‹ Pratique de la perfection chrétienneChapitre 40 sur 86 · VI. Faire beaucoup de cas des moindres choses · texte numérisé non relu

VI. Faire beaucoup de cas des moindres choses

Ml. Et parce que tout notre avancement spirituel dépend de faire parfaitement ces sortes d'actions ordinaires, il faut de temps en temps , dès qu'on verra que l'on commence a se relâcher là-dessus, avoir soin d'en faire pendant quelques jours le sujet de son examen particulier, pour renouveler par ce moyen sa ferveur et son attention, et pour se mettre en train de s'acquitter exactement des moindres choses.

De faire toutes choses purement pour Dieu.

I. Ne rien faire par respect humain, ni pour être vu et estimé des hommes , ni pour son propre intérêt et sa propre commodité y ni pour sa gloire et pour sa satisfaction particulière.

IL Faire toutes ses actions purement pour Dieu , et s'accoutumer à les rapporter toutes à lui seul; premièrement, le matin, dès qu'on se réveille ; secondement , au commencement de chaque action ; et enfin , dans l'action même, en élevant plusieurs fois, pendant ce temps-là , son cœur à Dieu, en lui disant : CVst pour vous, Seigneur, que je fais ceci; c'est pour votre gloire; c'est parce que vous le voulez.

III. S'assujétir à produire ces sortes d'actes tous les jours un certain nombre de fois , le matin et le soir, commençant d'abord par un petit nombre , et l'augmentant ensuite toujours, jusqu'à ce qu'on ait acquis l'habitude d'élever fréquemment son cœur à Dieu dans ses actions , et qu'on n'y envisage plus autre chose que lui.

IV. On ne doit point discontinuer cet exercice qu'on ne soit parvenu à faire toutes ses actions, comme si c'étoit Dieu même , et non pas les hommes que l'on servît ; et à les faire de telle manière qu'on se sente pénétré de l'amour de Dieu , en les faisant , et que mettant toute notre joie dans l'accomplisse-

ment de la volonté divine , il paroisse dans toutes nos actions que ce soit moins nous qui agissons , que l'amour qui règne en nous.

V. Voilà quelle est cette présence de Dieu que l'on doit avoir toujours devant les yeux , et cette continuelle oraison dans laquelle il faut tâcher de s'entretenir. Rien ne sauroit être d'une plus grande utilité pour l'avancement spirituel , et d'un plus grand secours pour faire toutes choses parfaitement.

De la conformité a la volonté de Dieu,

I. Piecevoir toutes choses de quelque nature qu'elles soient , et par quelle voie, et de quelque manière quVllo arrivent, comme venant de lu main de Dieu , qui les envoie avec des entrailles de père , pour notre plus grand hien , et se conformer en cela à la divine volonté , comme si nous voyions Jésus- Christ lui-même , qui nous dit : Mon fils , je veux que vous fassiez et que vous souffriez ceci pour l'amour de moi.

II. S'efforcer d'aller toujours en augmentant dans cette conformité à la volonté de Dieu; premièrement, en supportant avec patience tout ce qui arrive de fâcheux : secondement, en l'acceptant avec promptitude et avec facilité ; et en dernier lieu , en l'embrassant avec joie , parce que telle est la volonté du Seigneur.

IIL Persévérer dans cet exercice jusqu'à ce

qu'on soit parvenu à être bien-aise que la volonté de Dieu s'accomplisse en nous , par le moyen même des afflictions , des mépris et des souffrances , et jusqu'à ce que cet accomplissement fasse tout notre contentement et toute-nôtre joie.

IV. Ne manquer à faire aucune chose que l'on connoisse être la volonté de Dieu , de sa gloire et de son service , tâchant d'imiter en cela le Sauveur du monde , quifaisoit toujours ce qui étoit agréable à son Père (1).

V. La pratique de cet exercice sera un très* bon moyen pour se conserver toujours en la présence de Dieu, et pour s'entretenir dans une continuelle oraison.

VI. Ce qui a été dit cU la mortification , se pourra encore mieux pratiquer } si on le rapporte à l'exercice de la conformité a la volonté de Dieu , en prenant toutes choses comme venant de sa main. Car de cette sorte, outre que la pratique en sera plus facile, elle en sera même plus utile et plus agréable, parce que ce sera un exercice d'amour de Dieu.

Nous ne prétendons pas au reste que l'ordre que nous avons observé ici , soit dans les vertus , soit dans les degrés des vertus , doive être la règle de celui qu'il faut garder dans l'examen particulier. Car la véritable règle est , que chacun choisisse la vertu dont il a le plus de besoin ; qu'il commence à s'y exercer par le degré qui lui est le plus nécessaire,

(i) Ego quae placita surit ei, facio semper. Joan. 8. 29

a64 P^T» L trAiT1^ vIi« CHÀP. VI.

et qu'après avoir emporté ce point-là , il s'attache ensuite à celui qui lui sera le plus convenable , jusqu'à ce qu'il vienne a la posséder parfaitement.

Page 1