CHAPITRE III
Que quoique nos jxgles n'obligent pas sous peine de péché , nous ne devons pas laisser de les observer exactement.
Nos règles et nos constitutions n'obligent ni sous peine de péché mortel , ni sous peine de péché véniel , non plus que les commandemens des supérieurs, si ce n'est comme portent nos constitutions , lorsqu'ils commandent de la part de Dieu , et en vertu de la sainte obéissance. Il faut bien cependant se garder d'y contrevenir par cette raison , qui est une espèce de tentation dont le démon se sert assez ordinairement , pour faire qu'on ne se soucie pas d'y manquer; et on ne doit pas pour cela les observer moins exactement. Notre saint fondateur, ne voulant pas d'un côté nous y lier de telle sorte qu'elles puissent nous devenir une occasion
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-de péché, et voulant d'ailleurs nous porter a. les observer avec toute l'exactitude et toute la perfection possibles, ditqu'il faut pour cet effet, que l'amour de Dieu succède à la place delà crainte d'offenser Dieu; et que ce soit le désir de notre plus grande perfection et de la plus grande gloire de Dieu qui nous fasse agir (i). Il dit aussi au commencement des constitutions et des règles , que la loi intérieure de la charité que le Saint-Esprit a écrite dans notre cœur , doit nous porter h les observer exactement ; ce qui est la même chose que ce que le Fils de Dieu nous dit dans saint Jean : Si vous m aimez , gardez mes commandemens (2). Il suffit a celui qui aime , de savoir la volonté delà personne qu'il aime; il suffit h un enfant bien né de connoître la volonté de son père : il n'a besoin d'aucun motif de crainte pour agir; et celui qui méprise les règles et qui les transgresse , parce qu'elles n'obligent pas sous peine de péché et de damnation , n'est ni un enfant bien né, ni même un bon serviteur. Pour preuve de cela , je demande quel jugement vous feriez d'un serviteur , qui ne voudroit jamais rien faire de ce que son maître lui commanderoit , h moins qu'il ne lui commandât l'épée à la main, et sous peine de la vie ? Et quelle opinion auriez-vous d'une femme, quidiroitk
(0 Et loco timorîs offensae succédât amor, et desiderium omnis perl'eclionis . et ut major gloria et lsius Gliristi creatoris •<xc Douiini nostri conscquatur. G. p. Const. c. 5.
(a) Si diligitis me , mandata mca serra tè. Joan. i4- i5.
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son mari : Je serai honnête femme , et je ne vous ferai point d'infidélité ; mais à cela près , je suis résolue défaire tout ce qui me viendra en fantaisie , quelque chagrin que vous en puissiez avoir? Voilà justement ce que font ceuxqui transgressentles règles,parce qu'elles n'obligent pas sous peine de péché et de damnation ; et c'est proprement imiter les esclaves , qui ne font rien que par l'appréhension d'être punis. Les méchans , dit un ancien poète, s'abslienuent dépêcher, parla crainte du châtiment; mais les gens de bien s'en abstiennent pour l'amour de la vertu (i).
Saint Grégoire rapporte qu'un saint religieux , nommé Marcius , s'étant retiré dans une solitude du mont Marsique , s'y mit au pied une chaîne de fer qu'il attacha à un rocher, afin de n'aller pas plus loin que l'étendue de la chaîne. Saint Benoît l'ayant su, lui envoj'a dire par un de ses religieux : Si vous êtes serviteur de Dieu, que ce soit la chaîne de Jésus-Christ , et non pas une chaîne de fer qui vous retienne (2) ; et le saint homme s'ôta aussitôt la chaîne du pied pour obéir , continuant cependant à n'aller pas plus loin, que quand il étoit enchaîné. Notre saint fondateur a voulu de même nous attacher a nos règles , non pas par des chaînes de fer , c'est-a-dire , par la crainte du pé-
(1) Oderunt peccare mali formidine pœnœ : Oderunt peccare boni virtutis amoic.
(2) Si servus Dei es, non teneat te catena ferrea, sedcatena Chrisîi. Grès. Diat. t. 5. c. 16.
clié et de la damnation , mais par la chaîne de l'amour de Jésus-Christ ; et c'est ce qui doit nous obliger à être encore plus fidèles à notre devoir , et à demeurer dans une plus grande retenue.
Il faut , au reste , remarquer ici deux choses : la première , que quand quelqu'une de nos constitutions et de nos règles contient quelque chose , ou qui regarde les vœux que nous avons faits , ou qui est défendu par la loi de Dieu , alors nous sommes obligés à l'observation de cette règle, sous peine de péché mortel , non pas en vertu de la règle , mais en vertu du vœu que nous avons fait, ou de la loi que Dieu a donnée. La seconde chose qu'il faut remarquer, c'est que quoiqu'une règle n'oblige pas d'elle-même sous peine de péché , il peut cependant y avoir du péché à la transgresser , lorsqu'on le fait par négligence , par paresse , par mépris pour la règle, ou par quelque autre motif de même nature : Et c'est ce que saint Thomas a trèsbien remarqué , en parlant des règles de l'ordre de saint Dominique, qui d'elles-mêmes n'obligent , non plus que les nôtres , ni sous peine de péché mortel, ni sous peine dépêché véniel.
l88 PART. III. TRAITÉ VI. CHAP. IV.
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