‹ Pratique de la perfection chrétienne (volume 5)Chapitre 43 sur 49 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Où ce qui a été dit dans le chapitre précédent est confirmé par quelques exemples.

Saint Chrysostôme(i)voulant nous porter à bien recevoir la correction, et à profiter des avertissemens qu'on nous donne , allègue l'exemple de Moïse, qui étant de lui-mêmesi sage et si éclairé, et d'ailleurs ayant été choisi de Dieu pour être le conducteur de son peuple , et l'instrument de tant de merveilles, ne laissa pas de bien recevoir l'avis de Jéthro, son beau-père , qui lui conseilla de choisir des gens pour le soulager dans le gouvernement du peuple et dans l'administration de la justice. Vous ne faites pus bien, lui dit Jéthro , voyant qu'il faisoit lui seul toutes cho* ses , et vous vous accablez de travail mal-àpropos. Ce que vous entreprenez est au-dessus de vos forces , et vous n'y sauriez suffire seul (2). Et le même Père remarque sur ce sujet , que Moïse se garda bien de faire comme quelques-uns , qui lors même que le conseil qu'on leur donne , leur paroît bon , se fâchent contre celui qui le donne, comme

(1) Chrys. hom. 1. sup. 1. episl. od Corirdh.

(2) Non bonam, inquit, rem facis , etstulto labore consumeris... Ultra vires tuas est negotium : solus illud non poteria sustineie. Exod. 18, 17 et 18.

étant indignés qu'un homme moins habile qu'eux se permette de les conseiller; mais qu'il le reçut avec soumission, et le mit aussitôt en pratique.

Saint Cyprien et saint Augustin (i) proposent aussi l'exemple de saint Pierre , lorsque saint Paul le reprit de ce qu'il vouloit assujettir à la circoncision ceux d'entre les gentils qui se convertissoient à la foi. Remarquez, disent-ils , que saint Pierre ne présuma point de lui-même, et ne voulut point l'emporter parce qu'il étoit le chef de l'Eglise, et que son sentiment devoit prévaloir a celui des autres. Remarquez qu'il ne méprisa point saint Paul, pour avoir été peu de temps auparavant le persécuteur de l'Eglise de Dieu , et qu'il ne fut point fâché d'être repris par lui; mais qu'il reçut très-bien son conseil, et se rendit aussitôt a la vérité et h la raison.

C'est encore un exemple digne de mémoire et de remarque, que celui que donna le grand Théodose (2) , en recevant avec soumission et avec humilité la correction et les réprimandes de saint Ambroise , soit lorsque ce saint évêque l'excommunia , et lui défendit l'entrée de l'église, à cause du massacre qu'il avoit fait faire de tout le peuple de Thessalonique, soit lorsqu'étant demeuré dans l'enceinte du chœur, après avoir fait son offrande à l'autel , ce même Saint lui envoya dire de

(1) Ôyp. Episl. i5. ad Qiu'nluw. Jugusl. I. 2. contra Donat. c. 1.

'(•a) Hist, Ecclesiast. Iripart. p. 2. I. 7.C. 6.

se retirer dans la nef , parce qu'il n'appartenoit qu'aux prêtres de demeurer dans le lieu où il e'toit, et que la pourpre n'élevoit pas les empereurs à la dignité du sacerdoce. L'histoire eccle'siastique rapporte au long ces deux exemples, et dit qu'on nesauroit décidera, quoi on doit plus de louanges , ou à la constance et a la fermeté du saint évêque , ou à l'obéissance et à l'humilité d'un si puissant empereur.

Nous lisons dans la vie du même saint Ambroise , qu'il remercioit ceux qui l'avertissoient de ses fautes, et qu'il recevoit leurs avis, comme une faveur signalée. Et l'histoire de l'ordre deCîteaux fait mention d'un religieux de Clairvaux , qui recevoit la correction avec tant de reconnoissance , que toutes les fois qu'on le reprenoit de quelque faute, il disoit un pater noster , pour celui quil'avoitrepris. Il est marqué aussi au même endroit, que cette coutume a toujours été pratiquée depuis dans ce monastère,et qu'elle s'y observe comme une loi inviolable.

Saint Arsène (i)étoit dans une grande réputation de sainteté parmi les solitaires de son temps ; et il avoit été auparavant en grande considération à la cour de l'empereur Théodose, qui l'avoit faitgouverneur de ses enfans. Arcadius et Honorius, qui furent aussi empereurs après la mort de leur père. Gomme il avoit donc éténourri toute sa vie à la cour, et.

(i) Rcfcrt, Simon Metaphasles.

35o PART. III. TRAITÉ VIII. CHAP. V.

que la sainteté ne détruit pas entièrement toutes les imperfections, il lui étoitrestéquelques légers défauts , qui étoient des restes de la manière libre dont il avoit été élevé; entre autres il avoit celui de tenir ordinairement ses jambes croisées Vunesur l'autre quand ilétoit assis en conférence avec les autres solitaires, Cette posture leur sembloit à tous indécente et immodeste, et ils eussent bien voulu l'en avertir ; mais pas un d'eux ne voulant s'en charger, parce qu'ils avoient de la répugnance à reprendre unhomme de cetteconsidération, pour une simple bagatelle, ils tinrent conseil a ce sujet, pour trouver quelque moyen de le corriger de cette mauvaisehabitude, et l'abbé Pasteur, qui étoit unhomme très-saint et trèséclairé leur proposa un moyen très-propre et très-facile. La première fois que nous nous assemblerons, leur dit-il, je me mettrai dans la même posture qn' Arsène, vous m'en reprendrezpubhquement;je me mettrai aussitôtdans une posture plus modeste, et ainsi il serasuffisammentaverti. Cet expédientfut approuvé de tous les Pères; de sorte que dès la première fois qu'ils s'assemblèrent pour la conférence spirituelle, l'abbé Pasteur ne manqua pas de se mettre dans lamêmeposture que S. Arsène. Les Pères l'en ayant aussitôt repris, comme d'une chose qui bîessoit la bienséance et la modestie, il se remit au même instant dans la situation ou il devoit être ; et saint Arsène prit si bien l'avis pour lui , qu'aussitôt , sans faire semblant de rien , il abaissa peu à peu

sa jambe, et que depuis il ne lui arriva jamais de retomber dans la même faute. Cet exemple nous fait voir deux choses ; et combien c'est un emploi fâcheux et difficile de reprendre les autres ; et que chacun doit prendre pour soi les réprimandes que l'on fait publiquement à son frère.

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