IM" IV
Rupture de Vutérus et du ojagin ; passage de r enfant dans l'abdomen; mort des deujc indis>idus.
La nommée Yaug , femme forte , âgée de
vingt- huit ans, déjà accouchée naturellement quelques années avant l'époque actuelle , commença à soufifrirle 21 avril 1819. Le 24 au matin ,
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après trois jours de travail , la terminaison de raccouchcmentnc paraissant pas encore prochaine, un accoucheur est appelé ; il tente , a plusieurs reprises inutiles, l'application du forceps, et cherche , aussi vainement ensuite , a saisir les pieds du foetus, non sans causer a la femme d'effroyables douleurs; il part enfin après deux heures et demie d'efforts infructueux. Vers midi , cette malheureuse est apportée a l'hospice dans l'état suivant : épuisement général , peau chaude, pouls fébrile , face colorée , soif vive , langue sèche , hoquets passagers , abdomen très-sensilile a la pression ; la malade y sent une douleur continuelle , quoique les contractions utérines aient totalement cessé. En examinant l'abdomen , on trouve une tumeur ovoïde , dure , tendue , régulière , élevée de trois pouces au-dessus de l'ombilic. Cette tumeur , due a l'utérus , forme un relief saillant au-devant du reste de l'abdomen , qui parait large et tuméfié par l'en-» jant placé derrière la matrice , surtout vers le colé gauche. Sur ce relief, un autre , moins étendu eu surface , paraît formé par la vessie distendue et élevée au-dessus des pubis. Les parties extérieuiTs de la génération sont tuméfiées, chaudes, sensibles et déchirées en plusieurs endroits.
Le doigt, porté dans le vagin, découvre la tète du lœtus appuyée sur le détroit supérieur du bassin; la peau du crâne est tuméfiée et entourée par le bord épais de l'orifice , dont le contour semble manquer a gauche et en arrière.
l6o PRATIQUE DES ACC0UCI1EME-\S.
Après cet examen, je commençai par \i(ler la vessie, a l'aide d'une algalie de gomme élastique, d'un fort petit calibre. Alors , introduisant la main dans le vagin , je sentis, au côte gauche de l'utérus , une large déchirure par laquelle le tronc ( a l'exception des épaules) et les membres abdominaux du fœtus avaient passé dans l'abdomen.
Je voulais aller saisir les pieds; mais, en avançant , mon bras fait rétrograder la tête , et quoique je suspende tout effort, elle passe avec le reste de l'enfant dans la cavité abdominale. La longueur du travail et la violence des moyens mis jusque la en usage , laissaient peu de probabilités favorables pour l'existence de l'enfant ; la femme n'en sentait plus les mouvemens, et moi-même , quoique j'eusse touche ses mains et ses doigts (parties qu'un fœtus vivant meut ordinairement quand on les touche ) , je n'avais pu apercevoir aucun signe d'iiTitabilité. Enfin , une anse du cordon ombilical , restée dans l'utérus et amenée au dehors , parut flasque , molle et sans battcmens. Tenter la gastrotomie ou s'efforcer d'atteindi'e , à travers la crevasse déjà sans doute resserrée , un fœtus dont la mort était certaine , c'était vouloir martyriser sans fruit une malheureuse femme trop épuisée, trop affaiblie pour ne pas succomber immédiatement a l'une ou l'autre de ces opérations : c'est pourquoi je renonçai a toute tentative.
Beaucoup d'urine s'écoula encore j le ventre acquit une excessive sensibilité j les couvertures
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même ne pouvaient être supportées; l'élargissement, la tumciaction étaient plus considérables et s'étendaient plus haut, tandis que le globe utérin s'était réduit au-dessous de l'ombilic : beaucoup de sang s'écoulait du vagin. A la faiblesse , au froid des extrémités , se joignirent des vomissemens verdâtres. La malade cependant jouissait de toute sa connaissance ; résignée à son sort , elle attendait impatiemment le moment fatal qui devait terminer ses souffrances. Cet état persista jusqu'à deux heures du matin ( 20 avril ) , époque à laquelle la malade rendit le dernier soupir. La suppression de l'hémorrhagie et de l'urine , la dyspnée , des sueurs froides avaient précédé la mort.
Examen des cadavres ( 26 avril , cinq heures du soir ).
Cadavre pâle et roide ] face salie par des matières noirâtres, écumeuses, chassées par régurgitation après la mort.
Le tissu cellulaire sous-cutané est universellement emphysémateux ; les membres et les mamelles sont énormément boursoufflés , l'abdomen uniformément ballonné, le thorax et toutes les cavités distendus par des gaz putrides.
Cerveau ferme , peu humide ; sérosité sanglante dans les deux plèvres et le péricarde ; le cœur contient des gaz et quelques caillots ; ses cavités et celles de toutes les veines sont teintes en rouge T. in. II
iGa PRATIQUE. DES ACCOUCHEMENS.
par un sang liquide qui a transsudc en quelques endroits, au point de marbrer la peau de traces livides. L'abdomen ouvert, des gaz s'échappent brusquement, et l'on voit, en procédant de bas en kaut, i". l'utérus élevé de six pouces au-dessus des pubis , ovalaire , ferme , d'un rouge vil ; 2". audessus est le fœtus couché tranversalement dans la région ombilicale , la tête a droite, les pieds et les fesses a gauche, les jambes et les bras en bas ; l'épiploon l'enveloppe en partie ; 3°. dans l'épigastre^le foie brunâtre, mou, volumineux, emphysémateux j l'estomac dilaté par des gaz, emphysémateux , aminci en quelques points , et offrant une mollesse remarquable dans la portion gauche de sa menJ^rane muqueuse j on y trouve aussi un liquide visqueux et d'un brun verdâtre. Les intestins sont rouges a l'extériem* et mouillés de sérosité sanguinolente.
L'utérus, détaché, a fait voir, en arrière et en bas, une vaste déchirure longitudinale, inclinée vers le côté droit , tandis qu'on l'avait sentie a gauche lors de l'arrivée de la malade ; circonstance singulière, et qui peut être attribuée à la rectification d'une obliquité utérine avec torsion, laquelle, avant que la matrice fût tout-a-fait vide , en inclinait vers la gauche le côté postérieur. Cette plaie , dont les bords étaient noirâtres et profondément ecchymoses , commençait dans le vagin , deux pouces au-dessous de l'orifice utérin, traversait ce même orifice , et occupait environ
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quatre pouces de la substance de l'utérus , arrivant ainsi jusqu'au corps de cet organe, dont le fond contenait encore le placenta attaché a la paroi postérieure. En devant , l'utérus avait a-pcuprès un pouce d'épaisseur.'
Le fœtus , fort volumineux , pesait près de huit livres ( 3,85o grammes ) ; il était boursoufflé , emphysémateux au point de surn^iger en totalité dans l'eau. Des gaz fétides remplissaient toutes les cavités, et l'épiderme se détachait de toutes parts. Les poumons , crépitajis et plus légers que Veau (^ effet de putréfaction ) , étaient livides; fortement comprimés , ils gagnèrent le fond de l'eau. Intestins vides de méconium; rougeur vive a l'intérieur de l'estomac. Le Joie, la rate crépitent et gagnent la surface de Veau. Enfin, l'examen du crâne a fait voir une large et profonde eccliymose en avant et à droite de la surface externe de sa voûte.
Déchirure subaiguë de la matrice; liémorrliagie et spasme mortels ; 4" (B-) position de V épaule droite; version.
La nommée Hous — , âgée de ti-ente-deux ans, et déjà mère de plusieurs enfans, arriva à l'hospice le 24 février 18 19. Le col, encore long, mais entr' ouvert, permettait de sentir les inégalités qui caractérisent les pieds ou les mains du fœtus.
lG4 PRATIQUE DES ACCOUGHEMENS.
Le 27 matin, premières douleurs : écoulement de Veau; le col n'est pas complètement effacé. Les douleurs cessent bientôt. Le 28 au soir, elles, reparaissent^ le col s'efface et l'orifice s'ouvre.
Dans la nuit suivante et dans la journée du i" mars, les douleurs augmentent, et bientôt l'orifice est assez dilaté pour permettre de sentir l'avantbrâs droit demi-ployé , de telle sorte que la main est à gauche, le coude en arrière, et le moignon de répaule k droite de l'aire du détroit supérieur. L'enfant est donc placé transversalement , les fesses dans la fosse iliaque gauche , la tête dans la fosse iliaque droite etle sternum en avant. Le côté droit du thorax était facilement atteint par le doigt, et cette position aurait pu être rapportée aux thoraciques de Baudelocque ou a notre variété cubitale. {J'^oyez les tableaux du i'^' Mémoire et du 5".) La dilatation marche lentement, et cependant le pouls devient Jébrile ; céphalalgie. Une saignée du bras et plusieurs bains de siège ne produisent aucun soulagement : la malade pâlit, s'affaiblit, s'attriste, et forme sur son sort les conjectures les plus j'unestcs.
Vers six heures du soir, l'orifice n'avait que trois pouces de diamètre : cependant l'épaule s'en- Ibncait dans le bassin , l'utérus se resserrait de plus en -plus ei s' appliquait sur l'enfant. Je crus ne devoir pas attendre davantage pour opérer la version.
Je commençai par laire sortir la main droite de l'enfant pour convertir en certitude nos présomptions relativement a sa situation dans la matrice.
Celle-ci était tellement contractée qu'elle rendit la recherche des pieds fort pénible, et força d'opérer en plusieurs fois leur extraction. L'enfant sortit enfin une heure après les premières tentatives , quarante-huit heures après la rupture des membranes, et dix-huit heures après le commencement de la dilatation. Cet enfant était un garçon volumineux, livide et déjà altéré par la putréfaction : depuis trois jours la mère n'en sentait plus les mouvemens, et il serait difficile d'assigner a sa mort une cause valable. La délivrance fut simple, naturelle, et suivie de l'extraction de quatre à cinq onces de sang coagulé. Elle eut lieu cinq minutes après l'accouchement.
Pendant le travail , un écoulement de sang continu et assez copieux n'avait cessé d'avoir lieu; il persista après la délivrance et entraîna quelques lipothymies qui cédèrent d'abord aux stimulans ordinaires (vinaigre, ammoniaque, etc. ) et a l'extraction d'un nouveau caillot. Bientôt la perte est suspendue; mais, une heure après l'accouchement , violent frisson spasmodique , pâleur excessive, lèvres violettes, pouls misérable , anxiétés, jactation des membres , voix étouffée ; enfin tous les symptômes de cette torpeur que j'ai décrite au sujet de l'hémorrhagic utérine ( 6^ Mémoire). L'utérus est contracté , mais volumineux.
Après quelques alternatives de spasmes et de calme , de force et de faiblesse du pouls , l'utérus y dont la contraction avait suspendu ilic'niorrha^ie^
l6G PRATIQUE DES ACCOUCHEMENS.
se relâche ; le sang ruisselle de nouveau ; cinq à six onces de caillots sont extraites en plusieurs fois ; on pratique un tamponnement cxtemporanë , 'et l'on applique des linges froids sur les cuisses et l'abdomen ; on pratique même une injection d'eau froide dans le vagin. Ce froid rappelle le spasme et les syncopes; l'éther, le vinaigre , le vin , etc., ne relèvent les forces que pour amener de nouveaux coUapsus : en vain comprime-t-on l'utérus en le saississant à travers les tégumens hypogastriques et en obstruant le, vagin ; en vain administre-t-on les astringens , l'eau de Rabel même ; la malade , malgré l'activité de ces secours, succombe trois heures après l'accouchement.
Examen du cadavre ( 2 mars , au matin ),
Rien de remarquable dans les viscères respiratoires et digestifs. Le cœur contient peu de sang , et ce sang est liquide ; les grosses veines sont presque vides. Le cœur est mou, le foie d'un brun foncé. Les deux poumons pèsent huit cent soixante-dix grammes ( vingt-sept onces, à-peuprès ) ; le droit seul en pèse cinq cent dix ( plus d'une livre.)
Symphyse pubienne fort mobile.
L'utérus, mou et flasque , large de quatre pouces et demi et haut de sept , offre dans ses parois trois quarts de pouce d'épaisseur : son poids est de trois livres (mille cinq cents grammes); y compris
tiiie partie du vagin , les trompes et les ovaires. Ovaires petits, cordon sus-piibicn gauche plus gros et plus court que le droit. A la partie postérieure et inférieure de la matrice , le péritoine est largement éraillé, réduit en filamens et disposé eu mailles irrégulières. Cette altération se remarque principalement du côté galiche ; au-dessous d'elle est une ecchymose large et brunâtre. Yue a Tintérieur, cette même partie présente un amincissement remarquable , et , vers le côté gauche , une perforation oblongue , de trois pouces de hauteur sur dix-huit lignes de largeur , qui n estferjiiipe que par du sang coagulé et les lîlamens du péritoine éraillé. Dans cette altération se trouve comprise une veine longitudinale assez grosse pour admettre sans peine une sonde de femme, et qui est déchirée en deux endroits différens. Le reste de l'intérieur de l'utérus est encore en partie tapissé par des lambeaux de l'épichorion; ces lambeaux se retrouvent vers la partie antérieure , qui , un peu plus inégale que le reste, percée de trous fort obliques et effacés par Taifaissement même de leurs bords , paraît avoir donné attache au placenta^ L'orifice utero -vaginal est parfaitement intact. Les vésicules de Naboth sont tort visibles ainsi que les follicules du vagin, et même ( chose plus rare) ceux du col de la vessie agglomérés sous forme de plaque.
On remarquera qu'ici V éraillejnent était manifeste j il a été dû incontestablement à la longueur
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du travail, à l'absence des eaux et a la pression exercée par les fesses et par la tête transversalement opposées. L'hémorrhagiefut assurément le résultat de la rupture des vaisseaux utérins. On aurait sans douté prévenu ces accidens en opérant plus tôt ; mais alors on se serait exposé a un autre assez semblable , a la déchirure de Torifice utéro-
vaginal.