I. Ne dire aucune parole qui tende a notre propre louange
IL Ne nous plaire point à être loués, et à entendre dire du bien de nous; au contraire , prendre de là occasion de nous humilier et
DE L'EXAMEN DE LA CONSCIENCE. s5l
de nous couvrir de confusion , voyant que nous ne sommes pas tels qu'on pense et que nous devrions être. On peut ajouter k cela , avoir de la joie d'entendre parler avantageusement des autres ; et si on en a eu quelque chagrin , ou qu'on ait senti quelque secret mouvement d'envie, le marquer pour faute ; comme aussi lorsqu'on aura eu quelque vaine complaisance du bien que l'on aura entendu dire de soi,
III. Ne rien faire par respect humain , et pour attirer les yeux et l'estime des hommes , mais purement pour plaire a Dieu.
IV. N'excuser point ses fautes , et moins encore les rejeter sur autrui , ni extérieurement , ni intérieurement.
V. Chasser toutes les pensées de vaine gloire et d'orgueil, que donnent les choses qui apportent de la réputation et de l'estime.
VI. Préférer tout le monde k soi , nonseulement dans l'opinion, mais aussi dans la pratique ; en se comportant envers tous ses frères avec la même humilité et le même respect que s'ils étoient nos supérieurs.
VII. Recevoir de la main de Dieu toutes les occasions qui se présentent de s'humilier , et en cela , aller toujours en augmentant , et comme en montant par trois degrés, dont le premier est de les supporter avec patience , le second de les accepter avec promptitude et facilité, et le troisième de les embrasser avec joie. Car il ne faut point s'arrêter ,
b52 PART. L TRAITÉ VII. CHAP. V.
que Ton ne soit parvenu à être bien-aise de souffrir toutes sortes d'affronts et de mépris, pour ressembler à Jésus-Christ , qui a voulu pour l'amour de nous être l'opprobre des hommes , et le mépris de la populace (i).
VIII. En dernier lieu on peut , et dans cette matière et dans les autres de même nature , s'occuper a produire des actes intérieurs et extérieurs d'humilité, ou de telle autre vertu qu'on aura choisie pour le sujet de son examen , s'y exerçant un certain nombre de fois le matin et le soir, et augmentant ce nombre tous les jours , jusqu'à ce qu'on ait acquis une parfaite habitude de cette vertu.
De la charité fraternelle.
I. Ne faire aucune sorte de médisance , et ne parler jamais des défauts d'autrui, quelque légers ou quelque publics qu'ils puissent être. Ne préjudicier en rien a nos frères , et ne laisser voir aucun mépris pour eux , ni en leur présence , ni en leur absence ; mais faire si bien , qu'il ne tienne pas du moins h notre témoignage que chacun ne passe pour avoir du mérite et delà vertu.
II. Ne rapporter jamais a personne ce que Ton a dit de lui, quand c'est quelque chose qui lui peut donner le moindre chagrin du monde , car c'est semer la discorde et la zizanie entre les frères.
(i) Opprobrium hominum, etabjectio plebis. Ps. si. 7.
de l'examen de là conscience. s53
HT. Ne s'emporter jamais en paroles, et ne
rien dire qui tende à mortifier le prochain. Ne
s'opiniâtrer sur rien, ne point contester et ne
reprendre personne sans en avoir autorite.
IV. Traiter doucement et charitablement tout le monde, en tâchant de rendre service et de faire plaisir a chacun en tout ce qu'on peut. Que si on a quelque charge qui oblige particulièrement à assister le prochain , et à en prendre soin, il faut s'y appliquer encore plus particulièrement, et tâcher par la douceur de son procédé, de ses paroles et de ses réponses, de suppléer aux choses qu'on ne sera pas en pouvoir de faire.
V. Ne se point faire d'aversion contre son prochain, et segarder d'en témoigner aucune, soit en s'empêchant par mépris de lui parler, ou en manquant a le secourir au besoin, soit en lui laissant paroître , de quelque sorte que ce soit , que l'on est mal satisfait de lui.
VI. N'avoir aucune liaison trop étroite avec personne, et éviter toutes les familiarités et les amitiés particulières qui sont opposées à l'esprit de la religion.
VIL Ne juger point de son prochain; mais tâcher d'en excuser les fautes envers les au* très , et envers soi-même , et avoir généralement bonne opinion de tout le monde.
De la mortification,
I. Se mortifier dans toutes les occasions qui se présentent d'elles-mêmes, soit qu'elles
viennent immédiatement de la part de Dieu, soit qu1 elles en viennent par le moyen de nos supérieurs ou de nos frères , ou par quelque autre voie que ce soit , et tâcher de les bien recevoir , et d'en faire son profit.
IL Se mortifier et se vaincre sur tout ce qui peut empêcher d'observer les règles , et de bien faire les actions ordinaires de tous les jours , tant spirituelles qu'extérieures : car toutes les fautes qui s'y commettent, procèdent de ce qu'on ne veut pas gagner sur soi ou de supporter quelque peine, ou de se priver de quelque plaisir.
in. Se mortifier en s'assujétissant à demeurer dans toute la modestie que doit garder un religieux, et principalement a retenirses yeux et sa langue, lorsque l'on estsujet à faillir de ce côté-là.
IV. Se mortifier sur les choses permises , comme en se privant de sortir de sa chambre, de voir quelque rareté, de vouloir apprendre ce qu'il n'importe pas de savoir , de dire ce qu'on a envie de dire, et se retenant ainsi sur d'autres choses de cette nature. Il sera bon en cet endroit de déterminer dans son examen , de se mortifier de cette sorte un certain nombre de fois , le matin et le soir , commençant par ce qui sera le moins difficile, et continuant toujours en augmentant: car l'exercice de ces mortifications volontaires , quoiqu'il ne se fasse que sur de petites choses , est toujours d'une très-grande utilité.
de l'examen de la conscience. 2 55 V. Se mortifier encore dans les choses même de nécessité ou de devoir ; de sorte qu'en allant manger, ou dormir, ou étudier , ou enseigner, ou prêcher, ou faire quelque autre fonction que ce soit, il faut mortifier ses sens et sa volonté , en disant du fond du cœur : Ce n'est point , Seigneur, pour me satisfaire, que je veux faire ceci; mais c'est parce que vous le voulez.
De ^abstinence ou de la société.
I. Ne rien manger avant ni après l'heure de la communauté, et hors du lieu delà réfection.
IL Se contenter de ce qu'on donne a la communauté , sans vouloir ni d'autres viandes , ni autrement apprêtées , et sans rechercher des assaisonnemens particuliers , sans une nécessité très-connue.
III. N'excéder jamais les règles de la tempérance dans le boire et dans le manger.
IV. Ne manger point avecavidité et tropà la hâte , mais manger avec modestie et avec décence , sans se laisser aller trop à son appétit.
V. Ne parler point de ce qui regarde le manger,, et beaucoup moins encore s'en plaindre.