CHAPITRE IX
De quelques pratiques qui nous rendront ïexei*cice de la conformité a la volonté divine 9 (Tune pratique douce et aisée.
Afin que cet exercice de la conformité a îa volonté de Dieu devienne facile et agréable, il faut en premier lieu se mettre conti-
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nuellement devant les yeux le principe que nous avons établi au commencement de ce* traité , qu'il ne peut jamais rien nous arriver de fâcheux qui n'ait passé auparavant par les mains de Dieu , et qui n'ait été arrêté et déterminé par sa volonté. Jésus-Christ nous a enseigné lui-même cette vérité , non-seulement par ses paroles, mais aussi par son exemple. Car lorsque la nuit de sa passion il commanda à saint Pierre de remettre l'épée dans Le fourreau , et qu'il ajouta ces mots : Ne voulez-vous pas que je boive le calice que mon oerema donné (i)P il ne dit pas le calice qui m'a été préparé par Judas , ou par les Scribes et les Pharisiens , parce qu'il savoit bien qu'ils n'étoient que les exécuteurs des volontés de son père , et que ce qu'ils faisoient alors par haine et par envie , le Père éternel , par sa bonté et par sa sagesse infinie, l'avoit ordonné de toute éternité pour le rachat du genre humain. Aussi , lorsque Pilate lui dit qu'il avoit le pouvoir de le crucifier et celui de le délivrer : fous n auriez point de pouvoir sur moi , lui répondit-il , s'il ne vous avoit été donné d 'en-haut (2) ; c'est-à-dire » comme l'expliquent les Saints (3) , si la providence divine ne l'avoit ainsi ordonné. De
(1) Calicem , quem dédit mihi pater, non vis ut bibam t. Joan. 18. 11.
(2) Non haberes potestatem adversùm me ullam , nisi tibi. datum esset desuper. Joan. 19. 11.
(3) Chryst. hom. 83. in Joan. Cyril. I. la. c. 9 a. îren. t. 4contra hœres. c. 54* August. Tract. 1 16. sup. Joan.
manière donc que tout vient d'en-haut, et est un effet de la disposition et de l'ordonnance de Dieu.
Saint Pierre marque admirablement bien ceci dans les Actes des Apôtres , lorsqu expliquant ce passage duPsaimiste : D'où vient que les nations se sont émues , et que les peuples ont formé de vains projets? Les rois de la terre se sont élevés, et les princes se sont assemblés contre le Seigneur et contre son Christ (i) : Nous voyons j dit-il, véritablement , quHérode et Ponce- Pilate se sont assemblés dans cette ville, avec les gentils et avec le peuple d' Israël , contre votre saint Fils Jésus > sur qui vous avez répandu votre onction sacrée , et quils se sont wiis tous ensemble, pour faire ce que votre puissance et votre providence éternelles avoient résolu {2). Les princes et les grands de la terre se sont joints contre notre divin Sauveur , pour exécuter simplement ce qui avoit été arrêté dans le conseil adorable de la très-sainte Tri* nité : car leur pouvoir ne s'étendoit pas plus loin : en effet, nous voyons que celui dHérode, et tous les moyens qu'il employa pour le perdre dans son enfance , ne furent pas capables de lui ôter la vie , lorsqu'il ne plut pas à Dieu
(1) Quarè fremuerunt gentes , et populi meditati sunt mania? Astiterunt reges terrae, et principes convenerunt in unum adversùs Dominum , et adversùs Christum ejus. fs. 2. 1 et 2.
(2) Convenerunt enim verè in civitate istâ adversùs sanctum puerum tuum Jesum , quem unxisti Herodes et Pontius rilatus cum gentibus et populis Israël, facere quae manus tua et consilium tuum decreverunt fieri. Act. 4. 2; et 28.
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qu'il mourût. Ce fut en vain que ce tyran fit un massacre général de tous les enfaus de la contrée qui étoient au-dessous de l'Age de deux ans : il ne put jamais rencontrer parmi eux celui qu'il cherchoit, parce que l'heure que le Sauveur s'étoit prescrite à lui -même n'étoit pas encore venue. Les Juifs et les Pharisiens ne voulurent-ils pas aussi plusieurs fois mettre les mains sur lui , et le faire mourir ? Une fois ceux de Nazareth le menèrent hors de leur ville , pour le précipiter du haut de la montagne sur laquelle elle étoit bâtie, et le texte sacré dit q\ï il passera au milieu d'eux , et se retirera (i). Il passa librement au milieu d'eux , parce que n'ayant pas choisi ce genre de mort , il n'étoit pas en leur pouvoir de la lui donner. Lue autre fois ceux de Jérusalem voulurent le lapider, et déjà ils avoient les pierres toutes prêtes et les mains levées; mais lui , sans s'émouvoir, ne fit que leurdire : J'ai fait beaucoup de bonnes œuvres devant vous au nom de mon père : pour laquelle de toutes est-ce que vous me lapidez (2)? Ainsi il leur lia les mains , et il ne permit pas qu'ils exécutassent leur dessein, parce que son heure n étoit pas encore venue (3). Mais sitôt qu'elle fut arrivée selon qu'il l'avoit déterminé lui-même , alors ils eurent une entière puissance de lui faire tout ce qu'il avoit
(0 Ipseautem transiensper médium illornmibat. Luc. 4«3o.
(2) Multa bona opéra ostendi vobis ex Pâtre meo, propter quod eorum opus me lapidatis? Joan. 10. 5a.
(3) Quia nondùm venerat bora ejus. Joan. 7. 3o.
résolu de souffrir , parce qu'il le vouloit bien, et qu'il leur en donna la permission. C'est ici votre heure . leur dit-il , quand ils l'abordèrent pour le prendre , et le temps de la puissance des ténèbres (i). J'étois tous les jours avec vous dans le temple, et vous ne m'avez point arrêté, parce qu'elle n'étoit pas venue ; maintenant qu'elle est arrivée , me voici, faites de moi ce que la providence éternelle de mon père vous a permis. Que ne fit point encore Saùl pour faire mourir David ? Quel soin n'apporta-t-il point pour tâcher de l'avoir entre les mains ] Quelle peine ne se donna-t-il point, lui qui étoit un puissant roi pour perdre un particulier, et pour chercher une puce (2) , comme dit David luimême : Cependant, jamais il n'en put venir à bout; et la raison qu'en rend la sainte Ecriture , c'est que le Seigneur iiavoit pas livré David entre les mains de Saùl (3). C'est par cette même raison que saint Cyprien, écrivant sur ces paroles : Et ne nous induisez point en tentation , dit (4) que dans les tentations et dans les adversités, nous devons toujours tourner toute notre attention et toute notre crainte du côté de Dieu ; parce que ni le démon , ni qui que ce soit , ne peut jamais nous faire aucun mal , si Dieu ne lui en donne auparavant le pouvoir.
fi) Haec est hora vestra, et potestas tenebrarum.Z.«c.2a.53. (a) Ut qucerat pulicem un'jn). \.Reg. 26. 20.
(3) Non tradidit eum Dominus in manusejus. 1. Reg.tà.ib*
(4) Cyprlan serin, de orat. Dont. sup. hœc verba : Et ne nos inducas in tentationem. Matth. 6. i5.
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Mais quoique cette vérité une fois bien imprimée dans notre esprit , puisse effectivement suffire pour nous obliger à nous conformer en tout à la volonté de Dieu , il ne faut pas cependant en demeurer a cette seule considération ; mais il faut en second lieu passer jusqu'à la connoisGance d'une autre vérité , qui est tirée de la première , et qui est particulièrement remarquée par les Saints ( i )« C'est qu'en considérant que toutes cboses nous sont envoyées de la main de Dieu, nous devons considérer aussi en même temps qu'elles nous sont envoyées pour notre bien. Les peines des damnés viennent de Dieu; mais ce n'est pas pour leur avantage qu'elles leur sont envoyées, ce n'est simplement que pour leur punition. Quant aux peines que les justes ouïes pécheurs endurent dans cette vie, nous devons toujours présumer de la bonté et de la miséricorde infinie de Dieu , qu'elles leur sont envoyées pour leur plus grand bien, et que c'est effectivement ce qui leur convient le plus , et ce qui peut le plus contribuer à leur salut. C'est pourquoilorsque Judith parla à ceux de Béthulie , qui étoient assiégés par Holopherne, et réduits dans une extrême nécessité de toutes choses : Croyons , leur ditelle , que tout ceci est arrivé pour notre amendement, et non pas pour noire perte (2). En effet , l'intention de Dieu est si bonne , et
(1) Doroth. Docl. 19. NU. de orat. c. 9. (a) Ad emendationem , et non ad perditionem nostram , «venissc credamus. Judith, 8. 27.
il nous aime si tendrement , que nous pouvons bien être assurés qu'il fait tout pour le mieux , et qu'il ne veut rien que ce qui nous est le plus expédient , ainsi que nous le ferons voir plus particulièrement dans la suite de ce traité.
Ce n'est pourtant pas encore assez que nous sachions , par une connoissance spéculative , que toutes choses viennent de la main de Dieu , ni que nous le croyions en général , parce que la foi nous l'enseigne , ou parce que nous l'avons lu , et que nous l'avons entendu prêcher. Mais pour tirer un plus grand profit de cette vérité , et pour acquérir plus aisément par ce moyen une parfaite conformité à la volonté divine , il faut en troisième lieu en avoir une croyance vive et forte , et l'appliquer tellement aux choses qui nous arrivent, que nous venions à les prendre , comme si nous voyions Jésus-Christ qui nous dit : Recevez ceci , mon fils; c'est moi qui vous l'envoie, et qui veux que vous fassiez , ou que vous souffriez telle ou telle chose. De cette sorte, il nous sera très-facile et très-doux de nous conformer en tout à la volonté de Dieu ; car , si Jésus-Christ lui-même vous apparoissoit , et vous disoit : Considérez , mon fils , que c'est moi qui souhaite ceci de vous , que c'est moi qui veux que vous souffriez cette peine ou cette maladie, pour l'amour de moi, que cJest moi qui veux que vous me serviez dans une telle charge ou dans un tel minis-
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tère; n'est-il pas vrai que quand ce qu'il exigeroit de vous , seroit la chose du monde la plus pénible, non-seulement vous vous soumettriez de bon cœur à la faire tout le reste de votre vie, mais que vous vous estimeriez encore heureux que Dieu eût voulu se servir de vous en cela 1 N 'est-il pas vrai que vous vous persuaderiez aisément que ce qu'il vous auroit ordonné , seroit ce qu'il y auroit de meilleur et de plus avantageux pour votre salut, et qu'il ne vous viendrait pas même le moindre doute , ni le moindre premier mouvement qui fût contraire à cette croyance ?
Il faut en dernier lieu nous attacher dans nos oraisons à réduire cet exercice en pratique par plusieurs actes , et ne point cesser de creuser dans cette riche veine de la providence paternelle de Dieu sur nous , que nous n'ayons rencontré le trésor inestimable d'une parfaite conformité a sa volonté.