‹ Pratique de la perfection chrétienneChapitre 33 sur 86 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

De quelques différences quil y a entre cette façon de marcher en la -présence de Dieu, et toutes les autres que Ion pratique , et des avantages que celle-ci a sur toutes les autres.

Pour faire encore mieux voir combien cette manière de marcher en la présence de Dieu est parfaite et avantageuse, et pour en donner une explication plus ample, nous marquerons ici en quoi elle excelle principalement sur toutes les autres. Premièrement, dans la plupart des autres , il semble que tout se réduise au simple acte d'entendement, et se termine à s'imaginer Dieu présent; mais celle-ci supposant cet acte d'entendement et de foi touchant la présence de Dieu, s'occupe toute à former des actes d'amour de Dieu , et par conséquent il n'y a point de doute qu'elle ne soit plus excellente et plus utile que les autres. Car de même que dans l'oraison on ne doit pas s^arrêter aux actes de Tentendement, qui consistent dans la méditation et dans la réflexion qu'on fait sur les choses (1), mais qu'il faut aller jusqu'aux actes delà volonté, qui sont les mouvemens affectueux pour la

(0 5. Traité) ch. 11.

vertu , et les désirs véhémens d'imiter Jésus- Christ, et que c'est de ces derniers actes que dépend tout le fruit de l'oraison : aussi tout le fruit de l'exercice de la présence de Dieu est renfermé dans les actes de la volonté; et c'est là-dessus par conséquent qu'il faut le plus particulièrement insister.

En second lieu, la pratique en est plus facile et plus douce que les autres ; parce que dans les autres, il faut que l'entendement et l'imagination travaillent beaucoup, pour se représenter les choses , qui est ce qui épuise et qui dessèche davantage le cerveau ;mais dans celleci il n'est besoin d'aucun effort d'imagination; il ne faut que des mouvemens affectueux de la volonté, qui se produisent sans peine* Car quoiqu'il soit vrai que la présence de Dieu , sur quoi cet exercice est fondé, nepuisse se concevoir quepar un acte del'entendement: cependant, de même que quand on est devant le saint Sacrement, on se contente d'y supposer par la foi Jésus-Christ présent , et qu'on réduit toute son attention à l'adorer , et l'aimer 9 et à lui demander les grâces dont on a le plus besoin ; de même dans l'exercice de la présence de Dieu , on regarde cette présence comme une chose supposée par la foi , et sans insister sur les actes de l'entendement, on passe a ceux de la volonté. Or , comme ils sont aisés à produire , on peut aussi y persévérer long-temps ; c'est pourquoi , quand les malades ne sont plus en état de faire aucune

autre sorte d'oraison , on leur conseille d'élever souvent leur cœur à Dieu par ces actes de volonté, parce que c^est une chose qui se peut faire facilement en tout temps. Ainsi, quand il n'y auroit point d'autre avantage dans la pratique que nous avons proposée, que d'y pouvoir persévérer plus long-temps que dans les autres , ce seroit toujours assez pour en devoir faire plus d'estime que des autres ; mais a combien plus forte raison leur doit-elle être préférée, puisqu'elle les surpasse encore en tant d'autres choses essentielles 1

Ce qu'il y a sur-tout de plus considérable , et ce qu'il faut principalement remarquer , c'est que lorsqu'on se constitue en la présence de Dieu , ce n'est point pour en demeurer là ; mais c'est afin que cette présence nous serve d'un moyen pour bien faire toutes nos actions. Car si nous nous contentions de la simple attention a la présence de Dieu , et que du reste nous vinssions a nous négliger dans nos ac lions , et à y commettre des fautes , cette attention ne seroit point une dévotion utile , ce seroit une illusion préjudiciable. On doit donc faire état, que tandis que l'on a un œil attaché à contempler Dieu, il faut se servir deTautre, pour regarder à Bien faire toutes choses pour l'amour de lui ; en sorte que la considération que nous sommes en sa présence , soit un moyen pour nous obliger à mieux faire tout ce que nous

faisons ; et c'est à quoi la méthode dont nous parlons est beaucoup plus propre que toutes les autres. Car dans les autres l'entendement est tellement occupé ou à se former des images sensibles des choses qu'il veut se représenter , ou à tirer de ces images quelque bonne pensée qui y convienne , que Famé donnant toute son attention à cela , n'en a plus pour le reste, et ne produit par conséquent que des actions imparfaites et défectueuses. Mais ici, comme l'imagination ne travaille point , il n'y a rien qui détourne de l'application qu'on doit avoir a bien faire ses actions : au contraire , on y trouve un grand secours pour les faire comme il faut ; parce que , songeant qu'on les fait pour Dieu, et devant Dieu, on tache de les faire de telle manière, qu'elles puissent paroître devant la majesté de Dieu , et qu'il n'y ait rien qui soit indigne de sa présence. Nous avons parlé ailleurs (i) d'un autre moyen trèsexcellent de marcher toujours devant Dieu; mais comme nous l'avons suffisamment expliqué en son lieu , nous nous dispenserons de répéter ici ce que nous en avons déjà dit.

(1) 4. Traité, ch. 3.

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