‹ Pratique de la perfection chrétienneChapitre 57 sur 86 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

De quelques exemples tirés de l'Ecriture- sainte J pour nous aider a acquérir une parfaite con~ Jiance en Dieu.

Il est a propos , avant toutes choses , que nous jetions un peu la vue sur la coutume qu'avoient les anciens patriarches d'attribuer toujours tous les événemens à Dieu , de quelque nature qu'ils fussent, et par quelque voie qu'ils arrivassent. Les enfans de Jacob étant allés acheter du blé en Egypte, Joseph leur frère , qui y commandoit sous Pharaon , sans être connu d'eux, fit remplir leurs sacs, et

donaordre qu'on y remît secrètement leur argent. A leur retour, un d'eux voulant donner à manger à sa monture dans l'hôtellerie,

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trouva son argent à l'entrée du sac; ce qu'ayant rapporté à ses frères , ils furent saisis d'étonnement , et se dirent l'un à l'autre. Qu est-ce que Dieu nous a fait (i) ? Il faut remarquer qu'ils ne disent pas ? N'est-ce point un piège qu'on nous a dressé ici ? le maître d'hôtel auroit-il laissé cet argent par mégarde ? seroit-ce une charité que l'on nous auroit voulu faire ? mais ils rapportent tout à Dieu , et disent : Qu est-ce Dieu nous a fait? confessant ainsi , que puisqu'il ne tombe pas une feuille d'arbre sans la volonté de Dieu , cela ne pouvoit être arrivé que par une disposition particulière de sa providence. Lorsque Jacob se fut transporté ensuite en Eg ypte, et qu'il y tomba malade , Joseph lui mena ses deux enfans ; et le saint vieillard lui ayant demandé qui ils étoient : Ce sont, dit-il, mes enfans, que Dieu ma donnés dans cepajs-ci (2). Jacob avoit fait auparavant la mêmeréponse à son frère Esaiï; etquandille pressa d'accepter les présens qu'il lui offroit : Recevez, dit-il, la bénédiction que je 'vous ai apportée, et que Dieu , qui est le souverain dispensateur de toutes choses, ma donnée (3). Il appelle son présent une bénédiction de Dieu , parce qu'en effet bénir et faire du bien, ne sont qu'une même chose en Dieu , et il rapporte tout à Dieu , sans rien s attribuer. Lorsque David , indigné contre

(0 Quidnam est hoc , quod fecit nobis Deus ? Gènes. 42. 18.

(2) Filii mei sunt, quos donavit mihi Deus in hoc loco.: Gènes. 48. 9. Gènes. 33. 5.

(3) Suscipebenedictionem quam attuli tibi, et quam donavit mihi Deus tribuens omnia. Gènes. 33, 11.

Nabal, s'avançoit pour saccager sa maison ; et qu'Abigaïl sortit au-devant de lui avec des présens pour l'apaiser : Béni soit, lui dit-il , le Seigneur ; le Dieu d'Israël, qui vous a envoyée aujourd'hui au-devant de moi, pour in empêcher de répandre du sang(i); comme voulant dire : Vous n'êtes pas venue de vousmême ; mais c'est Dieu qui vous a envoyée , afin que je ne péchasse point ; c'est à lui que je suis redevable de cette grâce, et que son nom en soit à jamais béni. Getoit là le langage ordinaire de ces grands patriarcbes , et ce devroit être aussi le nôtre.

Mais pour voir encore plus particulièrement les merveilles de la providence , il ne faut que considérer l'histoire du nommé Joseph (2). La haine et l'envie que le récit de ses songes , qui présageoient sa grandeur future, avoit excitées contre lui dans le cœur de ses frères , leur avoient fait prendre la résolution de le tuer ; mais en ayant été détournés par les remontrances de Ruben, ils le vendirent pour esclave à quelques marchands Ismaélites ; et le même moyen dont ils se servirent pour empêcher l'effet de ses songes, fut celui que la providence employa pour le mettre sur leur tête et sur celle de tous les Egyptiens. Aussi, lorsqu'il se découvrit à ses frères, et qu'eux saisis de frayeur, ne savoient que lui répondre : Ne craignez rien ,

(1) Eenedictus Dominus Deus Israël , qui misit hodiè te in occursum meum , ne irem ad sanguinem. j. Reg* a5. 5a, et

(2) Gènes. 07.

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leur dit-il , n'ayez point de regret de ni avoir vendu en ces pays-ci ; car c'est pour votre salut que Dieu nia envoyé devant vous en Egypte. Il ni y a envoyé pour votre conservation sur la terre, et afin que vous puissiez avoir des vivres pour votre nourriture ( i ). £e ri est point par votre conseil que cela s'est fait : c'est par la seule volonté de Dieu que j'ai été envoyé ici (2). Pouvons-nous, au reste > leur dit-il dans une autre rencontre , résister à la volonté de Dieu ? Vous eûtes un mauvais dessein contre moi ; mais Dieu Va tourné en bien , pour me mettre au point d'élévation oit vous me voyez maintenant , et pour sauver plusieurs peuples (3). Qui ne se confiera donc pas en Dieu après cela , et qui appréhendera les mauvais desseins des hommes, et les traverses qui arrivent dans le monde; puisque nous voyons que rien ne se fait que par Tordre immuable delà providence, qui ajuste tout à ses fins , et qui tourne à notre avantage et a notre gloire les mêmes moyens que les hommes emploient pour nous persécuter et pour nous perdre 1 Ce que j'ai résolu , dit le

(O Nolite pavere, nec vobis du ru m esse \idealur quôd vendidistis nie in bis regionibus : pro salute eoim vestrà misit me Deus ante vos in JSgyplnm. Praemisitque me Deus ut reservemini super terrain, et escas ad vivendum habere possitis. Gènes. 45. 5 et 7.

(2) Non vestro coosilio, sed Dei voluntate bùc missus sum. Gènes. 45. 8.

(3) Nùm Dei possumus resistere voluntati ? Vos cogitâstis de me malum : sed Deus vertit illud in bonum , ut exaltaret me, sicut in praesentiarium cernitis , et salvos faccret multos populos. Gènes, 5o. 19 et 20.

t. ir. 33

Seigneur dans Isaïe , demeurera stable , et ma volonté s'' accomplira eu toutes choses (i). Faites tout ce que vous voudrez, il faut que la volonté de Dieu s'exécute , et il saura toujours faire servir à ses desseins tout ce que vous pourrez faire pour les éluder.

Saint Chrysostôme (2) fait à ce sujet une réflexion sur une autre particularité de la même histoire. L'interprétation que Joseph avoit donnée aux songes de réchanson de Pharaon (3) ayant eu son effet parle rétablissement de cet officier dans sa charge, deux ans se passèrent sans que cet homme se souvînt de Joseph qui l'en avoit conjuré avec instance. Mais croyez-vous, dit le Saint, que cet oubli n'ait été qu'un effet du hasard ou du peu de reconnoissance de l'échanson ? Nullement, ce fut un effet delà disposition divine, qui vouloit attendre le temps le plus propre , et la conjecture la plus favorable, pour tirer Joseph de prison avec plus d'éclat et plus de gloire. Car si cet homme se fût souvenu de lui, peut-être que parson crédit il eût trouvé les moyens de le fairesortir sourdement ; mais parce que Dieu ne vouloit pas qu'il sortît de cette sorte, et parce qu'il avoit dessein de le tirer de la avec honneur,ilpermit quel'échanson l'oubliât entièrementpendant deux ans , afin que le temps des songes de

(1) Consilium meum slabit, et omnis voluntas mea fiet. Ts. 46. 10.

(1) Chrysost. hom. 63. sup. Gènes.

(3) Gènes. 4o. «3.

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Pharaon arrivât , et quJalors le roi le fît sortir glorieusement de prison, pour commander ensuite à toute l'Egypte. Dieu, ajoute ce grand Saint, est un très-sage ouvrier, qui sait parfaitement combien de temps l'ordoit être dans le feu, et quand il est àpropos del'en tirer. Nous avons dans le premier livre des Rois une autre histoire , où la providence divine éclate clairement jusque dans les moindres choses. Dieu voulant marquer a Samuel celui qu'il avoit choisi pour régner sur Israël : De main , lui dit-il , à la même heure qu il est, j'enverrai vers vous un homme delà tribu de Benjamin y et vous le sacrerez roi sur tout le peuple d1 Israè/^.'Mais examinons de quelle manière il envoya cet homme , qui étoit Saùl. Les anesses de Cis , père de Saûl , s'égarent , et Cis commande à son fils d'aller les chercher. Saùl prend un serviteur avec lui; tous deux cherchent inutilement de tous cotés, et comme Saùl veut s'en retourner, de peur que son père ne soit en peine de lui, le serviteur q-ui l'accompagne lui dit que dans la ville prochaine il y a un homme de Dieu, qui pourra les informer de ce qu'ilscherchent. Ils vont pour trouver cet homme , qui étoit Samuel, et lorsqu'ils arrivent en sa présence: Voilà , lui dit le Seigneur , l'homme que je vous avois dit: cest lui qui dominera sur mon

(1) Hâc ipsâ horâ quse nùnc est , cràs mittam virum ad te de terra Benjamin, et unges eum ducem super populura meum Israël. 1. Reg. 9. 16.

peuple (i). 0 profondeur incompréhensible des jugemens de Dieu ! Cis envoie Saùl pour chercher ses ânesses égarées, et Dieu l'envoie à Samuel pour être sacré roi. Que les vues des hommes sont différentes de celles de Dieu! Que Saùl , aussi bien que son père, étoit éloigné de s'imaginer qu'il alloit pour être sacré roi ! Il en est de même de la plupart des projets que les pères forment pour leurs enfans : ils sont souvent très*éloignés des fiusqueDieu se propose ; mais il dirige tellement toutes -choses à l'exécution de ses ordres , que de celles qui semblent y avoir le moins de rapport , il en tire l'accomplissement de ses desseins. Car ce ne fut point par hasard que les ânesses se perdirent , ni que Gis envoya Saûl pour les chercher, ni qu'on neput paslestrouver, et que le serviteur qui étoit avec Saiil, lui conseilla d'aller consulter le prophète. Tcvi t cela fu t arrangé de cel te sorte par la providence, qui se servit de ces moyens afin d'envoyer Saiil a Samuel, pour que Samuel le sacrât roi , selon que Dieu le lui avoit ordonné. Peut-être vos parens ne vous a voientils envoyé au collège, qu'afin que vous profitassiez dans les belles-lettres, et qu'ensuite vous fussiez capable ou de remplir quelque charge , ou de posséder quelque bénéfice ; mais Dieu vous y avoit envoyé dans une autre vue , et il s'est servi de celles de vos parens, pour vous attirer à lui , et pour vous

(i) Ecce vir qucm dixcram tibi : ipse dominabitur populo meo. lb id. vertu. 17.

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faire entrer dans la religion. Quand saint Auv gustin partit de Rome pour aller à Milan , où le préfet Symmaque l'envoyoit,ils'imaginoit aussi-bien que le préfet, qu'il y alloit pour enseigner la rhétorique ; mais ils se trompoient tous deux : Dieu qui avoit d'autres vues l'envoyoit à Milan pour y être converti par saint Ambroise.

Considérons un peu tant de différentes vocations et tant de moyens si particuliers , et même apparemment si éloignés, par lesquels Dieu a attiré une infinité de personnes a la religion. C'est une chose qui paroîtra surprenante : car assez souvent on verra que sans je ne sais quoi qui arriva , sans une bagatelle , sans une affaire de rien , on n'auroit pas été religieux; ces choses cependant qui semblent n'être rien en elles-mêmes étoient les préparations et les instrumens que Dieu avoit de tout temps résolu d'employer pour vous faire entrer dans la religion. Que l'on remarque ceci en passant , c'est une réflexion qui peut être très-utile à quelques-uns, qui se figurent quelquefois queleur vocation ne vient pas de Dieu, parce qu'elle a été opérée par des voies de cette nature. Cette imagination est une adresse et une tromperie dangereuse du démon votre ennemi, qui, jaloux de l'état où vous êtes, fait tout ce qu'il peut pour vous y troubler. Car quant a Dieu , c'est sa coutume de se servir de ces sortes de moyens pour ses fins , c'est-à-dire , pour sa plus grande gloire

et pour notre plus grand bien ; et nous en avons plusieurs exemples dans laviedesSaints. Son intention donc ne s'arrêtoit pas à ce qui yous paroissoit pour lors , et il ne vous envoyoit pas non plus que Saûl, pour chercher des ânesses. Car Dieu se met-il eu peitie de ce qui regarde les bœufs ( i)t Mais il vouloit que par ces moyens détournés vous vinssiez à régner comme Saùl , puisqu'en effet, c est régner, que de servir Dieu (2).

Lorsque Samuel alla de la part de Dieu reprendre aigrement Saûl de la désobéissance qu'il avoit commise, en nedétruisant pas les Amaléeites comme Dieu le lui avoit commandé; Saûl reconnoissant sa faute , et voyant le prophète qui s en alloit , voulut le retenir par son manteau , pour le prier d'intercéder pourlui, et un morceau du manteau de Samuel se rompit, et demeura dans la main de Saûl. Qui ne s'imagineroit pas que c'étoit le hasard seul qui avoit fait cela, et que le manteau ne s'éloit déchiré que parce qu'il étoit peut-être trop vieux , et que Saûl avoit tiré trop fort ? Cependant cela n'a rri voit que par une particulière disposition de la providence, pour signifier que Dieu avoit privé Saûl du royaume , à cause de son péché. C'est pourquoi Samuel voyant son manteau déchiré:

Connoissez par-là , lui dit-il, que Dieu vous a arraché aujourd'hui le royaume d'Israël ,

(i) Numquid de bobus cura est Deo ? i. Cor. 9. 9. (2) Servire Deo , regnare est.

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et Va donné à un autre qui vaut mieux que vous(i).

Dans le même livre des Rois (2), il est rapporté que Saùlavoit une fois enfermé David et ses gens comme dans un cercle , de sorte que David désespéroit déjà de pouvoir échapper de ses mains. Comme il étoit en cette extrémité, il vint un courrier à Saul , pour lui dire que les Philistins étoient entrés en armes dans le pays, et qu'ils saccageoient tout. Il fallut que Saill, pour accourir à ce qui étoit le plus nécessaire , abandonnât aussitôt son entreprise, et David se sauva de cette sorte.L'irruption des Philistins ne fut point une chose fortuite ; ce fut l'exécution des mesures que Dieu avoit prises, pour délivrer David par ce moyen.

Une autre fois les satrapes des Philistins nrent en sorte auprès de leur roi Àciiïs , qu'il commandât a David, qui éloit réfugié depuis long-temps dans sa cour , et qui étoit pour lois à l'armée avec lui , de retourner dans le lieu qu'il lui avoit donné pour retraite. Achis avoit a la vérité beaucoup de confiance en la valeur de David , et c'étoit pour cela qu'il le menoit a l'expédition où il marchoit contre Saùl ; mais David ne p/aisoit pas aux satrapes (3). Le conseil cependant qu'ils donnèrent contre lui ne fut point un simple effet de leur jalousie et de leur mauvaise vo-

(1) Scidit Dominus regnum Israël à te hodiè, et tradidit ïllud proximotuo meliori te. i. Reg. i5. 28.

(2) 1. Reg. -i3. 26.

(3) Sed satrapis non places. 1. Reg. 29. 6.

lonté, et n'eut point simplement la fin qu'ils s'étoient tous proposée : ce fut un ressort de la providence, qui disposoit ainsi les choses pour des fins bien différentes de celles des hommes. Car David trouva à son retour que les Amale'cites profitant de réloignementdes Philistins, s'étoient jetés à main armée dans le pays, et qu'après avoir pris Sicéleg, le lieu de sa retraite, et en avoir emmené tous leshahilans,depuisleplus petit jusqu'au plus grand (t ), et même deux de ses femmes , ils avoient ensuite mis le feu à la ville. Il les suit avec ce qu'il a voit de monde , les atteint , les défait , délivre tous les prisonniers, et recouvre tout le butin qu'ils avoient enlevé. Si les satrapes ne l'eussent pas chassé de l'armée, il n'eût pas pu exécuter toutes ces choses ; et c'est pour cela que la providence, qui les avoit de tout temps déterminées , dirigea leur conseil a l'exécution de ce qu'elle avoit projeté, quoique pour eux ils eussent d'ailleurs iine autre vue.

Nous voyons encore dans toute l'histoire d'Esther, que cette providence particulièrede Dieu y éclate jusquedans les moindres choses. De quels moyens Dieu ne se servit-il point pour délivrer les Juifs de la cruelle sentence du roi Assuérus? Et quelles voies détournées ne choisit-il point pour faire que Vasthi étant répudiée, Esther devînt reine en sa place; afin que, comme elle étoit juive , elle intercédât

(1) A minimo usque ad magnum. 1. Heg. 3o. f».

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pour son peuple ? Que Mardochée vienne à découvrirlatrahison que les eunuques a voient tramée contre le roi Assuérus ; que quelque temps après , le roi ne pouvant dormir la nuit, se fasse apporter le journalde son règne, et qu'en lisant devant lui on vienne a tomber sur le service que Mardochée lui avoit rendu en cette occasion : tout cela paroît un pur effet du hasard; et tout cela cependant n'arrivoit que par un ordre spécial de la providence, qui, par une conduite incompréhensible aux hommes, disposoit ainsi tousses difïérens moyens, pour tirer son peuple du danger où il étoit. Aussi lorsqu'Esther envoya dire à Mardochée qu'elle n'osoit pas se hasarder d'aller trou verle roi, sans qu'il l'eût fait appeler : Cuisait, lui répondit Mardochée , si vous 11 avez pas été élevée sur le trône, afin, seulement que vous puissiez secourir votre peuple dans cette occasion ( i) ?

Les histoires ecclésiastiques sont pleines de semblables exemples, qui nous apprennent à rapporter toujours tout a Dieu, et à recevoir tout, comme nous étant envoyé de sa main pour notre plus grande utilité ; et S. Clément (2) raconte lui-même, à ce sujet , une particularité très-considérable. Il dit qu'ayant été converti a la foi par S. Barnabe, dans le temps que Simon le magicien étoit le plus vivement combattu par la doctrine et par les

(1) Quisnovit utrùm idcircô ad regnuna veneris, ot in tali tempore parareris. Esih. \. \\.

(a) S, Clemens in Ubro recognitionum.

3g4 PART. I. TRAITÉ VIIÏ. CHAP. XI.

miracles de S. Pierre, il alla trouver le prince des apôtres , lui rendit compte de sa conversion , et lui demanda d'être plus amplement instruit dans les choses de la fbi.S. Pierre lui répondit qu'il venoit dans une conjoncture très-propre, parce que le lendemain étoit le jour pris pour une dispute publique entre lui et Simon le magicien , et que la il pourroit entendre ce qu'il désiroit. La-dessus arrivent deux disciples de Simon le magicien, qui disent à Saint Pierre qu'ils étoient envoyés vers lui, pour lui dire qu'il étoit survenu quelque affaire à leur maître, et qu'il le prioit de remettre la dispute dans trois jours. S. Pierre leur répond qu'il le vouloit Lien : et dès qu'ils furent sortis , voyant que cette remise donnoit quelque chagrin h S. Clément: Qu'avez-vous , mon fils, lui dit-ii , qui vous rende triste ] Je vous avoue , mon père, repartit S. Clément , que je suis fâché que la dispute se diffère, et que j'aurois fort souhaité que c'eût été pour demain. Alors le saint apôtre, prenantde là occasion de lui parler de la soumission à la providence: Parmi les gentils , lui dit-il, lorsque les affaires ne succèdent pas à leur gré, il s'élève du trouble dans leur cœur ; mais pour nous qui sommes persuadés que Dieu conduit et gouverne tout , nous devons avoir toujours l'esprit en paix et en repos. Sachez que ceci n'est arrivé que pour votre plus grand bien ; car si la dispute se faisoit demain , vous ne la comprendriez pas si bien; mais dans trois jours il vous

etc. 395

sera plus facile de la comprendre, parce qu'avant ce temps-là j'aurai soin de vous instruire et de vous rendre capable d'en profiter.

Je veux conclure par les moyens dont il plut à Dieu de se servir pour faire aller saint François Xavier aux Indes orientales (1) , et sans doute c'est une chose qui mérite que l'on y fasse attention, et où la conduite de la providence éclate merveilleusement. Saintlgnace avoit nommé pour cettemission lepèreSimon Rodriguez et le père Nicolas Vobadille , et quoique le premier qui étoit à Rome eût alors la fièvre quai te, il se disposa cependant a s'embarquer pour le Portugal avec l'ambassadeur Dom Pedro Mascarennas, qui étoit prêt d'y retourner. On écrivit au père Vobadille qu'il se transportât de la Calabre a Rome ; et il y vint , mais si affaibli des fatigues du cheminot si incommodé d'une jambe, que l'ambassadeur, qui étoit alors sur le point de son départ , ne pouvant attendre que le Père Vobadille fût guéri , et ne voulant point partir sans l'autre père, qui avoit été nommé pour les Tndes, il fallut qu'a la place du père Vobadille on substituât saint François Xavier, qui s'embarqua aussitôt et fit voile avec l'ambassadeur.A considérer leschoses humainement, il semble que cette substitution, qui se fit dans la conjoncture d'un départ pressé, n'ait été faite que par hasard; et ce ne fut point pourtant l'effet du hasard : ce fut l'exécution des ordres de la providence, qui avoit déterminé

(1) InvitâS. Jgnat. lib. 2. c. 16.

de tout temps que saint François Xavier seroit l'apôtre des Tndes. De plus , lorsque lui et le père Simon Rodriguez furent arrivés en Portugal, ils y firent un si grand fruit dans les âmes, qu'on vouloit lesy retenir,etla conclusion fut que l'un d'eux demeureroit, et que l'autre continuer oit sa route. Voilà l'affaire remise, ce semble, de nouveau en état d'incertitude; mais à l'égard de Dieu, il n'y a rien d'incertain :enfin il fallut que ce fut saint François Xavier qui passât aux Indes, parce quec'étoitla volonté de Dieu, qui l'a voit ainsi ordonné pour le salut de beaucoup d'ames,et pour sa plus grande gloire. Que les hommes projettent tout ce qu'il leur plaira, et qu'ils se servent de telles voies qu'ils voudront pour faire réussir leurs projets, Dieu saura tourner tout à ses fins, et faire toujours ce qui sera le plus expédient pour sa gloire et pour votre avancement. Tous ces exemples et tous ceux que l'expérience peut nous fournir, doivent, avec le secours de l'oraison et de la méditation, servir a imprimer dans notre cœur une confiance filiale en Dieu ; et il ne faut point discontinuer cet exercice , que nous ne nous sentions entièrement affermis dans ce sentiment. Plus vous vous abandonnerez entre les bras de Dieu , plus vous serez en sûreté: au contraire, sans cette confiance, toutes choses vous troubleront et vous feront perdre courage; et jusqu'à ce que vous l'ayez tout-àfait acquise , vous n'aurez jamais de paix so«

DE LA CONFORMITÉ , etc. 3§J

lide ni de véritable repos. Achevons donc de nous résigner entièrement entre les mains de Dieu avec une pleine confiance, Remettons tous nos soins sur le Seigneur , et il nous nourrira (i)y et puisqu'il prend soin de nous, jetons toutes nos inquiétudes dans son sein (2). Quoi , Seigneur, vous m'avez aimé si tendrement ,que pour l'amour de moi vous yous êtes livré entre les mains des bourreaux, afin qu'ils fissent de vous ce qu'ils voudraient! Que ferai-je d'extraordinaire, en m'abandonna nt absolument entre des mains aussi miséricordieuses que les vôtres, afin que vous disposiez de moi comme il vous plaira, puisque je suis assuré que vous ne ferez rien que pour mon plus grand avantage? Prenons le parti que Jésus-Christ offrit une fois à sainte Catherine de Sienne. Il lui faisoit ordinairement des faveurs très-signalées ; et entre autres lui étant un jour apparu : Ma fille, lui dit-il , pensez h moi , et je penserai continuellement à vous. Quel avantageux accord! quel heureux échange ! et quel gain immense pour nos âmes! Dieu cependant fait la même composition avec tout le monde. Oubliezvous vous-même , oubliez le soin de ce qui vous regarde , et abandonnez vos projets ; et plus vous vous oublierez vous-même , pour vous souvenir de Dieu , et pour mettre toute

(1) Jacta super Domiaum curam tuam , et ipse teenutriet. Ps. 54. 23.

(al Omncra snllicitudiaem vestram projicientes in eum > quoniira ipsi cura est de vobis. 1. Pet. 5. 7.

votre confiance en lui, plus il aura soin de vous. Qui ne voudroit accepter une condition si avantageuse? C'est la même que l'épouse avoit faite avec son époux : Je ne pense, ditelle , quà mon bien- aimé , et toutes ses pensées sont aussi tournées vers moi (1).

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