‹ Pratique de la perfection chrétienneChapitre 3 sur 86 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

De lobligatio?i que nous avons a Dieu de nous avoir rendu si facile une chose aussi excellente et aussi nécessaire que loraison.

L'oraison étant une chose d'un si grand prix en elle-même, et dont nous avons tant de besoin , il est juste de considérer combien nous sommes redevables a Dieu de nous en avoir rendu la pratique si aisée, qu'il est en notre pouvoir d'y vaquer en quelque temps et en quelque lieu que ce soit. // est en ma disposition, dit David, de prier continuellement le Seigneur qui rua donné l'être (i). Jamais les portes de la miséricorde de Dieu ne se ferment ; elles sont toujours ouvertes à tout le monde : nous le trouverons toujours sans affaire , toujours disposé a nous faire du bien, et quelquefois même nous pressant de lui demander des grâces. On fait a ce sujet une réflexion très-pieuse, et l'on dit : Si une fois le mois seulement Dieu donnoil audience a tous ceux qui voudroient lui parler, qu'il les écoutât favorablement , et qu'il leur fit outre cela plusieurs grâces, c'en seroit une sans doute que nous ne pourrions trop estimer, puisque nous regarderions comme un bonheur qu'un roi de la terre en voulût user de cette sorte. Que si cela

(i) Apud me oratio Deo Titae mère. Psal. 4i. 10.

DE L ORAISON. l3

est , quel cas ne devons-nous pas faire de l'offre que Dieu nous fait , en nous invitant de nous adresser a lui , non-seulement une fois le mois , mais chaque jour et a toutes les heures du jour? Le soir, le matin et à midi , je raconterai mes afflictions au Sei* gneur y dit le Prophète royal; je lui représenterai mes nécessités, et il m'exaucera (i) Dieu n'est point semblable aux hommes, qui se rebutent des demandes qu'on leur fait: car il ne s'appauvrit pas comme eux, en donnant. Un homme a de moins ce qu'il donne a un autre : ils'ôte a lui-même tout ce qu'il donne a autrui, et s'appauvrit de toutes les libéralités qu'il fait, et c'est pour cela que les hommes se rebutent aisément , quand on leur demande , et que s'ils donnent une fois ou deux de bonne grâce , ils se fâchent à la troisième , et ne donnent point , ou s'ils donnent , c'est de manière qu'ils ôtent l'assurance de leur rien demander une autre fois. Mon Dieu , dit l'Apôtre , est toujours riche pour tous ceux qui implorent son assistance (2). Comme ilnes'appauvritpoint à donner , aussi ne se lasse-t-il point qu'on lui demande , ni de voir que tout le monde lui demande a tout moment : il est assez riche pour tout le monde , et il peut nous enrichir tous , sans cesser d'être toujours

(1) Vesperè , et manè, et mendie narrabo , et annuntiabo, et exaudict vocem meam. Ps. b\. 18.

(2) Et dives incarnes qui invocant illum. Ad Rom» n>. î3t

l4 PART. I. TRAITÉ V. CHAP. IV.

également riche comme auparavant. Que si le fonds de ses richesses est infini , la source de sa miséricorde est de même inépuisable : de sorte que si d'un côté il a abondamment de ouoi nous secourir dans tous nos besoins, il a aussi de l'autre une volonté continuelle de nous assister , et de nous voir recourir à lui. Il est donc raisonnable que nous ayons une extrême reconnoissance d'une si grande grâce , et que faisant notre profit d'une permission si ample, nous tâchions de vaquer continuellement a l'oraison. Car , comme dit saint Augustin, sur ces paroles du Psalmiste: Béni soitleSeignewquine m apas pas privéde V esprit df ï oraison ; ni de sa miséricorde (i) ; tenez pour assuré, que si Dieu ne retire pas de nous l'esprit de l'oraison, il n'en retire pas non plus sa miséricorde : c'est pourquoi , afin que sa miséricorde ne nous abandonne

fas , n'abandonnons jamais la pratique de oraison.

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