I. La nommée Ad se présenta a la salle des
accoucliemens le 21 août, a sept heures du matin , disant avoir éprouvé toute la nuit de légères douleurs. Cependant le col de la matrice offrait encore quelque longueur, et l'orifice interne était fermé ; les douleurs occupaient principalement les lombes; elles étaient continuelles et faibles. Le col s'effaça dans le jour, et la dilatation acquit douze a quinze lignes de diamètre ; mais ces progrès fort lents s'arrêtèrent bientôt tout-a-fait; les douleurs
DIXIÈME MÉMOIRE. o2î
étaient continuelles et fatigantes, r&rifice tendu, les membranes tendues aussi , mais plaies et séparées de la tête par une petite quantité d'eau. A neuf heures du soir, céphalalgie, état fébrile. ( Saignée d'une palette , bain de siège ). Soulagement, mais sans progrès dans le travail. A minuit , les membranes se rompent spontanément , un peu d'eau s'écoule, et aussitôt les douleurs s'éveillent, la tête s'avance, franchit l'orifice, qui s'ouvre rapidement. Ces premiers changemens furent suivis d'une marche moins active, et l'accouchement se termina a deux heures du matin. L'enfant était peu volumineux j il n'a donné que quelques signes de vie.
II. Le 20 février 1821, une femme lymphatique , en travail depuis vingt-quatre heures, offrait quinze lignes de diamètre à l'orifice utérin; les bords en étaient minces, mais roides,- les douleurs étaient presque nulles, les membranes tendues mais peu convexes ; la tête siégeait au détroit supérieur , fort peu d'eau était entre elle et les membranes. Je rompis la poche membraneuse ; quelques cuillerées d'eau seulement s'écoulèrent ; mais la tête appuya sur l'orifice , l'ouvrit tout-àlait, et l'accouchement fut terminé trois quarts d'heure après.
Je ne multiplierai pas davantage ces exemples, dont on trouvera d'ailleurs plusieurs analogues dans les observations que j'ai déjà publiées. ( Foy, T. III. 21
322 PRATIQUE DES ACCOUCÎlEMENS.
entr'aulrcs tom. i'"' , pag. i58. ) Il est probable qu'ici c'est moins la ténacité des membranes que leur inextensibilité qui les empêche de céder aux eaux qui les pressent , de s'allonger en poche conoïde, et de dilater ainsi l'orifice j peut-être aussi cela tient- il a une disposition particulière de la tête, qui, comme nous l'avons dit ailleurs, est toujours alors voisine des membranes. Cette disposition, déjà indiquée dans le i'^" volume (p. 36), est bien différente de celle dont j'ai fait mention dans le numéro qui précède. Quand la tête est au-dessus des pubis , en vain romprait-on les membranes si Ton ne chanf^e l'inclinaison vicieuse du fœtus ; au contraire , change-t-on cette inclinaison par la station directe , la rupture des membranes devient alors d'une utilité aussi grande que dans le cas qui nous occupe en ce moment. C'est ce que nous retrouverons encore par la suite dans les observations relatives aux obliquités utérines (i).
(i) Madame Lachapelle m'a souvent dit que c'était une mauvaise pratique que de rompre les membi-anes quand la tète était juchée au-dessus du détroit supérieur. Elle employait a dessein cette expression triviale pour désigner ces cas singuliers et en quelque sorte mystérieux dont j'ai rendu conqite en les attribuant à l'obliquité postéi'ieure. Elle avait remarqué qu'en pareil cas l'eau s'écoulait sans que la tête descendît, et qu'il fallait en venir à la versiou du foetus après s'être privé ainsi des facilités que donne toujours la présence de l'eau.
( Note de V Editeur. )
ÎS'" IV.
P lumière position transversale (i) du sommet de la tête; inertie après rupture des membranes ; travail Jébrile; bains ; accouchement spontané.
Madeleine Frais , âgée de vingt ans, enceinte pour la première fois et à terme , avait été nouée dans son enfance, et n'avait marché qu'a l'âge de six ans : cependant le bassin ne paraissait point difforme.
Le 2 messidor an lo, a trois heures de l'aprèsmidi, premières douleurs, et rupture spontanée des membranes. Le soir , nous trouvâmes l'orifice utérin épais , mais souple et ouvert de dix a douze lignes ; les contractions de la matrice étaient fortes et se répétaient fréquemment. La tête du fœtus offrait le vertex fort élevé encore et dirigé en travers , de façon qu'une oreille était derrière les pubis : c'était la droite. Les douleui's continuèrent
(i) Ces sortes de positions, quoiqu'on ait cherché à en révoquer l'existence en doute , même depuis que le preniier volmiie de cet ouvrage a paru , n'en sont pas moins réelles. J'ai déjà dit , et je répète qu'elles sont un peu moins fréquentes que la 4" de Baudelocque et beaucoup plus que sa 5". Qu'on les regarde comme des variétés ou comme des positions cardinales , peu importe pour la pratique : j'abandonne volontiers cette querelle à ceux qui font tout consisier dans la nomenclature , qui, pour moi, n'est qu'un faible accessoire.
324 PRATIQUE DES ACCOUCIItMENS.
pendant toute la nuit; elles cessèrent le matin, et la femme s'épuisa Jusqu à midi en efforts superflus. A cette époque, le pouls était fébrile, les organes génitaux étaient tuméfiés , fort chauds et doulom^eux. Trois bains entiers furent successivement administrés dans la soirée ; ils diminuèrent la fièvre , rappelèrent les douleurs et facilitèrent l'accouchement , qui cependant ne s'opéra qu'à onze heures du soir. Pendant ce laps de temps, la tète s'était peu à peu réduite a une première position diagonale. L'enfant était vivant et bien por- ' tant; mais la peau du crâne était fortement tumé-fiée un peu en arrière , et surtout du côté droit.
La délivrance fut naturelle ; mais une hémorrhagie, peu abondante il est vrai, la suivit de près, et ne s'arrêta qu'après des injections d'eau froide et vinaigrée dans le vagin. Ces injections , ainsi que des lotions froides sur les cuisses et l'abdomen , rendirent a l'utérus la force contractile qu'un si long travail lui avait fait perdre, elle réduisirent au volume et a la consistance ordinaires.
, Mad. Frais eut pendant quelques jours une
fièvre inflammatoire accompagnée de lochies abondantes. Cette fièvre cessa deux jours après la sécrétion du lait, et la malade ne tarda pas à quitter l'hospice en parfaite santé.
Inertie avant et après rupture des membranes ^ première position ; forceps.
Gîtte femme était âgée de trente-deux ans , d'un tempérament sanguin , d'une forte constitution ; elle n'offrait aucun vice de conformation, et se disait enceinte pour la première fois et a terme ; elle avait Joui d'une bonne santé dans le cours de la gestation. Elle arriva à l'hospice ressentant des dour leurs. Le travail était peu avancé; la dilatation n'offrait guère que cinq a six lignes de diamètre ; l'orilîce était souple et les parties externes trcs-dilatahles ; l'enfant présentait le sommet dans la première position ; les douleurs étaient faibles et peu rapprochées. Depuis le mardi, jour de son entrée, jusqu'au jeudi matin, le travail était dans le même étale les contractions devinrent enfin plus vives et plus fréquentes. A neuf heures du matin, les membranes se rompirent; la dilatation avait douze a quinze lignes. Les contractions se suivirent, mais avec peu d'intensité. Cependant la dilatation était pp;m|:>|è{^ a sept heures du soir: les douleurs cessèrent alors. Pendant toute la journée , les alimens que prenait la malade étaient aussitôt rejetés paç Jl^.yomÏBsement. ,. j.jriir
Pendant lapuit, on appliqua vainement des, linges très-chauds sur l'abdomen ; on ne, p^it sanijnec-
Taction de la matrice. Le vendredi matin, la femme commençant a s'affaiblir, et les eaux paraissant chargées de méconium, on se décida a opérer l'accouchement , quoique l'enfant n'éprouvât pas de compression violente de la part de la matrice , et que les tégumens ne fussent même pas tuméfiés. La tête avait franchi l'orifice j elle se trouvait dans le petit bassin et avait presque exécuté son mouvement de rotation : l'indication était donc d'appliquer le forceps.
En conséquence , on introduisit, du côté gauche du bassin jusque sur le pariétal gauche, la branche droite de l'instrument, tandis que la branche gauche fut conduite et appliquée de l'autre côté. Lorsque les branches furent réunies, on fît achever a la te le son mouvement de rotation , de manière que le front correspondit à la courbure du sacrum, et l'occiput au-dessous des pubis. On la dégagea ensuite par de légères tractions faites d'un côté a l'autre en dirigeant l'instrument un peu en haut pour lui faire suivre l'axe du détroit inférieur. L'épaule gauche, descendue le long de la symphyse sacro-iliaque gauche , fut dirigée dans la courbure du sacrum; la droite se dégagea la s€iconde au-dessous de la symphyse des pubis ; les hianôhes sortirent dans la même direction.
L'enfant était du poids de sept livres; il est né bien portant après un travail de soixante -quinze heures.
La mère est sortie en bonne santé.