‹ Pratique de la perfection chrétienneChapitre 24 sur 86 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

De la tentation du sommeil -, cVoii elle provient ^ et des remèdes aue Ion peut y apporter.

L'envie de dormir , qui est une autre espèce de distraction , peut procéder quelquefois d'une cause naturelle , comme de faute d'avoir assez dormi, de lassitude et de fatigue } de la pesanteur du tpmps , de l'infirmité de l'âge, et de l'excès dans le boire et dans le manger, quand même on n'auroit mangé que du pain et bu que de l'eau. D'autres fois elle procède de la malice du démon , suivant ce que racontoient quelques anciens Pères du désert, a qui Dieu avoit fait voir en esprit plusieurs démons , dont les uns s'asseyoient sur la tête des solitaires , pour les obliger a dormir , et les autres leur mettoient le doigt dans la bouche , pour les faire bâiller , quelquefois aussi elle vient de notre propre nonchalance, et de ce que pendant l'oraison nous nous tenons dans une posturepropre

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a attirer facilement le sommeil. Le principal remède pour cela est celui dont nous avons déjà parlé , qui est de se ressouvenir qu'on est en 4a présence de Dieu : car comme on n'ose dormir quand on est devant un grand prince, de même, si nous songions bien que dans l'oraison nous sommes devant la majesté infinie de Dieu qui nous regarde., nous aurions honte de nous endormir. On se sert encore de plusieurs autres remèdes ; comme de se tenir debout sans s'appuyer , de porter un linge mouillé pour s'en laver les yeux, lorsqu'on est le plus pressé du sommeil ; de regarder de temps en temps vers le ciel ; de tenir de la bougie allumée en sa main ; d'aller prier en compagnie devant le saint Sacrement ; enfin de prendre la discipline avant l'oraison , ou de se faire quelque douleur pendant l'oraison même , et de se tenir quelque temps en croix, quand on est seul. 11 est aussi d'un grand secours pour le même effet , de proférer quelques oraisons vocales , comme nous l'avons dit ailleurs ; et en se servant de ces sortes de remèdes , ou d'autres semblables , il ne faut jamais manquer de demander à Dieu qu'il nous guérisse de cette infirmité.

Césaire , dans ses dialogues , dit (i) } qu'un religieux de l'ordre de Citeaux étant trèssujet à s'endormir dans l'oraison, Jésus- Christ lui apparut une fois attaché sur la

(i) Cœsar. lib. 4. Dialog. 4, 20.

DE l'oRAïSON.

croix , le dos tourné , et lui dit : parce que vous êtes lâche et paresseux , vous ne méritez pas de voir ma face. Il fait aussi mention au même endroit (i) d'un autre religieux qui fut encore traité plus rudement : car s'étant endormi dans le chœur , à son ordinaire, le crucifix de l'autel se détacha de sa place, et lui vint donner un si grand soufflet , qu'il en mourut le troisième jour. Tout cela fait assez connoître combien cette lâcheté et cette tiédeur est désagréable à Dieu. Lie religieux lâche et tiède , dit le même auteur , provoque Dieu à vomissement , suivant ces paroles de l'Apocalypse : Parce que vous êtes tiède , je commencerai à vous vomir (2).

Pierre Damien , parlant de la pratique que saint Romuald, fondateur des Camaldules , faisoit observer à ses religieux dans l'oraison, dit quec'étoit une si grande faute, selon ce Saint , de sJendormir pendant la prière , qu'il ne permettoit pas a celui qui y étoit tombé , de dire la messe ce jour-la , à cause du peu de respect qu'il avoit gardé en la présence du maître qu'il de voit recevoir.

(1) Id. ibid. c. 38.

(2) Quia tepidus es , incipiam te evomere ex ore meo. Apoc. 5. 16.

l6o PARTIE I. TRAITÉ Y. CHAP. XXV.

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