‹ Pratique des accouchemens; ou, Mémoires, et observations choisies, sur les points les plus importans de l'artChapitre 10 sur 52 · N° VI · texte numérisé non relu

N° VI

B-upiure spontanée de V utérus et de la 'vessie ^ version; mort par inflammatio7i du péritoine.

Une femme de trente-cinq ans, rachitique et valétudinaire , était enceinte pour la troisième fois ; au cinquième mois, elle fît deux chutes successives, dans lesquelles le ventre porta sur le sol : nul accident grave ne s'ensuivit immédiatement.

Le 4 juiîi ? elle était parvenue au terme naturel de la grossesse , et le travail commença. Jusqu'au lendemain a midi, les progrès furent lents. La tète était fort haute et difficilement atteinte parle doigt. A cette époque, les inembranes se rompireiit, les douleurs s'accrurent , et la dilatation s'acheva ; la tête couvrit le détroit supérieur, et se tuméfia bientôt au point que la peau du crâne remplissait le haut du vagin. Nous remarquâmes alors qu'un mouvement jéhrile s'était développé , que la vessie, obstruée, était distendue par l'urine , et que l'utérus était fortement incliné a droite. Nous

voulions recourir au cath^térisme ; la malade n'y voulut point consentir.

Tout-h-coup les contractions cessent ; une douleur vive, continue et rapportée à toute la capacité abdominale , leur succède ; le ventre change de jorme , et il est , plus particulièi'ement du côté droit , d'une exquise sensibilité. En devant , on observe des inégalités qui ne peuvent être attribuées qu'aux membres -d'un fœtus très-superficielleinent placé. En même temps, la tumeur, formée dans la région hypogaslrique par la vessie distendue, disparaît, et la té te du fœtus s'élève au-dessus du détroit supérieur. A ces phénomènes se joignent la faiblesse et l'irrégularité du pouls , des lipothymies répétées, de la soif, des nausées, et même des vomissemens, une pâleur extrême et l'altération des traits. Ces symptômes n'étaient point équivoques; ils duraient depuis plusieurs heures; et la uidlviCG ne Jais ait plus diacnn effort pour l'expulsion du fœtus : c'est pourquoi je me décidai à appliquer le forceps (6 juin, matin) ; mais cet instrument repoussa la tête et ne put la saisir. Pendant ces tentatives , du sa7ig en grumeaux et de l'urine sanguinolente sortirent du vagin. J'introduisis alors la. main droite , et rencontrant un pied au voisinage de l'orifice utérin, je l'amenai au dehors , puis j'allai à la recherche du deuxième. Le tronc descendit facilement , et se dirigea comme dans la seconde position des pieds (B- ), exécutant par conséquent un mouvement de torsion qui

lyO PRATIQUE DES ACCOUCHEMENS.

l'éloigna de sa direclion primitive. Le résultat de cette torsion fut le croisement de la nuque par le bras droit , qui se trouva serré entre l'occiput de l'enfant et les pubis de la mère. Malgré cette disposition défavorable, je le dégageai assez aisément , grâce a sa flexibilité. Ce premier pas franchi , une nouvelle difficulté se présenta : la face était en avant : je glissai ma main gauche entre le côté gauche de la tête et celui du bassin; je saisis la face et la bouche , et les attirant en arrière , je tournai l'occiput vers la cavité cotyloïde droite ; en même temps j'enfonçai la face dans l'excavation, de sorte que la tête sortit h. l'instant. L'enfant était mort ; il pesait six livres trois quarts.

La délivrance fut simple; du sang fluide suivit le placenta. La main , portée dans le vagin , m'apprit que la matrice était rompue en avant et en bas.

Les douleurs persistèrent ainsi que la faiblesse et les vomissemens ; une urine sanguinolente continua pendant tout le jour a s'écouler par le vagin.

La nuit, soulagement, deux heures de sommeil, point de lochies. Malgré ce mieux-être apparent , la fièvre s'accrut, la faiblesse alla croissant, et la malade, expira le troisième jour après son accouchement.

Examen du cadavre.

Intestins météorisés, rouges , agglutinés par des couennes albumineuscs. Une anse d'intestin grêle

HUITIÈME MÉMOIRE. l-JI

était engagée , mais no7i serrée , dans la plaie de l'utérus. Celui-ci offrait , en avant et a droite , vers la base de son col, une déchirure oblique et de trois pouces d'étendue j la vessie était , a sa face postérieure , déchirée dans une étendue d'environ deux pouces.

Quoique cette exposition anatomique soit peu détaillée , on y voit cependant assez clairement que la rupture de la vessie ne communiquait pas directement avec la cavité abdominale , et qu'elle semblait n'être qu'une dépendance , une conséquence de la déchirure de l'utérus. J'ai averti , dans le texte du Mémoire , que je n'avais observé que de semblables déchirm^es ( voyez ci-après , n° 12), bien différentes de celles que j'ai mentionnées d'après Ramsbotham et autres. Dans celles-ci , en effet , la vessie a semblé éclater par excès de plénitude , et elle s'est ouverte dans l'abdomen (i).

(i) Les auteurs d'anatomie chirurgicale (Ruysch, Morga- GNi , etc.) ont vu assez souvent ce phénomène se produire dans des rétentions d'urine considérables. J'en ai vu un exemple à l'hôpital de la Charité : le malade m'avertit que quelque chose s'était rompu dans son corps , et qu'un liquide s'était épanché dans le ventre. Il parlait d'après ses sensations et disait vrai : le lendemain il n'existait plus , et l'on constata la réalité de l'accident.

( Note de VÈcUltur. )

IJl PRATIQUE DES ACCOUCHEMENS.

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