‹ Pratique de la perfection chrétienneChapitre 53 sur 86 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

De quelques aufres avantages qui se rencontrent dans la confirmitè a la volonté de Dieu*

Il y a encore un autre avantage dans l'exercice dont nous parlons; c'est que cette conformité et cette résignation absolue a la volonté divine , sont une des meilleures dispositions que nous puissions apporter de notre part, pour obliger Dieu à nous favoriser de ses grâces , et à nous combler de ses biens. Aussi , quand il voulut que saint Paul , de persécuteur des chrétiens devînt prédicateur de l'Evangile et apôtre des Gentils, il l'y prépara par une disposition toute pareille. Il le frappa tout d'un coup d'une lumière trèsvive , qui l'éblouissant et le renversant par terre, lui ouvrit les yeux de l'ame , et lui fit dire : Seigneur, que vous plaît-il que je fasse (i) ? ]\Ie voici comme un peu d'argile entre vos mains , afin que vous fassiez de moi ce que vous voudrez. Ce fut par-là qu'il commença à mériter que leSeigneur le choisît, et qu'il en fit un vase d'élection, pour porter son nom devant les peuples , devant les rois et devant les en fans d'Israël (2). On rapporte de saint Gertrude (3) , que Notre-Seigneur lui étant une fois apparu , lui dit que ceux

(1) Domine, quid me vis facere ? A et. 9. 6.

(2) Vas electionis est mihi iste , ut portet nomen meum coràm gentibus , et regibus, et filiis Israël. Act. 9. i5.

(3) Refcrt Bios, c. r. mon. spirit.

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qui souhaitoient qu'il demeurât librement dans leur cœur, dévoient lui remettre entre les mains la clef de leur propre volonté, sans la redemander jamais. C'est,suivant ce même sentiment, que saint Ignace met (i) la résignation absolue, comme la principale disposition pour recevoir toutes sortes de grâces de Dieu, et qu'il veut qu'on commence par-la ses exercices spirituels. Car le fondement qu'il établit pour le bien faire , est d'avoir une indifférence si grande pour toutes les choses du monde et d'en être si entièrement détaché , que sans souhaiter plutôt l'une que Tautre, nous bornions tous nos désirs a l'accomplissement de la volonté divine sur nous. H dit aussi dans les règles qu'il a données pour la conduite de ceux qui dirigent les exerciceb, et de ceux qui les font , qu'il sera d'un très-grand secours à celui qui les fait , de se remettre absolument entre les mains de la providence divine, afin qu'elle dispose comme elle voudra , et de lui et de tout ce qui le regarde. Au reste , la raison pour laquelle cette résignation attire ainsi les grâces de Dieu sur nous, est que d'un côté elle détruit en nous tout ce qui peut faire obstacle à la grâce ; et que de l'autre , plus nous avons de confiance en Dieu, en nous résignant tout-a-fait entre ses mains, et en nous retranchant à ne vouloir rien que ce qu'il veut, plus nous l'obligeons a avoir soin de nous , et a nous faire du bien. Cette conformité a la volonté de Dieu est

fi) Llb, Exercic. spirii.

encore d'ailleurs un moyen très-efficace pour acquérirtoutes les vertus, parce queles choses de la grâce se réglant ordinairement suivant celles de la nature , l'habitude de la vertu , non plus que toutes les autres habitudes , ne peut s'acquérir que par une pratique fréquente. Or, en vous exerçant à avoir une entière résignation a la volonté divine , vous vous exercez en même temps à toutes les vertus ; parce qu'il se présente à tout moment des occasions de pratiquertantôti'humilité, tantôt l'obéissance , tantôt la pauvreté ou la patience , et ainsi du reste : par conséquent , plus vous vous exercerez dans cette résignation, et plus vous vous y rendrez parfait, plus aussi vous augmenterez dans toutes les . utres vertus. Tenez-vous attaché à Dieu , dit le Sage , ou , comme porte une autre version : Tenez-vous collé à Dieu, et persévérez } afin que vous alliez toujours en augmentant jusqu'à la fin ( i^.Les maîtres de la vie spirituelle nous conseillent de jeter les yeux sur quelque vertu éminente , qui renferme en elle toutes les autres, d'insister toujours principalement la dessusdans toutes nos oraisons, et de diriger toutes nos exercices spirituels à l'acquérir. Ce conseil est sans doute très-utile et très-salutaire , parce que ne nous attachant ainsi qu'a une seule chose, il nous est plus aisé de l'obtenir, et qu'il ne faut qu'en posséder une de cette nature, pour

(0 Conjungere Deo, etsustine, ut crescat in novissimo vita tua. Eccli. i. 3. Conglutinare Deo.

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posséder toutes les autres. Or , entre toutes celles que nous pouvons choisir pour cet effet, une des principales est la résignation et la conformité entière à la volonté divine : ainsi, quelque temps que nous puissions employer à l'acquérir, quandmême durant toute notre vie nous y emploierions tous nos examens et toutes nos oraisons , ce sera toujours €n faire un très-bon usage , puisque cette acquisition nous établira dans la possession de toutes les autres vertus.

Saint Bernard expliquant ces paroles de l'Apôtre : Seigneur, que vous plaît-il que je fasse (D ? 0 prière courte , s'écrie-t-il , mais pleine de sens , mais vive, mais efficace, mais digne de toute sorte d'estime et de récompense (2) ! Si vous voulez donc un moyen facile et abrégé pour acquérir la perfection, le voici. Dites toujours avec l'Apôtre : Seigneur , que vous plait-il que je fasse ? Et avec le Psalmiste : Mon cœur est disposé , 6 mon Dieu > mon cœur est entièrement disposé à tout ce qui vous plaira (3). Ayez toujours ces paroles dans la bouclie ; ayez-les toujours dans le cœur : et a mesure que vous vous fortifierez dans ces sentimens , vous augmenterez aussi dans la perfection à laquelle vous aspirez.

(1) Domine, quid me vis facere ? Art. 9. 6.

(2) O verbum brève , sed plénum , scd vivum , sed efficax , sed dîgnum omni acceptatiooe. Bern. serm. 1. de convers. S. Pauti.

(3) Paratum cor tneum , Deus , paratum cor meum, Ps. 56. S; et Ps. 107. 1.

Il y a encore un autre bien et un autre avantage dans cet exercice : c'est que nous pouvons en tirer un remède propre contre une sorte de tentation, qui ne s'offre que trop ordinairement , et qui consiste en des pensées et des demandes conditionnelles, dont le démon tâche de nous inquiéter, en nous proposant ce que nous répondrions , si on nous disoit telle chose ; ce que nous ferions, si telle autre chose arrivoit ; et comment nous nous comporterions en telle et telle occasion» Comme il est adroit et malin } il nous représente tout cela de telle manière , que de quelque côté que nous nous tournions , nous nous trouvons dans l'embarras , sans savoir de quelle façon en sortir , à cause des pièges qui sont tendus de toutes parts. Car il ne se soucie pas, si ce qu'il met en usage pour nous faire trébucher, est une chose réelle ou une pure illusion ; et pourvu qu'il vienne à bout de son intention , qui est d'arracher de nous quelque consentement criminel; du reste, il lui importe peu par quel moyen et de quelle manière cela se fasse. On dit d'ordinaire que dans ses sortes de tentations , on n'est point obligé de répondre oui ou non , et que même on fait mieux de ne rien répondre, principalement quand on est d'humeur scrupuleuse; parce que, si avec rette disposition d'esprit on entre une fois en matière avec le démon , et qu'on vienne a écouter ses demandes, et à y faire des réponses , c'est ce qu^il souhaite, il ne manquera pas de répliques, et on ne pourra

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jamais se tirer si bien d'affaire avec lui , que du moins on n'en ait la tête rompue. Mais pour moi , je trouve qu'il y a une réponse à donner dans ces sortes de tentations , et une réponse si juste et si sainte, que je tiens qu'il vautmieux la faire, quedeneriendire.C'estde répondre toujours aveuglémentetsans aucune délibération, à toutes les propositions du démon.Si la volonté divineesttelle,j'yconsens;si Dieu le veut, je le veux pareillement : je n'ai point là-dessus d'autre volontéque la sienne;je me remets en tout celaà savolonté;je ta cher ois de faire ce qui seroit de mon devoir ; j'espère que le Seigneur me donneroit la grâce nécessaire pour ne point l'offenser, et pour ne faire que ce qui lui seroit le plus agréable. Ces réponses générales satisfont pleinement à tout, et ne sont d'aucun embarras ni d'aucun inconvénient; car tout ce que Dieu veut, est bon : et s'il veut quelque chose, c'est assurément ce qui nous convient le plus. Enfin , nous pouvons en toute sûreté nous abandonner entièrement a sa volonté, et par ce moyen le démon ne remportera jamais que de la confusion et delà honte de nous avoir attaqués ; et outre la satisfaction que nous aurons de l'avoir vaincu, nous aurons acquis encore par-là de nouvelles forces , et un nouveau courage pour le vaincre. De même que dans les tentations qui surviennent sur la foi , on conseille, principalement aux personnes scrupuleuses, de ne rien répondre en particulier , et de s'en tenir seulement aux termes gêné-

36o PART. I. TRAITÉ VIII. CHAP. TIII.

rauXj eu disant: Je crois tout ce que l'Eglise croit; de même, dans les tentations dont nous Tenons de parler , il est bon de n'entrer dans le détail de rien, et de recourir toujours a la volonté divine, qui est souverainement bonne et souverainement parfaite.

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