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CHAPITRE XVI

De la conformité que nous devons avoir a la volonté de Dieu dans la maladie.

Comme la santé est un don de Dieu , la maladie en est un aussi , et Dieu nous l'envoie pour nous éprouver et nous corriger ; pour nous faire connoître notre foiblesse, et pour nous désabuser de nous-mêmes ; pour, nous détacher de l'amour des choses de la

(1) Uoicuique secundùm propriam virtntem. Mat th. 20. i5.

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terre , et des plaisirs de nos sens : pour amoi* tir l'impétuosité , et pour diminuer les forces de notre plus grand ennemi , qui est la chair : pour nous faire souvenir que nous sommes ici dans un lieu d'exil , et que le ciel est notre véritable patrie, et pour nous procurer enfin tous les autres avantages que l'on en retire, quand on la reçoit comme un présent de sa main. C'est pour ce sujet que le sage a dit : Qu'une griève. maladie rend Vaine sobre (i J. C'est pourquoi un ancien père du désert disoit un jour à un de ses disciples qui étoit malade : Mon fils , ne vous affligez point de votre maladie; au contraire ,, rendez-en grâces à Dieu ; car c'est un feu qui vous fera perdre la rouille , si vous n'êtes que du fer, et qui ne servira qu'a vous éprouver , si vous êtes de l'or. C'est l'effet d'une grande vertu et d'une pieté bien consommée , que de remercier Dieu des maladies qu'il nous envoie.

Nous lisons dans la vie de sainte Claire (i) , qu'elle fut tourmentée vingt-huit ans durant , de diverses maladies très-fàcheuses ; et que loin de se plaindre et de murmurer de ses maux , elle en rendoit continuellement grâces à Dieu. Sur-tout elle fut si cruellement tourmentée dans sa dernière maladie , qu'elle fut dix-sept jours sans pouvoir rien prendre ; et comme son confesseur tâchoit de l'en consoler, et l'exhortoit à souffrir patiemment un si long martyre. Depuis , dit-elle , que par

(0 InGrmitas gravis sobriam facit animam. Eccll. 01.2. ) Surius refert in ejus vitâ.

le moyen du grand saint François , j'ai connu la grâce de Jésus-Christ, mon Sauveur, je n'ai plus rien trouvé de fâcheux dansles maladies , rien d'insupportable dans les douleurs , rien de pénible dans la pratique de la pénitence. La vie de sainte Lu divine (i) est aussi d'un exemple admirable sur ce sujet, et très-propre à donner du courage et de la consolation aux malades. De trente-huit ans que cette sainte vierge fut malade avec des douleurs très-vives, elle en demeura trente dans le lit, sans pouvoir mettre un moment les pieds à. terre ; et elle supporta ses maux avec tant de patience et d'humilité, qu'elle mérita par-là que Dieu lui fit tous les jours une faveur signalée.

Mais , parce que dans ces sortes d'occasions il s'offre quelquefois a l'esprit des raisons particulières , qui , sous une spécieuse apparence de bien , empêchent notre entière résignation à la volonté divine , nous tâcherons de répondre , et de satisfaire pleinement à toutes. Premièrement , quelqu'un pourra dire : Pour ce qui est de mon particulier , si je ne regardois que moi , il me seroit indifférent d'être malade ou de me bien porter; mais ce qui me fait de la peine , c'est qu'il me semble que je suis à charge à la religion , et que je deviens incommode a la maison. A cela je réponds que c'est taxer les supérieurs de peu de charité et de peu de sou-

(i) Surius, tome ~. fol. 277.

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mission à la volonté de Dieu; que vous devez croire qu'ils tendent aussi bien que vous a s'y conformer parfaitement , et à prendre toutes choses comme venant de sa main ; que par conséquent , s'il veut qu'ils soient long-temps occupés à avoir soin de vous faire traiter , ils s'accommoderont à ce qu'il veut ; et que comme vous portez avec résignation la croix qu'il vous envoie, ils porteront de même celle qui leur sera tombée en partage.

Mais je vois bien, direz-vous, l'extrême charité qu'on a dans la Compagnie ; ce qui m'inquiète , ce n'est que de voir que si je me portois bien , je pourrois faire des progrès , ou prêcher avec fruit, ou servir utilement le prochain dans les sciences , dans la direction des ames^, et que la maladie m' en empêche. S. Augustin répond très-bien a cela (i). Il dit que nous ne savons pas s'il est expédient ou non , que ce que nous souhaitons , se fasse , que nous devons compter toujours la-dessus dans tous les desseins que nous formons ; et qu'après cela,, s'ils réussissent, nous devons nous réjouir , non pas de ce que nous avons fait ce que nous voulions; mais cle ce que nous avons fait ce que Dieu vouloit. Que si,aucontraire,il arrive qu'ils ne réussissent pas selon notre intention , il ne faut pas pour cela nous troubler, et perdre la paix de l'ame :car il est bien

plus juste que nous suivions la volonté de

(i) Lib, de C atechis. rudib. c. i4-

Dieu, qu'il n'est juste qu'il suive la nôtre ( i), Enfin, conclut ce grand Saint , personne n'est mieux réglé dans ce qu'il doit faire , que celui qui est plus disposé a ne pas faire ce que la puissance divine l'empêche d'exécuter, qu'il n'est porté à faire ce que la raison humaine lui fait projeter (2). Nous devons donc apporter toujours une telle indifférence d'esprit a tout ce que nous nous proposons de faire , que s'il ne plaît pas à Dieu que ce que nous prétendons arrive, nous soyons toujours prêts à nous conformer a sa volonté : et cela étant, lorsque par maladie ou par quelqu'autre obstacle, nous ne pourrons pas faire ce que nous aurons résolu, nous ne nousen affligerons pas, quelque utile même quenotre dessein pût être pour le service de Dieu et pour le salut des âmes. Le père Avila (2) écrivant a un prêtre malade : Ne considérez pas , lui dit-il , ce que vous feriez si vous vous portiez bien ; mais songez combien vous plairez a Dieu si vous prenez votre maladie en gré. Que si , comme je le crois , vous ne cherchez purement que la volonté divine , que vous importe-il d'être malade ou d'être en santé , puisque cette volonté qui fait tout notre bien , s'accomplit toujours également ?

Saint Chr ysostôme dit que Job mérita plus

(i) Equiùs est ut nos ejus, quàm ut ille nostraua sequatur voluntatcm.

(2) Nemo meliùs ordinat quidagat, nisi qui paratior est non agere quod divinà potestate prohibitur, quàm cupidior agere quod humanâ cogitatione meditatur. Id. ubi. sup.

(3) M. Avila, iom, 2. Epist.

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par ces paroles : // ri est arrivé que ce quil a plu au Seigneur ; le nom du Seigneur soit béni (i), et par sa soumission a la volonté divine dans ses afflictions et dans ses souffrances, et par toutes les bonnes oeuvres qu'il fit étant en prospérité et en santé. Vous mériterez plus aussi, et vous serez plus agréable à Dieu, en vous conformant tout-à-fait a sa volonté pendant votre maladie , qu'en faisant tout ce que vous pourriez faire clans une santé parfaite. Saint Bonaventure est du même sentiment.il y a plus de perfection, dit-il, à supporter avec patience les adversités, qu à s'appliquer avec ferveur à faire de bonnes œuvres (2);car Dieu n'a pas besoin de vous , ni de moi, pour produire dans son Eglise le fruit qu'il souhaite. J'ai dit au Seigneur : Fous êtes mon Dieu,et vous ri avez que faire de mes biens (3). C'est lui-même qui veut vous prêcher maintenant, par le moyen de la maladie, et qui veut vous apprendre a avoir de la patience et delà soumission.Laissez-le faire, il sait ce qui vous convient le plus , et vous l'ignorez. Si nous devions souhaiter la santé pour quelque chose , ce seroit pour l'employer a le servir et à lui plaire ; mais s'il aime mieux que je sois malade, et si je lui suis plus agréable en souffrant patiemment toutes les incommodités d'une

(i) Sicut Domino placuit, ità factura est : sit nomen Domini benedictum. Job. i. 21.

(2} Perfeclius est adversa tolerare patienter, quàm bonis operibus insudare. Bon. de Grad. virt. c 2%..

(3) Dixi Domino : Deus meus es tu, quoniàm bonorum meorum non eges. Ps. i5. 2.

maladie fâcheuse , que sa volonté soit faite : c'est là ce qui est le plus avantageux pour moi et ce qui peut m'être le plus convenable.Dieu permit (i) que l'apôtre des gentils demeurât deux ans en prison, dans un temps où l'Eglise naissante avoit si besoin de gens qui annonçassent l'Evangile. Ne trouvez donc pas étrange que Dieu vous retienne comme en prison,par une maladie de deux mois ou de deux ans , ou même de toute votre vie, si sa volonté est telle ; car vous n' êtes pas si nécessaire a son Eglise , que pouvoit l'être l'Apôtre.

Il y a encore outre cela d'autres personnes, qui avant des infirmités continuelles qui les empêchent de se ranger aux heures de la communauté, et qui les obligent à être différentes des autres en beaucoup de choses , s'en affligent sensiblement par cette raison. Car ils se figurent qu'ils ne sont pas de véritables religieux comme les autres , puisqu'ils n'en font pas les fonctions , ou que du moins ces sortes de singularités peuvent être de mauvaise édification ; si principalement , comme il arrive quelquefois, l'incommodité qu'ils souffrent ne paroît pas extrêmement au dehors , et n'est connue que de Dieu et d'eux, au lieu que tout le monde s'aperçoit qu'ils se dispensent des règles. A cela je réponds que leur sentiment est très-juste , et leur réflexion très-louable ; mais que cependant il ne faut pas qu'aucune de ces considérations diminue en rien la con-

(r) A et or. 28. 3o.

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formité qu'ils doivent avoir à la volonté divine dans leurs maux : au contraire , il faut que de là ils prennent occasion d'augmenter leur mérite , soit en se conformant absolument à la volonté de Dieu , dans les indispositions qu'il lui plaît de leur envoyer , soit en désirant ardemment de pouvoir satisfaire avec toute sorte d'exactitude et de ponctualité à tous les exercices de la religion , et en sentant un extrême regret de ne pouvoir pas y vaquer comme les autres. De cette manière, outre qu'on méritera d'un côté , en supportant ses infirmités avec patience et avec rétignation , on pourra mériter encore de l'autre , autant ou plus que ceux qui se portent bien , et qui pratiquent régulièrement tous ces exercices.

Saint Augustin (i) traitant de l'obligation que tous les chrétiens ont de jeûner pendant le carême , et parlant ensuite de ceux qui étant malades , ne peuvent pas satisfaire au commandement , dit qu'a ceux-là il suffit que ne pouvant pas jeûner , ils gémissent et soupirent dans leur cœur , de ce qu'ils sont obligés de manger , tandis que les autres jeûnent. Un brave soldat que l'on remporte blessé de la mêlée , a plus de déplaisir de n'être plus alors en état de combattre et de se signaler pour le service de son prince , qu'il n'a de douleur de ses blessures et des rudes opérations qu'on lui fait. Il en doit

(1) Aug, serm. -?. de Tcmporc.

être de même d'un parfait religieux , lorsque ses infirmités l'empêchent de s'accommoder aux règles de la communauté, et de faire tous les exercices de la religion : il doit sentir cet obstacle encore plus vivement que son mal. Mais après tout , cet accident, ou quelque autre que ce puisse être, ne doivent jamais nous empêcher d'avoir une entière conformité à la volonté divine , dans nos maladies; puisque nous devons , au contraire, les recevoir toujours comme venant de la main de Dieu, et comme nous étant envoyées pour sa plus grande gloire , et pour notre plus grande utilité.

Saint Jérôme rapporte que le saint abbé Jean l'Egyptien, étant un jour pressé par un solitaire de le vouloir guérir d'une fièvre lente qui le tourmentoit : Vous voulez , lui dh-il , vous défaire d'une chose qui vous est nécessaire ; car , de même que les pâtes et lescompositions détersives nettoient les corps de leur crasse et de leur ordure , de même les langueurs et les afflictions corporelles purifient les âmes de leurs défauts (1).

(1) Rem tibi necessariam cupis abjicere : ut enim corpora nitro , vel alius hujusmodi linimentis ablauntur à sordibus ; ità animae languoribus aliisque hujusmodi castigationibus purificantur. Hier, in vitïs Patr.

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