CHAPITRE III
Des inconvèniens ait il y a a ne pas bien recevoir la correction.
L'orgueil et la folie dont nous venons de parler, vont jusqu'à un tel excès, et tout le monde le sait si bien, qu'à peine y a-l>il maintenant quelqu'un qui veuille avertir ses frères de leurs fautes ; parce qu'il n'y a personnequi soit bien-aise de se faire haïr, et d'acheter des inimités à prix d'argent, comme on dit. Mais les orgueilleux n'ont en cela que ce qu'ils méritent: car que mérite un malade qui ne veut pas se laisser traiter, sinon qu'on l'abandonne et qu'on le laisse mourir ? et quelle autre chose peut mériter aussi un homme qui ne veut pas qu'on le reprenne , et qui reçoit mal les avertissemens charitablesqu'onlui donne? Celui qui hait la correction mourra , dit le Sage , et celui qui hait la discipline , ne fait pas cas de son arne (i), Il mérite sans doute qu'on ne l'avertisse et qu'on ne le reprenne de rien ; que ses défauts augmentent tous les jours ; qu'ils viennent à la connoissance de tout le monde, et que tout le monde s'en entretienne, sans que personne ait la charité de lui en parler. C'est ce qui arrive ordinairement à quiconque trouve mauvais qu'on le
(i) Qui increpationes odit, niorietur.... qui abjicit disciplinant , despicit animani suam. Prov. i5. 10 et "b%.
336 P,\RT. lit. TRAITÉ VII. CIlAP. If.
reprenne. Et quelle plus grande punition peut recevoir un homme de cette sorte , que d'être abandonné a son opiniâtreté et à son orgueil ? Nous avons pris soin de Babylone 3 et elle 11 est pas guérie : abandonnons-la (i): il ne veut pas profiter des remèdes qu'on lui donne, il faut le laisser. Quand on ne laboure plus une vigne , et qu'on ne la taille plus , c'est qu'on la laisse comme ne pouvant plus porter du raisin : aussi quand on cesse de faire des réprimandes a une personne qui les reçoit mal , c'est qu'on l'abandonne, comme étant incapable de correction.
Saint François deBorgia, parlant des inconvéniensqu'ily aà nepas bien recevoir la correction (2), dit qu'il y en a deuxconsidérables, en l'un ou l'autre desquels il est infaillible de tomber. Car ou l'on cessera d'user de correction, parce qne personne ne voudra se charger dedonnerdesremèdes à des maladesimpatiens et intraitables , et alors les défauts prendront racinepar-t ou t où ils se rencontreront-, ou si on ne laisse pas d'user de correction enversceux qui en auront besoin, et qu'ils en sachent mauvais gré , toute la maison sera bientôt remplie de fiel et d'amertume parleur indocilité, qui leur fera prendre pour une injure ce qu'ils devroient recevoir comme une grâce , et qui fera que , convertissant tous les remèdes en
(1) Curavimus Babylonem , et non est sanata , derelinquamus eam. Jerem. 5i. 9.
(%) Epist, ad Societ.
poison , ils demeureront offense's et ulcérés de la même chose dont ils devroient se sentir éternellement obligés. Cela devroit , ce me semble, donner extrêmement a penser à tous ceux a qui on ne fait aucune réprimande; car ils devroient faire réflexion sur eux-mêmes , et se dire : N'est-ce point parce que je suis un mauvais malade qu'on ne se donne plus le soin de me traiter? n'est-ce point parce que j'ai mal reçu ce qu'on m'a dit , que l'on ne prend plus la peine de me rien dire! Le même Saint nous recommande ensuite au même endroit cet esprit de douceur, de simplicité et de charité qui régnoit dans les commencemens de notre institution , et qui faisoit que la correction, bien loin d'être une occasion de scandale et d'amertume à ceux qu'on reprenoit de leurs fautes, leur étoit un sujet d'édification et de reconnoissance.
Un grave docteur, parlant de ceux qui ne veulent point qu'on les reprenne , les compare au démon , parce qu'ils sont incorrigibles comme lui; et il dit qu'une chose qui distingue le pécheur d'avec le démon , c'est que le pécheur est capable de correction tant qu'il est en vie, au lieu que le démon en est éternellement incapable. Il rapporte encore h ce sujet ces paroles de l'Ecclésiastique : Celui qui hait la correction , est la trace du pécheur(i), c'est-à-dire, du démon, qui est appelé
(i) Qui odit correclionem , vestigium est peccatoris. Eccli %u7.
T. YI, 2Q
fîgurément le pécheur. Comme donc la trace du pied est semblable au pied, de même celui qui hait la correction est semblable au démon, parce qu'il se rend incorrigible comme lui, en fermant la porte à un des meilleurs moyens qu'il puisse avoir poursecorriger. S.Basile dit que celui qui en use ainsi est d'un commerce très-pernicieux, parce que son exemple fait haïr la correction aux autres, et les détourne ainsi de leur entreprise (i), qui est de travailler sans cesse h l'amendement de leur vie. C'est pourquoi il ordonne (2) que ces sortes d'esprits indociles soient séparés du reste de la communauté , de peur qu'ils ne communiquent leur maladie a leurs frères.
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