CHAPITRE XI
Que l examen de conscience est un moyen pour metfre en pratique tous les autres moyens qui regardent le progrès spirituel 3 et que la cause pour laquelle on profite si peu , vient de ce qiion na pas soin de bien f cure son examen.
Saint Basile (i), après avoir donné plusieurs avertissemens spirituels a ses religieux, conclut parleur recommander que tous les soirs, avant que de se coucher, ils lassent l'examen de leur conscience ; ce grand Saint jugeant que cela sufïlroit pour les maintenir dans l'observation de tout ce qu'il leur avoit dit. Je prétends finir ce traité de la même sorte, en recommandant pareillement atout le monde de s'adonner h cet examen , parce qu'avec la grâce de Dieu , ce sera un moyen suffisant pour mettre en pratique tous les autres avertissemens spirituels, et pour réparer tous nos défauts. Si vous vous relâchez dans l'oraison; si vous devenez peu soigneux dans ce qui regarde l'obéissance; si vous vous émancipez trop à parler, si vous commencez à prendre trop de liberté , l'examen coupera facilement chemin a tout cela, et y apportera tm prompt remède. Quiconque prend soin
(1) Basil* hom. 5. de. Institut. Monac.
de bien faire tous les jours l'examen de sa conscience, peut faire état qu'il a en lui-même un directeur, un maître des novices, et un supérieur , qui a toute heure lui demandent compte de l'état de son anie, quil'avertissent de ce qu'il doit faire , et qui le reprennent quand il manque en quelque chose. Vous ne continuerez pas long-temps dans vos mauvaises habitudes, dit le père Avila (i), si vous continuez à faire votre examen de cette sorte, à exiger de vous-même un compte exact de votre conduite , et à vous reprendre sévèrement de vos défauts. Que si vous persistez toujours dans vos défauts, et si au bout de plusieurs jours ou peut-être de plusieurs années, vous avez encore l'esprit aussi peu mortifié, et les passions aussi vives et aussi violentes qu'au commencement, c'est que Vous ne vous servez pas comme il faut des remèdes que vous avez entre les mains. Car si vous aviez entrepris de vous corriger de quelque mauvaise habitude, et d'acquérir quelque vertu, et que pour cet effet vous vous fussiez appliqué à renouveler trois fois le jour, le matin, à midi et le soir, la résolution de vous corriger, à comparer les fautes du soir avec celles du matin, celles de chaque jour avec celles de la veille , et celles de chaque semaine avec celles de la semaine qui l'a précédée ; à produire en vous-même autant d'actes de confusion et de regret que
(i) M. Avila. Audi , fîlia. c. 62.
tous auriez commis de fautes ; enfin à implorer l'assistance de Dieu et l'intercession des Saints, pour pouvoir vous en corriger; il seroit impossible qu'après tant de temps vous ne vous fussiez pas vaincu en quelque chose. Mais si on fait l'examen par coutume et par manière d'acquit , sans avoir une véritable douleur de ses fautes , et sans former une ferme résolution de s'en corriger , ce n'est pas là un véritable examen; ce n'est qu'une affaire de forme et de cérémonie , et un pur amusement d'esprit. De la vient qu'au bout de plusieurs années de religion , souvent on conserve encore les mêmes défauts et les mêmes inclinations vicieuses que l'on y a apportées du siècle , et que si alors on avoit de la vanité et de l'orgueil , on en a encore ; si on ét.oit impatient et colère, on l'est encore de même; &i on s'emportoit a dire des paroles aigres et mortifiantes , on s'échappe encore de la même manière; qu'enfin on est aussi déréglé que le premier jour , aussi rempli de sa propre volonté , et aussi attaché à ses commodités et à ses aises. Dieu veuille même que plusieurs , au lieu de se corriger et de faire du progrès dans la vertu , n'aient point augmenté dans le vice ; que leur ancienneté dans la religion n'ait point servi à les rendre plus déréglés et plus indociles ; et que devant être les plus humbles de tous , iïs n'aient pas plus de présomption que personne , et ne donnent pas lieu de leur appli-
quer ces paroles de saint Bernard : Ce qu'il y a de mal, c'est que plusieurs qui, en res| tant chez eux , ne pouvoient être que méprisables , ne peuvent souffrir d'être méprisés dans la maison de Dieu ( i) ; ils auroient manqué dans le monde des choses nécessaire; , et dans la religion ils cherchent dessupeifluités et des délicatesses.
On peut encore aisément connoître par tout ce que nous avons dit , combien est peu recevahle l'excuse de quelques-uns qui rejettent leurs défauts sur leur tempérament ; car, au contraire, ils méritent une plus sévère réprimande que les autres , puisque sachant a quoi les porte la pente de leur naturel vicieux, et ayant dû s'attacher avec toute sorte de soin et d'application à fortifier la partie la plus foihle , et l'endroit par où le démon peut avoir une plus libre entrée dans leur ame; ils sont encore au bout de plusieurs années aussi déréglés et aussi peu maîtres deux-mêmes que le premier jour.
Que tous ceux donc qui s'adonnent a servir Dieu ( car nous parlons ici à tout le monde) fassent réflexion sur eux , et qu'ils recommencent a s'y appliquer tout de nouveau , en tachant de faire si bien dorénavant l'examen de leur conscience, que l'on s'aperçoive du fruit qu'ils en retireront. Nous som-
(i) Quodque perversnm est , plerique in domo Dei non pa tluntur haberi contemptui, qui in domo saà, non nisi conternptibiles esse potuerunt. Bern. hom. 4. sup. Mmsus est.
de l'examen de la conscience. 3oi mes hommes , nous avons des défauts , et nous en aurons tant que nous serons en vie ; mais il ne faut pas laisser cependant d'essayer de gagner trois choses par le moyen de l'examen : la première , que si auparavant nous avions beaucoup de défauts , désormais nous en ayons moins ; la seconde , que s'ils étoient grands, ils soient moindres a l'avenir; et la troisième, que nous ne retombions pas toujours dans les mêmes, parce que les fréquentes rechutes dans les mêmes fautes sont une marque de beaucoup d'inapplication et de négligence.
Evagre (i) , dans un livre qu'il a composé de la conversation des religieux et de leurs exercices corporels , fait mention d'un saint solitaire qui disoit qu^il ne se souvenoit pas que le démon l'eût jamais fait tomber deux fois dans une même faute. Celui-là sans doute faisoit bien son examen de conscience; celuilà avoit de véritables repentirs, et faisoit de fermes résolutions de se corriger. C'est ainsi que nous devons faire, et c'est par ce moyen que saint Ignace a été élevé à un si haut degré de perfection. Nous lisons dans sa vie (2) une chose notable et par ticulière,qui est que comparant un jour avec l'autre, et l'état présent de son ame avec le passé , il trouvoit chaque jour qu'il avoit fait quelque nouveau progrès dans la vertu et dans la conquête du ciel ;
(i) In Hist. Ecel. p. 2. lib. 6. c. 1. (2) In ejus vit. lib. 5. c. 1.
jusque-là , qu'il disoit en sa vieillesse , que l'état où il avoit été' à Manrèse (que dans le temps de ses études il appeloit ordinairement sa primitive Eglise), avoit été comme son noviciat, et que Dieu avec les couleurs de la grâce embellissoit et perfectionnoit chaque jour dans son ame le portrait dont il n'avoit fait alors que tirer lepremier crayon. Faisons donc un bon usage d'un moyen si utile, qu'il a plu à Dieu de nous donner, et ayons une ferme confiance que par-là il nous fera parvenir à la perfection à laquelle nous aspirons.
3o3 HUITIÈME TRAITÉ.
De la conformité à la volonté de Dieu.