‹ Pratique de la perfection chrétienneChapitre 39 sur 86 · VI. Eloigner de soi toutes sortes de pensées de gourmandise · texte numérisé non relu

VI. Eloigner de soi toutes sortes de pensées de gourmandise

De la patience, I. Ne laisser échapper aucune démonstration extérieure d'impatience ; au contraire , dans ses paroles , dans ses actions et dans l'air de son visage , faire voir des marques d'une

grande tranquillité d'esprit, et réprimer tous les mouvemens qui peuvent y être opposés.

II. Ne laisser rien entrer dans son cœur qui puisse en troubler la paix , et causer de la tristesse ou de l'indignation ; et ne point souffrir qu'il s'y glisse aucun désir de vengeance, quelque légère qu'on puisse souhaiter de la faire.

III. Recevoir généralement toutes choses et toutes sortes d'occasions comme envoyées de la main de Dieu , pour notre bien ; et cela de quelque manière, et par quelque moyen qu'elles nous viennent.

IV. S'exercer à produire des actes a ce sujet, suivant ces trois degrés : premièrement , en supportant toutes choses avec patience ; secondement , en acceptant les souffrances promptement et facilement; et en troisième lieu , en les embrassant avec joieA parce que c'est la volonté de Dieu.

De l'obéissance.

I. Etre ponctuel dans l'obéissance extérieure, jusqu'à laisser une lettre a demi formée ; et dès qu'on est instruit de la volonté du supérieur, n'attendre jamais un commandement exprès.

II. Soumettre sa volonté à celle du supérieur, n'en ayant point d'autre que la sienne.

III. Soumettre aussi son esprit et son jugement au sien , n'ayant point d'autre sentiment que celui du supérieur , et rejetant toutes les lumières qui y seroient opposées.

DE LTEXA]VÏEN DE LA CONSCIENCE. ^5j

IV. Ecouter la voix du supérieur et le son delà cloche, comme si c'étoit la voix de Dieu; et obéir au supérieur , quel qu'il soit , et à ceux qui commandent sous lui , comme à Jésus-Christ lui-même.

V. Avoir une obéissance aveugle , c'est-àdire , obéir de manière que. sans examiner pourquoi on commande quelque chose, il nous suffise pour toute raison que le supérieur l'ordonne, et que l'obéissance l'enjoint.

VI. Passer ensuite à des actes de volonté 4 en s'exerçant a songer que quand on obéit , c'est la volonté de Dieu que l'on fait , et qu'ainsi on doit mettre tout son contentement et toute a* joie dans l'obéissance.

De la pauvreté.

I. Ne donner rien a personne , et ne recevoir rien de qui que ce soit de la maison ou du dehors , sans en avoir permission.

II. Ne prêter aussi et ne prendre rien, soit delà maison, soit delà chambre d'un autre religieux , sans permission.

III. N'avoir rien de superflu , et se défaire de tout ce qu'on a au-delà du nécessaire , soit en livres, soit en meubles, soit en habits^ soit enfin en quelque autre chose que ce puisse être.

IV. Cherchera paroître pauvre, même dans les choses les plus nécessaires à l'usage de la vie , en tâchant que toutes celles dont on se sert, soient toujours les moindres et les plus

simples de toutes. De sorte que , non-seulement dans nos chambres, dans nos habits, dans notre nourriture et dans tout le reste, on voie toujours éclater la pauvreté dont nous faisons profession; mais que nous la fassions aussi éclater en nous, en désirant pour un plus grand détachement de nous-mêmes , et pour notre plus grand avancement spirituel, de n'avoir jamais que les choses les plus méprisables de la maison.

V. Etre bien-aise de manquer même de ce qui est nécessaire à la vie; car c'est la le caractère d'un véritable pauvre d'esprit et d'un parfait imitateur de Jésus-Christ, q«î étant si riche et si puissant , s'est f^t pauvre pour l'amour de iiuus, et a voulu manquer des choses nécessaires , en souffrant la faim et la soif, le froid et le chaud, la lassitude et la nudité.

De la chasteté,

I. Etre extrêmement, retenu dans ses regards , et ne les porter sur rien qui puisse révolter la chair contre l'esprit.

II. Ne dire et n'entendre aucunes paroles , et ne lire aucuns livres qui puissent exciter en nous des mouvemens et des pensées d'impureté.

III. Xe s'entretenir dans aucune pensée impure, mais rejeter promptement toutes celles qui se présentent.

IV. Xe toucher personne } ni aux mains , ni au visage , et ne se laisser aussi toucher à personne.

DE L'EXAMEN DE LA CONSCIENCE. sSg

V. Garder envers soi-même toute la bienséance et l'honnêteté possible , ne se regardant, ni ne se touchant jamais hors d'une nécessité absolue.

\I. Ne point faire de liaisons particulières, et n'en point entretenir par des présens réciproques, et a l'égard des personnes qui peuvent nous être une occasion de chute , et

Ï)our qui on se sent quelque penchant, éviter eur commerce et leur conversation, par une sage fuite, qui est d'ordinaire l'unique remède dans ces sortes de rencontres.

De bien faire les actions ordinaires,

I. Ne manquei auoim jour a s'acquitter entièrement de tous ses exercices spirituels, en y donnant fidèlement tout le temps qui y est destiné ; et quand on en sera détourné par quelque occupation indispensable , suppléer ensuite a cela le plutôt qu'il sera possible.

IL Faire bien l'oraison mentale , et y ob~ server soigneusement les additions ; faire bien l'examen général et l'examen particulier , et s'y arrêter moins à rechercher exactement le nombre des fautes qu'on a commises , qu'à en concevoir une très-vive douleur et une extrême confusion , et à faire une ferme résolution de s'en corriger. Car c'est en cela que consiste toute la vertu et tout le fruit de l'examen; et quelques-uns, parce qu'ils manquent à en user de cette

sorte , manquent aussi à en tirer tout le profit qu'ils devroient.

III. Se bien acquitter de tous les autres exercices spirituels , comme d'entendre ou de dire la messe, de vaquer à la prière et à. la lecture spirituelle , et de faire des pénitences, et subir les mortifications tant publiques que particulières , en tâchant de recueillir de tout cela le fruit pour lequel chaque chose a été instituée , et ne faisant rien par coutume, par bienséance et par manière d'acquit.

IV. Faire bien tout ce qui est de sa charge et de son ministère, et y apporter tout le soin et toute l'application possible, ©t comme faisant toutes choses pour Dieu même, et en la présence de Dieu.

V. Ne commettre aucune faute de propos délibéré,, quelque légère qu'elle puisse être.

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