CHAPITRE X
De ï examen général de la cojiscience.
Il y a cinq points dans l'examen général de la conscience , et le premier est de rendre grâces à Dieu des bienfaits qu'on en a reçus. On met celui-ci à la tête des autres , afin qu'opposant ensuitea ces bienfaits les fautes et les péchés qu'on a commis , on prenne de là occasion d'en avoir plus de confusion et plus de douleur : c'est ainsi que Nathan voulant donner a David plus d'horreur et plus de regret de son crime , lui représenta d'abord les divers bienfaits dont la main de Dieu l'a- Vroit si abondamment comblé. Le second point est de demander à Dieu la grâce de bien connoître tous les péchés que l'on a commis. Le troisième , de s'en faire rendre compte à soi-même , depuis la dernière résolution qu'on a faite; en commençant par les pensées, et continuant par les paroles et par les actions. Le quatrième , de demander pardon à Dieu de tous ceux dans lesquels on trouvera que l'on est tombé, et d'en concevoir un extrême repentir. Et le cinquième, de se proposer fermement de s'en corriger, et finir ensuite par l'oraison dominicale.
Cet examen général doit toujours être inséparable du particulier ; et pour cet effet ,
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la première chose qu'il faut faire tous les matins en se levant, c'est d'offrir à Dieu tout ce qu'on fera pendant toute la journée.Car quoiqu'en parlant de l'examen particulier , il ait été dit que nous devons à notre réveil nous proposer de nous abstenir du vice dont nous avons particulièrement entrepris de nous corriger, et que c'est a quoi doit s'employer le premier temps de cet examen , cela ne doit avoir lieu qu'après avoir offert à Dieu toutes ses pensées , ses paroles et ses actions , en les rapportant toutes d'avance à sa gloire, et qu'après avoir fait résolution de ne point l'offenser, et lui en avoir demandé la grâce. Il faut ensuite, deux fois le jour , a midi et le soir, joindre l'examen général avec le particulier ; c'est ainsi qu'on le pratique dans la Compagnie., suivant nos constitutions, conformément à la première règle des communes, qui dit (1): Que tous aient soin de donner deux fois le jour a l'examen de leur conscience le temps qui leur sera marqué pour cet effet. De même que pour bien faire aller une horloge, on en monte les contre-poids deux fois par jour , le matin et le soir : de même pour donner un mouvement bien réglé à notre cœur , il faut nous servir deux fois le jour de l'examen particulier et de l'examen général , exigeant de nous à midi un compte exact de toutes les fautes dans lesquelles nous sommes tombés depuis notre réveil, tant de
(1) 4« p. Const. e. 4. §. 3. 4. tt Reg. 1. Corn, T, II. 25
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celles que nous avons commises en pensées, en paroles et en actions, que de celles qui regardent la matière de notre examen particulier. Après cela il faut nous exciter à concevoir une vive douleur des unes et des autres, et nous proposer de n'y plus retomber de toute l'après-dînée ; et la même chose doit s'observer de la même sorte dans l'examen du soir.
!Mais le plus important avertissement qu'il y ait a donner touchant la manière de faire l'examen général , est celui dont nous avons déjà parlé , au sujet de l'examen particulier ; qui est que toute la force et toute l'efficacité aussi bien de l'un que de l'autre , consistent dans les deux derniers points, c'est-à-dire , dans une vive douleur des fautes qu'on a commises , et dans une ferme résolution de s'en corriger. Le Père Avila(i) traitant cet examen général: Vous devez vous figurer, dit-il, qu'on vous a chargé de la conduite d'un jeune prince, pour avoir une continuelle attention sur lui , pour le former aux bonnes mœurs , et pour le corriger des mauvaises inclinations qu'il peut avoir ; et que chaque jour vous l'obligez à vous rendre compte de ce qu'il fait. Il est indubitable qu'en ce cas-là vous ne fonderiez pas la principale espérance de son amendement sur l'exactitude qu'il anroit à vous dire combien de fois il auroit failli; mais que vous l'établiriez sur la connoissance que
(i) M. Ailla, c. 62. Audi, ûlia.
ous tâcheriez de lui faire avoir de ses fautes, jr la réprimande que vous lui en feriez, sur îs avertissemens que vous lui donneriez , et ur la promesse qu'il vous feroit de se coriger. Vous devez tenir la même conduite nvers votre ame, puisque Dieu vous a donné i charge d'en avoir soin : pour cet effet , ce l'est pas à rappeler dans votre mémoire le LOmbre de vos fautes que vous devez em- •loyer principalement votre examen, et faire onsister votre amendement;c'est a avoir une xtrême confusion de les avoir commises , à ous en repentir du fond du cœur, à vous en aire une sévère réprimande a vous-même, de a même manière que vous la feriez à une utre personne dont on vous auroit confié éducation , et à former enfin une constante ésoWion de n'y retomber jamais.
Ce qui doit nous exciter encore particulièement à mettre exactement tout ceci enpraique , c'est que l'examen général est une dis- >osition très-propre et très-utile pour la conession, suivant même que le porte le titre que :aint Ignace lui donne dans le livre des Exercices spirituels, où il l'intitule : Examen général de la conscience , très-utile pour la gué- "ison de Vame et pour la confession des péchés (i). La raison de ceci est bien claire; car leux choses sont principalement requises )Our la confession, l'examen de ses péchés et
(0 Examen générale conscientiae, ad purgationem animse, X ad peccatoruuï confessiooem utilissimum.
le regret de les avoir commis; et toutes les • deux se rencontrent dans l'examen de la conscience , de sorte que si nous faisons bien cet -examen , nous sommes assurés de bien faire aussi notre confession. Tl faut remarquer cependant que, suivant le concile deTrente (i), la douleur nécessaire pour la bien faire renferme deux points, le regret des fautes passées, .et la résolution de n'y plus retomber à l'avenir ; et qu'ainsi en manquant à l'un des deux, la disposition pour la confession n'est pas suffisante. Quelques-uns pensent que leurs confessions ne sont nulles que lorsque, par une mauvaise bonté, ils ont manqué à s'accuser de quelque pécbé; mais pour moi , je tiens qu'il y en a enco re beaucoup plus de nulles et de sacrilèges pour n'avoir pas été faites avec un véritable repentir des péchés commis, et une ferme résolution de n'y plus retomber. Par-là -on peut voir combien la préparation dont nous parlons est nécessaire, et combien il importe de nous accoutumer dans l'examen a nous exercer et à nous arrêter particulière- .ment sur l'un et sur l'autre de ces deux points. -C'est pourquoi je dis que des trois principaux -que cet examen contient, (caries deux premiers n'en sont que comme le préambule) ^celui qui consiste à se ressouvenir de ses fautes , est celui auquel on doit employer le moins de temps. Il suffit , pour cet effet, de la troisième partie du quart-d'heure destiné
(i) Conc. Trid,Scss. 14. c. 4.
pour l'examen : quant aux deux autres , qui consistent a demander à Dieu pardon de ses fautes , à en concevoir du regret et de la confusion , et à faire une ferme résolution de s'en corriger, il y faut donner toutes les deux autres parties du temps , puisque c'est de la que dépendent refficacité de l'examen , et le. fruit qu'on doit en recueillir.
Mais le mo yen , dira-t-on , que dans la troisième partie d'un quart-d'heure on puisse parcourir combien de fois on a failli , tant sur la matière de l'examen particulier, qui est limitée,, que sur celle de l'examen général, qui comprend toutes les pensées , les paroles et les actions , vu qu'il semble que même un. quart-d'heure entier n'y sufHroit pas? Le moyen le plus sûr est de satisfaire par avance à ce point-la. Et à ce propos on rapporte de saint Ignace (i) , que toutes les fois qu'il lui arrivent de commettre quelque faute dans ce qui regarde le sujet de son examen particulier, il faisoit un nœud a un cordem qu'il portoit tout exprès pour cela a sa ceinture; ensuite par le nombre des nœuds, sans aucune autre application , il savoit celui de ses fautes. Quant à ce qui concernoit l'examen général , il observoit de ne laisser passer aucune heure le jour, qu'il ne se recueillît en luimême, et toute autre chose cessante, il n'examiuât sa conscience. Que si , par hasard , il étoit tellement pressé de quelque affaire im-
(i) Lib. 5. Vite 5. Ignatii.
294 PART- x- TRAITé vn- CHAP« xportante, ou de quelque occupation indispensable, qu'il ne pût alors satisfaire a une coutume si sainte, il réparoit cela l'heure suivante, ou aussitôt qu'il pouvoit en avoir le loisir. Ce seroit sans doute une coutume louable et très-utile de donner ainsi un coupd'ceil a sa conscience toules les fois que l'horloge sonne; quelques-uns même étendent cette pratique jusqu'à s'examiner ensuite sur chaque action qu'ils font. Mais si vous trouvez que ce soit beaucoup de vous faire cette sujétion à chaque heure du jour, et après chaque action , il sera bon du moins de vous l'imposer après chacune des principales actions que vous ferez : puisqu'aussi bien il y en a déjà quelques-unes de celles-là sur lesquelles , comme nous l'avons dit ailleurs, nous sommes obligés de nous examiner aussitôt que nous avons achevé de les faire. Saint Bonaventure dit qu'un serviteur de Dieu doit s'examiner sept fois le jour; et si dans l'examen particulier, nous observions bien soigneusement l'addition , qui veut qu'à chaque fois que nous manquons sur la matière qui le regarde , nous portions notre main sur notre poitrine, nous nous ressouviendrions aisément par-là de toutes les fautes que nous aurions faites. Il est vrai que cette addition n'a pas été mise par S. Ignace , afin que nous nous ressouvenions de nos fautes, mais afin que nous nous en repentions , et que c'est pour cela qu'il nous enjoint déporter la main
de l'xamen de la conscience. 2g5
sur notre poitrine , comme en disant : Seigneur } y ai péché. Mais après tout, si nous pratiquions exactement cette addition 3 cela nous aideroit extrêmement à nous souvenir de toutes les fois que nous serions tombés. Ce qu'il y a encore à ajouter sur ce sujet, c'est que quand on a de l'attention sur soi, et qu'on prend son avancement a cœur, a peine a-t-on commis une faute , qu'aussitôt on sent le remords de sa conscience, qui est assurément ce qui peut en faire plutôt ressouvenir. Ceci pourra servir de réponse à deux sortes de personnes. Car il y en a à qui un quartd'heu re paroît trop court, pour rappeler dans leur mémoire les fautes dans lesquelles ils sont tombés; et a ceux-là, nous leur avons déjà enseigné le moyen de portera leur examen ce point-là presque tout fait, afin qu'il leur reste ainsi plus detpmpspour vaquer aux deux derniers. Il y eu a d'autres, au contraire, qui dans le qnart-d'beure de l'examen trouvent toujours du temps de reste, et ne savent à quoi Temployer ; et il est encore plus aisé de satisfaire ceux-ci , en leur donnant de l'occupation. Pour cet effet , il ne faut que répéter ici ce que nous avons dit plus haut, que l'examen général doit toujours se faire avec le particulier ; et qu'après avoir parcouru les fautes qu'on a commises , tant dans la matière de l'un que dans celle de l'autre, il faut s'arrêter à en concevoir de la confusion et du regret , à en demander pardon à Dieu , à se
proposer fermement de s'en corriger, et à le prier avec ferveur de nous accorder la grâce nécessaire pour cet effet. Que l'on s'attache donc à cela ; que l'on s'y occupe : il y a assez de quoi , et on ne saurait mieux faire que d'y employer beaucoup de temps.
Saint Dorothée ajoute a ceci un autre avis très-important et très-utile. 11 dit que dans 1 examen il faut rechercher non-seulement les fautes qu'on a commises , mais principalement le principe de ses fautes, en s'appliquant à en examiner les causes et les occasions , pour s'en garantir dans la suite. Par exemple, si pour être sorti de ma chambre , il m'est arrivé ou de rompre le silence, ou de faire quelque médisance, je dois me proposer de n'en point sortir à l'avenir sans nécessité ; et toutes les fois que j'y serai obligé, me tenir alors extrêmement sur mes cardes. Autrement ce seroit faire comme celui qui avant bronché contre une pierre, et n'ayant pas pris garde a ce qui l'a fait broncher , s'y heurteroit encore un moment après; ou comme celui qui prêt endroit rendre la verdure et la santé à un arbre sec et malade , en se contentant d'en couper quelques branches pourries , et d'en arracher quelques fruits gâtés. Que si nous faisions notre examen avec toute l'attention que nous venons de dire, le temps qui y est destiné, bien loin de nous paroître trop long, nous sembleroit infailliblement trop court.