‹ Pratique de la perfection chrétienneChapitre 63 sur 86 · CHAPITRE XVIÏ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIÏ

Que dans les maladies il ne faut point metti^e sa confiance dans le secours des médecins , mais qu'il faut F établir en Dieu seul, et que nous devons nous conformer a sa volonté . non-seulement pour la maladie en général, mais aussi pour toutes les choses fâcheuses qui l 'accompagnent.

Ce que nous avons dit de la maladie, doit s'entendre également de tout ce qui arrive pendant le cours du mal. Saint Basile ( i ) nous donne à ce sujet une instruction très-salutaire : il dit que nous devons recourir de telle sorte aux médecins et aux remèdes, que nous n'y mettions pas pourtant toute notre confiance , comme fit le roi Asa , qui est repris par l'Ecriture de ce quen sa maladie il ne chercha pas le Seigneur , et quil se confia plutôt en la science des médecins (2). Ce n'est point a eux qu'il faut attribuer le bon ou le mauvais effet des remèdes , il faut l'attribuer à Dieu seul , qui les fait opérer comme il lui plaît : et quand nous nous verrions destitués du secours des médecins et de celui des remèdes , il ne faudroit pas pour cela , dit ce père , désespérer de notre santé. Lorsque le

(1) Bas. inRegut. fusiùs. disputâtes , disput. 55.

(2) Nec in infirmitate suâ quaesivit Dominum, sed magis iû medicorum arte confisus est. 2. Parai. 16. 12.

Sauveur du monde conversoit parmi les hommes , il guérissoit quelquefois les maladies par sa seule volonté , comme quand il guérit le lépreux, en lui disant : Je le veux > soyez guéri (i) ; quelquefois il se servoit de l'application de quelque chose , comme lorsqu'ayant fait de la boue avec sasalive(2),ilen frotta les jeux de l'aveugle, et lui commanda d'aller se laver a la piscine de Siloé: quelquefois aussi il les laissoit dans leurs maladies , et ne vouloit pas qu'ils guérissent , quelque dépense qu'ils pussent faire en médecins et en remèdes. Dieu en use de même : tantôt il nous renvoie la santé , sans que les médecins et les remèdes y contribuent ; tantôt il nous la redonne par le moyen des remèdes; tantôt aussi il rend toutes les consultations et tous les remèdes inutiles , afin de nous apprendre par-la à ne mettre notre confiance qu'en lui. Ezéchias n'attribua pas sa guérison (3) au cataplasme de figue qu'Isaïe lui fit appliquer, mais il l'attribua à Dieu seul. Vous devez, de même attribuer votre guérison, non pas au soin des médecins et a la vertu des remèdes , mais à la bonté de Dieu , qui a le pouvoir de guérir toutes sortes de maladies. Car ce ne sont point les herbes et les fomentations qui les ont guéris > dit le Sage , mais , Seigneur , cest votre parole , qui a la vertu de guérir

(1) Volo mundare. Matth. S. 5.

(2) Joan. g. 6.

(3J 4. Reg. 20. 7.

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toutes choses (i). Que si , au contraire, vous ne guérissez pas, il ne faut pas pour cela vous plaindre des médecins, ni des remèdes ; mais il faut considérer que tout vient de Dieu , et que c'est lui qui ne veut pas que vous guérissiez.

Lorsqu'il arrivera de même, quele médecin, n'aura pas bien connu votre mal, et qu'il ne l'aura pas bien traité, ou que l'infirmier n'aura pas eu assez de soin de vous , vous devez en attribuer la cause à la seule volonté de Dieu : cela étant,vous vous garderez bien de dire que c'est par leur faute que la fièvre vous a repris ; mais vous croirez qu'il a voulu se servir d'eux pour la faire revenir , et vous recevrez tout comme venant desamain.Car quoique, quant à ceux qui vous traitent , ces choses*la soient des fautes , cependant quant a Dieu qui les permet, et à l'égard duquel il ne se fait rien par hasard , c'est un pur effet de la providence , qui l'avoit ainsi déterminé. Ce ne fut point par hasard que le vieux Tobie s'endormit sous un nid d'hirondelles, et que leur ordure qui lui tomba sur les jeux le rendit aveugle ; ce fut par un ordre immuable de la volonté divine. Le Seigneur } dit l'Ecrituresainte, permit que cette tentation lui arrivât, afin que la postérité eût en lui un exemples de patience , comme elle en avoit eu un en

(i) Etenim neque herba, ncquR malagma sanaviteos, sed tuus, Domine , sermo qui sanat omDia. Sap, 16.1.

la personne de Job (i).Et l'ange même parlant à Tobie, après sa guérison,lui dit '.Parce que vous étiez agréable à Dieu , // a été nécessaire que vous fussiez éprouvé par la tentation (2).

Il est rapporté (3) dans la vie des saints Pères, que l'abbé Etienne, étant malade, son compagnon voulut lui faire un gâteau , et que par mégarde , au lieu de le faire avec de la bonne buile, il le fit avec de l'huile de lin, qui est très-amère.Il le présenta de cette sorte au saint abbé, qui s'en aperçut dès qu'il en goûta, et qui ne laissa pas d'en manger un peu sans faire semblant de rien. Le même frère lui fit encore une autre fois un gâteau de la même sorte ; et parce qu'aussitôt que l'abbé en eut goûté , il n'en voulut plus , le frère le pressant d'en manger , voulut en manger luimême un morceau , pour l'y exciter ; mais à peine l'eut-il dans la bouche , qu'en ayant senti l'amertume, il commença a s'affliger extrêmement, et à dire qu'il étoit un empoisonneur. Ne vous tourmentez point, mon fils , lui dit alors ce saint abbé : si Dieu n'eût pas voulu que vous vous fussiez mépris en prenant une cruche d'huile pour l'autre, cela ne seroit pas arrivé. Xous avons plusieurs autres exemples de Saints, qui se soumet-

(1) Hanc autem tentationeni permisit Dominus evenire illi, ut posteris daretur exemplura patientiae, sicut et sancti Job. Tob. 2. 12.

(2) Quia acceptuseras Deo , necessefuit, ut tentatioprobaref te. Tob. 12. i5.

(3) Doroth, Doct. 9.

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toient avec une patience et une résignation admirables a tous les remèdes qu'on leur faisoit , quoique même ils fussent contraires à la nature de leur mal : et c'est ainsi que nous devons recevoir les fautes des médecins , et les négligences des infirmiers , sans nous plaindre des uns, et sans rejeter sur les autres les accidens qui nous arrivent.

Il n'y a rien où la vertu paroisse plus que dans ces sortes d'épreuves ; et un religieux malade édifie extrêmement toute une communauté, lorsqu'il reçoit ainsi toutes choses comme de la main de Dieu , avec une égale tranquillité d'esprit , et que s'oublia nt en quelque sorte lui-même , il se laisse entièrement gouverner par les supérieurs et par les infirmiers. Eh quoi, dit saint Basile (i ), vous confiez bien à votre supérieur ce qui regarde Votre a me , pourquoi ne lui confieriez- vous pas ce qui regarde votre corps 1 Vous avez remis entre ses mains le soin de votre salut , pourquoi n'y remettriez-vous pas le soin de votre santé ? Nos règles (2) nous permettent, et même nous commandent de ne nous mettre alors nullement en peine de notre corps, et puisqu'elles nous déchargent de cet embarras , nous devrions nous prévaloir d'une permission et d'une ordonnance si avantageuse. Mais il est au contraire d'une trèsmauvaise édification, qu'un religieux prenne trop de soin de lui-même dans sa maladie ;

(1) Basil, in regul. fusiùs disp. reg. \S.

(2) 3. p% ConsU c, 2. titt, G.

qu'il s'inquiète de ce qu'on lui donnera, et de la manière dont on le lui donnera; et que quand il n'a pas a point nommé tout ce qu'il lui faut , il se plaigne , et aille même quelquefois jusqu'à murmurer.

Cassien dit très-bien (i) que l'indisposition du corps ne nuit pas à la bonne disposition de l'ame, et qu'au contraire elle y sert, si on la reçoit comme il faut. Mais prenez garde, ajoute-t-il , que l'infirmité du corps ne passe jusqu'à l'ame ; et elle y passera infailliblement , et donnera lieu au supérieur d'être plus en peine de l'infirmité spirituelle que de la corporelle , si vous vous comportez de telle façon dans votre maladie, que vous preniez de là occasion de ne faire que votre volonté, et de n'avoir plus de docilité et d'obéissance. Pour être malade, il ne faut pas cesser d'être religieux ; et il ne faut pas qu'on s'imagine que quand on se porte mal, on n'est plus obligé à rien, qu'on ne peut songer qu'à sa santé et qu'à ses commodités , et que l'on est dispensé de s'appliquer à son avancement spirituel. Le malade, dit saint Ignace (2), doit , en témoignant beaucoup d'humilité et de patience , tâcher de n'édifier pas moins ses frères dans le temps de sa maladie ^ que dans celui d' une parfaitesanté. Saint Chrysostôme, sur ces paroles duPsalmiste : Seigneur, 'vous nous avez couverts de votre bonne

(1) Lib. 5. de Jnstlt. rentint. c, 7.

(2) Reg, 5o. stamnar.

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volonté , comme d'un bouclier (i), dit que cette vie n'est qu'une guerre perpétuelle , où il faut se tenir toujours prêt à combattre ; et il ajoute ensuite : Les malades et ceux qui se portent bien y sont également obligés ; le temps même le plus propre à cette sorte de combat est celui de la maladie , lorsque les douleurs attaquent Famé de tous côtés , que la tristesse l'assiège , et que le démon nous excite à tout moment a laisser échapper quelque parole d'impatience (2). C'est donc alors principalement que nous devons essayer de faire éclater davantage notre vertu. On peut dans un lit , dit Senèque , au milieu des incommodités d'une fâcheuse maladie, exercer aussi bien son courage , en souffrant , que dans un champ de bataille, en combattaat. La principale partie de la force consiste même plutôt à endurer constamment, qu'à attaquer vigoureusement ; et c'est pour ce sujet que le Sage a dit : Qu'un homme patient vaut mieux quun homme vaillant; et celui quise commande à lui-même , que celui qui prend les villes de force (3).

(1) Domine, ut scuto bonse voluntatis tuse coronâsti nos. Ps. 5. i3.

Ca) Et aegroti et sani : morbi enim tempore , hujus maxime pognje tempus est , quandô dolores undiqnè conturbant animam : quandô tristitiae obsident, quandô adhaesit diabolus incitans ut acerbum aliquod verbum dicamus. Chrys. in Mla verba. Ps. 5.

(5) Melior est patiens viro forti, et qui dominatur animo suo , expugnatore urbium. Prov. i6. 32.

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