‹ Pratique de la perfection chrétienneChapitre 66 sur 86 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

De quelques raisons jyour lesquelles nous pouvons légitimement et saintement désirer la mort.

Afin que nous puissions nous conformer plus parfaitement à la volonté de Dieu, aussi bien touchant la mort que touchant la vie , nous proposerons ici quelques raisons pour lesquelles on peut désirer de mourir, et chacun choisira ensuite celle qui lui semblera la meilleure. La première raison pour laquelle on peut justement souhaiter la mort, c'est pour être délivré des misères de la vie : Car la mort , dit le Sage , est préférable à une vie malheureuse (2). C'est ainsi que les

(1) Heu mihi , qùià incolatus meus prolongatus esl ! Ps. 419. 5.

(3) Melior est mors quam vira amara. Ec$li. 3o. 17.

DE LA CONFORMITÉ , etc. /{6g

gens du monde désirent souvent la mort , et qu'ils la demandent à Dieu; et sans doute ils peuvent le faire sans péché , puisqu'enfin les misères de la vie sont telles et en si grand nombre, qu'il est permis de souhaiter de mourir pour les éviter. Les Saints disent qu'une des raisons pour lesquelles Dieu a chargé les hommes de tant de maux et d'infirmités, c'est afin qu'ils ne s'attachassent pas si étroitement au monde , et qu'au lieu d'aimer cette vie , qui est périssable, ils tournassent toutes leurs affections vers l'autre vie , qui est éternelle , et où il ny aura plus de gémissemenSj de cris et de douleur (i). Saint Augustin dit (a) que Dieu , par sa miséricorde infinie, a voulu que la vie présente, qui est très-pénible , fût pareillement très-courte , et que celle que nous attendons fût éternelle , afin que de cette sorte la peine passât très-vite , et que la joie et le repos durassent toujours. Cette vie, dit saint Ambroise (3) , est remplie de tant de maux, que la mort en comparaison paroît plutôt un remède qu'un châtiment ; et si Dieu ne nous l'avoit point donnée comme une punition , nous devrions le prier de nous l'accorder comme une grâce, pour nous délivrer detant de traverses et de tant de

(i) Neque luctus, neque clamor, neque dolor erit ultra. Apec. 21.4»

(2) August. serm. 07. de Sanctis.

(3) Tan.ismalish.cvitarepletaest, utcompa"-e mors remedium putetar esse, non pœna. Ambr. serm. sap. c. 7, Job. t. 2,

souffrances. Il est vrai que les gens du monde pèchent souvent en ce point, par l'impatience avec laquelle ils reçoivent les afflictions, et parles inquiétudes et les plaintes avec lesquelles ils demandent à Dieu la mort; mais s'ils la demandoient avec plus de soumission d'esprit, et qu'ils disent : Seigneur, si c'est votre bon plaisir , tirez-moi du malheureux état où je suis , j'ai assez vécu ; sans doute ils ne pécheroient aucunement.

En second lieu , on peut encore plus légitimement , et d'une manière plus parfaite , désirer la mort, pour ne point voir les persécutions de l'Eglise, et les offenses continuelles qui se commettent contre Die u.C'est ainsi que le prophète Elie la désiroit du temps de la persécution d' Achab et de Jésabel : car, voyant que l'un et l'autre, après avoir détruit les autels et tué les prophètes, le faisoient chercher lui-même pour le faire mourir , et qu'il ne pouvoit mettre aucun obstacle à tant de violences et de sacrilèges ; plein d'indignation et d'amertume , il se retira dans les déserts , et s'asseyant sous un arbre,il se souhaita la mort, et dit : // me suffit 3 Seigneur , otez-moi la vie , car je ne suis pas meilleur que mes pères (i). Le grand Judas Machabée, cbef du peuple de Dieu , voulant animer les siens au combat : // vaut mieux, dit-il, que nous mou-

(i) Petivit animae siix ut moreretur , et ait : Sufficit mihi , Domine, toile animam roeam ; neque eoim melior sum quàm patres mei. 5. Reg. 19. 4.

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rions en combattant > que de voir les maux que ton fait souffrir à notre nation , et la profanation des choses sai?ites (i). Lorsque la ville d'Hippone fut assiégée par les Vandales, qui étant passés d'Espagne en Afrique , mettoient tout à feu et à sang, sans respecter ni caractère , ni âge , ni sexe ; saint Augustin, qui en étoit évêque, voyant une désolation si terrible, les villes désertes et ruinées, les églises pillées , et le peuple fugitif et sans pasteurs, ne cessoit de répandre continuellement des larmes devant Dieu. Un jour ayant assemblé son clergé : J'ai prié le Seigneur , leur dit-il , ou qu'il nous délivrât des malheurs présens , ou qu'il nous donnât la grâce de les supporter avec patience , ou qu'il m'ôtât la vie , pour n'être point réduit à voir tant de maux; et il m'a accordé la dernière de ces trois choses. En effet , il tomba malade aussitôt après, et mourut de cette maladie le troisième mois du siège. On rapporte un pareil exemple de saint Ignace (2); et sans doute c'est là une perfection qui est propre aux Saints , que de sentir les maux de l'Eglise , et les offenses qui se commettent contre la majesté divine, jusqu'à souhaiter de mourir, pour ne pas en être témoin.

C'est encore un sentiment très-louable et très-pieux, que de désirer la mort, et de la demander a Dieu; afin de n'être plus en état de

(1) Meliùs est mori in bello, quàm videre mala gentis nostrae ctsanctorum. i. ftlach. 3. 59.

(1) In ejus vitâ , tib, 4* c> !6.

le pouvoir offenser ; car il est constant que tandis que nous vivons, nous ne pouvons nous répondre de rien , et que nous sommes capables de tomber en pèche' mortel; puisque d'autres qui étoient plus parfaits que nous , qui avoient reçu de grands dons de Dieu , et qui étoient véritablement Saints, et de grands Saints , n'ont pas laissé d'y tomber. Voilà une des choses qui font le plus trembler les vrais serviteurs de Dieu , et qui leur font le plus souhaiter de sortir promptement de cette vie. On peut même, par un saint emportement de zèle, désirer que l'on n'eût jamais été, afin que l'on n'eût jamais péché ; car le péché est un plus grand mal que le néant , et il vau droit mieux n'avoir jamais été , que d'avoir péché. À combien plus forte raison pourra-t-on donc souhaiter de mourir, afin de ne plus pécher ? Jésus-Christ parlant de celui qui devoit le trahir : II lui eût été avantageux , dit-il , de n'être pas né (i). Et saint Ambroise , expliquant a ce sujet ces paroles de l'Ecclésiaste: J'ai préféré la condition des morts à celle des vivons, et j 'ai jugé que celui qui nest pas encore néj est plus heureux que les uns et les autres (2) : le mort est préféré , dit-il , aux vivans, parce qu'il a cessé dépêcher; et celui qui n'est pas né est préféré à celui qui est mort, parce qu'il n'a jamais péché. Ce sera

(1) Bonurn erat ei, si natus non fuisset homo ille. Matth, 26. 24.

(2) Et laudavi magis mortuos quàm viventes; et felieiorem utroque judicavi qufnecd;:ni natus est. Eccl. 4. 2, 5.

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donc très-bien fait de produire souvent, dans l'oraison, des actes sur ce sujet , en disant : Seigneur, ne permettez pas que le péché me sépare de vous. Si je dois être assez malheureux pour vous offenser, faites-moi plutôt mourir, car je ne désire de vivre que pour vous servir , et je ne veux point de la vie, s'il faut que je manque de l'employer à votre service ( i). Cette sorte d'exercice est très-sainte et très-utile , parce qu'elle comprend une extrême horreur du péché , et de grands sentimens d'humilité et d'amour de Dieu; et qu'en cela nous faisons à Dieu une des plus agréables demandes que nous puissions jamais lui faire. On rapporte de saint Louis , roi de France, que la reine Blanche, sa mère, lui disoit quelquefois : Mon fils, j'aimerois mieux vous voir mort , que de vous savoir tombé en péché mortel ; et ce saint désir fut si agréable a Dieu , et attira tant de bénédictions sur ce prince, qu'on dit qu'en toute sa vie , il n'offensa jamais Dieu mortellement. Peut-être de semblables désirs produiront-ils en nous des effets semblables.

Mais ce n'est pas seulement afin d'éviter les péchés mortels qu'on peut souhaiter la mort: on peut même la désirer afin d'éviter les péchés véniels, auxquels nous sommes tous sujets dans cette vie, et c'est un motif très-saint

(i) Mortuus prœfertur viventi, quia peccare desiit mortuo praefertur , qui natus non est , quia peccare nescivit. Ambr* serm, 18. sup. Ps. 118.

et très-louable. Car un serviteur de Dieu doit être fermement déterminé a mourir , nonseulement plutôt que de commettre un péché mortel, mais même plutôt que de dire un mensonge, qui n'est qu'un péché véniel. Or, il est certain que pour peu que nous vivions, il est impossible que nous ne commettions pas plusieurs péchés véniels , car le juste tombera sept fois le jour (i); c'est-à-dire , plusieurs fois ; et plus sa vie sera longue , plus le nombre de ses chutes deviendra grand. Mais les zélés serviteurs de Dieu n'en demeurent pas encore là ; ils vont jusqu'à souhaiter la mort, afin de n'être plus sujets à tant de défauts d'imperfections , de tentations et de foiblesses , dont la vie de l'homme est pleine. Hélas! Seigneur, que je souffre (2), dit un saint homme, lorsqu'étant en prières, et méditant sur les choses du ciel , mille pensées charnelles se présentent en foule à mon imagination! C'est le malheur delà vie humaine, que jamais on n'y manque d'afflictions et de misères : touty est rempli d'embûches et d'ennemis ; à peine une tentation est-elle passée, qu'il en vient une autre; souvent même, avant qu'on ait achevé de vaincre l'une, on est accablé subitement de plusieurs autres que l'on n'avoit pas prévues. Comment peut-on aimer une vie si pleine d'amertume, et si sujette à tant d'accidens et de traverses 1 Comment

(1) Septies enim in die cadet justus. Prov, i\. 16.

(2) Delmit, Christi , lit. 3. c. 10.

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peut-on appeler yie , ce qui produit tant de divers genres de mort ? Une grande Sainte avoit coutume de dire , que s'il lui étoit permis de faire un choix , elle choisiroit la mort, comme le seul moyen qui peut mettre l'âme Lors de l'appréhension de pouvoir jamais rien faire de contraire à l'amour de Dieu. Il y a même plus de perfection a désirer la mort ,

Î)our éviter les péchés véniels , les fautes et es imperfections les plus légères , qu'à la souhaiter pour éviter les péchés mortels ; car il se peut faire qu'en ceci il y ait plus de crainte de l'enfer, et plus d'amour -propre que d'amour de Dieu. Mais aimer Dieu si ardemment, que pour ne plus commettre de péchés véniels , et pour ne plus tomber dans les moindres fautes , on souhaite de ne plus vivre , c'est avoir sans doute une intention très-pure et une vertu très-consommée.

Mais, dira quelqu'un, c'est pour l'expiation de mes péchés et de mes fautes que je souhaite de vivre. A cela, je réponds que si en vivant plus long-temps , nous diminuions toujours quelque chose de nos fautes , et que nous n'en ajoutassions point de nouvelles aux anciennes, ce sentiment-la seroit bon : mais si au lieu de vous acquitter de vos dettes, vous ne faites qu'en accumuler d'autres , et si plus vous vivez , plus vous avez aussi de comptes à rendre a Dieu , cette objection n'est pas raisonnable. Pourquoi désirons-nous

si passionnément la vie (1), dit saint Bernard, puisque plus nous vivons, plus nous péchons, et que le nombre de nos jours ne s'augmente que pour augmenter celui de nos fautes? Saint Jérôme (2) parlant sur le même sujet : Quelle différence croyez-vous , dit-il,, qu'il y ait entre celui qui meurt jeune et celui qui meurt vieux, si ce n'est qu'un vieillard est plus chargé de péchés qu'un jeune homme, et qu'il a de plus grands comptes a rendre à Dieu ? C'est donc une sainte résolution , que celle que saint Bernard prend à ce sujet, lorsque son extrême humilité lui mettant dans la bouche des paroles qui nous conviendroient mieux qu'à lui : J'ai honte de vivre, dit-il, parce que je profite peu; je crains de mourir , parce que je ne suis pas préparé; mais après tout, j'aime mieux mourir et m'abandonner à la miséricorde de Dieu qui est infiniment bon , que d'être un sujet de scandale à mon prochain , par le mauvais exemple de ma vie (3). Le père Avila dit, que quiconque se trouveroit dans une disposition médiocre pour la vertu, de vroit souhaiter plutôt la mort que la vie, a cause quJil seroit clans un continuel danger, qui cesseroit

(1) Cur ergô tantoperè vitam istam desideramus, iu quâ quanto ampliùs vivimus , tantô plus peccamus; quantô est Tita longior, tantô culpa numerosior ? Bern. c. 2. Mcd.

(2) Hier. Epist ad Heliod.

(3) ^ ivere erubcsco, quia parùm profîcio; mori timeo, quia non sura paratus. Malo tamen mori, et misericordiae Dei me committere et commendare, quia benignus et misericors est, quàm de malâ meâ conversatione alicui scandajum facere. Bçrn dç inicr. dom, c. 55.

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entièrement par la mort. Car , la mort qu'estelle autre chose, dit S. Ambroise, que la sépulture des vices et la résurrection desvertus(i) 1 Ce sont de bonnes et saintes raisons de souhaiter de mourir, que celles dont nous venons de parler; mais la plus parfaite de toutes est celle qui portoit l'Apôtre « désirer d'être dégagé des liens du corps, et d'être avec Jésus-Christ (2). Que dites-vous , grand Saint? Pourquoi souhaitez-vous d'être délivré de la prison de votre corps ? N'est-ce point peut-être pour vous dérober aux souffrances? Nullement, car cest dans les afflictions que nous mettons notre gloire (3). Est-ce pour éviter de tomber dans le péché ? Encore moins : Car je suis certain^ nous direz-vous , que ni la mort ni la vie ne pourront jamais nous séparer de T amour de Dieu (4).Cegrand Saint étoit confirmé de telle sorte dans la grâce, qu'il étoit assuré de ne pouvoir jamais la perdre ; ainsi il n'avoit rien a craindre de ce côté-la. Mais pourquoi donc désirez-vous la mort avec tant d'ardeur? Pour être avec Jésus-Christ , et parce que je languis d'amour (5). Il étoit malade d'amour, il soupiroit après son bien-aimé ; et dans l'impatience qu'il avoit de jouir de sa présence divine , le

(1) Quid est mors , nisi sepultura vitiorum , et virtutum suscitatio ? Ambros. de bono mortis , c. 4-

(a) Desiderium habens dissolvi , et esse cum Christo. Ad Phil. i. 23.

(3) Gloriamur in tribulationibas. Ad Rom. 5. 5.

(4) Certus sum enim quia neque mors , neque vita poterit nos separare à caritate Christi. Ad Rom. 8. 38 et 5q .

(5) Quia amore langueo. Cant, 2. 5.

4^8 PART. I. TRAITÉ VIlI. CHAP. XX.

moindre retardement lui sembloit très-long et très-ennuyeux.

C'est en cela que saint Bonaventure établit le souverain degré de l'amour de Dieu ; car il dit ( i) qu'il y en a trois. Le premier est d'aimer Dieu plus que toutes choses, de telle sorte que rien au monde n'ait assez de pouvoir sur nous , pour nous faire commettre un péché mortel, et pour nous faire contrevenir a aucun commandement de Dieu. C'est ce que le Sauveur donna pour règle a ce jeune homme de l'Evangile , lorsqu'il lui dit : Si vous voulez entrer dans la vie éternelle , observez les commandemens (2) ; et c'est là ce qui est du devoir général de tout le monde. Le second degré de charité est d'ajouter la pratique des conseils à l'observation des préceptes; et cela regarde particulièrement les religieux , qui non-seulement s'appliquent à faire le bien, mais qui portent encore leur vue à ce qu'il y a de meilleur et de plus parfait, suivant ces paroles de l'Apôtre : jfin que vous cherchiez dans la volonté de Dieu ce qui est bon , ce qui Iw plaît davantage, et ce quil y a déplus parfait (3 '.Mais le troisième degré de charité, continue S. Bonaventure, est d'être tellement transporté d'amour pour Dieu, que vous ne puissiez presque pas vivre sans lui (4) ; que

(1) De processu Relig. c. n. 12. et i3.

(2) Si vis ad vitam ingredi, serva mandata. Mattli. 19. 17.

(3) Ut probetis quao sit voluntas Dei bona , et beneplacens çtperfecta. Ad Rom. 12.2.

t (4) Tanto affectu ad Deum aestuare , quôd sine ipso , quasi yivere non possis. Bonav . ubi suprà.

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tous désiriez ardemment de voir vos liens rompus , pour aller avec Jésus-Christ ; que vous souhaitiez a tout moment qu'on vous rappelle de votre exil , pour retourner dans votre patrie; et que vous fassiez sans cesse des .vœux pour la destruction de cette prison corporelle, qui vous empêche de pouvoir jouir de la vue de Dieu. Tout ce que peuvent faire ceux qui ont de pareils sentimens , c'est , ajoute-t-il, de prendre la vie en patience; car elle leur est a charge et ennuyeuse, et ils n'aspirent qu'à en être délivrés.

Nous lisons dans la vie de saint Ignace (i), qu'il hrûloit continuellement du désir d'être dégagé de la prison de son corps , et qu'il souhaitait si ardemment de voir Dieu , que toutes les fois qu'il pensoit a l'heure de sa mort , il ne pouvoit retenir les larmes que la joie faisoit couler abondamment de ses yeux. Mais il est remarqué aussi au même endroit , que c'étoit moins la considération du bonheur qu'il espéroit de cette vue bienheureuse qui le portait a la désirer , que l'amour ardent dont il brûloit pour la sacréehumanité de Jésus-Christ. De même que le prophète royal faisoit consister sa joie à voir la joie dit Seigneur{i) , et que dans le monde, lorsqu'on aime véritablement quelqu'un, on se fait un extrême plaisir de le voir dans un poste honorable et avantageux : de même ce grand Saint désiroit, par pur principe et par

(i) In ejus viiâ. /. 5. ci.

(2) Vt videam voiuptatem Domini. Ps. 26. 4*

pur excès d'amour, de voir son cher maître dans toute la splendeur de sa gloire. Il désiroit de l'y voir , pour s'en réjouir avec lui , sans aucun rapport h son intérêt particulier et à son propre bonheur ; et c'est la sans doute l'acte d'amour le plus parfait et le plus sublime que l'on soit capable de produire.

Ouandnous regarderons les choses de la sorte, non-seulement le souvenir de la mort ne nous sera point amer , mais il nous donnera même de la satisfaction et de la joie. Approfondissez un peu ce que vous craignez; songez que dans peu de jours vous serez dans le ciel , et que vous y jouirez d'un bien qui ne tombe point sous les sens, que l'œil n'a jamais vu, que l'oreille n'a jamais entendu, et qui est infiniment au-dessus de l'entendement humain; et toutes vos appréhensions se convertirontbientôt en plaisir et endouceur.Car, comment est-il possible qu'on ne se réjouisse pas du rappel de son exil , et de la fin de ses peines? qu'on ne se réjouisse pas de parvenir a la fin pour laquelle on a été créé ? qu'on ne se réjouisse pas d'entrer en la possession de son héritage , et d'un héritage si ample et si glorieux ] Or, ce n'est que par la mort que nous pouvons entrer dans l'héritage du ciel. Quand il aura envoyé le sommeil à ses bienaimés, dit le Psalmiste , alors voilà l'héritage du Seigneur qui leur est ouvert ( i ).C'est donc la mort qui doit nous en mettre en posses-

(i^Cùm dederit dilectis suis sooinum, ecce hœreditas Domini. Ps, isÇ, 2. 3.

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sion ; et c'est pour cela que le Sage dit : Que le juste espère dans sa mort ( i) , parce qu'en effet, c'est la mort qui lui ouvre le passage pour aller au ciel, et qui fait le sujet de sa consolation pendant tout le temps de son exil. Saint Augustin , expliquant ces paroles du Psalmiste : Je m'appliquerai à marcher toujours dans une voie pure, et je chanter ai". Quand est-ce que vous viendrez à moi (2.) } Toute mon attention, Seigneur, dit-il (3), sera à me conserver sans tache toute ma vie; j'aurai se soin-la continuellement devant les jeux , et je chanterai toujours : Quand estce , Seigneur, que finira mon bannissement? Quand viendrez-vous me chercher ? Quand irai-je vers vous , et quand paroùrai-je devant la face de Dieu (4)? 0 que l'heure tarde long-temps avenir , et que j'aurai de contentement quand on me dira qu'elle approche ! Je me suis réjoui dès qaon nia dit que nous irons dans la Maison du Seigneur , et que nous serons bientôt dans vos portes, 6 Jérusalem (5)! Oui, Seigneur, je m'imagine que je suis déjà dans le ciel, et que j'y suis dans la compagnie des anges et des saints, jouissant de votre divine présence,, et vous bénissant éternellement.

(1) Sperat justus in morte suà. Prov. îj. 3:>.

(2) P=allam et intelliganiin viàiniinaculatà ? Quando venies ad me ? Ps. 100. 2.

(3) Jugust. Tract. 9. sup. epist. Joan.

(4) Quando veniam, et appareboantè facieni Dei? Ps. 4>> 3„

(5) Loetatus sum in his que dicta suut mihi : In domnm Domini ibimus. Stantes erant pedes nostri in atriis tuis., Jérusalem. Ps. 121. 1 et 2.

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