‹ Pratique de la perfection chrétienneChapitre 27 sur 86 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

De quelques ans qui nous aideront a profiter encore davantage de ces exercices.

Pour profiter encore davantage de ces exercices spirituels , et pour en tirer le fruit que nous avons dit , il faut premièrement savoir , que de même qu'avant que de se mettre en oraison, il faut avoir résolu et préparé non-seulement les points sur lesquels on doit méditer, mais aussi le fruit que Ton en doit recueillir ; de même , avant que de commencer les exercices , il faut avoir déjà prévu et déterminé le profit que l'on en doit tirer. Pour cet effet , il est nécessaire qu'avant que d'entrer en retraite, on fasse une revue exacte sur soi , et qu'on s'attache a considérer à loisir , quelle est la plus grande nécessité spirituelle que j'aie ? A quoi suis-je le plus porté par la corruption de ma nature , ou par le dérèglement de mes passions , ou par les mauvaises habitudes que j'ai contractées ? De quoi ai-je l'ame plus rudement et plus dangereusement combattue? Qu'y a-t-il en moi qui puisse offenser et scandaliser davantage mes frères ? Voilà une très-bonne manière de se préparer aux exercices spirituels ; et lorsqu'après une discussion exacte on s'est fixé à quelque chose, on doit l'avoir sans cesse devant les

yeux, ou pour l'acquérir parfaitement, si c'est

une vertu, ou pour s'en corriger entièrement, si c'est un vice. Ainsi dans ces retraites il ne faut ni se proposer de s'élever a une contemplation sublime , ni se figurer que pour être en solitude , on doit jouir tranquillement d'une communication étroite avec Dieu ; car il se pourra faire qu'alors on aura même plus de distractions, plus d'inquiétude et plus de tentations, qu'on en avoit parmi les embarras des fonctions extérieures. Il faut y avoir seulement en vue d'en tirer le fruit que nous avons dit, y travailler de tout son pouvoir; et si on y réussit, on aura fait de saints exercices, quoique peut-être on n'y ait pas senti toute la ferveur de dévotion que Ton désiroit. Mais si on n'en vient pas a bout, quand on y auroit été pénétré de dévotion, jusqu'à fondre continuellement en larmes, on aura perdu le temps; parce que ce n'est point un simple mouvement de tendresse, mais le soin de son amendement et de son progrès que l'on a dû y avoir pour fin.

Il sera encore d'une extrême utilité de se servir alors de la métbodequesaintlgnace(i) veut que nous pratiquions toujours dans l'oraison, et qui est qu'après avoir fait l'oraison pendant une lieure , il faut demeurer un quart-d'beure ou environ , soit debout , soit assis , à en faire l'examen , et à se rendre compte delamanièredont on s'y estcomporté.

(i) Lib, exerc. spir. In add. !• hebd, add. 5.

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Quand on trouve qu'on s'en est mal acquitte, il faut regarder d'où cela procèdent examiner si ce n'est point qu'on n'ait pas bien préparé les points de sa méditation ; qu'on se soit entretenu dans des pensées vaines et extravagantes; qu'on se soit laissé vaincre par le sommeil ; qu'on soit tombé dans un assoupissement de cœur; qu'on se soit trop arrêté aux spéculations del'entendement; qu'onaitmanqué à exciter des mouvemens affectueux dans la volonté; qu'on n'ait pas eu toute la pureté d'intention qu'on devoit avoir; ouenfinqu'on ait plutôt recherché la douceur des consolations , que l'accomplissement de la volonté divine. Lorsqu'après une exacte recherche on a vu en quoi on a manqué, il faut s'en repentir a l'heure même , et former une ferme résolution de se corriger dans la suite : si , au contraire, on ne trouve rien à se reprocher, il faut en rendre grâces à Dieu , et se proposer de continuer de même a l'avenir. Cet avis est de très-grande importance, parce que par le moyen de l'examen et de la réflexion qu'on fait , on vient à connoître par expérience en quoi on manque pour s'en corriger, et en quoi on réussit pour y persévérer; et l'on acquiert ainsi l'esprit de discernement et de discipline que l'expérience donne. C'est pourquoi saint Ignace estime cet examen trèspropre pour former des maîtres spirituels , non-seulement dans la science de l'oraison , mais aussi dans toutes les sciences qui regar*

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dent la conduite des aines. Car dans la quatrième partie des constitutions , il dit(i) que quand un confesseur aura entendu quelque confession, il lui sera d'un très-grand secours, sur-tout dans les commencemens , d'y faire aussitôt réflexion , afm qu'il voie à quoi il a manqué , et que s'en corrigeant une autre fois, il profite ainsi de ses propres fautes. L'examen de l'oraison est institué pour la même fin ; et c'est là aussi la première chose que l'on doit y faire. La seconde qui est aussi très-importante , est de regarder quel est le fruit qu'on a recueilli de son oraison, et de produire, a ce sujet, de nouveaux actes de la volonté; comme lorsque n résume en peu de mots la substance de ce qu'on a dit en beaucoup de paroles, qu'on en tire des inductions et des conséquences , et qu'on en fait une espèce d'épilogue. Au reste , on ne sauroit mieux connoître quelle est l'opinion que notre saint fondateur a eue du mérite de l'oraison , et combien il a jugé qu'il étoit important de la bien faire , et de se corriger soigneusement desfautes qu'on y commet, qu'en voyant qu'il ne s'est pas contenté que pour cet effet nous eussions les secours ordinaires de l'examen que nous faisons tous les jours à midi et au soir , mais qu'il a voulu encore qu'immédiatement après notre oraison, nous en fissions notre examen particulier. Et cet examen est d'une telle importance, que si l'on

(0 4- p. Const.c. 8. Liit. D.

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connoissoit qu'on ne peut pas avoir le temps de le faire après l'oraison, il faudroit prendre du temps sur l'oraison même pour le faire.

Nous pouvons ajouter ici un autre conseil très-utile, qui est d'écrire succinctement après loraison tout ce qu'on en aura recueilli , les bons mouvemens qu'on y aura eus, les saintes résolutions qu'on y aura formées, et les lumières qu'on y aura reçues de Dieu, tant sur les vertus qu'on se sera proposé d'acquérir , que sur les mystères sur lesquels on aura médité. C'est ainsi qu'en usoit saint Ignace et le père le Fèvre : et nous avons même quelque chose qu'ils ont écrit sur ce sujet. Saint François- Xavier conseilloit aussi ( 1 ) qu'on pratiquât la même méthode : le directoire des exercices nous l'enseigne (2), et le Père Aquaviva notre général nous l'a recommandé particulièrement dans ses écrits. Outre q-ue par ce moyen les bons désirs et les bonnes résolutions que l'on forme , se perfectionnent davantage, et jettent de plus profondes racines dans le cœur, l'expérience nous a appris que quand on relit ces sortes de choses dans un autre temps, elles sont d'une très-grande utilité :car comme ce sont ses propres sentimens quel'on revoit , et qu'on en a déjà été touché , ils nous touchent ensuite bien plus aisément que d'autres , et on se porte bien plus facilement à en reproduire des actes. Que si on ne

(1) Lib. 6. c. i3. vit. P.Xav. c. 2 et 4.

(2) C. 2 et 4. Direct, exerc. splr. Claudius Aquav* in industriis ad curandos animœmorbos, c. 5.

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va pas si loin qu'autrefois, on a au moins quelque confusion de voir qu'on n'est plus tel qu'on étoit alors, et qu'on recule au lieu d'avancer : de cette sorte , ou l'on fait effort pour parvenir au même point , ou Ton supplée par une sainte honte à ce quimanque du côté de la perfection. Ainsi, de façon ou d'autre, cela ne peut être que très-utile,et surtout dans le temps des exercices spirituels.

En dernier lieu , je dis que si en quelque temps que ce soit, il est bon, comme nous le dirons ailleurs (i), de rendre compte de sa conscience et de son oraison a quelque directeur spirituel, il Test encore particulièrement alors; et quelques personnes, pour ne vouloir pas s'y assujétir, manquent souvent à recueillir le fruit qu'elles devroient retirer de leurs exercices.

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