-même, et qui a trop d'attention a ses propres commodités. Cela vient encore quelquefois de ce qu'on n'a pas assez d'indifférence pour les choses qu'on propose; on en aura proposé peut-être quelqu'une sur laquelle on aura été renvoyé avec une négative

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un peu scclie, dès lors on aura fait résolutiondene jamais rien proposer qu'à l'extrémité, et quand on ne pourra plus s'en empêcher. Mais d'où vient cette résolution? de ce que vous n'avez pas assez d'indifférence pour ce que vous proposez, et de ce que vous n'avez pas le courage de soutenir un refus : voilà ce qui fait que vous aimez mieux prendre sur vous-même et souffrir, que de parler sur ce qui vous touche. Considérez un peu cependant , quelle est en cela l'illusion du démon, et la force de l'attachement que l'on a h sa propre volonté, d'aimer mieux souffrir, parce qu'on le veut, que de s'adresser au supérieur, parce qu'on craint d'être refusé. A regarder même les choses du côté de l'amour-propre et. de son propre intérêt, il yauroit de l'aveuglement à s'aheurter de la sorte. Car je mets les choses au pis ; je veux que le supérieur vous refuse; mais en ce cas-la, ne vaudroit-il pas toujours mieux que ce que vous souffrez maintenant par attachement à vos propres sentimens , vous le souffrissiez alors par obéissance et par soumission à la volonté de Dieu ? Vous auriez outre cela le mérite d'avoir satisfait à la règle qui vous ordonne de proposer vos besoins ; et quand une fois vous les auriez exposés , vous n'auriez plus à craindre les suites qui pourroient en arriver. Elles ne seroient plus sur votre compte comme auparavant; elles seroient sur le compte du supérieur et sur le compte de Dieu même qui vous conduit par le moyen

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du supérieur. C'est pour obvier à ces sortes d'inconvéniens, et pour nous ôter la répugnance et la mauvaise honte que nous pourrions avoir a représenter nos besoins, que saint Ignace a établi cette règle. Car que doit craindre celui qui fait ce que sa règle lui prescrit, et de quoi peut-il avoir honte ? Le supérieur peut-il trouver mauvais qu'on obéisse à la règle? et la coutume qui est si universelle parmi nous , de s'adresser à lui dans les moindres choses , ne rend-elle pas cette pratique aisée? N'allez donc pas vous la rendre difficile par votre imniortification.

Toute la difficulté consiste a proposer les choses avec une extrême indifférence et une extrême résignation ; comme cela est de conséquence, nous nous étendrons un peu davantage là-dessus. Quand on a quelque chose à proposer, il ne faut pas y aller avec cette prévention , que ce qu'on veut proposer est ce qu'il y a de plus convenable ,- car cela seroit cause que si on venoit a être refusé, on n'auroitpas l'esprit en repos ; mais il faut y aller dans le doute, et en attendant avec indifférence Ja résolution du supérieur-, et de cette sorte, quelle qu'elle puisse être, on aura toujours l'esprit tranquille. Lorsqu'un disciple propose un doute h son maître sur quelque point de doctrine, il le propose en doutant et avec déférence aux sentimens de son maître; ainsi il s'en tient à sa réponse, et la reçoit commela décision deson doute. C'est ainsi que nous devons proposer au su-

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périeur les choses qui nous regardent , doutant toujours de ce qui peut être le plus convenable , et ne nous déterminant point de côté ni d'autre , jusqu'à ce qu'il se soit expliqué ; car alors il faut croire que ce qu'il ordonne est ce qu'il y a de mieux, et il faut s'y attacher exactement dans cette pensée, et le recevoir avecjoie. Desorteque dans l'oraison qu'on doit faire avant que de rien proposer, ce qu'on a à examiner, ce n'est pas si ce qu'on a alors dans l'esprit est ce qui convient le plus à la gloire de Dieu ; mais seulement s'il est à propos d'en parler au supérieur, et si en cela on ne se cherche point soi-même au lieu de chercher Dieu ; car du reste, s'il est expédient ou non , que la chose se fasse, c'est sur quoi on doit demeurer toujours en suspens, jusqu'à ce quelesupérieur aitdécidé. On ne sauroit trop prendre garde à ceci, parce que c'est de là que dépend de bien proposer les choses , et de recevoir avecune égale tranquillité tout ce que le supérieur pourra y répondre. Or, comme il est si ordinaire parmi nous de s'adresser au supérieur en toutes sortes d'occasions , il importe extrêmement de le bien faire; et ceseroit un grand mal pour la discipline religieuse , si nous nous y prenions si mal, qu'ils ne pussent plus rien nous refuser sans que nous en eussions du chagrin, sans que nous crussions qu'ils ne nous aiment pas , et sans que nous les fissions passer dans notre esprit, ou peut-être même dans l'esprit des autres, pour des gens

durs, austères et intraitables. Nous devrions songer que si lorsque nous étions sous la puissance de nos pères selon la chair , nous souffrions bien qu'ils nous refusassent plusieurs choses, sans que pour cela nous les crussions trop sévères, et que nous manquassions à l'amour et au respect que nous leur devions ; il est encore plus raisonnable d'en user de même à l'égard de nos pères spirituels, maintenant que nous avons fait profession de renoncer à notre propre volonté , et de nous vaincre nous-mêmes. L'usage étoit autrefois que les supérieurs, pour exercer leurs religieux à la mortification, et pour les accoutumer à supporter doucement les refus, leur refusoient des choses qu'ils eussent pu leur accordersans aucun inconvénient ; et les religieux de leur côtéavoient tantd'ardeur pour leur avancement spirituel , qu'ils recevoient avec joie les occasions de mortifier leur volonté. Que seroit-ce, si non-seulement ces sortes de choses, mais celles mêmes qui nous seroient préjudiciables, nepouvoient plus nousêtre refusées, sans que nous en eussions du chagrin , et que nous en vinssions aux plaintes? et que seroitce encore si cela étoit cause que quelquefois les supérieurs nous accordassent des choses contre leur gré^ pour éviter un plus grand mal? Un véritable religieux ne sauroit trop craindre un désordre de cette nature,comme nous l'avons déjà dit ailleurs.

Afin que cette manière de proposer soit

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encore plus parfaite , ii faut , non-seulement avoir intérieurement la résignation etl'indifférence entière que nous venons dedire,mais il faut la témoigner aussi au-dehors , en sorte que les paroles s'accordent aveclessentimens, et que l'extérieur serve a faire connoître l'intérieur. C'est une très-bonne manière de proposer, que celle qui marque au-dehors l'indifférence et la résignation intérieure. Plus elle la fera voir, plus elle sera excellente-, et si on pouvoit proposer les choses de telle sorte que sans donner occasion au supérieur deconnoître h quoi on pencheroit, on lui donnât seulement lieu de juger facilement ce qu'il seroit pins expédient d'ordonner , ce seroit là sans doute la meilleure manière de représenter ce que l'on auroità dire. Ce que nous disons ici, pourra se comprendre encore plus clairement par une des règles provinciales. Cette règle porte (i)que quand le provincial veut avoir l'avis des Pères de la province sur quelque chose qu'il propose , il doit en faire la proposition de telle sorte qu'il ne paroisse pencher d'aucun côté, de peur que la connoissance qu'ils auroient de son sentiment , ne les empêchât de dire librement le leur , ou ne leur donnât occasion de pencher du même côté que lui. Or , c'est ainsi qu'il faut proposer les choses au supérieur : il faut se servir de paroles simples , qui ne lui donnent aucun lieu de discerner a quoi vous

(0 Rcg- i5. Provincialis.

penchez, de crainte que la connoissance de votre foiblesse ne le porte a y condescendre ; de paroles qui lui fassent connoître suffisamment Tétat delà chose, et qui du reste le laissent dans une entière liberté d'ordonner ce qu'il jugera le plus à propos , sans aucun égard à votre inclination particulière.

Nous avons dans TEcriture-sainte deux exemples admirables de la conduite qu'il faut tenirencetteoccasion.Le premier estcelui de la sainte Vierge, lorsqu'étant aux noces de Cana , où elle avoit été invitée avec son fils , elle lui représenta que le vin avoit manqué : Ils nont point de vin (i , lui dit-elle. Elle ne lui dit pas. Suppléez, Seigneur, a ce défaut, puisque vous le pouvez, et empêchez que les nouveaux mariés ne reçoivent un affront ; mais elle lui représente simplement leur besoin. Le second exemple est celui de Marie et de Marthe , lorsque Lazare leur frère éiant tombé malade, elles en envoyèrent donner avis au Sauveur du monde. Le texte sacré porte qu'elles lui envoyèrent dire: Seigneur, celui que vous aimez est malade (2). El remarquez, dit à ce sujet S. Augustin, qu'elles ne lui demandent pas : Venez; car à cehr qui aime il ne faut que lui faire savoir l'étal des choses. Elles n'osent pas dire : Venez, ei guérissez-le ; elles n'osent pas dire comme le centurion : Commandez du lieu où vous êtes , et

(i) Vinum non habent. Joan. 2. 3.

(2) Domine , cccc que m amas infirmatur. Joan. 11. 5.

T. VI. là

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il sera fait ; mais elles lui mandent simplement : Seigneur, celui que vous aimez est malade. C'est qu'en effet , ô mon Dieu, il suffit que vous connoissiez nos besoins; car vous n'abandonnez jamais ceux que vous aimez (1). Voilà de quelle manière nous devons proposer les choses h nos supérieurs, en nous servant de paroles simples, qui fassent connoître notre besoin , sans laisser rien voir du désir que nous avons, et de cette sorte nous pourrons être assurés que nous ne nous serons point cherchés nous-mêmes dans ce que nous aurons proposé, et que la résolution que le supérieur anra prise, n'aura point été l'effet de sa condescendance pour nous.

Cette manière de proposer est expressément marquée par saint Ignace dans nos constitutions (2), lorsqu'il parle de ceux qui sentent que l'air d'un pays leur est contraire. Celui , dit-il, qui se trouve en cet état, ne doit point demander à changer d'air, ni en témoigner aucune envie : il faut simplement qu'il représente son indisposition au supérieur, et l'impossibilité où il est de satisfaire aux exercices de la religion ; mais après cela il doit laisser au supérieur le soin d'y pourvoir. Ce sera au supérieur ensuite à juger s'il

(1) Non dixernnt :Veni; amanti enim tantummodô nuntiandum fait. ISon aussesuat dicere : veni, et sana ; non ausx sunt dicere : ibi jubé , et hic fiet , utcenturio , sed tantùm : Domine, ecce quem amas, infirmatur. Snfficit ut noveris; non enim amas et dcseris. -dug. kom. x.sup.Evang, Joan.wJh,

(2) p. Const. a. litt. G,

est a propos de l'envoyer en quelque autre endroit, où reprenant sa santé il puisse rendre plus de service a la religion; ou bien s'il ne sera pas plus avantageux pour son propre avancement et pour la gloire de Dieu, de le laisser où il est, quelque peu de service qu'il y rende, et même quelque inutile qu'il puisse y être. Que si lorsqu'il s'agit d'une chose aussi importante que la santé, saint Ignace ne veut pas que nous demandions seulement a changer d'air, ni que même nous en témoignions aucune envie, que sera-ce a l'égard d'une infinité de choses moins considérables? Or, parce qu'en proposant les choses, on ne peut pas toujours cacher si bien son sentiment, que le supérieur ne pénètre à quoi l'on penche; c'est une coutume louable que celle de quelques-uns qui , après les avoir représentées avec toute la netteté possible, lui demandent instamment de n'avoir aucun égard h leur inclination, et de n'envisager que le plus grand service de Dieu. Ils lui font connoître , autant qu'ils peuvent, que ce sera exercer un acte de charité envers eux, et leur donner une consolation très-sensible, parce qu'alors ils seront entièrement assurés de faire la volonté de Dieu; au lieu que si on a voit delà condescendance pour eux, ce leur seroit un sujet d'affliction, parce qu'ils s'imagineroient qu'ils feroient leur volonté propre, et non pas celle de Dieu et de l'obéissance.

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