CHAPITRE IV
Oïl fon explique jilus particulièrement la pratique
de cet exercice , et où l'on enseigne un moyen très-aisé, très utile et très-pai fait , démarcher toujours en la présence de Dieu.
Entre plusieurs aspirations et oraisons jaculatoires dont nous pouvons nous servir pour la pratique de cet exercice, une des principales et des plus propres, est celle que nous enseigne l'Apôtre dans la première épître aux Corinthiens : Soit que vous mangiez, dit-il , soit que vous buviez, et quelque autre chose que vous fassiez , faites tout dans la vue de la gloire de Dieu ( i ). Tâchez en tout ce que vous ferez d'élever toujours votre cœur à lui , en disant : Seigneur, c'est pour vous que je fais ceci , c'est pour vous plaire , c'est parce que vous le voulez : votre volonté , Seigneur,
(1) Sive manducatis, sive bibitis, sive aliud quid facitis 9 omnia in gloriam Deifacite. 1. Cor. 10. 5i.
est la mienne , et j e n'ai point d'autre contentement que le vôtre. Je ne sais vouloir , ou ne vouloir pas , que ce que vous voulez , ou que vous ne voulez point : toute ma joie, toute ma satisfaction , est l'accomplissement de votre volonté , et pourvu que je vous plaise , et que je vous satisfasse, je nJai rien davantage à désirer : il n' y a rien dans le ciel ni sur la terre sur quoi je veuille arrêter les jeux. C'est là une manière très-excellente et très-parfaite de marcher toujours en la présence de Dieu, puisque c'est s'entretenir dans un continuel exercice de l'amour de Dieu : mais parce que nous en parlerons ailleurs (i), j'ajouterai seulement ici une chose , après quoi il semble qu'il ne manque plus rien pour en achever l'éloge. C'est que de tous les moyens que nous pouvons nous imaginer , il n'y en a point de meilleur , ni de plus utile que celui-là , pour s'entretenir toujours dans cette perpétuelle oraison que le Sauveur du monde exige de nous en ces termes : Il fout toujours prier , et ne se relâcher jamais (2). Car quelle meilleure oraison peut-on faire, que de désirer continuellement la plus grande gloire de Dieu , de se conformer incessamment à la volonté divine en toutes choses , et d'établir tout son contentement et toute sa joie dans la joie et dans le contentement de Dieu } CJest ce qui a donné lieu à un célèbre
(1) 3. Traité, ch. 8. et 8. Traité, ch. \.
(2) Oportet semper orare , et non defîcere, Luc. 1 8, 1 .
docteur (t) de dire avec beaucoup de raison , qui celui qui persévérera constamment dans cet exercice , en retirera tant de fruit, qu'en peu de temps il se sentira le cœur tout changé , et y trouvera une extrême aversion pour le monde , et un amour inconcevable pour Dieu. Si vous pratiquez comme il faut une si sainte méthode , vous nétes plus des hôtes et des étrangers , mais vous êtes les concitoyens des Saints, et les domestiques de Dieu (2). C'est de ceux qui la pratiquent ainsi que parle saint Jean dans l'Apocalypse . quand il dit que les serviteurs de Dieu verront sa face, et que son nom sera écrit sur leur front (3). Car avoir la présence de Dieu continuellement devant les } eux, et se souvenir sans cesse de lui „ c'est en effet voir déjà sa face et porter son nom écrit sur le front. Ceux qui vivent de cette sorte, n'ont plus a proprement parler, de commerce avec la terre. Tout leur entretien est dans le ciel (4); et ils ne considèrent plus les choses qui se voient, mais celles qui ne se voient pas , parce que celles qui se voient , sont temporelles , et que celles qui ne se voient pas , sont éternelles (5). Au reste, il faut remarquer que quand on
fi) Dion. Richcl. lib. 1. de Contemplât, c. 29.
(2) Jàm non estis hospites etadvenae, sed estis cives sanctorom , et domestici Dei. Ad Eph. 2. ig.
(3) Et videbunt faciem ejus, et nomen ejus in frontibns eorum. Apoe. 22. l\.
(4) Nostraautem conversatio in cœlis est. Ad Phitlpp. 5. 20.
(5) ;Non contemplantibus nobis quœ videntur , sed quae non videntur : quae enim videntur, temporalia sunt ; qu« autem non videntur, ecterna sunt, 2. Cor. 4« 18 •
fait les actes dont nous venons de parler , et qu' on dit : Seigneur, c'est pour vous que je fais ceci, c'est parce que vous le voulez, et d'au très choses de cette nature; il faut les dire , non pas comme élevant son cœur , ou portant sa pensée à un objet hors de soi, mais comme parlant à Dieu présent : car c'est là proprement ce qu'on appelle marcher en la présence de Dieu, et ce qui nous rend cette pratique plus douce, plus aisée, et plus utile même dans les autres manières de faire oraison. Par exemple, lorsque nous méditons sur Jésus- Christ attaché a la croix , ou lié à la colonne , ceux qui ont écrit de l'oraison , observent qu'il ne faut pas s'imaginer cela comme arrivé à Jérusalem , il y a déjà tant de siècles , parce que l'imagination est ainsi plus fatiguée , et le cœur moins excité ; mais qu'il faut se le figurer comme une chose présente , qui se passe devant nous , et comme si nous entendions effectivement tous les coups de fouet et de marteau. Que si nous méditons sur la mort, ils disent qu'il faut s'imaginer pareillement que nous allons mourir, que nous sommes désespérés des médecins , et que nous avons déjà le cierge béni ou le crucifix entre les mains. Cela étant, à combien plus forte raison est-il juste que dans l'exercice de la présence de Dieu nous fassions les actes que nous avons dit, non pas comme parlant a quelqu'un qui seroit absent et fort éloigné de nous , mais comme parlant à Dieu présent ;
puisque c'est en cela proprement que consiste cet exercice , et qu'en effet cette présence est très-réelle et très-véritable.
J\.A.XV\> W\v iWAA SVASVASVW ÎVA.AA AA A> AA.XA SVA.AA SWrvASVASV\$y\