CHAPITRE VIIF
Dans lequel on fait voir , par quelques exemples y combien l'exercice de la conformité à la volonté divine est parfait et agréable à Dieu,'
Césaire rapporte (i) que dans un certain monastère ,, il y avoitun religieux a qui Dieu avoil si abondamment communiqué le don des miracles , que les malades guérissoient à toucher seulement ses habits ou sa ceinture. L'abbé de ce monastère faisant réflexion làdessus, et ne voyant éclater dans ce religieux aucune marque particulièredesainteté,le tira un jour à part, et le pressa delui dire d'où, pouvoit procéder que Dieu opérât tant de merveilles par son moyen. Je n'en sais rien, lui répondit-il; car je ne fais pasplus déjeunes, et je ne pratique pas plus de pénitences et d'austérités que les autres; je ne travaille et je ne veille pas davantage que les autres; enfin je ne donne pas plus de temps qu'eux à la méditation età la prière. Tout ce que j e puis direde moi, c'est que ni la prospérité ne m'élève, ni l'adversité ne m'abat; que quoiqu'il m'arrive , (i) Llb. î.Dïal. c. 6.
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rien ne me trouble et rien ne m'inquiète ; et que clans tous les divers accidens de la vie , soit cju'iis me regardent en particulier , soit qu'ils regardent mes frères , je conserve toujours une égale paix et une e'gale tranquillité d'ame. Mais nesentîtes-vouspoint l'autre jour quelque légère émotion clans votre cœur, reartit l'abbé , lorsqu'un de nos ennemis mit e feu à notre grange et la brûla? Nullement, répliqua le religieux , et cela ne me donna aucun trouble, parce qu'ily a déjà long-temps que j'ai tout remis entre les mains de Dieu : ainsi tout ce qui m' arrive d'agréable ou de fâcheux , et les petites choses comme les grandes, je reçois tout avec d'égales actions de grâce , et comme venant de la main du Tout-puissant. Alors l'abbé reconnut que cette résignation étoit sans doute la cause de tant de merveilles que Dieu opéroit par ce bon religieux.
Blosius raconte (i) qu'un certain pauvre, qui vivoit dans une grande sainteté de vie , étant interrogé par un grave théologien , comment il étoit parvenu à une si haute perfection : En faisant résolution, lui dit-il , de ne m'attacher qu'à la seule volonté de Dieu , et j'y ai si bien conformé la mienne , que tout ce qu'il veut , je le veux aussi. Quand la faim jne presse , ou que le froid m'incommode , je loue Dieu; et que la saison soit douce ou rude , que Tair soit serein ou qu'il pleuve ,
(1) In appendice ad inslii. spirit. c. a. T. II. DI
enfin quelque temps qu'il fasse , je bénis toujours Dieu de tout. Quoiqu'il m'envoie, ou qu'il permette qu'il m'arrive d'agréable ou de fâcheux , je reçois tout de sa main avec joie , parce que rien ne peut venir de lui que de bon , et je me résigne avec une profonde humilité entre les bras de sa providence paternelle. Tout ce qui n'est point Dieu , ne m'a jamais pu donner delà satisfaction , et maintenant que j'ai trouvé mon Dieu, je jouis d'une paix et d'une consolation perpétuelles.
Le même Blosius (i) fait mention d'une sainte Vierge , qui étant interrogée comment elle étoit parvenue à un si haut point de perfection :En me conformant en tout, répondit-elle , a la volonté de Dieu , et en recevant toujours toutes choses comme venant de sa main ; en essayant toujours de rendre le bien pour le mal , toutes les fois qu'on m'avoit fait quelque déplaisir; en ne me plaignant à personne de mes souffrances, et en n'ayant recours qu'à Dieu seul , dont je recevois aussitôt des forces et de la consolation. Le même auteur dit que la même demande ayant été faite à une autre sainte fille, elle répondit avec beaucoup d'humilité, qu'elle n'avoit jamais tant souffert , qu'elle n'eût souhaité de souffrir encore davantage pour l'amour de Dieu ; et que toutes les afflictions qu'il lui envoj^oit, elle les recevoit commeune faveur singulière, dont elle se jugeoit indigne.
(1) ld. ubi sup. et c. 10. mon. spirit.
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Thaulère rapporte (i) que plusieurs personnes venant de divers endroits recommander le succès de leurs affaires à une sainte fille , qui vivoit dans une entière résignation à la volonté de Dieu , elle leur promettoit de s'en souvenir dans ses prières , et l'oublioit quelquefois. Comme cependant tout ce qu'on lui recommandoit réussissoit toujours à souhait, et qu^on attribuoit ses succès à ses oraisons, elle recevoit des remercîmens de toutes parts ; à quoi elle répondoit avec beaucoup de confusion et d'humilité , qu'elle n' y avoit contribué en rien , et qu'il n'en falloit rendre grâces qu'à Dieu seul. Plusieurs personnes étant venues la remercier de cette sorte , elle se plaignit un jour tendrement à Dieu de ce qu'il faisoit tellement réussir to ut es les affaires pour lesquelles on s'adressoit à elle , que quoiqu'elle ne s'en fût pas même souvenue dans ses prières , on ne laissoit pas de lui faire des remercîmens. Ma fille , lui répondit Jésus- Christ, du moment que vous me remîtes votre volonté entre les mains , je remis aussi la mienne entre les vôtres; de sorte que quoique vous ne me demandiez rien en particulier , je ne laisse pas de faire toutes choses selon votre intention , par la connoissance que j'ai de ce que vous souhaitez.
Dans la vie des Pères, il est fait mention d'un laboureur dont les terres rapportoient toujours beaucoup plus que celles des autres ; et ses voisins lui demandant d'où cela pou- Ci) Thaul. serm* 1, de Circumcis»
Toit procéder : Ne vous étonnez pas , leur dit-il, que je retire beaucoup plus de mes terres que vous des vôtres, car j'ai toujours toutes les saisons et tous les temps a souhait. Ils furent encoreplus surpris de cette réponse que du reste , et l'ayant pressé de leur expliquer comment cela pouvoit se faire : C'est, -dit-il, que je ne veux jamais d'autre temps que celui que Dieu veut ; et comme je veux tout ce qu'il lui plaît , il me donne une récolte telle que je puis la souhaiter.
Sulpice Sévère, dans la vie de saint Martin, rapporte que durant tout le temps qu'il fréquenta ce saint évêque, jamais il ne lui vit aucun mouvement de colère ou de chagrin ; et qu'au contraire il avoit toujours remarqué .beaucoup de tranquillité et beaucoup de joie sur son visage. La cause de cela , dit-il , est que -tout ce qui arrivoit à ce grand Saint , il le recevoit toujours comme une chose envoyée de ■la main de Dieu , et qu'il se conformoit en tout à la volonté divine , avec un entier abandon et une résignation parfaite.